Chapitre 56
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 56
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Deux exilés (3)
La gorge des Montagnes de Ligrid s’étendait dans l’obscurité de la nuit. Des grillons chantaient au milieu des arbres touffus et enchevêtrés.
Kyle fendait la gorge à vive allure, Elysia le suivant en silence à un pas derrière lui. Depuis qu’ils avaient franchi le mur de la porte, haut de plusieurs dizaines de mètres, ils ne s’étaient pas arrêtés une seule fois. Il ignorait quand leurs poursuivants les rattraperaient. Il avait assommé les soldats postés sur le mur, mais les mercenaires et les soldats restés dans la ville n’avaient subi aucun mal.
Ils devaient creuser autant que possible l’écart entre eux et leurs poursuivants.
C’était une course contre la montre. Une fuite à travers les Montagnes de Ligrid.
Il leur fallait au moins sortir de la gorge. Sinon, les soldats de la porte risquaient fort de les rattraper avant même l’arrivée des Chevaliers wyvernes.
Kyle fit apparaître une sphère lumineuse devant lui. Grâce à l’anneau, la maintenir en place ne lui coûtait pas grand-chose. Il se mit ensuite à courir à une allure modérée, entrecoupant régulièrement sa course de renforcement corporel. Il veillait également à ce qu’Elysia, qui le suivait, ne prenne pas trop de retard.
Depuis combien de temps couraient-ils ainsi ?
La gorge s’élargit. Le terrain s’adoucit. Mais ce n’était que le début. Au-delà de cette portion moins escarpée, Kyle aperçut plusieurs montagnes qui se dressaient les unes derrière les autres, leur barrant la route en une succession de remparts.
Elles étaient loin d’être aussi abruptes que l’entrée où la porte avait été bâtie, mais restaient plus rudes que des montagnes ordinaires. C’était une bonne nouvelle pour Kyle. Une fois qu’ils s’y seraient enfoncés, il serait beaucoup plus difficile de les retrouver. Les itinéraires possibles étaient trop nombreux.
Kyle s’engagea sans hésiter sur le sentier de montagne. À partir de là, il cessa de courir et marcha d’un pas rapide pour économiser ses forces.
« … Minuit passé. »
Alors qu’ils avançaient dans la forêt après avoir quitté la gorge, Kyle sortit une montre à gousset de son manteau et marmonna pour lui-même. Ils avaient quitté la porte vers neuf heures du soir : cela faisait donc déjà trois heures qu’ils marchaient sans pause. Malgré tout, il était trop tôt pour se sentir soulagé.
« Il est déjà si tard ? »
Elysia lui répondit juste derrière. Sa voix trahissait une profonde fatigue.
« Combien de temps faut-il pour traverser ces montagnes ? »
« Deux ou trois jours, à cheval, en allant aussi vite que possible. »
« Mais nous n’avons pas de chevaux. »
« Ce n’est pas grave. Nous pouvons utiliser le renforcement corporel. Ce sera rude, cela dit. »
Kyle ne savait pas monter à cheval. C’était psychologique, mais pas vraiment problématique.
Avec la magie du vent et le renforcement corporel, il pouvait parcourir de courtes distances plus vite que la plupart des chevaux. Autrement dit, l’absence de montures n’était pas un obstacle sérieux. Sur une longue distance, la différence d’endurance finirait par les faire rattraper, mais ils pouvaient tenir quelques jours et creuser l’écart.
« Le plus inquiétant, c’est la poursuite qui est déjà à nos trousses. »
« Des poursuivants ? Tu parles des Chevaliers wyvernes ? Mais ils devraient encore être… »
« Non. Je parle des troupes de la porte. »
Kyle jeta un regard vers la porte. Elysia, perplexe, lui demanda :
« Dans le Royaume de Brendel, ont-ils le droit de retirer des gardes à une porte qu’ils sont censés défendre ? »
Les garnisons ordinaires ne quittaient pas leurs châteaux. C’était d’autant plus vrai pour les forteresses et les portes stratégiques des frontières. C’est ce qui étonnait Elysia. À cette heure de la nuit, envoyer des gardes incapables de monter à cheval ne servirait à rien.
