Chapitre 50
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Maître de l’épée du royaume déchu
Chapitre 50
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Au carrefour (2)
Un traître impérial. Et la porte qui venait d’être soudainement fermée.
Le cri désespéré de l’homme replongea l’auberge dans le silence. Ce qu’ils venaient d’entendre était trop choquant pour être balayé d’un revers de main. Mais ce silence ne dura pas. Au bout d’un instant, les gens échangèrent des regards et commencèrent à prendre la parole, les uns après les autres.
« Un traître impérial ? »
« Quelles conneries ! Nous sommes dans le Royaume de Brendel. Vous savez à quelle distance se trouve Archandia d’ici ? Pourquoi un traître impérial débarquerait-il tout à coup ? »
« Espèce de cinglé ! Vous êtes déjà ivre à cette heure-ci ? »
« Si vous débarquez pour raconter n’importe quoi, cessez de gâcher nos verres et fichez le camp ! »
Les mercenaires à l’allure rude crièrent, leurs chopes à la main.
Les serveurs, qui s’affairaient à apporter nourriture et boissons, réagirent de la même manière que le tavernier. Tous fixaient l’homme comme s’il avait perdu la raison.
C’était une ville-porte. Naturellement, les gens y entraient et en sortaient en grand nombre.
En outre, le Repos du Vent coûtait cher, si bien que des mercenaires aguerris et de riches marchands y séjournaient souvent. Rien d’étonnant à ce que prétendre soudain devant eux qu’un traître impérial se trouvait là et que la porte avait été fermée ne leur parût pas crédible.
« Non ! C’est vrai ! C’est le chaos dehors ! Sortez voir par vous-mêmes ! »
L’homme cria de nouveau. Cette fois, personne ne répondit. Quelques-uns froncèrent les sourcils et se moquèrent de lui. Kyle observa l’homme trépigner, le visage déformé par la panique, puis reporta son regard devant lui.
« J’ai vécu longtemps, mais je n’ai encore jamais vu de fou pareil. »
« Moi non plus. J’ai déjà vu des mendiants entrer sans vergogne, mais celui-là, c’est nouveau. »
Les deux mercenaires assis là ne parvenaient pas à cacher leur incrédulité. Le mercenaire aux cheveux courts, qui venait de dire que se mêler des affaires des autres n’était pas dans ses habitudes, claqua la langue.
« Vous croyez ça ? La porte a été fermée à cause d’un traître impérial ? »
« Difficile à dire… »
En temps normal, Kyle aurait balayé l’affaire d’un revers de main. Mais cette fois, c’était différent. Il ne pouvait pas simplement ignorer le cri désespéré de l’homme.
Un traître impérial.
Il ne s’agissait probablement pas de lui. En trois ans d’exil, l’identité de Kyle n’avait jamais été découverte, à l’exception d’Ancien Gerard, à la Tour de magie. Rien ne prouvait non plus clairement que Kyle avait appartenu aux Chevaliers des Cendres. Impossible de deviner qui il était à partir de l’insigne de mercenaire en argent du Royaume de Kirian qu’il avait présenté lors du contrôle.
« On dirait quand même qu’il s’est passé quelque chose. »
Malgré tout, Kyle n’eut d’autre choix que de le reconnaître. Il ne pouvait pas prendre les paroles de l’homme pour de simples divagations.
« Quelque chose s’est passé ? Quoi donc ? »
« Nous le saurons bien assez tôt. »
Kyle le sentait. Comme l’homme l’avait dit, la situation dehors était devenue chaotique. Ses sens anormalement aiguisés lui permettaient de saisir dans une certaine mesure ce qui se passait au-delà de l’auberge, même sans faire circuler son mana. Si l’homme disait vrai, un autre traître impérial, quelqu’un d’autre que Kyle, s’était bel et bien introduit dans cette ville-porte.
« Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez dire… »
Le mercenaire aux cheveux courts s’apprêtait à poser une autre question.
Cling, cling.
Le cliquetis des armures qui s’entrechoquaient retentit. Au même instant, une autre silhouette apparut derrière la porte ouverte : les gardes de la Porte de Ligrid.
Un homme près de l’entrée le reconnut et recula, pris par surprise.
« Attention ! J’ai une nouvelle urgente à vous annoncer. »
L’homme, qui semblait occuper un poste assez élevé, lança ces mots. Le silence retomba, pour la énième fois. Ceux qui avaient ignoré le premier homme aperçurent l’homme en armure et les soldats derrière lui, et leurs visages se figèrent aussitôt.
