Chapitre 63
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 63
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Deux exilés (10)
L’intérieur de la Cité-forteresse de Ligrid grouillait de monde et de bruit.
Des foules de gens et des chariots sillonnaient les rues teintées de rouge. Kyle et Elysia avançaient en silence sur l’artère principale, chacun tenant les rênes d’un cheval. L’un était un mercenaire vêtu d’une bonne armure de cuir, une épée à la ceinture. Derrière lui marchait une femme portant une cape noire et une capuche rabattue sur la tête.
Ils avaient l’air de gens qu’on pouvait croiser n’importe où. Grâce à cela, ils se fondaient naturellement dans le décor de la cité-forteresse. Même à cet instant, des chariots de marchands cahotaient au milieu de l’artère principale, tandis que des chevaux se pressaient partout dans la rue.
« Il y a l’air d’y avoir plus de monde que lorsque nous avons aperçu la ville depuis le col. »
« La frontière est juste devant nous. Pour les mercenaires et les marchands qui veulent traverser les Montagnes de Ligrid et entrer au Royaume de Brendel, il n’y a pas d’autre choix que de passer par ici. Surtout s’ils ont des chevaux ou des chariots. »
Les Montagnes de Ligrid, qui s’élevaient près de la frontière entre le Royaume de Brendel et le Duché de Tervan, formaient une sorte de barrière entre les nations. Une fois cette forteresse franchie, la région vallonnée qui s’étendait juste devant constituait pratiquement la frontière elle-même. Il était donc naturel que la Porte de Ligrid et la forteresse de Ligrid, seul passage à travers les montagnes, soient imposantes. Même chose pour le nombre de voyageurs qui y entraient et en sortaient.
« Ça joue en notre faveur. »
Kyle marmonna à voix basse. Pour quelqu’un que poursuivaient des Chevaliers wyvernes, plus la forteresse comptait de monde, mieux c’était.
« Et nous n’avons pas non plus présenté nos papiers. »
Dans ces circonstances, le fait qu’on ne puisse pas établir leur identité représentait un avantage considérable.
À elle seule, cette cité-forteresse devait abriter près de dix mille personnes.
Cela signifiait que des milliers de voyageurs y passaient la nuit. Pour les interroger un à un, il faudrait mobiliser toute la garnison de la forteresse.
Le seul problème, c’était…
« Le faucon messager n’est pas arrivé ? »
Derrière lui, Elysia murmura ces mots comme pour elle-même. Kyle plissa les yeux et s’arrêta un instant sur le bord de la route principale.
« Qui sait… »
« L’inspection était étrangement laxiste. Si la lettre avait été remise, il ne serait pas étonnant qu’un ordre de mobilisation ait déjà été donné, comme à la Porte de Ligrid, et que les gardes aient bouclé la forteresse. »
Elysia avait raison. Kyle ressentait le même malaise.
Trois possibilités s’offraient à eux. Soit la lettre du faucon messager n’était pas arrivée, soit le seigneur de la cité-forteresse refusait d’obéir aux ordres du Chevalier wyverne, soit il hésitait encore.
Or, le seigneur de la Cité-forteresse de Ligrid était favorable à l’Empire.
Il était donc sans doute prudent de supposer que le faucon messager n’était pas encore arrivé.
L’Empire ne serait pas avare en récompenses pour la capture d’un traître. En outre, à la vitesse habituelle d’un faucon messager, même en faisant halte aux relais, une demi-journée aurait dû suffire pour traverser les Montagnes de Ligrid.
Si le Chevalier wyverne avait envoyé la lettre dès son arrivée à la Porte, elle aurait dû parvenir à destination la veille.
« Nous avons de la chance… ? »
À en juger par la réaction des gardes de la porte, il était évident qu’aucun ordre spécial n’était encore arrivé. N’y avait-il tout simplement plus de faucons messagers à la porte ?
« Commençons par trouver des chevaux. »
Kyle chassa ces brèves pensées de son esprit et se remit en route en menant sa monture. Elysia le suivit.
Pour le dire avec indulgence, les chevaux qui les avaient portés jusque-là étaient loin d’être en bon état. Même sans cavalier sur leur dos, ils haletaient et avançaient à peine. Il n’aurait pas été étonnant qu’ils s’effondrent d’épuisement à tout moment. À part le foin qu’on leur avait donné dans un village en chemin, ils avaient traversé la chaîne de montagnes sans manger de toute la journée ; rien d’étonnant à ce qu’ils soient dans cet état. Kyle et Elysia avaient préservé leurs forces aux dépens de leurs montures.
