Chapitre 85
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 85
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Proie et chasseur (8)
L’entrée du poste de contrôle retomba dans le silence. Dans le calme, des pas réguliers s’approchèrent des rangers, puis s’arrêtèrent.
Qui était-ce ?
Silas plissa les yeux. L’homme qui avait surgi sans prévenir était enveloppé de la tête aux pieds dans une cape noire. Son capuchon rabattu lui cachait la moitié du visage, difficile à distinguer. Mais ses cheveux noirs et ses yeux sombres, à peine visibles dessous, ressortaient avec une netteté inhabituelle. L’épée à sa taille brillait.
« Ah, te voilà. »
— Je suis en retard ?
— Non. Tu arrives juste à temps. Comment s’est passée ta discussion avec sir Kellan ?
— Bien. Nous avons déjà parlé de l’essentiel hier. Il ne reste qu’une petite vérification à faire.
L’homme échangeait avec désinvolture avec le ranger chargé de l’inspection. Silas et les autres membres du convoi, qui avaient suivi la scène avec nervosité, le dévisagèrent, les yeux écarquillés.
« L’ampleur… n’est pas mauvaise. »
Kyle ignora calmement leurs regards et examina chaque partie du convoi. Le nombre de chariots, la taille de la compagnie commerciale et de ses mercenaires, puis le propriétaire du convoi : le chef marchand qui s’était avancé et s’était évertué à amadouer les rangers pour franchir le poste de contrôle.
« Qui sont-ils ? »
Kyle s’adressa aux rangers à côté de lui. L’un d’eux, qui l’avait accompagné au poste de contrôle la veille, lui tendit les papiers d’identification qu’il tenait à la main.
« Les voici. Ils disent être un convoi commercial de la Compagnie commerciale Silas. »
« La Compagnie commerciale Silas… »
« Tu en as entendu parler ? »
« Non. Jamais. Ce doit être une petite compagnie. »
La Guilde des marchands de Brendel ne comptait qu’une centaine de chefs marchands enregistrés, tous détenteurs de son sceau. Kyle ne pouvait pas se rappeler chacun d’eux. Il ne connaissait que quelques grands noms parmi les grandes compagnies commerciales. S’il ne se souvenait pas de celui-ci, c’était que la compagnie était petite.
« C’est même mieux ainsi. Un convoi d’une grande compagnie commerciale ne tenterait jamais de traverser le duché en ce moment. Ce serait trop risqué. »
Kyle n’était pas déçu. Dès qu’un convoi comptait plus de dix chariots, il empruntait généralement la grande route commerciale plutôt qu’un itinéraire secondaire.
Le convoi de la Compagnie commerciale Silas qui se trouvait devant lui n’était pas une immense procession appartenant à une grande compagnie, mais il n’était pas minuscule non plus. Une petite compagnie commerciale l’avait préparé avec un soin considérable. C’était exactement la taille qu’il recherchait.
« Je vais te poser une question. »
Kyle avait examiné les papiers de la Compagnie commerciale Silas et de son chef marchand, Silas Weaver. Il releva la tête et regarda celui-ci. Silas, qui se tenait là, bouche bée, incapable de suivre l’échange entre Kyle et le ranger, reprit enfin ses esprits.
« Vous cherchez à passer par ici ? »
« Pardon ? Ah, oui ! Nous venons de Brendel et nous traversions le duché pour gagner Sarmaren. »
« Je vois. »
« Euh… Est-ce que nous pouvons passer ? »
Silas posa prudemment la question, guettant la réaction de Kyle. Les rangers du duché s’adressaient à cet homme avec déférence. Silas ignorait exactement qui il était, mais il ne tirerait rien de bon s’il le contrariait.
« Ça va être difficile. Je ne pense pas que ce soit possible. »
Kyle répondit avec fermeté. Le visage de Silas, où subsistait une faible lueur d’espoir, s’effondra dans le désespoir.
« Vous dites que nous ne pouvons pas passer ? »
C’était impossible. Il avait tout misé sur ce convoi, jusqu’au sort de sa compagnie commerciale. Il avait déjà perdu beaucoup de temps à Nibelmund, en contrebas des hautes terres. Il devait traverser le duché au plus vite, rembourser ses dettes et repartir de zéro. Il ne pouvait pas être arrêté avant même d’avoir commencé.
« Mais… »
Ses lèvres sèches remuèrent un moment sans produire un son, puis il reprit la parole.
