Chapitre 3
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 3
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Le mercenaire sans nom (3)
Kyle suivit l’employé à l’étage et s’arrêta devant une porte, au deuxième. Elle donnait sur une pièce au mobilier modeste. Un homme s’y trouvait.
« Ah. Te voilà. »
Une légère odeur de tabac flottait dans l’air. Il venait de fumer ? L’homme assis derrière le bureau se leva et désigna le couloir derrière Kyle.
« Vous pouvez y aller. »
« Oui, monsieur. »
L’employé qui l’avait escorté redescendit prudemment au rez-de-chaussée. Tandis que ses pas s’éloignaient, Kyle fixa l’homme qui se tenait devant lui : le chef de branche de la guilde des mercenaires de Traben.
« Merci de m’accorder un peu de votre temps. »
« … »
« Asseyez-vous, au moins. Je vous aurais bien proposé du thé, mais… »
« Inutile. »
« Tant mieux. Ça ne sera pas long. »
Il s’adossa au canapé tout proche et désigna le siège en face de lui. Kyle s’assit.
« Tu as sans doute déjà une petite idée de qui je suis, mais je m’appelle Max, chef de branche à Traben. »
« Kyle. »
Max lui tendit la main. Kyle la serra brièvement.
« Bien, Kyle. Pour ce qui est de la raison pour laquelle je t’ai fait venir… »
Il s’interrompit dès que leurs mains se séparèrent. Le sourcil de Kyle tressaillit.
« Il y a un problème avec le versement de la prime ? »
« Non, rien de tout ça. La guilde fonctionne avant tout sur la confiance. C’est presque un organisme d’État. On préférerait s’endetter plutôt que de léser quelqu’un sur son salaire. Surtout quelqu’un d’aussi doué que toi. »
« Alors ? »
« Je vais aller droit au but. »
Max se redressa.
« Un nouveau contrat t’intéresserait-il ? Un gros. Kyle, mercenaire de rang argent du Royaume de Kirian. Ou plutôt… le Corbeau nocturne. »
Il le dit sans détour. Kyle ne réagit pas.
Le Corbeau nocturne de Kirian.
Les combattants réputés finissaient souvent par recevoir un surnom qui remplaçait leur véritable nom. Kyle n’y avait pas échappé. Ce mercenaire mystérieux, sorti de nulle part, qui affichait un taux de réussite de cent pour cent à ses contrats. Un vagabond qui semait les cadavres et les corbeaux noirs sur son passage.
« Tu sais qui je suis ? »
« Bien sûr. Les mercenaires accordent la priorité à la force au combat, mais des types comme nous privilégient les renseignements. »
Max esquissa un sourire. À moitié vrai, à moitié faux. Les chefs de branche étaient généralement de bons administrateurs, certes, mais beaucoup avaient aussi gravi les échelons en tant que vétérans.
« Il aurait été plus étrange de ne pas te connaître. Tu es plutôt célèbre, Kyle. »
« … »
« Même ceux qui n’ont pas vraiment accès aux renseignements, tous ceux qui travaillent dans ce milieu, ont entendu au moins une fois le nom du Corbeau nocturne. Il ne pouvait pas en être autrement. Atteindre le rang argent en une seule année ne t’a pas suffi, et maintenant tu refuses activement ta promotion au rang or. »
Un mercenaire à l’incroyable talent, apparu de nulle part. Pas de véritable nom. Aucun passé connu. Voilà la réputation de Kyle. Tout ce que l’on savait, c’était que son escrime était exceptionnelle et que tous ceux qui s’étaient dressés contre lui avaient fini raides morts.
« Tu m’as donc fait venir à part parce que tu veux me proposer un contrat ? »
Kyle parlait à voix basse. Il n’avait pas vraiment besoin d’argent pour l’instant. À vrai dire, l’or était la seule chose qu’il avait en quantité plus que suffisante. Rapporter les têtes des membres de la compagnie de mercenaires Dex relevait surtout du « autant se faire payer en passant ». Plus d’or, c’était toujours mieux.