À terme, ils devaient de toute façon changer de chevaux.
Après être entré dans la forteresse par la porte occidentale, Kyle repéra un petit marché aux chevaux à proximité. La ville était vaste et proche de la frontière ; le commerce de chevaux y était donc assez florissant.
Kyle comptait acheter deux chevaux endurants, quel qu’en soit le prix. Il avait déjà monté à cheval pour un contrat d’escorte, après trois ans sans en chevaucher un. Il n’avait aucune raison d’hésiter à présent.
« Désolé, mais nous n’en avons plus. »
Mais lorsqu’il arriva au marché, un problème inattendu se présenta.
« Vous voulez dire qu’il n’y a aucun cheval à vendre ? »
« Oui. Tous ceux qui restent sont déjà promis. Vous voyez ces chevaux, ceux que vous vouliez acheter ? Ils appartiennent tous à d’autres groupes de marchands ou ont déjà été réservés. Et ils sont même vendus avec une forte majoration. »
Le marchand de chevaux poussa un soupir. Là où il désignait du menton se trouvait une écurie presque vide. Les quelques chevaux qui restaient étaient déjà réservés, et des gens comme Kyle, qui n’avaient pas réussi à en trouver, se pressaient pour les obtenir. Kyle sentit poindre un mal de tête.
« D’après ce que j’ai entendu, il s’est passé quelque chose dans le Duché de Tervan, et plus de gens que d’habitude traversent la frontière. »
Le marchand s’exprima d’un ton désolé.
« Une guerre a éclaté, ou quoi ? »
Maintenant qu’il y songeait, il avait entendu quelque chose de semblable à la Porte de Ligrid. On lui avait dit que la situation était chaotique du côté du duché et qu’il y avait donc beaucoup de contrats d’escorte de convois marchands.
« Comment voulez-vous que je le sache ? Tout ce que j’ai entendu, c’est un vrai méli-mélo. »
« … »
« Si vous êtes aussi pressé, allez voir les auberges du centre. Il y a beaucoup plus de monde que d’habitude. Si vous avez de quoi payer, vous pourrez peut-être obtenir un ou deux chevaux en proposant un bon supplément. Pour l’instant, vous n’en trouverez pas de ce côté-ci. Vous pourriez continuer à chercher, mais je ne compterais pas là-dessus. »
Il n’y avait plus rien à tirer de cette discussion. Kyle décida donc de vendre les chevaux qu’il avait amenés, tous deux au bord de l’effondrement, pour une somme modique. Kyle et Elysia avaient besoin de chevaux qu’ils pourraient monter sur-le-champ, mais un marchand pouvait laisser les bêtes se reposer, leur faire reprendre des forces, puis les revendre plus cher.
« Qu’est-ce que tu comptes faire, maintenant ? »
Après avoir quitté le marché aux chevaux et repris leur marche dans la rue, Elysia lui posa la question à ses côtés. Elle s’efforçait de garder son calme, mais une pointe d’impatience perçait dans sa voix.
« On change de plan. »
« Comment ça ? »
« On ne traversera pas la forteresse tout de suite. On va se reposer dans une auberge. »
Kyle leva les yeux vers le ciel. Quand ils étaient entrés dans la forteresse, le ciel était encore rougi par le coucher du soleil. À présent, le crépuscule s’était déjà installé, sombre et terne.
« On se repose ici ? »
« Oui. Les portes vont bientôt fermer, de toute façon. Même si on quittait la forteresse sans chevaux, il faudrait trouver un endroit où camper et dormir avant minuit. »
Kyle referma puis rouvrit la main gauche, celle où il portait la bague. Elle était pleine de mana. La bague absorbait et stockait naturellement le mana ambiant.
Son corps, en revanche, était une autre histoire. Depuis le petit matin, il avait forcé le pas pendant plus de douze heures. La fatigue imprégnait chaque parcelle de son corps. Lorsqu’il se tourna vers Elysia, il constata qu’elle était encore plus épuisée que lui. Même s’ils quittaient la forteresse juste avant la fermeture des portes, il était évident qu’ils devraient bientôt s’arrêter. Dans ce cas, autant se reposer convenablement ici.
« La chance et la malchance se sont donné rendez-vous… »
Kyle murmura dans sa barbe.
La chance, c’était qu’un incident était survenu chez l’ennemi, retardant l’arrivée de la wyverne et du faucon messager.
La malchance, c’était que leur plan d’acheter des chevaux pour repartir aussitôt était tombé à l’eau.