« Certains d’entre vous le savent peut-être déjà, mais la Porte de Ligrid est actuellement fermée. »
« Quoi ? C’était vrai ? »
« Non, mais qu’est-ce que… »
« Et, à l’heure actuelle, une personne que l’on croit être un traître impérial de première catégorie se cache dans la ville. Après concertation avec les gardes de la porte, la guilde des mercenaires a donc décidé de lancer un appel aux armes. »
« Un appel aux armes ? Sérieusement ? »
Ces derniers mots eurent un effet considérable. Un brouhaha d’une tout autre ampleur éclata de toutes parts.
Un appel aux armes de la guilde des mercenaires.
En règle générale, la guilde des mercenaires accordait toutes sortes d’avantages aux mercenaires inscrits. Elle cherchait ainsi à rassembler et à encadrer ces hommes, qui pouvaient à tout moment se transformer en bandits. Bien sûr, ce n’était pas gratuit. Plus le rang était élevé, plus les avantages s’accompagnaient de restrictions. C’était aussi pour cette raison que Kyle avait délibérément évité la promotion au rang or.
Parmi ces restrictions figurait l’appel aux armes, une sorte de devoir imposé aux mercenaires de tous les rangs. Toutes les guildes de mercenaires étaient administrées par leur nation respective. Aussi, en cas d’urgence, une guilde pouvait lancer un appel aux armes de sa propre initiative. Même Kyle, qui possédait un insigne de mercenaire du Royaume de Kirian, n’y échappait pas.
Même s’il s’agissait d’une branche de Brendel, il devait obéir à l’appel aux armes. Toutes les guildes de mercenaires du sud étaient reliées en un seul réseau. Refuser ne le ferait ni tuer ni blesser, mais sa réputation pourrait en pâtir et, dans les cas graves, son rang pourrait être rétrogradé. À moins de vouloir renoncer complètement au métier de mercenaire, il était contraint de se plier aux règles.
« Silence ! Tout le monde, silence ! »
Alors que des protestations éclataient ici et là, l’homme qui semblait commander cria de nouveau.
« Il va sans dire que cet appel aux armes donne droit à une solde d’urgence ! Plus vous contribuerez, plus la récompense sera généreuse et plus votre réputation grandira ! »
« Même comme ça, c’est… »
Les plaintes ne durèrent qu’un instant. À la mention de la solde, les mercenaires s’adoucirent quelque peu.
« De toute façon, on n’a pas le choix, alors autant se faire payer. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? »
« Ha… Adieu, soirée tranquille. »
« Un traître impérial, hein ? Je suis curieux de voir sa tête. Qu’est-ce qu’il a bien pu faire pour que l’Empereur le poursuive ? »
Au bout du compte, les mercenaires agissaient pour l’argent. À l’évocation de la contribution, de la réputation et du paiement, ils ne tardèrent pas à prêter l’oreille à l’homme.
« Et une dernière chose ! »
Après avoir observé la réaction dans l’auberge, l’homme reprit brièvement son souffle, puis continua.
« Y a-t-il ici des mercenaires de rang argent ou supérieur ? Si oui, suivez-moi. Le chef de branche de Ligrid vous convoque. Un contrat distinct vous sera confié. »
Les mercenaires échangèrent des regards, chacun surveillant les autres. C’est alors que Kyle se leva.
« … Vous étiez de rang argent ? »
Le mercenaire aux cheveux courts, assis en face de lui, parut surpris. Kyle l’ignora et se dirigea vers l’entrée. Dès qu’il franchit le seuil le premier, tous les regards de l’auberge convergèrent vers lui.
« Un mercenaire de rang argent ? Bien. Attendez un instant. Quand nous aurons rassemblé les autres mercenaires… »
Kyle n’écouta pas l’homme. Il passa devant lui et sortit.
« Attendez ! Ne faites pas cavalier seul… »
L’homme tenta de retenir Kyle.
Une brise soudaine effleura le côté de son visage. Un instant plus tard, des mèches coupées tombèrent en voletant. Les yeux de l’homme s’écarquillèrent au point de sembler prêts à sortir de leurs orbites.
La magie du vent ?