« C’est ça. »
« … »
« Je suis sûr qu’un contrat ordinaire ne suffirait pas à quelqu’un de ta trempe. Comme je te l’ai dit, celui-ci est important. »
« Quel genre de contrat ? »
« Escorter des marchands. »
Rien de plus simple. Escorter des marchands était l’un des contrats les plus courants pour un mercenaire, juste après la chasse aux monstres.
« Le client est le chef de la Compagnie marchande Narme. Il traverse Traben au cours de sa route commerciale et séjourne actuellement dans la résidence du maire. Il veut qu’on lui trouve des mercenaires compétents pour son départ, demain. »
« S’il est déjà en route, il a sûrement déjà engagé des mercenaires, non ? »
Les routes commerciales attiraient les ennuis, et plus l’expédition était importante, plus ils étaient nombreux.
Les caravanes engageaient toujours des escortes avant de prendre la route. Même les plus grandes avaient des limites en matière d’effectifs, ce qui rendait indispensable le recours à des mercenaires. Cela coûtait cher, mais lésiner sur la protection pouvait leur faire tout perdre.
Kyle ne comprenait donc pas la logique. Pourquoi en engager davantage en plein trajet, au lieu de le faire avant le départ ?
« Il veut renforcer son escorte par précaution. Tu sais aussi bien que moi à quel point le continent est agité ces derniers temps. »
« Et le paiement ? »
« Dix pièces d’or par personne. C’est le tarif de base, mais il peut augmenter selon les résultats. Pour quelqu’un de ton calibre, c’est une occasion en or. Mais le détail le plus important, c’est que c’est le comte Metis lui-même qui offre la récompense. La destination est Dornel, où se trouve le domaine de la famille Metis. »
Dix pièces d’or par tête, c’était autant que le total des primes offertes pour les sept membres de la compagnie de mercenaires Dex. De plus, le comte Metis comptait parmi les nobles les plus influents du Royaume de Brendel. Dornel était bien plus grande que Traben, cette ville libre.
Engager un mercenaire très compétent en cours de route. Être payé non par le chef de la compagnie marchande, mais par un comte.
« Tu me caches quelque chose. »
Kyle plongea ses yeux sombres dans ceux de Max.
« C’est censé être une escorte marchande, mais la récompense vient d’un comte. Et le paiement est bien trop élevé pour une simple escorte. C’est vraiment une expédition commerciale ? »
« Je ne sais pas. On ne m’en a pas dit davantage. »
« Alors… »
« Mais les avantages sont bien réels, ça aussi, c’est certain. Gros risques, gros gains. Si la récompense dépasse largement le tarif habituel d’une escorte, c’est justement pour cette raison. Alors, qu’en dis-tu ? Ça ne te tente pas ? Ce n’est pas n’importe quel nobliau, mais le comte Metis en personne. »
Max parlait comme s’il connaissait déjà la réponse. Kyle baissa les yeux vers la table et garda le silence.
L’argent ne l’intéressait plus beaucoup.
Trois années d’activité dans le sud du continent. Des contrats à la chaîne, sans le moindre échec, qui lui avaient bâti une réputation et une fortune peu communes.
La bourse scellée par magie spatiale, à sa hanche, contenait plus d’or que la plupart des gens ne pouvaient l’imaginer. Mais les outils magiques, c’était une autre histoire. Les artefacts et les reliques des donjons et des ruines, encore davantage. Certaines choses ne s’achetaient à aucun prix.
« Inutile de le préciser, mais si l’expédition commerciale réussit, tu seras largement récompensé. Le chef de la compagnie marchande l’a dit lui-même, tu peux lui faire confiance. Et si tu te distingues, l’argent sera le moindre de ce que tu pourrais obtenir. Le comte Metis est réputé pour sa générosité. »
Or, Kyle avait désespérément besoin d’artefacts.
