Chapitre 104
Volume 5 Chapitre 103 – La tragédie de Kollon (2)
[Traducteur – jhei]
[Correcteur – yukitokata]
L'expression de Pan était singulière.
Les sourcils froncés, il tremblait de peur, mais ses yeux continuaient de suivre chaque caractère.
« Peux-tu lire ces caractères ? »
« Comment… as-tu su que je venais des ruines de Kollon ? Qui êtes-vous ? »
D'un regard méfiant, Pan fixa Jin.
Il se souvenait du jour où il avait fui sa terre natale, devenue des ruines trois ans auparavant. Le jour où il s'était rendu dans la cité libre de Tikan pour échapper au regard du clan Zipfel.
« Hm, comment dire… Je suis l'invité de la cheffe Alisa, ce type aux cheveux noirs est un dragon, celui aux cheveux verts en est un aussi, et l'enfant est, de toute évidence, une enfant de six ans. »
Jin révéla leurs identités, et Pan ne fut pas le seul à être surpris.
« Hé, hé, gamin ! Pourquoi as-tu dit tout ça ? »
« Qu'entends-tu par "pourquoi" ? M. Pan semble détenir des informations précieuses sur la carte. Hmm, M. Pan. C'est ainsi que nous vous avons identifié. »
Il valait mieux dire la vérité. Hormis le fait qu'Euria était la contractante d'Az Mil.
« Lathry, celui aux cheveux verts, est le dragon d'Az Mil. Il a touché cette carte et a eu une vision à cause du ressentiment emmagasiné dans l'objet. Dans sa vision, il a vu des gens comme vous qui étaient tourmentés. C'était essentiellement une coïncidence. »
« …Hein. »
Pan resta silencieux un moment, puis prit la parole.
« Puis-je aller fumer une clope ? »
« Je vous en prie. »
Pan se traîna jusqu'à la cour avant du restaurant. Appuyé contre le mur, il alluma le bâtonnet.
« Je suis pourtant sûr qu'il a dit qu'il n'avait pas de cigares, mais il en avait. »
Jin eut un sourire en coin, et Lathry ouvrit la bouche, inquiet.
« Cet homme… Et s'il s'enfuyait ? »
« Comment diable le pourrait-il ? C'est le territoire du gamin. »
« Oh… c'est vrai. Je vous demande pardon, Seigneur Murakan. »
« Pardon pour quoi ? »
« Oh, euh… Ce n'est rien. »
Après avoir consumé tout le bâtonnet, Pan semblait plus posé et organisé — plus calme qu'auparavant.
« Puis-je demander quelques trucs ? »
« Bien sûr. »
« Êtes-vous des Zipfel ? »
« Nous ne sommes pas exactement en bons termes avec eux. »
« Savez-vous ce que cette carte signifie ? »
« Ne mène-t-elle pas à un trésor ? »
« Pas un trézor. »
« Je vois. »
Répondit Jin en haussant légèrement les épaules. Les yeux de Pan se plissèrent.
« Me ferez-vous du mal si je ne vous aide pas ? »
« Nous jurons que non. Même après que vous nous aurez servi le ragoût de fruits de mer, nous ne vous ferons aucun mal et ne vous menacerons pas. Nous ne pouvons rien faire si vous vous faites arrêter pour mauvaise conduite. En revanche, notre rencontre sera comme si elle n'avait jamais existé. »
Jin n'avait aucune intention de mentir.
« Puisqu'il a admis être un natif de Kollon, je suis certain qu'il a traversé bien des épreuves pour échapper aux yeux des Zipfel. Il n'y a aucune raison de le harceler. »
Le silence envahit la pièce, et Pan était plongé dans ses pensées.
Était-ce vraiment une coïncidence qu'il rencontre Jin, ou étaient-ils à sa poursuite ? Il finit par arriver à une conclusion.
Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait décider seul.
« Ma sœur… »
« Oui ? »
« Tout le monde, je pense que nous devrions aller voir ma sœur. »
Jin hocha la tête.
« Alors attendons un peu qu'ils emballent la nourriture. »
* * *
Reaper Scans
* * *
Pan était un menteur talentueux.
Il avait dit qu'il n'avait pas de cigare, mais il en avait un paquet. Il avait dit qu'ils devaient aller voir sa sœur, mais ce n'était pas sa sœur.