Une wyverne en bon état pouvait traverser les Montagnes de Ligrid en une demi-journée à une journée. Si cela arrivait, même en quittant la forteresse maintenant, ils n’atteindraient pas les environs de la frontière avant de tomber sur elle, dans le pire état possible.
Mieux valait donc se reposer, même un peu. Si la chance leur souriait encore quelque temps, ils pourraient acheter des chevaux tôt le lendemain matin en payant un supplément, traverser la forteresse en bien meilleure forme et chevaucher jusqu’à la frontière. Même si le Chevalier wyverne arrivait tôt, une ville de cette taille leur permettrait de profiter du chaos pour creuser l’écart. Dès qu’une wyverne apparaîtrait au-dessus de la ville, les alentours sombreraient dans la panique. D’ici là, une partie de leur fatigue se serait dissipée.
« … J’ai l’impression de miser sur un pari incertain. »
Kyle fronça les sourcils. Rien n’était sûr. Il avait l’impression d’avancer dans un épais brouillard, une épée à la main.
Le faucon messager était-il arrivé ? Quand les Chevaliers wyvernes étaient-ils partis ? Quels moyens l’ennemi pouvait-il utiliser pour les traquer ? À cela s’ajoutait l’état d’épuisement de Kyle et Elysia, à peine meilleur que le pire qu’on puisse imaginer.
Le déséquilibre entre le sommeil dont ils avaient absolument besoin et le temps qu’ils devaient consacrer à avancer.
Il n’y avait pas une seule chose dont il pouvait être certain. Il ne pouvait se fier qu’à son instinct et à son intuition.
« Entrons. Pour commencer, il faut se remplir l’estomac. »
Kyle entraîna Elysia dans une auberge de la rue. L’établissement était convenable, un peu plus petit que ceux du quartier central, sans être complètement à l’écart non plus.
À l’intérieur, il y avait bien plus de monde que ne le laissait penser la façade. Il semblait bien que quelque chose s’était produit dans le Duché de Tervan, poussant davantage de gens à traverser les Montagnes de Ligrid. Kyle rabattit de nouveau la capuche d’Elysia sur son visage. Un instant, ses yeux dorés se tournèrent vers lui.
« Bienvenue. Vous êtes deux ? »
Une serveuse qui circulait dans la salle à manger du rez-de-chaussée venait de s’approcher.
« Oui, deux. Nous voudrions une chambre pour une nuit. »
« Et pour le dîner ? »
« Pour deux. Ah, et si vous avez des provisions qui se conservent, comme des rations séchées ou des biscuits, j’aimerais en acheter. Autant que possible. Le prix n’a pas d’importance. »
La serveuse hocha la tête. Kyle régla la note, pourboire compris, puis s’installa à une table libre.
« Ce salaud est mort dans le Duché de Tervan ? »
« Je te le dis ! Il y a plein de gens qui sont partis là-bas pour se faire un peu d’argent, et qui sont morts sans que personne ne retrouve même leurs corps. »
« Ah… »
« Quand je suis allé au marché aux chevaux tout à l’heure, il n’en restait pas un seul. Le commerce semble presque à l’arrêt, lui aussi. J’ai entendu dire que les barbares auraient peut-être fait alliance avec l’armée régulière… »
Dans la salle à manger du rez-de-chaussée, presque comble, les voix fortes et les conversations en tout genre fusaient de part et d’autre. Assise en face de Kyle, Elysia ne cessait de jeter des coups d’œil autour d’elle. Comme on pouvait s’y attendre d’une forteresse frontalière, même les bavardages anodins regorgeaient d’informations.
Puisqu’ils comptaient d’abord rejoindre la région frontalière du Duché de Tervan, cela attirait naturellement son attention.
« Ça te tracasse ? »
« Non, pas tant que ça… »
« On verra ça plus tard. Pour l’instant, concentre-toi uniquement sur le passage de la frontière. »
Une fois les Chevaliers wyvernes neutralisés, ils pourraient réfléchir à la suite. Les détails sans importance pouvaient attendre.
Le repas ne tarda pas à arriver. Kyle découpa la viande et la mâcha en silence. Elysia grignota mécaniquement son pain et but de l’eau, comme la veille.
« Mange autant que tu peux. Cette nuit ou demain à l’aube, tout pourrait se jouer. »
« … Nous allons passer la nuit ici ? »
Elysia posa la question. Un peu plus tôt, Kyle avait payé la chambre pour qu’ils restent une nuit.
