Chapitre 58
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 58
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Deux exilés (5)
Entre ceux qui maîtrisaient le mana et ceux qui en étaient incapables, l’écart était abyssal. Il en allait de même pour l’Aura d’épée. Elle consistait à condenser le mana purifié à l’intérieur du corps pour en faire, à l’extérieur, la cristallisation la plus pure de la force destructrice. Projeter cette force en un long arc était encore plus difficile.
Seuls les chevaliers de haut rang des grandes maisons de l’Empire ou de la Fédération maîtrisaient cette technique.
Un simple roturier avait bien du mal à voir ne serait-ce qu’une fois l’Aura d’épée d’un chevalier. Le capitaine de cavalerie ne faisait pas exception. Il avait souvent vu des chevaliers ou des mercenaires de rang argent et supérieur utiliser leur Aura d’épée. Mais jamais il n’avait vu quelqu’un la maîtriser parfaitement et la projeter au loin.
C’était donc la première fois.
La première fois qu’il assistait à un spectacle aussi écrasant. La première fois qu’une lumière incroyable l’aveuglait.
Un croissant de lune jaillit sous la demi-lune.
Kwaaaaaa !
Une Aura d’épée d’un blanc pur s’incurva en diagonale et déchira l’air dans une explosion de puissance. L’espace d’un instant, les alentours resplendirent. Le paysage traversé par l’Aura d’épée bascula et se déforma. C’était une vague de mana conçue pour tout écraser.
Comme si le temps avait ralenti, le capitaine de cavalerie contempla la scène autour de lui. Dès le premier pas, des lames de vent fusaient dans toutes les directions. Des chevaux et des cavaliers mouraient sous un seul sort. Des membres tranchés, des torches qui tombaient. Même le chevalier, qui avait chargé avec assurance, écarquillait les yeux devant la lumière blanche qui fonçait sur lui.
C’est donc là que tout s’arrête ?
Le capitaine de cavalerie chevauchait juste derrière le chevalier. En tirant sur les rênes, il pourrait tout juste sortir de la portée de l’Aura d’épée, mais il serait alors le seul survivant. Toute la cavalerie était morte, et le chevalier lui-même allait être tué sur le coup. Il n’y pouvait rien. Leur adversaire avait anéanti toute leur troupe d’un seul coup. L’affronter de front serait insensé.
Je devrais fuir ?
À chaque instant, la mort se rapprochait. L’Aura d’épée blanche et destructrice. Dans cette fraction de seconde entre la vie et la mort, le capitaine de cavalerie éprouva une sensation inconnue. Le temps s’étira dans son esprit.
Est-ce donc ça, voir sa vie défiler devant ses yeux ?
Cette pensée ne dura qu’un instant. Il prit rapidement sa décision. Fuir ne ferait que le mener à la mort. Alors, autant en finir ici. Il était déjà trop tard pour le chevalier qui se tenait devant l’Aura d’épée. Mais en se servant de lui comme appât, il pourrait peut-être créer une petite ouverture.
« Hуаaaa ! »
Le visage du chevalier se déforma horriblement tandis qu’il brandissait son épée, enveloppée d’une Aura d’épée bleue, sur la trajectoire de celle qui arrivait. L’aura en forme de croissant effleura l’encolure du cheval et engloutit la lame bleue derrière lui.
La lumière blanche heurta la lumière bleue. Le combat était joué d’avance. Le croissant de lune déchira l’air, fendit la lame bleue en deux, puis trancha le chevalier qui la tenait, armure comprise. Cela ne suffit même pas à l’arrêter : il fila au loin derrière lui, abattant les arbres touffus sur son passage.
Pschht !
Un instant plus tard, une gerbe de sang jaillit. La tête du cheval tranchée et le corps du chevalier, coupé en deux au niveau du torse, s’effondrèrent au sol.
Floc !
Les organes et le sang se répandirent. Le capitaine de cavalerie, qui entendait ce bruit répugnant, passa devant le chevalier en train de s’écrouler. Les dents serrées, il fixa le mercenaire en manteau noir qui venait de lancer l’Aura d’épée et raffermit sa prise sur sa lance.
Je peux gagner.
Il n’est pas invincible. Après avoir porté un coup d’une telle ampleur, il devait forcément être vulnérable. D’ailleurs, puisqu’il venait de libérer son Aura d’épée, son épée était encore levée bien haut au-dessus de sa tête.
Maintenant.