Après avoir récupéré son ragoût de fruits de mer emballé, ils se rendirent au domicile de Pan, situé dans une ruelle profonde. Ils avaient à peine de l'espace pour circuler.
« C'est la première fois que Pan ramène des invités à la maison. Bienvenue, nobles de Tikan. »
La personne qui les accueillit était une femme déguisée en « sœur » de Pan.
Bien qu'elle fût beaucoup plus jeune que Pan, son « frère » s'inclina en sa présence.
« Dame Laosa, j'ai amené des invités sans votre permission. »
« Bon travail, Pan. »
Une atmosphère étrange.
L'aura de Laosa semblait mystérieuse. Jin ne pouvait pas dire qu'elle était puissante, mais ce n'était pas quelque chose dont on pouvait s'approcher sans prudence.
Elle débordait d'énergie sacrée. Habituellement, Murakan aurait dit quelque chose comme « Pourquoi cette maison est-elle si merdique ? », mais il surveillait son langage.
Dès que Jin la vit, il comprit.
« Les natifs de Kollon possèdent le sang le plus noble. Ils étaient la race choisie par les dieux. Il semble qu'elle soit la dernière descendante. »
Laosa semblait posséder une profonde sagesse.
« Celui qui est né du berceau de l'escrime et choisi par l'ombre, un Dragon Noir, et le Dragon de Vérité ainsi que l'enfant bien-aimé d'Az Mil. Et le chef de la défense de Tikan qui prend toujours soin de Pan. »
Sursaut.
Tout le monde fut surpris et fixa Laosa.
« Comment avez-vous… ? »
« C'est juste un petit talent. Je vous présente mes excuses si je vous ai surpris. Pan, s'il te plaît, apporte du thé. »
« Oui, madame. »
Tandis que Pan versait de l'eau dans une bouilloire tordue, le dos de Jin commença à perler de sueur.
« Un petit talent… ? »
Et une attitude calme, comme si elle savait déjà qu'ils allaient venir.
Jin n'avait jamais rencontré un humain comme Laosa. Non, il ne savait même pas si elle était humaine.
« Cette aura transcendante… Je l'ai déjà ressentie. »
La même aura qu'il avait ressentie au moment où il avait passé contrat avec Solderet dans sa vie passée.
Elle était plus faible, mais similaire.
« Dame Laosa, êtes-vous une divinité ? »
Bien que la question puisse paraître déplacée, à l'exception d'Euria, tout le monde se posait la même question en raison de l'air étouffant.
Pourtant, son aura était puissante. Cela soulevait la question : « Est-elle une divinité ? »
« Non, je suis un réceptacle. Si j'étais une divinité, je n'aurais pas perdu ma terre natale et vécu ma vie dans la clandestinité. »
Murakan hocha la tête comme s'il savait.
« Elle était le réceptacle d'une divinité. Il reste une grande sagesse, mais bientôt, tout aura disparu. »
« C'est vrai. Cependant, dire cela me fait mal au cœur, ô Grand Dragon Noir. »
« En écoutant toutes les conversations jusqu'ici, je pense que cela pointe vers les ruines de Kollon. Vous êtes des natifs de Kollon. C'est la première fois que j'entends parler d'une divinité qui y est descendue. Qui est-ce ? »
« Même si je vous le disais, vous ne sauriez pas. Par ailleurs, pourriez-vous me montrer la carte ? »
Laosa tendit le bras et ouvrit la main. Jin lui prêta la carte.
« Mon défunt grand-père a créé cette carte. Elle était censée avoir deux destins. Et heureusement, au lieu des Zipfel, elle est arrivée entre vos mains. Il semble que mes faibles dévotions ont porté leurs fruits. »
« Puis-je demander ce qui est écrit sur cette carte ? »
(Celui qui lit ceci à travers le cœur d'un Kollon,
S'il vous plaît, ne nous abandonnez pas.
S'il vous plaît, venez et criez ; nous ne sommes que des gens tranquilles.
Des gens tranquilles.
La divinité nous a donné un ordre lourd, mais pas assez de force pour l'exécuter.
Je suis plein de ressentiment.)
Laosa lut et interpréta lentement les phrases écrites dans leur langue maternelle.
