Chapitre 143
Volume 6 Chapitre 142 – Sans-nom (1)
[Traducteur – jhei]
[Correcteur – yukitokata]
Jin monta dans une calèche en direction de Samil. Cela faisait quatre jours qu’il avait quitté Tikan.
À Samil, située dans la région sud du royaume de Kon, l’automne était déjà arrivé. Un vent chargé de la douce atmosphère automnale agita légèrement les cheveux de Jin alors qu’il s’appuyait contre le rebord de la fenêtre.
Au milieu de ce moment d’une paix incroyable sur la route menant à un repaire d’assassins, Jin se souvint du mécontentement de Gilly juste avant son départ.
—C’est bientôt votre anniversaire, et je suis si déçue de ne pas pouvoir le célébrer avec vous si vous partez maintenant, Jeune Maître. Vous accomplissez certes de grandes choses en tant que porte-drapeau provisoire, mais je vous en prie, accordez-vous un peu de temps pour vous détendre.
Après avoir revu Luna et Taimyun, Jin pensa beaucoup plus à Gilly.
« Je devrais être plus gentil avec elle. D’ailleurs, je ne sais pas grand-chose sur elle non plus… »
Luna et Taimyun étaient un cas à part. Taimyun ne parlait jamais de son passé, car Luna n’éprouvait aucune curiosité à ce sujet. Gilly était tout l’opposé.
De sa vie passée à celle-ci, chaque fois que Jin l’interrogeait sur son passé, Gilly éludait la question ou l’ignorait purement et simplement.
« J’ai entendu dire qu’elle était le membre le plus brillant de l’histoire du clan McRolan, et je ne sais même pas pourquoi elle est devenue ma gardienne. »
Les McRolan.
L’un des clans loyaux aux Runcandel. C’était un clan d’arts martiaux célèbre qui donnait bien du fil à retordre à l’Alliance Huphester. Gilly était la plus jeune fille d’un tel clan.
« Pourquoi une telle personne deviendrait-elle la nounou d’un Runcandel ? »
Jin avait entendu cette question même dans sa vie passée.
À un moment donné, il avait voulu envoyer quelqu’un pour découvrir la raison, mais il savait que ce ne serait pas très respectueux envers Gilly.
« Elle finira par me le dire. C’est juste qu’elle n’en a pas eu l’occasion dans ma vie passée. Quand je reviendrai, peut-être partirons-nous en vacances. »
Clac, clac, clac.
La calèche poursuivait sa route. Organisant ses pensées, Jin regarda par la fenêtre en direction du cocher.
« Pour quelqu’un qui conduit une calèche, il est bien trop jeune. Son bas du corps est bien musclé, aussi. »
Un cocher ordinaire déclinerait toute demande pour la ville de Samil, quel que soit le prix. Jin avait essuyé au moins cinq refus avant de trouver quelqu’un pour accepter la course.
C’est pourquoi il supposait que le cocher était un cadet de l’organisation Sans-nom.
« Hé. »
« Oui, monsieur ? »
« Combien de temps avant notre arrivée ? »
« Environ deux heures encore. »
« Est-ce bien le bon chemin ? »
« Oui, c’est le bon. Ne vous inquiétez pas et faites une sieste. Des gens vivent toujours à Samil, alors des cochers comme moi s’y rendent de temps à autre. »
Vérifiant son affirmation, Jin hocha la tête.
« C’est un cadet. S’il avait été un véritable assassin Sans-nom, il n’aurait pas utilisé ce genre de ruses. »
Chaque habitant de la ville était soit un assassin, soit un cadet. Cependant, ils n’étaient pas tous des assassins de haut vol dignes du nom de l’organisation. Parmi les cadets, il y avait toujours plus de gravier que de pierres précieuses.
« Je ne pourrai voir les assassins Sans-nom qu’une fois arrivé en ville. Et ce cocher ne m’attaquera pas avant que nous y soyons. …Peut-être. »
Comme il s’y attendait, rien de particulier ne se produisit au cours des deux heures suivantes.
Jin arriva à l’entrée de la ville de Samil vers deux heures de l’après-midi.
« À première vue, elle ressemble à une ville normale. Enfin, l’entrée, du moins. »
Un chemin normal menait au cœur de la cité, et deux gardes se tenaient de chaque côté d’une porte peu imposante.
