Chapitre 57
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Maître de l’épée du royaume déchu
Chapitre 57
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Deux exilés (4)
Neuf mercenaires poursuivaient Kyle et Elysia. Tous étaient à cheval.
Vingt cavaliers. Un chevalier arrivé en renfort à la hâte. Neuf mercenaires, dont un mercenaire de rang argent. Et une dizaine de chiens de chasse spécialisés dans le pistage. Le détachement improvisé se divisa en trois groupes pour traquer Kyle et Elysia. Les cavaliers, répartis en deux groupes, et les mercenaires utilisèrent leurs boussoles de mana et lâchèrent les chiens afin d’élargir autant que possible leur zone de recherche.
« Ça me rend dingue. Mais jusqu’où ont-ils bien pu courir ? »
Après avoir franchi sans s’arrêter le ravin au-delà de la porte, un mercenaire maugréa d’une voix épuisée. On l’avait entraîné dans une mobilisation soudaine et, maintenant, il devait encore poursuivre des gens à cheval. De quoi être agacé.
« Du calme. Ils ne peuvent pas être allés bien loin. »
Le mercenaire en tête prit la parole pour le rassurer. C’était un lancier, le seul parmi les mercenaires de rang argent restés à la porte à savoir monter à cheval. Les rênes en main, il leva les yeux. Plusieurs chiens bien dressés serpentaient entre les arbres et gravissaient la montagne.
« Quand même… »
« La traîtresse est épuisée, elle aussi. Et ils sont à pied. »
« … »
« Aussi doués soient-ils pour maîtriser le mana, ils ne peuvent pas maintenir leur renforcement corporel en permanence. Les traces de magie sont aussi interrompues par endroits. C’est bien cette direction. On dirait qu’ils ont utilisé la magie du vent, puis ont dû s’arrêter en cours de route, faute d’endurance. »
« Mais il n’y avait pas deux cibles, plutôt qu’une ? »
Un autre mercenaire prit soudain la parole. Le lancier de tête plissa les yeux.
« C’est vrai. Il s’appelait Kyle, non ? »
Un mercenaire de rang argent, comme lui. Un imbécile de traître qui avait refusé de coopérer, annoncé qu’il ferait cavalier seul, puis s’était soudain rallié à la traîtresse. Hugo, un autre mercenaire de rang argent qui se battait à l’épée, était mort de sa main. Les cinq hommes sous ses ordres, tous de rang égal ou inférieur, avaient subi le même sort.
Quel idiot. Six hommes s’étaient fait battre par deux personnes.
D’une certaine façon, c’était une chance. Grâce à ces imbéciles morts les premiers, ils avaient pu épuiser la traîtresse. Il ignorait à quel point elle était puissante comme mage, mais elle devait être à bout de forces, à présent. Le mercenaire qui l’accompagnait ne devait pas être en meilleur état.
« Contentez-vous de penser à la récompense. Ce travail va nous remplir les poches. »
Le lancier lâcha ces mots d’un ton désinvolte. Les visages des mercenaires qui le suivaient s’éclairèrent.
« C’est… vrai. »
« Voyons voir si notre seigneur chevalier wyverne sait se montrer généreux. »
« Si on la capture les premiers, on aura droit à un coffre entier de pièces d’or, non ? »
La convoitise brillait dans les yeux des mercenaires. Vingt cavaliers et neuf mercenaires. Un chevalier était même avec eux. Capturer une traîtresse qui avait livré un rude combat et traversé les montagnes toute la nuit aurait dû être un jeu d’enfant.
Ils ne pensaient déjà plus qu’à la récompense qui les attendait au terme de la poursuite.
Ouaf ! Ouaf, ouaf ! Ouaf ! Ouaf, ouaf, ouaf !
C’est alors que les chiens en tête s’excitèrent. Ils avaient flairé une piste. Les mercenaires échangèrent des regards et affichèrent un sourire satisfait.
On la tient.
À courte distance, un homme ne pouvait pas distancer un cheval. Et encore moins s’il était épuisé. Déjà rapides, les chiens accélérèrent encore. C’est alors qu’une entaille invisible fendit l’obscurité et fondit sur eux.
Floc !
Quelque chose projeta du sang devant eux. Deux ou trois jappements brefs retentirent. Les mercenaires ne paniquèrent pas.
Ils savaient déjà que la traîtresse était une mage particulièrement douée. C’était un ultime sursaut, rien de plus qu’un dernier effort pour puiser dans ses réserves. Les chiens qui s’étaient élancés en avant rentrèrent la queue et revinrent vers eux à toute allure.
