Chapitre 144
Volume 6 Chapitre 143 – Sans-Nom (2)
[Traducteur – jhei]
[Correcteur – yukitokata]
« Tu veux louer une chambre ? »
« C’est exact. »
L’homme toisa Jin avec un visage impassible.
Un individu qui dépassait facilement les deux mètres, doté d’une physionomie effrayante. Pour les autres cadets, l’uniforme blanc immaculé leur donnait au moins une allure plus avenante, mais ce n’était pas le cas pour lui.
Il ressemblait davantage à un artiste martial — ou à un instructeur mercenaire adepte de la hache — qu’à un assassin.
En arpentant les rues jusqu’au crépuscule, Jin avait jeté son dévolu sur cet homme, en se basant uniquement sur le bruit de ses pas.
Un assassin était considéré comme débutant si Jin pouvait entendre ses pas sans avoir besoin de se concentrer, intermédiaire s’il devait faire un léger effort, et avancé s’il ne percevait absolument rien.
Quant à ceux qui exigeaient une concentration extrême pour être détectés, ils rejoindraient sans peine le Manoir Sans-Nom.
Avec cette idée en tête, Jin avait classé cet homme comme un cadet de niveau intermédiaire. Après avoir affronté le cocher et les gardes, les débutants étaient hors de question, et se confronter d’emblée à un assassin avancé aurait été une imprudence.
« Ne serait-il pas préférable de séjourner dans une auberge ? »
« Je n’aime pas ça, il y a trop de clients la nuit. Je paierai largement assez pour chaque nuit, je vous en prie. »
« Je me sens très offensé… »
Les yeux de l’homme se plissèrent.
Non pas parce que Jin demandait une chambre à l’improviste, mais parce qu’il interprétait cette requête comme une provocation ; quelque chose du genre : « tu es incapable de me tuer ».
« Vu que tu es entré avec le Pass Sans-Nom, tu dois être le rejeton d’un clan, et tu dois posséder des compétences incroyables pour ton âge. Je comprends que tu sois confiant, mais ici, c’est la ville de Samil. La loyauté n’existe pas dans un combat. »
« Je suis bien au courant, c’est pour cela que j’ai évité les auberges. Si vous ne voulez pas m’offrir une chambre, j’irai voir ailleurs. »
« Je te laisse entrer. Je ne prendrai aucun paiement. En revanche, il se pourrait que je prenne ta vie. N’oublie pas que tu es seul responsable de ce qui t’arrivera. »
« Merci. »
Après cinq minutes de marche, ils arrivèrent devant une résidence de deux étages.
Jin choisit une chambre relativement petite au second étage. Dès qu’il fut installé, il demanda à dîner.
« Ne crains pas que ton repas soit empoisonné. »
« Je ne vous ai jamais pris pour un débutant à ce point. Merci pour le repas. »
Un repas efficace composé de viande, d’œufs et de légumes. Des produits très frais, comme l’avait affirmé le cadet. Jin finit rapidement son assiette avant l’homme et le fixa.
« Même s’il est de niveau intermédiaire, je ne dois jamais baisser ma garde en sa présence. »
Jin paraissait insouciant, mais il aurait menti en disant qu’il n’était pas nerveux.
L’homme pouvait libérer un gaz toxique sous la table, viser la gorge de Jin avec sa fourchette, ou lancer les aiguilles empoisonnées dissimulées dans ses manches.
Tout pouvait arriver si Jin relâchait son attention.
Bien qu’il possédât de meilleures capacités physiques, il devait envisager toutes les possibilités face à un assassin entraîné.
« Deux aiguilles dans sa manche. Et il garde toujours le milieu de sa bouche vide en mâchant, donc il y cache des aiguilles ou une fiole de poison. Cependant, je ne peux pas me contenter de surveiller cela. »
Sa connaissance des principes fondamentaux des assassins, acquise durant ses jours de cadet, lui fut utile.
—Face à des assassins, vous devez les considérer comme des illusionnistes ou des escrocs, Jeune Maître. Si le regard de l’adversaire trahit qu’il a vu une arme cachée, il utilisera une autre carte inattendue.