Pour noter une différence, les gardes portaient des vêtements en tissu blanc et ne portaient aucune arme. Ils n’avaient pas besoin de paraître menaçants, car nul humain n’oserait s’introduire dans la ville de Samil sans intention précise.
La couleur blanche était le symbole des Sans-nom. Tout le monde en ville — des cadets aux meilleurs exécuteurs — portait ces mêmes vêtements blancs. Les visiteurs faisaient exception.
« Arrêtez votre calèche. »
Le garde parla, et le cocher tira sur les rênes.
Jin descendit de la calèche et sortit immédiatement son laissez-passer Sans-nom. Les gardes échangèrent un regard.
« Quelle est la raison de votre venue à Samil ? »
Ils ne lui demandèrent ni qui il était, ni d’où il venait. Leur ton n’était pas menaçant non plus.
« Juste pour l’expérience. »
« Ce sera une expérience amusante. Entrez. Vous pourrez récupérer votre laissez-passer à votre départ. »
« J’ai une question à poser avant de mettre les pieds dans la ville. »
« Laquelle ? »
« Les règles des Sans-nom s’appliquent-elles après avoir reçu le laissez-passer ou seulement une fois entré en ville ? »
« C’est… »
Shhhhhhk !
Avant que le garde ne puisse finir sa réponse, une dague vola vers le dos de Jin. Jin, dont les sens étaient en alerte, l’esquiva prestement.
« C’était bien le cocher. »
Profitant de son élan, Jin se jeta sur le cocher — qui dégainait une autre dague — et lui donna un coup de pied dans la cuisse.
Crac !
Le bruit d’un os qui se brise résonna au contact. Il asséna ensuite un coup de coude au menton du cocher. L’homme s’effondra au sol, et Jin secoua la tête.
« Je suppose que c’est la première option. Vous allez m’attaquer aussi ? »
Les yeux écarquillés, les gardes secouèrent la tête.
« Non, nous maîtrisons l’assassinat, pas les arts martiaux. Au moment où vous avez neutralisé ce type, nous avons déjà échoué. Entrez. »
« Merci. Et ce type sera expulsé, n’est-ce pas ? Puisqu’il a tenté un meurtre sans porter la tenue appropriée et qu’il a échoué. »
« Vous connaissez bien nos règles. »
« Ce n’est pas un secret très bien gardé, rien d’incroyable. Dites-lui de ne pas être trop déçu. Vu son incompétence durant le trajet, je pense que ce métier n’est pas fait pour lui. Peut-être pourra-t-il devenir un vrai cocher. »
Ting !
Jin lança une pièce d’or vers l’homme évanoui. L’homme serait sans doute très déçu, mais Jin eut le sentiment de lui avoir sauvé la vie.
Après tout, un minable comme lui ne trouverait que la mort à Samil.
« Et dites-lui que c’est pour la course. »
Jin passa l’entrée et pénétra dans la ville. Les gardes jetèrent un coup d’œil à son dos.
« Un visiteur intéressant et miséricordieux. »
Jin ne put qu’être stupéfait en marchant dans les rues.
« Wahou… »
Avant son départ, le Paon aux Sept Couleurs lui avait donné quelques informations. Contrairement aux idées reçues, Samil était une ville calme et magnifique. Les routes ne présentaient pas la moindre trace de saleté ou de boue, et chaque bâtiment était espacé de manière parfaitement régulière. Ils semblaient neufs.
Chaque personne portant l’uniforme des Sans-nom restait silencieuse. Ils n’osaient même pas jeter un regard au visiteur.
Tout ce blanc scintillait sous le soleil de l’après-midi.
« C’est plus beau que ce que j’imaginais. »
La chair de poule lui parcourut l’échine.
Cette beauté cachait du sang. La raison pour laquelle le symbole des Sans-nom était la couleur blanche était que les assassins étaient convaincus de pouvoir exécuter leurs cibles sans tacher leurs uniformes.
Ceux qui parvenaient à progresser dans cette ville silencieuse sans se faire repérer gagnaient alors le privilège de vivre dans le « Manoir Sans-nom ».
« Les visiteurs ne sont que des mannequins d’entraînement spéciaux. Sinon, ils s’entretuent jour après jour. »
À première vue, les cadets allaient de l’adolescence à l’âge adulte, jusqu’aux personnes d’âge mûr. Il y avait même des enfants de quatre ou cinq ans plus jeunes que Jin. Et parmi eux, il existait certainement des talents. Cependant, il était rare que l’un d’eux fasse preuve de miséricorde.