Avant même de s’en rendre compte, les soldats avaient eux aussi reculé et dégagé le passage devant Kyle. À l’entrée de l’auberge, celui-ci contempla la ville. Les rues étaient toujours aussi bondées. Mais l’agitation avait changé de nature. Tous les mercenaires sortis dans la rue arboraient une expression grave. Les gardes qui circulaient en tous sens n’étaient pas différents.
La porte avait donc bel et bien été fermée.
Les autres auberges semblaient se trouver dans la même situation que le Repos du Vent. Des soldats qui avaient l’air d’être des gardes, des mercenaires qui sortaient les uns après les autres. La ville, noyée dans le soleil couchant, n’était que chaos. Kyle marmonna pour lui-même.
Un traître, un traître, un traître impérial…
Il devait d’abord entendre les détails de la bouche du chef de branche.
« Je dois me rendre à la guilde des mercenaires ? »
Kyle ne tourna que la tête pour poser sa question. L’homme hébété répondit, déconcerté.
« O-oui… C’est bien ça. Mais avant… »
« Ça suffit. Je vais y aller. »
Kyle n’écouta pas la suite. Il mit enfin ses jambes en mouvement. Les rues étaient toujours en proie à la confusion. Il accéléra le pas en direction de la guilde des mercenaires.
***
Le trajet du Repos du Vent à la branche de la guilde des mercenaires de Ligrid ne prit pas longtemps. Comme le cocher le lui avait dit, elle était tout près. Inutile de chercher une enseigne.
« Non, mais qu’est-ce que c’est que cet appel aux armes sorti de nulle part ? Je vous dis que je m’en vais, alors pourquoi vous m’en empêchez ? »
« Ha… C’est à devenir fou. Qu’est-ce qu’ils comptent faire après nous avoir tous rassemblés ici ? »
« Alors, qu’est-ce qu’on est censés faire exactement ? »
« Je suis désolé. Si vous pouviez patienter encore un instant… »
« Vous savez combien de fois vous avez déjà dit ça ? Hein ? »
À l’intérieur, c’était le désordre complet. Certains étaient accourus après avoir appris que la porte avait été fermée à cause d’un traître impérial. D’autres, comme Kyle, avaient reçu la nouvelle de gardes qui avaient fait irruption dans leur auberge et les avaient presque forcés à les suivre. Les mercenaires furieux déversaient leur colère sur le personnel anxieux.
« Kyle, mercenaire de rang argent. Je suis venu après avoir reçu l’appel aux armes. On m’a dit que le chef de branche de Ligrid me convoquait pour un contrat distinct. Où dois-je aller ? »
Kyle interpella l’un des employés débordés. Celui-ci aperçut l’insigne de mercenaire que Kyle lui tendait et ouvrit de grands yeux.
« Un insigne d’argent du Royaume de Kirian… »
« Le chef de branche n’est pas là, en ce moment ? »
« Ah, je suis désolé. Le chef de branche se trouve actuellement dans son bureau, au deuxième étage. Nous avons reçu l’ordre d’y escorter tous les mercenaires de rang argent ou supérieur. Veuillez me suivre. »
L’employé rendit respectueusement son insigne de mercenaire à Kyle et le guida jusqu’au deuxième étage. Derrière lui, des regards jaloux et envieux le suivirent parce qu’on l’escortait à part, mais il les ignora.
« Voici la pièce. Vous pouvez entrer. »
L’employé s’écarta. Kyle saisit aussitôt la poignée et poussa la porte. Cinq personnes étaient déjà arrivées dans le bureau, plutôt spacieux.
Des mercenaires de rang argent au minimum. Ceux dont la force égalait celle de chevaliers convenables dégageaient une aura dangereuse. Leurs profils étaient très variés : certains maniaient l’épée comme Kyle, d’autres la lance, l’arc ou les dagues, et l’un d’eux portait même une robe de mage. Contrairement à Kyle, ils semblaient avoir été traînés ici presque de force et n’étaient visiblement pas de bonne humeur.
« Tout le monde est là ? »
Au-delà d’eux, un homme était assis derrière un bureau. Le chef de branche de la guilde des mercenaires de Ligrid. Il jeta un coup d’œil à Kyle et plissa les yeux d’un air ennuyé lorsqu’un autre mercenaire entra juste derrière lui. C’était l’un de ceux qui séjournaient plus tôt au Repos du Vent.
« Fermez la porte. »
Le corpulent chef de branche, qui ressemblait davantage à un riche marchand qu’à un mercenaire, s’adressa sèchement à l’employé posté de l’autre côté de la porte. Celui-ci s’inclina légèrement et referma doucement la porte du bureau.