« Ils ont des cavaliers et des chiens de chasse spécialement chargés des poursuites. »
« Ah… »
« Ils ont probablement aussi quelques boussoles à mana. Les montagnes sont escarpées, et les criminels essaient depuis longtemps de fuir par la Porte de Ligrid. S’ils ont remarqué que les soldats sur le mur étaient à terre et envoyé des hommes aussitôt, alors à présent… »
Kyle calcula mentalement la longueur des Montagnes de Ligrid. Franchir la porte, traverser la gorge, puis passer plusieurs crêtes. En se donnant à fond, ils pourraient peut-être quitter les montagnes le soir du surlendemain.
Le problème, c’était de ne pas se faire rattraper avant. Leurs poursuivants chercheraient à les ralentir jusqu’à l’arrivée des Chevaliers wyvernes. Kyle fouilla dans ses vieux souvenirs.
Le seigneur de la Porte de Ligrid était sans aucun doute le vicomte Leonard. Noble de cour, il était un seigneur de château sans terres, nommé par le roi. Si les Chevaliers wyvernes, soutenus par la Maison impériale, lui mettaient la pression, il ne serait pas étonnant qu’il y laisse sa tête d’un jour à l’autre. Il les poursuivrait probablement de toutes ses forces.
« Il faut au moins franchir une montagne. »
Kyle leva les yeux. Une lune blanche flottait dans le ciel encombré de branches.
« Le vrai problème, ce sont les wyvernes. Ils ont seulement dit qu’ils arriveraient avant le lever du soleil. Impossible de savoir exactement quand ils atteindront la porte. »
« Ça devrait aller. En tout cas, ils ne seront pas là à l’aube. »
« Comment peux-tu en être sûr ? »
Kyle se contenta de tourner la tête vers elle. Elysia avait toujours l’air épuisée.
« Ils se sont épuisés à me suivre. Les wyvernes, en particulier, n’ont pas l’endurance des chevaux. Ils ont dû brûler une bonne partie de leurs forces. »
« Depuis quand les Chevaliers wyvernes te poursuivent-ils vraiment ? »
« Depuis que j’ai quitté le territoire impérial et pénétré tout à fait dans le sud du continent. Ils ont localisé ma position et se sont lancés à mes trousses après mon entrée dans le Royaume de Brendel. La dernière fois que je les ai semés, c’était il y a une semaine, dans la ville de Berna. Il y a donc une sacrée distance jusqu’ici. Même s’ils se forcent pour arriver avant l’aube, ils devront se reposer au moins une journée. Et il y a aussi la question des provisions. »
C’était peut-être le seul bon côté de l’affaire.
Kyle le pensait vraiment. Les wyvernes étaient bien plus rapides que les chevaux. Pour les opérations de courte durée, rien ne pouvait rivaliser avec leur mobilité.
Le problème, c’était quand une opération s’éternisait. Les wyvernes mangeaient énormément.
Elles étaient donc naturellement peu efficaces. Leur grande taille exigeait beaucoup d’énergie pour se déplacer.
Ainsi, s’ils avaient trop dépensé leurs forces pour atteindre la porte, ils auraient forcément besoin de repos. Pour Kyle et Elysia, qui devaient franchir la frontière au plus vite, c’était une bonne nouvelle. Le Royaume de Brendel était un terrain défavorable à Kyle.
« Il faut qu’on descende des montagnes d’ici après-demain, coûte que coûte. »
Kyle accéléra encore son pas, déjà rapide. Il sentit Elysia presser le sien derrière lui.
Il ne pouvait pas se permettre de ralentir pour elle. À présent, les troupes parties de la porte devaient les poursuivre à toute allure. Ils devaient creuser l’écart, même un peu. Il comptait franchir au moins une montagne. Ce n’est qu’alors qu’ils pourraient faire une courte pause, voire essayer de dormir.
Un vent glacial. La faible lumière de la lune qui baignait la forêt. Un croissant blanc apparaissait entre les branches, déployées comme pour recouvrir le ciel noir. Kyle, qui avançait rapidement sur le sentier forestier, s’arrêta soudain.
Bon sang.
La présence qui s’accrochait désespérément à lui depuis l’arrière avait disparu. Kyle rebroussa chemin, son corps épuisé peinant à avancer. Un peu plus loin, il aperçut Elysia adossée au tronc d’un arbre. Quand elle le vit, ses yeux plissés tremblèrent légèrement.
« Désolée. J’étais trop essoufflée… »
Elysia baissa la tête et haleta. Kyle s’arrêta devant elle et observa son teint.