L’âge, l’expérience, l’origine — rien de tout cela n’avait d’importance ici. L’objectif de chaque cadet était de tuer les autres, de gravir les échelons et de rejoindre le Manoir Sans-nom.
« Peu importe sous quel angle on regarde, cet endroit est pire que le clan Runcandel. »
En voyant les enfants dans cette ville brutale, Jin évoqua l’image de sa sœur, Yona Runcandel.
« Sœur Yona a dit qu’elle avait été envoyée ici à l’âge de 12 ans… »
Ayant décelé très tôt les talents de Yona, Cyron avait hésité à l’envoyer au Palais Caché ou à Samil.
Les deux étaient des lieux permettant d’échapper aux puissances mondiales et de coloniser des territoires.
Entre les deux, Cyron préférait le Palais Caché. Cependant, il envoya sa plus jeune fille chez les Sans-nom pour une raison précise.
Au Palais Caché, Syris avait déjà été choisie comme successeure, mais il n’y avait encore personne pour les Sans-nom. Même jusqu’à présent, alors que Yona avait déjà 23 ans.
C’est pourquoi Jin pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de fois où il avait vu Yona.
« Dans ma vie passée, elle est revenue et est devenue une assassine pour le clan. »
C’était loin d’être une « porte-drapeau honorable ». Elle était devenue une porte-drapeau officieuse qui devait dissimuler sa présence en permanence.
Bien qu’elle jouît d’une certaine liberté dans le Jardin des Épées, Yona vivait normalement dans l’ombre et effaçait souvent sa présence. La raison en était inconnue ; était-ce dû à sa personnalité ou pensait-elle que sa présence portait malheur ?
Et en la voyant vivre ainsi, Jin ressentait de l’empathie. Yona ne le saurait jamais, mais…
« J’ai moi aussi été poussé dans mes retranchements et étouffé. Bien que nos traitements aient été aux antipodes l’un de l’autre. »
C’était une occasion pour lui d’avoir une discussion agréable avec elle. En plus de la requête concernant l’Antidote aux Mille Poisons.
Jin marchait le long du chemin avec un sourire amer.
D’abord, il devait trouver une chambre où loger. Samil était une ville de taille modeste. En raison du manque de visiteurs, il n’y avait pas beaucoup d’auberges.
Cependant, Jin n’envisageait pas d’aller dans une auberge.
« Une auberge présente un risque élevé d’assassinat. Je ne tiendrai pas longtemps à surveiller le propriétaire, les employés et les autres clients. »
Il avait déjà fait l’expérience de la douleur que cela représentait à l’Arène du Cosmos. Il avait à peine survécu face à des pirates inexpérimentés.
« Il vaut mieux choisir une chambre chez un cadet moyen. »
Des subalternes comme le cocher n’attaqueraient pas Jin par peur. En revanche, la vie de Jin serait menacée par le cadet propriétaire des lieux.
« Je dois choisir avec sagesse. Un cadet qui pense pouvoir me tuer à tout moment, mais qui ne le fera jamais. »
* * *
Reaper Scans
* * *
Pendant ce temps, sur un quai dans la région centrale du royaume de Kon.
Beradin et Dante traquaient Jin après le banquet des Zipfel.
« Hé, toi. Oui, toi. Viens m’aider une seconde. As-tu vu quelqu’un comme ça ? »
« Ehem, avez-vous vu quelqu’un comme ça ? Si c’est le cas, je vous en serais très reconnaissant. »
Utilisant le pouvoir politique des Hairan, ils fouillèrent tous les registres récents d’utilisation de la porte de transfert, trouvèrent quarante-cinq occurrences de « Jin Grey » et rencontrèrent dix personnes différentes portant le même nom.
Cela aurait été plus facile si les clans Hairan et Zipfel avaient travaillé ensemble, mais cela aurait détruit le sens d’un « voyage secret » et l’opportunité pour les trois de se réunir.
Les deux prirent cette décision.
« Nous sommes certains que ce Jin Grey est venu ici aussi… mais et si le Jin Grey du royaume de Kon n’est pas celui que nous cherchons ? »
« Qu’est-ce que tu penses qu’on va faire ? Aller à la ville suivante, voilà ce qu’on va faire ! Au moins l’un des quarante-cinq doit être lui. Sinon, nous devrons tout recommencer. »
Un engagement que personne d’autre n’aurait volontairement pris.
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