« Qui sait ? Les portes sont fermées, alors on ne peut rien faire tout de suite. »
« … »
« Si on veut partir, il faut attendre encore un peu. Au moins jusqu’aux alentours de minuit. »
Sous sa capuche, les yeux d’Elysia, assombris par l’ombre, fixaient Kyle. Celui-ci ne détourna pas le regard. Leurs murmures se perdirent dans le vacarme de l’auberge. Kyle termina rapidement le repas qu’on leur avait servi.
Peut-être parce qu’elle sentait que leur rencontre avec les Chevaliers wyvernes approchait, Elysia mangea plus que d’habitude. La serveuse emporta les assiettes vides, puis revint avec les provisions que Kyle avait demandées, enveloppées dans un tissu. Il les rangea dans sa bourse d’inventaire. Tout étant réglé, Kyle se leva enfin.
« Si tu as fini de manger, montons. Mieux vaut dormir un peu, ne serait-ce que quelques heures. »
***
Konrad, seigneur de la forteresse de Ligrid, resta silencieux en contemplant la lettre qu’il tenait à la main. La douce lumière de la lune entrait par la fenêtre de son bureau.
« Ha… »
Il poussa un soupir. Du début à la fin, la lettre ne contenait que des faits incroyables. Les sceaux apposés au bas de la page étaient encore plus préoccupants. Avant même d’examiner le contenu, il devait tenir compte du fait qu’ils appartenaient à Leonard, le seigneur qui supervisait la Porte de Ligrid, et à un Chevalier wyverne des Chevaliers célestes impériaux.
« Un traître impérial de première classe… et ils l’ont laissé s’échapper. »
Le faucon messager était arrivé un peu plus tôt. Konrad venait de terminer son dîner et s’apprêtait à régler les affaires restantes lorsqu’un faucon avait surgi par la fenêtre.
Cela, en soi, ne posait pas de problème. L’échange de faucons messagers était une pratique courante. Le souci venait du contenu de la lettre : deux Chevaliers wyvernes, un traître de première classe en fuite, la porte forcée, les Chevaliers wyvernes qui partiraient à peu près au moment où la lettre arriverait, et les deux exilés qui tentaient de franchir la frontière.
C’est insensé.
La porte et la forteresse, seul passage à travers les Montagnes de Ligrid, étaient directement administrées par la famille royale.
Des nobles du centre, dépourvus de territoires mais suffisamment compétents, étaient nommés seigneurs.
Konrad, seigneur de la forteresse, et Leonard, seigneur de la porte, étaient précisément de cette trempe. Le problème, c’était qu’en ce qui concernait les Chevaliers célestes impériaux, même la famille royale de Brendel devait, dans les faits, s’incliner. Pire encore, Leonard avait reçu la lettre en premier et avait tout de même laissé échapper le traître. Compte tenu des troupes stationnées à la porte et du niveau de sécurité, cela n’avait aucun sens.
Leonard était-il mort ?
Konrad évalua froidement la situation. Dès l’arrivée du faucon messager et de sa lettre, il était tenu de coopérer avec le Chevalier wyverne.
Et il n’avait aucune raison de désobéir. Objectivement, ses relations avec l’Empire n’étaient pas mauvaises. Si la cible était un traître de première classe, la récompense pour sa capture vivant serait largement suffisante. Même les grands nobles de la Fédération entretenaient secrètement des relations avec l’Empire ; il n’avait donc aucune raison de s’en faire un ennemi.
Si deux Chevaliers wyvernes sont en route, c’est qu’il s’agit de quelqu’un de très important.
Le problème, c’est de savoir comment capturer ce traître…
Toc, toc.
« Comte. »
On frappa soudain à la porte. Une voix retentit de l’autre côté. Konrad détourna les yeux de la lettre et répondit d’un ton grave :
« Entrez. »
À peine en eut-il donné l’autorisation que la porte s’ouvrit et que plusieurs soldats firent irruption. C’étaient les gardes chargés des inspections à la porte. Tous tremblaient de peur. Un chevalier entra en dernier et se posta comme pour barrer la porte.
« Répondez sans le moindre mensonge aux questions que je vais vous poser. »
La voix grave de Konrad résonna clairement dans le bureau. Les soldats s’agenouillèrent d’eux-mêmes et acquiescèrent en silence.
« Une lettre importante vient d’arriver. Nous devons retrouver les personnes qui y sont mentionnées. »
« Un grand mercenaire armé d’une épée et portant une cape noire. Une mage qui porte une robe blanche sale. Les avez-vous vus lors de l’inspection d’aujourd’hui ? »
Konrad agita la lettre qu’il tenait. Les soldats ne faisaient que s’observer les uns les autres. Aucun n’ouvrit la bouche.