C’était ce que lui avait enseigné son instructeur de classe débutante. De plus, avant que Jin ne parte pour Samil, ses compagnons lui avaient prodigué des conseils souvent applicables.
Surtout Quikantel — qui connaissait bien les Sans-Nom — lui avait offert de nombreux points de vigilance, auxquels Jin pensait constamment.
—Il y a une chose à surveiller à Samil. Lorsqu’une porte s’ouvre soudainement, ne quittez jamais des yeux ce que vous regardez. Le moment où vous vous tournez instinctivement, ce sera la fin de votre vie.
Criiic.
Comment pouvait-il avoir d’aussi formidables professeurs et compagnons ?
Heureusement, même lorsque la porte d’entrée s’ouvrit, Jin parvint à garder l’homme à l’œil.
« Quel est ce gamin ? Il savait que la porte allait s’ouvrir ? »
D’un autre côté, l’assassin s’attendait à ce que Jin tourne la tête. Il prévoyait d’étouffer Jin avec la nappe — imprégnée de chloroforme — pendant qu’il regarderait ailleurs. Cependant, il ne put passer à l’acte. Même trois secondes après l’ouverture de la porte, Jin resta dans sa position initiale.
Grincement, grincement…
La porte ouverte oscillait en émettant un bruit strident.
Personne ne franchit le seuil. Seul un vent de soirée balaya les deux occupants.
—C’est leur méthode d’entraînement spéciale. Les instructeurs se déguisent en cadets, ouvrent les portes et passent devant. Surtout pour les maisons accueillant des visiteurs. C’est un principe des assassins que de saisir l’opportunité en restant aux aguets 24h/24.
Si Jin était venu à Samil sans avoir entendu cela de la bouche de Quikantel, sa visite aurait été bien plus fatale que prévu.
Pendant un moment, Jin fixa l’homme.
« Dois-je la fermer ? »
Demanda Jin avec innocence, et l’homme hocha la tête tout en réprimant sa surprise.
« Ce n’est pas un gamin facile. Il est déconcertant. Peut-être vient-il d’un clan d’élite… Ce serait plus dangereux pour moi que pour lui. Je vais l’observer un moment et attendre l’occasion. Je ne devrais pas le prendre à la légère. »
.
S’il forçait une attaque contre Jin, l’instructeur Sans-Nom qui avait ouvert la porte l’expulserait immédiatement.
Car ce n’était pas la voie des Sans-Nom.
« Puis-je aller me reposer à l’étage ? »
« Fais comme tu veux. »
Au second étage, Jin commença à inspecter les lieux.
Il nota combien de chemins possibles les intrus extérieurs pouvaient emprunter ; s’il y avait des pièges ou des assassins en position. Il ne se contenta pas d’un coup d’œil rapide.
« Il n’y a rien qui puisse poser problème au second étage. Une seule fenêtre limite les possibilités d’invasion, et même une carrure un peu imposante empêcherait une telle entrée. Aucun mécanisme spécial au plafond, au sol ou sur les murs non plus… »
Après avoir terminé son inspection d’une heure, Jin s’allongea sur le lit et pensa à l’instructeur qui avait ouvert la porte pendant qu’il dînait.
« …Les Sans-Nom dépassent l’entendement. Voulez-vous dire que tous les instructeurs sont à ce niveau ? Comment une personne peut-elle se déplacer comme un fantôme de la sorte ? »
Pendant qu’il mangeait, Jin avait ses sens en alerte ; assez pour détecter le moindre mouvement de poussière. Il s’attendait aussi à ce que sa concentration soit perturbée par l’ouverture soudaine de la porte.
Malgré tout cela, il n’avait pas pu détecter les pas de l’instructeur.
C’était comme si personne n’avait touché à la poignée et que la porte s’était ouverte d’elle-même.
Même Jin ne pouvait reproduire une telle évanescence avec son énergie spirituelle.
« Cet instructeur pourrait me tuer quand il le souhaite, même si nous n’étions pas à Samil et que j’étais dans ma chambre à Tikan. Même si tous mes compagnons gardaient ma chambre, ma survie ne serait pas garantie. »
Des frissons lui parcoururent l’échine.