C’était le moment. Il lui faudrait un peu de temps pour rabaisser son épée vers lui. Il suffisait de s’engouffrer dans cette ouverture. S’il poussait son mana à son maximum et lançait sa lance aussi vite que possible avec son bras renforcé…
Paang !
Il entendit l’air éclater. Presque aussitôt, le capitaine de cavalerie fut violemment projeté de sa selle vers la droite. Par réflexe, il cracha du sang.
« Keugh ! »
Un choc le frappa au flanc et il sentit ses côtes se briser. Sa vision tourbillonna. Malgré la douleur et la confusion, il tourna les yeux vers l’origine de l’onde de choc. Il aperçut une mage au visage blême, aux cheveux blonds et aux yeux dorés. Elle s’était cachée derrière un tronc, mais venait de se montrer tout entière et tendait la main droite dans sa direction.
« Traî… tresse… »
Le mot lui échappa tandis que son corps heurtait le sol. Une douleur écrasante se répandit dans tout son corps à partir de sa colonne vertébrale. Avant même qu’il s’en rende compte, Kyle se tenait devant le capitaine de cavalerie à terre.
Le capitaine de cavalerie gémit doucement et respira avec difficulté. Kyle posa contre son cou la lame, désormais dépourvue d’Aura d’épée. Devant le tranchant argenté et acéré, la gorge du capitaine tressaillit.
« Pourquoi… tu fais ça ? »
Un bref silence s’installa. Le capitaine de cavalerie fut le premier à parler. Kyle haussa légèrement un sourcil et lui retourna la question.
« Faire quoi ? »
« C’est une traîtresse. Une traîtresse de premier ordre envers l’Empire, qui plus est ! Toi aussi, tu devrais le savoir. Ce qui arrivera au royaume si elle échoue. Et pourtant, tu te fais un ennemi de l’Empire. Tu protèges une traîtresse contre un Chevalier wyverne, rien que ça… »
Le capitaine de cavalerie ne put continuer.
L’Empire. Les Chevaliers wyvernes.
À l’instant où Kyle entendit ces mots, ses yeux noirs s’enfoncèrent dans des ténèbres insondables.
Ah.
Cela ne fit aucun bruit. Ce n’était que froid. Comme une flamme bleue extrêmement pure et comprimée. Dans les yeux de Kyle, le capitaine de cavalerie vit une rage invisible. Il vit de la haine. Ces émotions étaient si profondes qu’il avait peine à croire qu’elles puissent habiter un seul homme. Comme le fond d’un abîme si profond qu’il était impossible d’en concevoir la mesure.
« Il te reste de la famille ? »
La bouche du capitaine de cavalerie s’ouvrit et se referma, tremblante de peur. Kyle posa la question d’un ton sec. Après avoir remué les lèvres quelques fois, l’homme finit par trouver sa voix.
« J-j’en ai… mes parents et ma femme… »
« Des enfants ? »
« Aucun… pas encore… »
« Je vois. »
Kyle leva son épée. La résignation se lisait dans les yeux du capitaine de cavalerie, qui cracha du sang à cause de ses côtes brisées et de ses organes écrasés.
« Je n’ai rien contre toi personnellement. Repose-toi. »
Tchuk.
Kyle abattit son épée et l’enfonça droit dans la nuque de l’homme. Le corps du capitaine de cavalerie tressaillit un instant, puis s’affaissa. Sa tête retomba, inerte.
La vie s’éteignit dans ses yeux.
« Tu es blessée ? »
Kyle retira son épée, en secoua légèrement le sang et regarda sur le côté.
Elysia se tenait là, avançant lentement tout en observant les alentours.
« …Non. Grâce à toi. »
« Tant mieux. Tu n’avais pas besoin de te forcer à utiliser la magie. »
« Je… suis désolée. J’ai agi sans réfléchir, au cas où. »
Elysia baissa les yeux. Kyle secoua légèrement la tête.
« Non. Je ne te le reprochais pas. »
Il balaya les lieux d’un regard las. Le chevalier et le capitaine de cavalerie morts. Les cavaliers tués par les lames de vent de Kyle.
Tous étaient des soldats réguliers du Royaume de Brendel. Leur statut les distinguait des mercenaires. Mais Kyle ne vacilla pas le moins du monde. Il s’était déjà fait un ennemi de l’Empire. Qu’un royaume du sud s’ajoute à la liste ne changeait rien. Au contraire, il se sentait plus léger. Il ne lui restait plus qu’à aller de l’avant.
Kyle sortit de ses brèves réflexions et fouilla un à un les cadavres, à la recherche d’objets utiles ou d’éventuels indices.