« Quelque chose comme ça. »
Malgré sa voix calme, Laosa versa une larme. Elle se souvenait des siècles d'oppression et de son défunt grand-père.
« L'ordre écrit ici est de protéger l'objet situé sur le "X". Connaissez-vous la situation à Kollon ? »
« C'est en ruines à cause des Zipfel. Alors que j'étais chez moi, j'y ai accompli une mission. »
« Haha… Sous couvert d'excavation d'artefacts, le clan Zipfel tente de trouver notre objet sacré. Même avec leur magie avancée, ils peinent à le faire. Cependant, ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils n'y parviennent. Puisque nous ne pouvons pas les arrêter. »
Tssssssssss.
La bouilloire laissa échapper de la vapeur. Pan, qui servait lentement le thé, semblait retenir ses larmes. Son dos tressaillait de temps à autre.
Reprenant son calme, Pan distribua les tasses de thé remplies. Laosa sourit.
« Mon grand-père était une personne réaliste. Sans aucune promesse de réciprocité, il suppliait de ne pas être abandonné… Cependant, je ne suis pas comme ça. Souhaitez-vous passer un marché avec moi ? »
« Vous êtes littéralement sur le point de perdre votre sagesse, et vous voulez marchander ? Demandez-nous simplement de l'aide. Nous allons de toute façon nous rendre aux ruines de Kollon. »
Bien qu'il eût prononcé des mots durs, Murakan voulait vraiment aider Laosa dans son impuissance.
Jin pensait également qu'un accord n'était pas nécessaire. Comme l'avait dit Murakan, ils allaient y aller de toute façon, et son plan initial était d'empêcher les Zipfel de mettre la main sur l'artefact miroir.
« Je ne crois pas aux faveurs faites par pitié. Pan et moi avons dû endurer bien des batailles juste pour obtenir cette petite maison. »
« Oh, Dame Laosa. S'il vous plaît, oubliez ces souvenirs. Je vous présente mes excuses. »
« Si vous êtes désolé, alors arrêtez de boire et de vous faire arrêter, Pan. Quoi qu'il en soit, si vous êtes prêts à sauver mon peuple, il n'y a qu'une chose que je peux offrir. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« J'utiliserai le reste de mon pouvoir divin pour appeler votre divinité. Je suis sûre que cela fait un moment que vous n'avez pas entendu la voix de Solderet. »
Murakan et Jin se regardèrent.
« Hoho… Vous semblez en savoir beaucoup. Comment cette ville peut-elle abriter le réceptacle d'une ancienne divinité et le contractant d'Az Mil ? Trop d'enfants dotés de clairvoyance et de sagesse. Qu'est-ce que tu vas faire, Jin ? »
« Qu'en penses-tu ? Il n'y a aucune raison de refuser. Je comprends, Dame Laosa. Je partirai bientôt pour les ruines de Kollon. Cependant, je ne peux pas garantir que je pourrai sauver votre peuple. »
Il les aiderait si c'était aussi simple que de combattre les magiciens Zipfel, d'obtenir le miroir et d'escorter les natifs en lieu sûr.
Mais le salut n'était pas son domaine.
« Y aller est déjà suffisant. Je vous en dirai plus sur les problèmes internes, alors restez un peu plus longtemps. »
* * *
20 février 1796.
Seuls trois d'entre eux se rendaient aux ruines de Kollon : Jin, Murakan et Kashimir.
Après la mort d'Andrei et de Vyuretta, Quikantel ne pouvait se montrer aux Zipfel à aucun moment. Les pouvoirs de Gilly étaient toujours réprimés, et Enya était trop inexpérimentée pour s'aventurer dans une telle mission.
Quant à Alisa, elle devait rester à Tikan pour assurer la sécurité.
Ainsi, par élimination, les trois hommes devaient y aller. Ils se déguisèrent en touristes ordinaires et se préparèrent à partir.
Cependant, ils rencontrèrent déjà un problème.
« Qu'est-ce que c'est… ? Ils n'ouvrent plus les ruines aux touristes ? »
Les choses avaient changé depuis l'époque où Jin était cadet.
Les ruines de Kollon étaient devenues une zone réglementée qui interdisait même l'accès aux gens durant la journée.
—————
—————