« Je ne devrais pas être fier d’avoir identifié les manigances d’un cadet intermédiaire. Si je rencontre un assassin du niveau d’un instructeur, je serai mort avant même de pouvoir leur montrer ce que Mlle Quikantel m’a donné. »
Il commençait enfin à réaliser dans quel genre d’endroit il avait mis les pieds.
Cependant, il restait encore beaucoup de choses qu’il ignorait. Et si elles devaient rester inconnues, Jin — qui avait traversé tant de conflits — s’effondrerait de désespoir…
« Je crois que c’est lui ? N’est-ce pas ? Est-ce lui ? »
Accrochée au plafond, la tête en bas, une femme observait Jin depuis tout ce temps.
Même pendant que Jin inspectait le second étage, elle était restée sur ses talons. Et au moment où Jin s’était assis sur son lit, elle avait pris position au plafond.
La femme observait Jin tout en maintenant une distance d’un demi-pas depuis environ une heure.
« Est-ce lui ? N’est-ce pas lui ? Est-ce lui ? Euh, devrais-je simplement demander ? …Non. Si ce n’est pas lui, je dois le tuer. Il lui ressemble pourtant énormément… ! »
Jin soupira et dégaina Bradamante pour la nettoyer, et la femme sourit, les yeux pétillants.
Son nom était Yona Runcandel.
La meilleure Exécutrice des Sans-Nom, la sœur de Jin, et l’instructrice qui avait ouvert la porte.
« C’est Bradamante ! C’est bien le petit dernier ! Waouh ! Ravi de te revoir ! »
Incapable de contenir sa joie, elle applaudit.
« Des applaudissements ?! »
Jin se leva instinctivement et adopta une posture défensive. Il regarda simultanément vers la source du son : le plafond.
À cet instant, Yona s’était déjà repositionnée derrière Jin.
« Ouf. C’était moins une. »
Comme si elle était en apesanteur, la literie sur laquelle elle se tenait ne portait pas la moindre trace de froissement.
Jin pivota rapidement pour analyser les environs, mais telle une ombre, Yona restait collée derrière lui.
« Mon petit frère, ne pourrais-tu pas faire comme si tu n’avais rien entendu ? »
La dirigeante actuelle des Sans-Nom ne l’avait pas favorisée pour rien. Les capacités de Yona étaient telles que même la chef ne pouvait les égaler.
« Est-ce que j’ai des hallucinations ? Qu’est-ce que c’était ? C’était quoi, bon sang ? Je suis sûr d’avoir entendu des applaudissements au plafond… Est-ce que je deviens fou parce que je suis trop à cran ? Je ne peux même pas utiliser la magie ou l’énergie spirituelle… ! »
Contrairement à Yona, Jin était en train de perdre la tête. Il suait froid depuis une heure, mais il n’arrivait toujours pas à identifier l’origine du bruit.
« Est-ce l’instructeur de tout à l’heure ? Non, même un instructeur ne peut se dissimuler dans cet espace. »
Finalement, Jin conclut qu’il avait eu des hallucinations. Sinon, ce serait un scénario incompréhensible.
« Phew… »
Il s’affaissa sur le lit mais ne put relâcher sa vigilance. Il ne dormirait pas cette nuit.
« Tu ne pourras jamais me trouver puisque tu n’as pas ouvert ton Œil de l’Esprit, hihi. Mais c’est incroyable. À quel point as-tu grandi depuis la dernière fois que je t’ai vu ? »
Yona savait que Jin était un 5 étoiles. Cependant, en le voyant en personne, son aura était au moins celle d’un 7 étoiles. C’était déjà incroyable, mais elle n’oubliait pas qu’il avait déjoué toutes les tentatives de meurtre au premier étage.
« Je suis certaine que même la grande sœur Luna ne pourrait pas faire ça à ton âge. Enfin, elle ne subirait aucun dégât des aiguilles empoisonnées ou des poignards et se contenterait de contre-attaquer, mais elle ne parviendrait jamais à empêcher de telles attaques de se produire. »
Fière de son frère, elle voulait lui faire un gros câlin. Pourtant, après avoir hésité à se révéler pour féliciter le petit dernier, Yona secoua la tête.
« Il y a tant de choses que je veux te dire, hihi. Jouons encore un peu jusqu’au jour de ton départ, d’accord ? »
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Reaper Scans
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