« Très bien. Je vais poser la question autrement. Avez-vous vu une attestation de la Tour de magie Arven, ou un insigne d’argent gravé du nom de Kyle ? »
« J-je suis désolé. Je ne me souviens pas vraiment… »
« Moi non plus… »
Cette fois, les gardes fermèrent les yeux et avouèrent d’une voix minuscule. Malheureusement, aucune de leurs réponses n’était utile. Konrad se passa nerveusement la main sur le front et demanda de nouveau :
« Vous n’auriez pas accepté de pots-de-vin, par hasard ? »
Plusieurs soldats tressaillirent. Accepter de l’argent pour laisser passer des gens sans les inspecter était une sorte d’habitude. Les capitaines de garde fermaient souvent les yeux tant que cela restait raisonnable. Au vu de l’intensité de leur travail, les gardes étaient mal payés.
« N-nous avons eu tort, comte ! Épargnez-nous, je vous en prie ! »
« Nous avons commis un crime digne de mort ! Pardonnez-nous, je vous en supplie… »
Les quelques soldats qui avaient tressailli baissèrent la tête et se mirent à implorer sa clémence. Aussi courante que soit cette pratique, accepter de l’argent et fermer les yeux sur des inspections constituait un crime grave.
Dans le pire des cas, ils n’auraient rien à dire si on leur tranchait la tête sur-le-champ. Tel était le pouvoir d’un seigneur dans une forteresse.
« Ça suffit. »
Ne supportant plus de les regarder, Konrad ravala un soupir et leva la main. Les soldats cessèrent de le supplier.
« Je ne vous ai pas convoqués pour vous punir. Ce qui compte maintenant, c’est de savoir si nous retrouverons les personnes mentionnées dans cette lettre. »
« Cela veut dire que… »
« Je vais vous poser une dernière fois la question. Avez-vous vu un grand mercenaire armé d’une épée et portant une cape noire, ainsi qu’une mage vêtue d’une robe blanche sale ? Ils ont peut-être changé d’apparence, alors ne vous focalisez pas sur leurs vêtements. Un grand mercenaire de rang argent. Une mage plus petite. Deux personnes en tout. »
« S-si c’est le cas, je crois que je les ai vus… »
« Quand ? »
Konrad posa la question. Un soldat, la tête baissée, prit la parole.
« Des gens nous ont donné un pot-de-vin avant le coucher du soleil. Un mercenaire plaisantait en disant qu’il avait failli mourir sur une falaise… »
« Et ? »
« Il y avait une femme avec lui, qui avait l’air d’une mage. Leurs chevaux étaient épuisés, sans doute parce qu’ils avaient dévalé les montagnes à toute vitesse… »
« Pourquoi étaient-ils venus à la forteresse ? »
« Pour se ravitailler, a-t-il dit. Il a dit qu’ils repartiraient aussitôt… »
Le soldat laissa sa phrase en suspens. Konrad garda le silence un moment, puis se tourna sur le côté.
« Avez-vous vu un mercenaire et une mage qui leur ressemblaient sortir par la porte orientale ? »
« N-non ! Pas une seule fois avant la fermeture de la porte… »
« Je vois. »
Konrad se contenta de cette brève réponse. Si les paroles du garde étaient exactes, il y avait de fortes chances que les deux fugitifs soient encore dans la forteresse. Il prit rapidement sa décision.
« Sir Bron. »
« Oui, comte. »
« Retirez des gardes de leurs postes et fouillez toute la forteresse. Surtout les auberges. Mettez-les toutes sens dessus dessous. »
« Mais, comte, des milliers de voyageurs séjournent actuellement dans la forteresse. Nous n’avons pas assez d’hommes pour fouiller toutes les auberges… »
« Je n’accepterai aucune objection. Faites-le, quitte à ne laisser que le strict minimum de troupes sur place et à mobiliser tous les autres. »
Il ne lancerait pas d’appel à la mobilisation par l’intermédiaire de la guilde des mercenaires. Il était trop tard pour cela. Un tel ordre ne ferait qu’aggraver la confusion.
Et les deux traîtres auraient alors encore plus de facilité à s’échapper.
« Les cibles sont deux. Un grand mercenaire armé d’une épée et la mage qui l’accompagne. »
Konrad se leva lentement et déclara :
« Tuez l’homme et capturez la femme vivante. Amenez-les devant moi par tous les moyens. Tout de suite. »
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