« C’est si dur que ça ? »
« Non, non. J’ai juste besoin de me reposer un instant. Je peux repartir. »
Elysia releva à peine la tête et se força à sourire. Kyle la fixa un instant, puis répondit froidement :
« Tu mens. »
« Ah… »
« Quand as-tu dormi pour la dernière fois ? »
« Hier, à l’aube… »
« … »
« À vrai dire, je n’ai pas dormi depuis deux jours. Il fallait d’abord semer les wyvernes le plus vite possible. »
À mesure qu’Elysia parlait, la fatigue qu’elle ne parvenait plus à dissimuler transparaissait dans son regard. Kyle claqua intérieurement la langue.
Voilà donc.
Il s’en était douté. C’était une mage. Et jusqu’à récemment, elle avait vécu dans la capitale, Archandia, en princesse. Qu’elle ait réussi à fuir jusqu’ici, à tenir près de deux jours sans dormir et à suivre la marche forcée de Kyle relevait presque du miracle.
En plus, elle avait lancé des sorts comme si le mana coulait à flots. Vu l’effort mental que demandait son raffinement, il n’aurait rien eu d’étonnant à ce qu’elle s’effondre sur-le-champ. Elle ne tenait probablement debout que par la force de sa volonté. La pousser à continuer et la voir s’écrouler ici serait bien plus problématique.
« Tout à l’heure, tu as dissipé le mana des wyvernes qui s’accrochait à Nerov. Les Chevaliers wyvernes ont-ils d’autres moyens de suivre notre trace ? »
Kyle posa sa question en fouillant dans son manteau. Elysia, qui s’efforçait encore de reprendre son souffle, parvint à lui répondre :
« Aucun à ma connaissance. »
« Tu en es sûre ? »
« Je ne peux pas en être certaine. Je veux seulement dire que je n’en connais pas d’autre. Je ne peux pas garantir qu’ils n’ont pas une autre méthode. »
« Je vois. »
Kyle choisit une potion utilisable dans sa bourse d’inventaire. C’était la potion sacrée qu’il lui restait après en avoir versé une partie sur le livre interdit, dans la bibliothèque de la Tour de magie. Elysia, à qui il tendit soudain la fiole de verre, leva vers lui des yeux tremblants.
« Qu’est-ce que c’est… ? »
« Bois. C’est une potion sacrée. Elle devrait guérir les blessures légères et te rendre un peu d’énergie. En revanche, elle ne dissipera pas ta fatigue mentale. »
Elysia regarda tour à tour la potion et Kyle, puis retira prudemment le bouchon et en avala le contenu. Sa gorge blanche et gracile remua légèrement. Kyle la contempla en silence et évalua rapidement la situation.
Deux possibilités s’offraient à eux.
La première était de se reposer ici. L’autre, de continuer à avancer en se forçant.
Ils avaient traversé la gorge au-delà de la porte et atteint le milieu du versant de cette montagne.
En poursuivant encore une heure ou deux, ils pourraient franchir entièrement la montagne.
À partir de là, la zone de recherche s’élargirait considérablement. Même avec des chiens de chasse et des boussoles à mana, il ne serait pas facile de les retrouver. D’après Elysia, les Chevaliers wyvernes ne pourraient pas repartir immédiatement.
Était-il vraiment nécessaire de continuer à se forcer ?
En un instant, d’innombrables pensées lui traversèrent l’esprit. Son propre corps, épuisé jusqu’à la moelle. L’état d’Elysia, si mauvais qu’il ne serait pas étonnant qu’elle s’effondre d’un moment à l’autre.
N’y avait-il pas pensé trop tôt ?
Avait-il vraiment besoin de les pousser davantage ?
Accordait-il trop d’importance aux soldats de la porte, qui n’étaient peut-être même pas à leurs trousses ? Ne s’inquiétait-il pas pour rien ?
Était-ce vraiment le cas ?
« Ouf… Ça y est. Je peux repartir. »
« … »
« Qu’est-ce qui t’arrive ? Il y a un problème ? »
Après avoir vidé la fiole, Elysia inclina la tête vers Kyle, qui restait là sans dire un mot. Il ne répondit pas. Lentement, il se baissa et posa sa paume droite au sol. Il éveilla son mana et aiguisant ses cinq sens, perçut des présences, très faibles mais indéniables.
« … Nous sommes déjà trop en retard ? »
Aussitôt, les particules lumineuses qui flottaient au-dessus de la tête de Kyle s’éteignirent. Sous la pâle clarté lunaire, un coin de sa bouche se releva. Elysia écarquilla les yeux.