« Est-ce parce que le péage ne suffit pas ? Si c’est le problème, je peux… »
« Non. Peu importe le montant du péage, ça ne changera rien. »
« Alors pourquoi ne pouvons-nous pas franchir le poste de contrôle ? »
« Vous le savez déjà. »
Kyle fit tourner les papiers d’identification dans sa main. Pendant un instant, Silas sentit sa gorge se nouer.
« En ce moment, il est impossible de voyager normalement dans la majeure partie du duché, hors de la capitale du plateau, à cause des attaques des tribus barbares. Même si vous forcez le passage, vous vous ferez dépouiller. Vous aurez de la chance si vous en sortez vivants. »
« Ce n’est pas un problème ! Nous en assumerons les conséquences… »
« Non. Un avis officiel a déjà été envoyé par la capitale au nom du duc de Tervan. Tous les postes de contrôle et toutes les forteresses doivent être fermés jusqu’à nouvel ordre. Celui-ci ne fait pas exception. »
Kyle rendit les papiers à l’homme qui se tenait devant lui. Silas resta là, le regard vide, à fixer les documents qu’on lui tendait. Kyle l’observa en silence.
« On est bloqués ? »
« Je ne sais pas. On dirait qu’on ne peut pas passer. »
« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »
Des murmures s’élevèrent çà et là. Les mercenaires et les membres de la compagnie commerciale chuchotaient entre eux au sujet de l’itinéraire du convoi, brusquement interrompu d’une manière à laquelle personne ne s’attendait. Les mercenaires avaient l’air particulièrement sombre. Si le convoi s’arrêtait là, ils ne toucheraient jamais le reste de leur solde, au-delà de l’avance.
« Hé ! »
Un mercenaire, qui ne pouvait plus rester sans rien faire, s’avança. Les murmures autour de lui cessèrent aussitôt.
« On ne peut pas franchir le poste ? C’est quoi, cette connerie ? »
C’était un mercenaire de rang argent, le plus fort de ceux qu’avait engagés Silas. Il sauta de son cheval et se planta devant Kyle. Silas, qui piétinait nerveusement sans savoir quoi faire, sursauta en voyant l’homme venir brusquement se placer à côté de lui.
« Ça veut dire exactement ce que j’ai dit. Selon l’avis officiel de la capitale, personne ne peut passer. »
Kyle répondit calmement. Le mercenaire, lui, grimaça comme si la réponse lui déplaisait.
« C’est votre problème. Nous, on dit qu’on est prêts à risquer notre peau et à continuer. Alors pourquoi nous en empêcher ? Cet avis officiel, c’est pas juste un mensonge que vous avez inventé pour nous impressionner ? Vous avez une preuve ? Hein ? »
Le mercenaire lui cria dessus. Kyle le fixa sans mot dire. Les deux rangers à ses côtés furent les premiers à avoir l’air mal à l’aise.
« À voir ta tête, t’es ni un ranger du duché ni un chevalier. T’es un mercenaire comme nous. Alors viens pas me raconter des conneries. Va chercher le responsable à l’intérieur… »
Comme Kyle gardait le silence, le mercenaire prit de l’assurance et haussa encore la voix. Soudain, une rafale de vent lui cingla la joue. Parmi les mèches qui retombaient, une goutte de sang glissa le long de sa joue.
« Redis ça. »
« … »
« Tu voulais que j’aille chercher le responsable à l’intérieur ? »
Kyle posa la question d’une voix égale. Le mercenaire, qui n’avait fait que jeter un coup d’œil sur le côté pour vérifier le sang qui coulait le long de sa joue, se figea.
De la magie sans incantation ?
Quand est-ce qu’il avait fait ça, bon sang ?
Tous les membres du convoi, Silas et le mercenaire compris, se turent et se mirent à suivre la scène avec attention. La magie du vent déclenchée en un instant avait fait son effet. Dans le silence, Kyle échangea un regard avec les deux rangers chargés de l’inspection. Le coup de fouet avait suffi.
Il ne restait plus qu’à leur tendre la carotte.
« Ce n’est pas comme s’il n’y avait aucune solution. »
Un peu de temps s’écoula. Quand Kyle reprit la parole, Silas, qui s’était presque résigné, releva vivement la tête. Une détermination farouche brûlait dans ses yeux : il ferait réussir ce convoi, quoi qu’il en coûte.