« On raconte que le Corbeau nocturne accepte n’importe quel contrat, du moment que le paiement est à la hauteur… Je me trompe ? »
Max leva les yeux vers lui. Kyle était déjà en train de se lever.
« On part quand ? »
« Demain matin. Rends-toi à la porte est. »
« Il y a quelque chose dont je devrais me méfier ? »
« Fais attention à toi. C’est ce que je te dirais, mais pour le Corbeau nocturne de Kirian, ça ne doit sans doute pas s’appliquer. C’était un honneur de te rencontrer. N’oublie pas de préciser que je t’ai envoyé quand tu verras le chef de la Compagnie marchande Narme. D’autres mercenaires engagés t’attendront au point de rendez-vous. »
***
En sortant du bureau du chef de branche, Kyle alla directement toucher sa prime, puis quitta les lieux. Le soleil était presque couché.
Les rues étaient bien plus calmes qu’auparavant. Il pressa le pas à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Au centre-ville, contrairement aux quartiers périphériques, les routes étaient bordées de grandes auberges propres.
Il entra dans la plus grande et la plus élégante.
« Bienvenue. Vous restez dormir ? Ou vous venez seulement dîner ? »
« Les deux. Pas besoin de dîner, mais j’aimerais qu’on me prépare le petit-déjeuner pour demain matin. Juste une nuit. Combien ? »
« Dix pièces d’argent. Une grosse pièce d’argent suffira. »
« Il y a une salle de bains dans la chambre ? »
« Bien sûr. C’est la meilleure auberge de Traben. L’eau chaude est gratuite. »
La serveuse le dit avec fierté. Et le prix de la chambre était aussi élevé qu’elle le laissait entendre. C’était la meilleure auberge d’une ville de cette taille. Elle accueillait surtout de riches marchands et des mercenaires chevronnés, et ses tarifs étaient à la hauteur.
Kyle lui tendit une grosse pièce d’argent, ajouta un pourboire, prit la clé et monta à l’étage. Le Kyle qui venait tout juste d’arriver dans ce monde l’aurait réprimandé pour avoir dépensé une grosse pièce d’argent en une seule nuit. Plus maintenant. Il avait plus d’argent qu’il ne pourrait en dépenser, et ruiner sa santé dans une auberge miteuse pour économiser quelques pièces aurait été stupide.
La chambre était à la hauteur du prix. Une grande fenêtre donnait sur la rue, et il y avait une salle de bains privée, un luxe dans un monde fantastique. Kyle vérifia les deux, puis alluma la lampe posée sur la table de chevet.
Une lumière douce se répandit dans la pièce sombre. Il s’assit au bord du lit et se débarrassa lentement de ses affaires — en somme, il ôta sa cape et ses vêtements, puis posa son épée et ses dagues de rechange, qu’il portait à la ceinture. Il n’en ressentit pas moins un certain soulagement.
Cela fait, Kyle gagna la salle de bains en traînant les pieds. Malgré sa petite taille, elle abritait une grande baignoire en bois dont l’eau avait déjà été chauffée.
Dès qu’il s’y plongea, sa fatigue se dissipa. Sous la faible lueur de la lampe, il se frotta les coins des yeux. Il croyait s’être habitué à la vie dans ce monde misérable, mais de temps à autre, quelque chose le prenait encore au dépourvu.
Près d’une semaine à dormir dehors, à la dure.
Sept meurtres auxquels il s’était depuis longtemps endurci.
Il fut un temps où, chaque matin, il espérait que tout cela n’était qu’un rêve. Qu’il pourrait s’échapper de cette réalité infernale, fermer les yeux pour une nuit et se réveiller chez lui, comme si rien ne s’était jamais passé.