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« … »
« Ce serait… »
Le visage perplexe d’Elysia se durcit.
Elle ne demanda pas d’explication. Inutile. Elysia le sentait elle aussi, pas seulement Kyle.
Hah, hah, hah, hah.
Le halètement des chiens. D’abord à peine perceptible, il se rapprocha de plus en plus. Des chiens, impossible de savoir combien, couraient droit vers eux. Le nez au sol. En zigzaguant. Comme s’ils encerclaient une proie. Ou la rabattaient.
Kyle percevait tout sans rien manquer. Il en distinguait chaque détail comme s’il tenait la scène dans sa main. Et, dans le même temps, il se demanda :
Depuis combien de temps n’avait-il pas ressenti cela ?
Ce n’était pas tout à fait comme un duel à mort. Il ne s’agissait pas de marcher sur un fil tendu au-dessus du gouffre entre la vie et la mort, mais plutôt de lutter désespérément, misérablement, pour survivre.
Sans raison apparente, le passé lui revint en mémoire. Après la chute de Baldheim, la capitale du Royaume de Hailen, les derniers Chevaliers des Cendres avaient été traqués par l’Empire. Ils s’étaient alors retrouvés dans la même situation. Ils avaient creusé l’écart comme ils le pouvaient, avancé sans dormir, tué les soldats impériaux lancés à leurs trousses et tenté de les semer.
Quand les Chevaliers célestes s’étaient joints à la poursuite, les Chevaliers des Cendres s’étaient effondrés à toute vitesse.
C’était inévitable. L’ennemi avait utilisé la moitié de ses Chevaliers wyvernes comme appât et pris la capitale de Hailen en échange. Puis il avait acculé les Chevaliers des Cendres, isolés, comme des proies, avant de les traquer.
Au bout du compte, Kyle avait été le seul à s’en tirer vivant. Les autres étaient morts. À vrai dire, il ne savait même pas s’ils étaient morts ou vivants. À un moment donné, les membres s’étaient séparés encore et encore, fuyant dans toutes les directions. Parce qu’ils avaient sacrifié leur vie sans hésiter pour une seule personne.
Mais cette fois, c’était différent.
« Kyle… »
Après un long silence, Elysia l’appela d’une voix tremblante. Kyle ouvrit lentement les yeux. Il retira sa main droite du sol et se redressa.
Ses yeux noirs se levèrent vers le ciel sombre.
Puis son regard se tourna vers Elysia. Leurs yeux se croisèrent et elle déglutit sans s’en rendre compte. Son corps tressaillit de lui-même. Ses yeux noirs, profonds et enfoncés, s’étaient abîmés si loin dans les ténèbres qu’ils semblaient presque invisibles.
Kyle reporta son attention devant lui. En aiguisant encore davantage ses cinq sens, il distingua clairement tout ce qui se trouvait dans la forêt.
Il leva la main gauche. Un éclair éblouissant aux cinq couleurs jaillit un instant de l’anneau à son majeur. Puis un vent acéré s’élança sans bruit. Une entaille invisible fendit l’espace entre les arbres et du sang gicla dans les airs.
Yap !
Un chien poussa un cri. Il ne fut pas seul. Les chiens de chasse survivants changèrent de direction et s’enfuirent vers leurs maîtres.
« Nous les attendons ici. »
« Tu veux dire qu’on va se battre ? »
« Oui. Avant qu’il ne soit trop tard, je vais tous les tuer ici. »
Kyle observa la forêt, dense d’arbres. Dans la pénombre, d’innombrables présences se rapprochaient.
Elles s’étaient réparties en groupes et avançaient, formant un large cercle. Aux pas des chiens de chasse se mêlait le bruit des sabots. Les aboiements rageurs résonnaient sous le ciel silencieux. Au loin, des lueurs orange vacillaient dans le brouillard.
« Alors, je vais… »
« Non. Reste en arrière. Ne bouge pas sans réfléchir. »
Sur ces mots, Kyle disparut. Un instant plus tard, des feuilles jaillirent de l’endroit où il se tenait, brouillant la vue d’Ellie. Ses yeux s’écarquillèrent.
« Il est là ! Le traître est par là ! »
« On l’a trouvé les premiers… »
Plusieurs chevaux chargeaient depuis l’autre côté. Un sourire sanguinaire flottait sur les lèvres du mercenaire en tête. Au même moment, un tintement métallique retentit. Une flamme blanche jaillissante fendit les ténèbres.
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