« Laquelle ? »
« Rien de compliqué. Il suffira d’un peu de coopération. »
Kyle marqua une pause, puis poursuivit :
« Une fois que vous l’aurez entendue, vous ne pourrez plus revenir en arrière. Vous voulez quand même savoir ? »
Silas acquiesça sans la moindre hésitation. Après avoir jeté un dernier regard au ranger, Kyle fit entrer le convoi de la Compagnie commerciale Silas. Même alors, Silas gardait un air résolu.
***
« Sortez-en le plus possible de marchandises. »
« Pardon ? »
« Vous n’avez pas entendu ce que je viens de dire ? J’ai dit de sortir autant de marchandises que possible. »
« Mais, comme sir Kellan l’a dit hier, nous avons déjà fait le tri… »
« Ha ! Vous appelez ça faire le tri ? Vous vous moquez de nous ? »
« Ce type est incroyable. Hé ! Ne laissez que le strict minimum dedans et sortez tout le reste ! Comment voulez-vous que nos hommes montent là-dedans ? »
« N-Non ! Sans ces marchandises, notre compagnie commerciale… ! »
Kyle ouvrit les yeux en entendant, dehors, les rangers se disputer avec Silas, le chef marchand. Le vent froid du matin s’engouffrait peu à peu par la fente étroite de la tente.
C’était aujourd’hui ?
Kyle se leva dans un froissement et regarda autour de lui. Il était le seul encore dans la tente. Jade et Elysia semblaient être sorties avant lui. Il était resté seul éveillé pour monter la garde avant d’atteindre le poste de contrôle et, la veille, il s’était encore couché tard. Il devait donc être le dernier à s’être levé.
Il se sentait plutôt bien.
Kyle attacha solidement à sa taille l’épée qu’il avait posée près de sa tête.
Après un dernier coup d’œil à l’intérieur de la tente, il sortit. Le vent du petit matin, au début de l’automne, balaya son corps de sa fraîcheur.
« Kyle ! »
La voix de Jade retentit tout près. Kyle se tourna vers elle et se mit aussitôt en marche. Le chariot dans lequel son groupe avait voyagé se trouvait là, avec les deux personnes qui semblaient l’avoir attendu. Elysia, qui était restée à côté du chariot sans y monter, fut la première à saluer Kyle lorsqu’il approcha.
« Tu as bien dormi ? »
« … Oui. Grâce à toi. »
Il hocha légèrement la tête. Jade, qui vérifiait l’état des chevaux, marmonna pour lui-même :
« Ça a pris une ampleur inattendue. Je n’aurais jamais cru que ça tournerait comme ça au début. »
« Si tu as peur, tu peux te retirer maintenant. »
« Qui a dit que j’avais peur ? Je prévois juste une solution de secours, au cas où il se passerait quelque chose d’imprévu. »
« Tu as un caractère étonnamment timoré. »
« Même vous, ma dame ? »
Jade soupira et regarda autour de lui. Kyle et Elysia suivirent son regard et observèrent la scène.
« Non, pas cet article ! »
« Je vous ai dit de le déplacer ! Ne gardez que les objets les plus chers et sortez le reste ! »
Silas, le chef marchand de la Compagnie commerciale Silas, et les rangers se disputaient encore au sujet des marchandises et des personnes à charger dans les chariots. Les autres n’étaient guère différents.
Après l’entrée de la Compagnie commerciale Silas dans le poste de contrôle, la veille, Kellan et Kyle avaient passé une nouvelle fois en revue les soldats et les mercenaires qui rejoindraient le convoi. Il y avait huit chariots de marchandises, un chariot pour le chef marchand et celui du groupe de Kyle : dix au total. Le convoi avait été déguisé de la manière la plus naturelle possible.
Par précaution, ils avaient aussi retiré autant de marchandises que possible et aménagé les chariots pour qu’on puisse y monter.
« L’objectif ne change pas, quoi qu’il arrive. »
Kyle, qui avait observé la scène en silence, prit la parole.
« Nous devons traverser le duché aussi vite que possible. »
Ce n’était qu’une étape du processus visant à détruire l’Empire. Kyle avait encore beaucoup de chemin à parcourir. Même après avoir traversé le duché, ils devraient trouver un navire à Cadis, la ville portuaire à l’est du Royaume de Sarmaren, puis prendre la mer.