À l’époque, il n’avait pas eu le choix. Quand Kyle avait été jeté dans ce monde misérable, il était en première année d’université et n’avait presque aucune expérience de la vie. Il n’avait jamais fait son service militaire. Dire qu’il était adulte aurait été généreux. Il n’avait quitté le lycée que quelques mois plus tôt.
Et voilà qu’une seconde vie s’offrait à lui, dans un monde où il ne connaissait personne. Pas de relations, pas d’argent, pas d’expérience. Rien.
Personne ne pouvait imaginer avec quel acharnement il s’était battu pour survivre, jour après jour. C’était d’autant plus dur qu’en Corée, il n’avait jamais manqué de grand-chose. Il n’était pas riche, mais il vivait confortablement. Les plats chauds dont il se souvenait étaient devenus des restes froids et rassis, périmés depuis longtemps. Le lit douillet s’était changé en un sol dur, infesté de puces et empestant la pourriture.
Quand est-ce que je pourrai rentrer chez moi ?
Cette pensée, à chaque instant. Voilà à quel point Kyle était alors au bord du gouffre.
Peut-être que mourir serait plus facile.
Son souhait ne se réalisa jamais. C’est alors qu’il finit par comprendre.
Rentrer chez lui n’était qu’un rêve. Une chimère impossible à réaliser. Et les morts ne revenaient pas.
Ma vie doit être la même.
« Le Corbeau nocturne… ? »
Le souvenir lui revint sans prévenir. Kyle laissa échapper un rire sans joie.
Le Corbeau nocturne de Kirian. Un mercenaire prometteur apparu de nulle part. Un vagabond inconnu, aux talents étranges, qui traînait toujours derrière lui des cadavres et des corbeaux noirs.
« Quelle connerie. »
Kyle leva le bras droit. Il fit lentement remonter le mana dans sa main droite et, dans une douleur vive et brûlante, des épines violettes jaillirent de son avant-bras.
Le mana s’évanouit comme s’il n’avait jamais été là. Il ne pouvait pas utiliser la magie. Avant même de pouvoir s’écouler vers l’extérieur, il prenait cette forme, acérée et épineuse. Une malédiction. Depuis trois ans, elle lui rongeait le corps, stigmate de fautes passées qu’il ne pouvait réparer.
« Ha… »
Un rire sec, qu’il n’avait pas voulu laisser échapper.
Il ne parvenait pas à tirer de lui ne serait-ce qu’un fil de mana. Même en s’appuyant sur des artefacts et des reliques, il n’atteignait pas la moitié de sa puissance d’antan.
Et les gens le disaient doué ? Célèbre ? Ils prétendaient que c’était un honneur de le rencontrer ?
Son rire se mua en rictus. Le visage figé entre le rire et les larmes, Kyle arracha une à une les épines de son avant-bras.
Du sang rouge vif se répandit dans l’eau chaude.
Ça faisait mal. Ça brûlait. S’habituer à quelque chose ne voulait pas dire qu’on cessait de le sentir. Ça voulait seulement dire qu’on apprenait à le supporter.
« Lâche. Traître. Fuyard incapable de protéger ne serait-ce qu’une seule personne qui lui était chère… »
Il marmonna pour lui-même, puis s’enfonça davantage dans la baignoire. L’eau chaude lui arrivait juste sous les yeux. La faible lueur de la lampe brouillait le monde au-dessus de lui, le transformant en quelque chose de doux et de lointain.
Il était épuisé. Il voulait fermer les yeux et se laisser dériver. Il dormirait bien ainsi. D’un long, très long sommeil dont il ne se réveillerait peut-être jamais.
Kyle ferma lentement les yeux et se laissa couler sous la surface. Il avait échoué dans ce monde à vingt ans. Au fil du temps, il en avait eu trente. Ce soir-là, plus que la plupart des autres, les visages de ses souvenirs lui semblaient atrocement lointains.
Tous ceux qu’il avait aimés autrefois.
Ses parents, qu’il ne reverrait jamais.
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