Les mercenaires tirèrent de nouveau sur les rênes.
Bientôt, ils aperçurent leur cible. Des cheveux jaune vif, semblables à de l’or fondu. Des yeux dorés qui semblaient capables d’attirer n’importe qui. Une robe blanche qui luisait faiblement au clair de lune. Tout correspondait à la description. Même son masque, brisé et disparu.
« La voilà ! La traîtresse est là-bas ! »
« On l’a trouvée les premiers ! Attrapez-la ! »
Les mercenaires, les yeux hagards, se ruèrent sur la traîtresse sans attendre les autres. Excités par l’émotion grandissante de leurs cavaliers, les chevaux hennirent et redoublèrent d’efforts, martelant le sol de leurs quatre sabots. Le lancier de tête ne fit pas exception.
Un sourire carnassier retroussa ses lèvres. Mais quand il vit le visage de la traîtresse, il s’effaça. La femme ne regardait pas les mercenaires qui chargeaient. Elle fixait un autre endroit. Alors seulement, les informations qu’il avait oubliées, aveuglé par la récompense qui lui faisait déjà miroiter ses richesses, lui revinrent à l’esprit.
Un seul homme ?
Un autre mercenaire de rang argent, le traître qui avait changé de camp, aurait dû se trouver à côté de la traîtresse. Celui qui avait tué Hugo et massacré tous les mercenaires sous ses ordres, de rang égal ou inférieur. Mais il était introuvable. Le lancier balaya précipitamment les alentours du regard, et ce ne fut qu’à la dernière seconde qu’il remarqua une silhouette.
Une forme glissait dans les ténèbres comme si elle y nageait. L’ourlet d’un manteau noir flottait sous la pâle lumière de la lune.
Clang !
Un tintement métallique clair retentit. Une lumière blanche jaillit de la taille de la silhouette d’un noir absolu. Des flammes d’un blanc pur s’élevèrent autour de cette clarté. Le feu éclos s’avança, comme s’il fendait les ténèbres.
Une Aura d’épée ?
Le lancier leva précipitamment sa lance. La silhouette noire était déjà sur lui. Ses dents se serrèrent d’elles-mêmes. Par réflexe, il lança sa lance en avant. La flamme d’un blanc pur se trouvait juste devant son nez. Il n’eut pas le temps de s’étonner. D’instinct, il rassembla autant de mana que possible.
Tranché net.
Le manche de la lance fut sectionné. La pointe tomba inutilement au sol et le manche, réduit à un simple bâton, frôla le manteau. Le visage du lancier se déforma d’horreur. La lame blanche ne s’arrêta pas. Elle s’enfonça dans le cou du cheval lancé à l’assaut.
C’est impossible…
Fffch !
Une gerbe de sang jaillit. La lumière blanche trancha le cou du cheval d’un seul coup et fendit en deux le cavalier derrière lui. Le corps sans tête du cheval s’écrasa au sol. Le cadavre, le haut du corps sectionné, glissa et s’effondra.
« … Hein ? »
« Il est devant ! Le traître est devant ! »
Les mercenaires, qui avaient chargé avec un temps de retard, crièrent de stupeur. Les armes qui visaient Elysia se tournèrent une à une. Kyle, toujours dans la même posture après avoir abattu le lancier de tête, s’abaissa et fit un pas en avant. Il concentra le mana de son anneau dans ses jambes. Sa main droite serra la poignée de son épée à la briser.
Escrime royale d’Asherad, deuxième forme.
Danse des braises.
Fwoooosh !
Les flammes accrochées à la lame s’enflèrent. À mesure que l’épée avançait, une longue traînée persistait sur son passage, pareille à l’image rémanente d’une météorite en chute.
Une Aura d’épée semblable au clair de lune.
Le feu dansait. Prenant pour toile la nuit noire, les flammes d’un blanc pur traçaient leur lumière dans toutes les directions. À chaque mouvement de l’épée, les armes braquées sur lui se brisaient comme d’un seul mouvement. En deux.
De part et d’autre du manteau noir qui fonçait en ligne droite, le sang jaillit au milieu de cris atroces. Elysia resta figée devant cette scène. Une frappe spiralée et fluide. Depuis le dégainé jusqu’à l’enchaînement des attaques, tout ne formait qu’une seule Voie de l’épée. Chaque fois que la flamme s’abattait, un mercenaire et sa monture mouraient et s’effondraient.
« Non… ! »
Le dernier mercenaire encore debout tressaillit et tendit son bras gauche vide. L’épée de Kyle ne s’arrêta pas. Sa lame d’un blanc pur abattit le mercenaire et son cheval.