« Pour commencer, je vous prie de m’excuser de vous avoir rassemblés ainsi. »
Après s’être assuré que la porte était bien fermée, le chef de branche poussa un long soupir.
« Tout ce que je vais vous dire est confidentiel… Quelqu’un souhaite-t-il partir ? Pour information, une fois que vous aurez entendu ceci, vous ne pourrez plus annuler le contrat distinct. Si vous voulez vous retirer, partez maintenant. De toute façon, les rumeurs se répandront d’ici demain. »
Le chef de branche passa les mercenaires en revue, un par un. Personne ne partit. Renoncer à un contrat distinct attribué dans le cadre d’un appel aux armes ferait chuter leur réputation de façon considérable.
« Bien. »
Il s’adossa à sa chaise et reprit la parole.
« Vous avez probablement entendu les grandes lignes, mais cet appel aux armes a été lancé parce que nous avons découvert des signes indiquant qu’un traître impérial était entré dans la ville. Un traître de première catégorie, qui plus est. »
« Un traître de première catégorie ? »
« Oui, un traître de première catégorie. »
Des murmures parcoururent les mercenaires. Un traître impérial de première catégorie avait assassiné l’Empereur ou commis un crime d’une gravité comparable. Ce n’était pas un traître ordinaire. En comprenant que l’affaire était plus grave qu’ils ne l’avaient cru, les mercenaires se rembrunirent.
« Mais comment savez-vous que ce traître est entré dans la ville ? L’Empire a envoyé une troupe à ses trousses jusqu’ici, dans le sud du continent ? Il doit sacrément cavaler, ce salaud. »
Un mercenaire au sourire bravache, qui tenait une lance, posa la question. Dans ce monde, les moyens de communication, comme le téléphone, faisaient cruellement défaut. Au mieux, on échangeait des lettres par l’intermédiaire d’oiseaux porteurs ou de faucons messagers. La Porte de Ligrid accueillait un nombre incalculable de visiteurs chaque jour ; en pratique, reconnaître un traître qui avait fui l’Empire et fermer la porte aurait été difficile.
« Cette lettre vient d’arriver. C’est elle qui a provoqué tout ce fichu bazar. »
Au lieu de répondre, le chef de branche agita une feuille de papier posée sur un côté de son bureau.
« Un traître impérial de première catégorie fuit actuellement en direction des Montagnes de Ligrid. Il est fort probable qu’il passe par la porte ; nous envoyons donc ce faucon messager à l’avance pour demander votre coopération. Si une personne correspondant à la description ci-dessous est repérée, fermez immédiatement la porte. »
« Quelle bande d’arrogants ! Qui se croient-ils pour donner des ordres sur un territoire qui ne fait même pas partie de l’Empire ? »
« En vertu du traité de paix signé il y a cinquante ans, les royaumes du sud sont tenus de répondre aux demandes de l’Empire. L’inverse est également vrai. Que cela nous plaise ou non, nous n’avons pas le choix. Les gardes de la Porte de Ligrid ont eux aussi accepté. »
Le chef de branche prit la parole. Le mercenaire qui maugréait se tut.
« Alors, qui l’a envoyé ? Ils ont dépêché un ordre de chevaliers à sa poursuite ? »
« Un chevalier wyverne. »
Un silence glacial traversa le bureau. Un chevalier wyverne. Ces deux mots à eux seuls pesaient lourd.
« J’ai… bien entendu ? Un chevalier wyverne des Chevaliers célestes de la Maison impériale ? »
Un mercenaire armé de dagues et d’un arc posa la question d’une voix tremblante. Comme s’ils s’étaient concertés à l’avance, les autres mercenaires tournèrent tous les yeux vers le chef de branche. Celui-ci acquiesça gravement.
« C’est exact. Un chevalier wyverne de ces Chevaliers célestes. Ils sont à leurs trousses, à dos de wyverne. »
« Hein… »
« Peu après avoir reçu la lettre, nous avons également appris des gardes qu’une personne correspondant à la description qui y figurait venait de franchir le contrôle. Apparemment, elle portait une robe blanche et un masque noir lisse. Ce serait un mage particulièrement doué, qui aurait passé la porte grâce à des papiers d’identité de la Tour de magie Arven. »
La Tour de magie Arven était l’une des tours de magie les plus prestigieuses de l’Empire. La boussole de mana que Kyle avait remise au groupe d’Erik avant leur entrée dans les ruines d’Alenos était elle aussi un outil magique de la Tour de magie Arven. En apparence, l’Empire et les royaumes du sud avaient signé un traité de paix ; si les papiers de la Tour de magie étaient valides, le passage au contrôle ne posait donc aucun problème.