Il n’y avait pas grand-chose à récupérer. Leurs armes étaient toutes bien inférieures à celle de Kyle, et ils n’avaient ni lettres ni objets susceptibles de fournir des renseignements.
« Le chien de chasse… s’est déjà enfui. »
Il avait probablement compris la situation et pris la fuite dès que les cavaliers et le chevalier avaient chargé.
Kyle n’y accorda pas grande importance. Le vicomte Leonard n’avait plus de troupes à envoyer à leur poursuite. Aucun autre détachement ne se trouvait derrière eux.
Pour le moment, ils étaient en sécurité. Du moins jusqu’à l’arrivée du Chevalier wyverne.
« Des mercenaires, et maintenant des cavaliers. Ils étaient plutôt nombreux. Ils venaient tous de la porte, envoyés à notre poursuite ? »
« C’est probable. »
« Quel dommage. J’aurais aimé obtenir un peu plus d’informations. »
Elysia marmonna en examinant les cadavres, le visage aussi impassible que celui de Kyle. Celui-ci, qui avait fouillé le chevalier, constata qu’il n’y avait rien d’utile et se redressa.
« Au moins, le Chevalier wyverne n’a pas encore atteint la porte. »
« Que comptes-tu faire, maintenant ? On repart tout de suite ? »
« Oui. Comme prévu, nous nous reposerons après avoir franchi la montagne. »
« Dans ce cas, pourquoi ne pas prendre les chevaux ? »
Elysia fit une suggestion. À cet instant, un cheval descendit entre les arbres où elle s’était cachée. Il semblait avoir survécu à leur précédent affrontement contre l’autre groupe de cavaliers.
« Par chance, il en reste exactement deux. »
Elysia jeta un coup d’œil à côté de Kyle. Le cheval du capitaine de cavalerie s’y tenait, désormais sans cavalier.
« Inutile de préciser que je suis fatiguée, mais toi aussi, tu as l’air épuisé, Kyle… Si nous montons à cheval, nous gagnerons du temps et, surtout, nous économiserons nos forces. »
C’était une proposition raisonnable. Il aurait été plus étrange de la refuser.
Elle n’avait pas tort.
Mais Kyle ne répondit pas. Il en était incapable.
« Tu sais sûrement monter à cheval, non ? »
Elysia posa la question, étonnée. Pour un chevalier, l’équitation était aussi importante que le maniement de l’épée. Un chevalier incapable de monter n’était qu’à moitié un chevalier, aussi doué fût-il à l’épée.
« …Non. »
Après avoir fixé un moment le cheval du capitaine de cavalerie, Kyle répondit à voix basse. Son incapacité à monter relevait uniquement d’un blocage psychologique. Son corps n’avait rien. Kyle n’était pas assez faible pour se détourner de la réalité, surtout dans une situation aussi urgente.
« Je remettais simplement mes idées en ordre. »
« … »
« Nous repartons tout de suite. »
Kyle trancha d’un ton ferme. Il ne pouvait pas rester figé éternellement. Les temps avaient changé. Kyle aussi.
Quand il avait quitté la Tour de magie Lenore, il s’était déjà juré de renoncer à tout attachement persistant et à toute hésitation. Il s’était promis de ne plus fuir. C’était pour cela qu’il avait accepté le contrat d’Elysia. S’il avait choisi de s’opposer à l’Empire, il devait cesser d’être prisonnier du passé et aller de l’avant.
Pardon, Sieg.
Répétant en silence le nom de son cher cheval noir, qu’il ne reverrait plus, Kyle saisit les rênes sans hésiter et se hissa en selle. Le cheval renâcla, mais ne repoussa pas le contact de Kyle. Elysia lui jeta un regard, puis monta avec une aisance exercée sur le cheval qui s’approchait d’elle.
« Et pour les corps ? »
Les rênes en main, elle regarda autour d’elle et posa la question.
« On les laisse. Nous n’avons pas le temps de les brûler. »
« C’est vrai. Allumer un feu nous ferait perdre du temps et révélerait aussi notre position. »
« Nous devons toujours franchir les montagnes. Autant avancer encore un peu. »
Peu après, Kyle et Elysia reprirent leur descente par le sentier de montagne. Dans le calme de la nuit, le martèlement des sabots résonna longuement dans l’air.
Aucun des deux ne se retourna, pas une seule fois. La réalité qui s’imposait à eux était trop rude pour qu’ils s’arrêtent et se penchent sur le passé. Ils ne regardèrent que devant eux.
Mettre autant de distance que possible entre eux et leurs poursuivants. S’assurer un avenir.
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