Quand Elysia reprit ses esprits, il ne restait plus aucun mercenaire. Ils gisaient tous morts à terre. Pas un cheval n’avait survécu. Kyle inspira brièvement, puis balaya les alentours de ses yeux noirs. Il sentait clairement d’autres présences non loin.
Les poursuivants étaient une trentaine environ, répartis en trois groupes. Celui des mercenaires qu’il venait d’exterminer était l’un d’eux.
Il devait tous les tuer ici. Il ne pouvait pas laisser de problèmes derrière lui. Pour qu’ils ne puissent plus les poursuivre. Pour qu’ils ne puissent témoigner. Pour retarder, ne serait-ce qu’un peu, la poursuite du chevalier wyverne.
Il prit sa décision en un instant. Kyle se retourna. Elysia se tenait là, appuyée contre le tronc d’un arbre et le regardant avec des yeux tremblants.
Leurs regards se croisèrent brièvement. Kyle se tourna de nouveau vers l’avant. De faibles lumières vacillaient en contrebas. Après avoir levé les yeux un instant vers le ciel noir, Kyle se fondit dans les ténèbres.
***
« Ils sont tout près. La dernière trace de magie s’arrête ici. »
Un cavalier tenant une boussole de mana prit la parole. Le capitaine de cavalerie qui l’écoutait tourna la tête vers son voisin.
« Nous y sommes presque. C’est une chance. Avec sir Dren à nos côtés, cela devrait être facile. »
« Ce n’est rien. Un traître doit recevoir le châtiment qu’il mérite. Cette affaire est également importante pour le royaume ; il va de soi que je prête main-forte. »
Le chevalier en armure d’acier répondit avec humilité. Le capitaine de cavalerie sourit amèrement et regarda autour de lui. Les chiens reniflaient le sol tout près. Dix cavaliers attendaient eux aussi ses ordres.
On les aura bientôt.
Il y avait pour l’instant dix cavaliers, un chevalier et lui-même, le capitaine de cavalerie. Un peu plus loin, dix autres cavaliers étaient répartis à droite et à gauche, aux côtés du groupe de mercenaires capables de monter à cheval, mené par un mercenaire de rang argent.
Leur supériorité numérique était écrasante. Plus de trente poursuivants face à deux fugitifs. Les fuyards avaient livré un rude combat depuis le début de la soirée et s’échappaient à présent sans chevaux. Aussi forts que fussent un chevalier et une mage, une telle marche forcée devait avoir sérieusement entamé leurs forces.
De plus, peut-être à cause du contrecoup d’un sort puissant lancé pour franchir la porte, leur vitesse avait nettement diminué après le ravin. Les traces de magie du vent se faisaient également plus courtes et plus espacées. Au point qu’il se demandait s’ils avaient encore la force de se battre. L’issue était pratiquement déjà décidée.
« Nous devons en finir avant l’arrivée du chevalier wyverne. Ce n’est qu’à cette condition que le vicomte Leonard pourra être tranquille. »
Le chevalier prit un ton pompeux. Il ne semblait pas tendu le moins du monde. Le capitaine de cavalerie lui jeta un regard en coin et songea :
Mieux que rien.
Un chevalier issu d’une famille noble convenable. Il préférait le profit à l’honneur. La généreuse récompense n’y était pas pour rien. Mais ni le capitaine de cavalerie ni le chevalier ne prenaient la peine de le dire à voix haute. L’important, c’était de capturer la traîtresse.
Ils avaient gagné un combattant du niveau d’un chevalier. C’était suffisant. Il se demanda brièvement si tout cela n’était pas excessif, puis chassa vite cette pensée. L’imprévu restait toujours possible ; mieux valait ne rien laisser au hasard.
« Mais j’ai entendu dire qu’il n’y avait pas qu’une traîtresse. N’aviez-vous pas dit qu’un mercenaire avait changé de camp et se trouvait à ses côtés ? »
Le chevalier posa la question en fixant les arbres plongés dans l’obscurité. Le capitaine de cavalerie acquiesça légèrement.
« Un mercenaire de rang argent s’est rallié à la traîtresse, pour une raison inconnue. »
« Hein… »
« Cela ne devrait pas poser de gros problème. La note signalait qu’il utilisait la magie comme la traîtresse, mais son niveau doit être modeste, tout au plus. »
« Quel imbécile. Se faire un ennemi de l’Empire… Non, c’est peut-être une décision digne d’un mercenaire de basse extraction qui vend sa vie pour de l’argent. »
Quelles richesses et quel trésor cette traîtresse avait-elle bien pu lui promettre pour qu’il fasse un tel choix ? Tandis que le chevalier claquait la langue, les chiens relevèrent brusquement la tête. C’était le signal qu’il fallait se mettre en route.