« Un chevalier wyverne s’en est mêlé, et ils n’ont toujours pas attrapé leur cible ? »
« Même une wyverne n’est pas invincible. Elle mange des quantités phénoménales chaque jour, et il semble que le ravitaillement ait compliqué la poursuite. »
Le chef de branche répondit, le visage marqué par la fatigue. C’est alors qu’un mercenaire s’avança.
« Si je résume, voilà ce qui s’est passé. Un traître impérial de première catégorie fuit, poursuivi par des chevaliers wyvernes. Presque au moment où la lettre est arrivée par faucon messager, quelqu’un correspondant à la description du traître a franchi la porte. La ville-porte a donc été fermée plus tôt que d’habitude. C’est aussi pour cela que l’appel aux armes a été lancé. C’est bien ça ? »
Comme Kyle, le mercenaire portait une épée à la ceinture et une longue cicatrice lui barrait la joue. Son ton assuré et sa démarche en disaient assez. Même sa cuirasse d’acier et son équipement, différents de ceux d’un mercenaire ordinaire, montraient qu’il dépassait largement le niveau d’un mercenaire de rang argent moyen.
« Exactement. J’aime votre vivacité d’esprit. »
Après que l’épéiste eut résumé en une phrase tout ce que le chef de branche venait de dire, celui-ci ajouta avec satisfaction :
« Puisqu’il s’agit d’un traître de première catégorie poursuivi par des chevaliers wyvernes, la solde sera généreuse. Si vous le capturez vivant, la récompense sera encore plus élevée. Des objections ? »
Les mercenaires gardèrent le silence. Ils approuvaient tacitement.
« Dans ce cas, nous allons nous mettre en route sans tarder. Le délai est fixé à demain avant l’aube. D’ici là, les chevaliers wyvernes auront largement eu le temps d’arriver ; nous devons donc capturer la cible vivante avant leur arrivée. Si nécessaire, vous pouvez lui trancher les membres. Ils ont précisé que le traître devait simplement être encore en vie. Au minimum, nous devons nous assurer qu’il ne franchisse pas cette porte. »
« … »
« Les mercenaires de rang bronze et inférieur sont rassemblés au rez-de-chaussée ; formez les équipes comme bon vous semble et partez. Les autres seront placés sous le commandement des gardes et… »
Le chef de branche était en train de parler.
Kyle fendit le groupe de mercenaires. Le chef de branche s’interrompit au milieu de sa phrase devant son mouvement soudain. L’épéiste à la cicatrice, qui s’était avancé le premier, plissa les yeux en le voyant.
« Combien ? »
« Quoi ? »
Kyle ne lui accorda aucune attention. Il ignora les regards qui convergeaient sur lui. Arrivé juste devant le bureau du chef de branche, il posa de nouveau sa question.
« Combien de chevaliers wyvernes poursuivent le traître ? Il n’y en a qu’un ? »
« … Non, deux. C’est du moins ce que disait la lettre. »
Kyle ramassa la feuille posée devant lui.
Quelques lignes courtes et concises y étaient rédigées dans le raffiné dialecte impérial.
« Deux chevaliers wyvernes… S’ils sont prêts à abandonner un front pour poursuivre cette personne, elle doit être extrêmement importante. »
Kyle marmonna à voix basse. Une écriture typique de la noblesse impériale.
Sa main se crispa naturellement. Ses lèvres se tordirent en un sourire moqueur. Pourtant, son regard n’avait jamais été aussi froid.
« Quant à la récompense pour ce contrat distinct, l’Empire prendra également… »
« Je n’en ai pas besoin. »
Le chef de branche, qui l’observait, tressaillit devant cette colère d’une froide élégance.
Kyle brûla la lettre qu’il tenait en main d’une flamme blanche.
« Je partirai seul. Ce sera bien plus rapide. »
Avant que quiconque ait pu réagir, le bureau était tombé dans le silence. La voix calme de Kyle retentit au milieu de celui-ci. La flamme d’un blanc pur qui s’élevait de sa main engloutit entièrement la lettre, puis s’éteignit lentement. À l’endroit où le feu avait disparu, il ne restait même pas de cendres.
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