Une fois la mer franchie et le sud de la Fédération atteint, il leur faudrait encore voyager longtemps pour rejoindre Renavik, où siégeait l’Assemblée fédérale.
Pendant ce temps, l’Empire passerait à l’action, c’était certain.
Deux chevaliers wyvernes étaient morts ; l’Empire ne resterait donc pas sans réagir. À cette pensée soudaine, Kyle leva les yeux. Le ciel d’automne au-dessus des hautes terres était d’une limpidité saisissante. L’aube s’était presque entièrement dissipée et des nuages s’épanouissaient dans le bleu éclatant, au-dessus des sommets.
Des souvenirs du passé lui revinrent sans raison. Même au plus fort de la guerre, même quand le champ de bataille n’était qu’une mer rouge de sang, le ciel gardait son indigo vif, en contraste avec le carnage qui s’étalait en dessous. À un moment, il avait trouvé cela profondément étrange. Le monde lui-même semblait contradictoire. Il y avait des dieux et un pouvoir sacré, et pourtant le destin inéluctable ne différait en rien de celui de la Terre.
Plus maintenant. À présent, il ne ressentait qu’une sorte d’engourdissement. C’était sans doute parce que Kyle était brisé. Même à cet instant, il pensait davantage à l’Empire qu’au grand chef des tribus barbares ou au comte qui avait trahi le duché, qu’il devrait peut-être bientôt affronter.
Cela ne prendrait pas longtemps.
S’il abattait tout ce qui se dressait sur son chemin. S’il allait aussi loin que possible, toujours plus loin.
Un jour, il atteindrait son but. Suivant des yeux les nuages à la dérive, Kyle sentit son cœur s’apaiser. Il baissa les yeux vers l’anneau à sa main gauche. Le mana qu’il contenait n’était toujours pas complètement reconstitué.
« Tu as l’air en assez bonne forme. »
Alors que Kyle évaluait la quantité de mana qui lui restait, un chevalier à cheval s’approcha. C’était Kellan Fell, le chevalier supérieur qui commandait l’ensemble de l’avant-poste. Ses yeux, contrairement à la veille, étaient vifs et clairs, presque brillants ; le chevalier d’âge mûr avait retrouvé toute sa vigueur.
« Vous comptez revenir sur votre décision à la dernière minute ? »
demanda Kyle. Kellan fronça les sourcils.
« Hors de question. »
« Vous n’êtes pas obligé de vous exposer vous-même. Le capitaine des éclaireurs, qui commandera les soldats, pourrait se joindre à nous à votre place. »
« J’ai déjà pris ma décision. Même si je suis vieux et que j’ai perdu la vigueur de ma jeunesse, je reste un chevalier loyal à Tervan. »
En disant cela, Kellan eut l’air étrangement soulagé.
« Plutôt que de rester enfermé ici à trembler comme un lâche, j’ai décidé de te faire confiance et de tenter ma chance. Avec un peu de chance, je pourrais même contribuer à tuer ce grand chef des tribus barbares ou le comte Barkan. Et quand vous passerez par d’autres forteresses ou avant-postes, ma présence à vos côtés vous facilitera la tâche. »
Comme Kellan n’avait pas tort, Kyle ne discuta pas davantage. Le chevalier avait sûrement ses raisons de laisser le capitaine des éclaireurs à l’avant-poste et de partir lui-même.
« On dirait qu’ils vous ont fait pas mal de mal. »
« Pas mal ? Ma haine des tribus barbares est bien plus profonde que tu ne le crois. Elle l’a toujours été. À la moindre occasion, ces salauds se mettaient à piller. »
Kellan jeta un regard à Jade et Elysia, qui se tenaient près de Kyle.
« On dirait que les préparatifs sont presque terminés. Je vais prendre de l’avance. Suivez-moi dès que la tête du convoi se mettra en marche. »
Après avoir brièvement vérifié les alentours, il se dirigea vers l’entrée du poste de contrôle, à l’est. Kyle et les deux autres le regardèrent s’éloigner.
« On dirait qu’on va bientôt partir. »
Jade parla depuis le siège du conducteur. Elysia lança un regard de côté à Kyle, puis monta la première à l’arrière du chariot. Le ciel brillait toujours d’un bleu vif. Kyle observa l’entrée du poste de contrôle, le convoi qui s’étirait au-delà, Jade assise au siège du conducteur et Elysia qui l’attendait à l’intérieur. Puis il grimpa dans le chariot et dit :
« Allons-y. »
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