« On dirait que nous ferions bien de partir. »
« Hum ! Rien que de penser à capturer la traîtresse et à servir Sa Majesté, j’en ai les mains qui me démangent. Nous avons bien reçu l’autorisation de tuer le mercenaire félon, n’est-ce pas ? »
Le capitaine de cavalerie ne répondit pas et se contenta de lui jeter un regard. Les cavaliers échangèrent des coups d’œil et s’apprêtaient à tirer de nouveau sur les rênes.
Ouaf, ouaf ! Ouaf, ouaf, ouaf !
Des aboiements retentirent de l’autre côté. Presque au même moment, un autre chien apparut.
« Un chien ? Que fait-il ici… »
« Il fait partie du groupe de mercenaires. Ils ont dû trouver la traîtresse, mais pourquoi serait-il venu par ici… »
Le capitaine de cavalerie exprimait son doute quand cela se produisit.
« Aaaah ! »
Un cri terrible retentit non loin. Ce n’était pas un aboiement, mais bien le hurlement épouvanté d’un homme.
« Ils les ont trouvés les premiers ? »
Le chevalier saisit ses rênes, le visage animé.
« Non ! »
Le capitaine de cavalerie l’arrêta au moment où il s’apprêtait à partir au galop.
« Qu’est-ce qui vous prend ? Les ennemis sont là-bas ! »
« Il est déjà trop tard. Ce n’est pas un seul cri. Il y en a plusieurs. »
« Et alors ? »
Le chevalier répliqua, mécontent.
« Il y a deux traîtres. Les cris que j’entends sont ceux d’au moins cinq personnes, voire davantage. Bref, ils ont été pris par surprise. Même si nous les suivons maintenant, ils seront déjà partis quand nous arriverons. Nous ne devons pas rejoindre les mercenaires. Il faut retrouver le reste des cavaliers. »
Le capitaine de cavalerie parla sans se soucier du regard noir du chevalier.
Il évalua froidement la situation.
La traîtresse et le mercenaire félon à ses côtés avaient encore la force de se battre.
Le groupe de neuf mercenaires venait d’être éliminé. C’était une équipe assez chevronnée, composée de mercenaires capables de monter à cheval, dont un mercenaire de rang argent. Et pourtant, cela s’était produit.
Leur cible était d’éliminer le détachement de poursuite groupe après groupe.
En séparant les groupes et en les dispersant largement pour faciliter le pistage, ils leur avaient donné l’avantage. Plus exactement, il n’avait pas imaginé que les fugitifs auraient encore assez d’énergie pour tuer les neuf mercenaires. Leur habileté et leur endurance étaient absurdes. Le capitaine de cavalerie fronça les sourcils sans même s’en rendre compte.
La mage qu’ils appelaient la traîtresse était-elle vraiment si forte ? Ou bien le mercenaire félon possédait-il une habileté supérieure à celle de la plupart des chevaliers ? Après avoir franchi la porte seuls tous les deux et gravi la montagne pendant des heures sans montures, ils avaient encore pu contre-attaquer ? Était-il vraiment de rang argent ?
Le capitaine de cavalerie jura intérieurement. Il avait traqué d’innombrables criminels, mais jamais un tel adversaire.
Bon sang.
« Le groupe de mercenaires est déjà perdu. Nous devons rejoindre les autres cavaliers. »
Le capitaine de cavalerie n’hésita pas. Dès qu’il eut fini de parler, il tira sur les rênes de son cheval.
Les cavaliers le suivirent. Le chevalier marmonna à voix basse, mais ne contesta pas son jugement. Les chiens et les douze chevaux repartirent. Ils filèrent rapidement à travers les broussailles.
Et puis…
« Aaaah ! »
Un autre cri retentit. Cette fois, il était bien plus proche que ceux du groupe de mercenaires.
« À-l’aide… Kuaaah ! »
« C’est un monstre ! Un monstre ! »
« On va tous mourir… Gah ! »
Les voix retentirent l’une après l’autre. Ces hurlements épouvantés semblaient terriblement réels. Leurs échos chevauchèrent l’air froid, et les chiens tout devant frissonnèrent instinctivement avant de s’arrêter. Les cavaliers derrière eux firent de même.
Fffff…
Un vent sinistre souffla. Les branches et les feuilles qui s’agitaient au-dessus d’eux produisaient un son glaçant, semblable au bruit des vagues. On aurait dit qu’une main froide leur caressait le corps tout entier, jusqu’au sommet du crâne. Tous fixaient le même endroit, les yeux tremblants.
Sous la lune, entre les troncs obscurcis.
Une silhouette avançait lentement. L’homme qui apparut au-delà des broussailles avait les cheveux et les yeux noirs. Son manteau d’un noir absolu, assez long pour lui descendre jusqu’aux chevilles, flottait faiblement dans le vent. Une goutte de sang, qui semblait venir d’éclabousser la lame d’argent dans sa main droite, glissa lentement le long de celle-ci.
Gloups.
Quelqu’un déglutit. Les cavaliers, mais aussi leur capitaine et le chevalier, sentirent leurs corps se raidir. La faible clarté de la lune et les lueurs vacillantes des torches se mêlaient, projetant partout des ombres tremblantes.
« Êtes-vous le mercenaire qui a changé de camp ? Où est la traîtresse ? »
Après un bref silence étouffant, le chevalier tordit la bouche comme pour repousser sa peur et s’avança fièrement à cheval. Les yeux noirs, qui balayaient calmement les cavaliers du regard, se braquèrent un instant sur le chevalier.
« Vous êtes les derniers ? »
Kyle parla à voix basse. Le chevalier tressaillit et son visage se déforma de rage.
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Vous êtes les derniers. Je ne sens personne plus loin derrière. »
« Espèce de traître fou ! Non content de protéger une traîtresse, tu oses te moquer de l’armée du royaume ? Tu sais seulement ce que tu es en train de faire ? »
Protéger une traîtresse de l’Empire. Et même l’aider directement. Il n’était qu’un mercenaire sans aucun lien avec le Royaume de Brendel, mais l’Empire en tiendrait la famille royale pour responsable. C’était injuste, mais c’était ainsi. Tout s’était déroulé sur les terres de Brendel. Le fossé entre l’Empire et les royaumes du sud était tel.
« Rends-toi maintenant. Si tu le fais, je t’épargnerai au moins la vie. »
Le capitaine de cavalerie parvint à peine à garder une voix assurée en parlant. Kyle ne réagit pas. À la place, il lui retourna la question.
« Le chevalier wyverne est-il arrivé à la porte ? »
« Eh bien… »
« Je vois. Le soleil ne s’est pas encore levé, après tout. »
Cette hésitation lui servit de réponse. Kyle n’ajouta rien. Le vent nocturne souffla de nouveau, et le silence s’installa. Quelque part, un grillon chanta.
Un croissant de lune apparaissait entre les branches. La lame d’argent brillait sous la clarté lunaire. Le chevalier qui faisait face à Kyle jeta un regard en arrière. Le capitaine de cavalerie adressa discrètement un signe aux cavaliers tendus.
Déterminés, les cavaliers firent lentement avancer leurs montures, prêts à charger droit devant.
Kyle sentit tout cela. Il le savait sans même regarder.
Au moment où il fit pivoter le poignet qui tenait son épée, la lame d’argent lança un éclat froid et tranchant.
« Tous ensemble ! »
Le capitaine de cavalerie cria. Le chevalier dégaina son épée avec une rapidité féroce. Les cavaliers armés de lances chargèrent tous à la fois. Plus d’une douzaine de lames se précipitèrent pour tuer un seul homme.
Kyle ne paniqua pas. Il avança lentement le pied gauche. Dès qu’il toucha le sol, une violente bourrasque de lames se répandit dans toutes les directions. Les cavaliers qui s’étaient rapprochés à portée de bras crachèrent du sang et furent projetés au loin comme d’un seul mouvement. Un chevalier se fraya un chemin entre eux.
« Meurs, traître ! »
Une lueur bleue déferla sur l’épée du chevalier. Un instant plus tard, le capitaine de cavalerie serra les dents et chargea à son tour. Kyle avança son pied droit, le dernier, et saisit à deux mains la poignée de son épée abaissée.
Escrime royale d’Asherad, quatrième forme.
Clair de lune fluide.
Une lumière d’un blanc pur s’enroula autour de la lame en fer stellaire. La lumière enroulée se comprima jusqu’à son extrême limite. Suivant la trajectoire de la lame qui se levait en diagonale, elle jaillit vers l’avant. L’Aura d’épée, courbée en demi-lune, écrasa tout ce qui barrait son chemin et poursuivit sa course sans s’arrêter.
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