Chapitre 195
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 195 : Le retour du roi (4)
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À mesure que se réduisait la distance entre eux et ceux qui descendaient la colline, la méfiance gagnait le camp. Des murmures s’élevèrent de toutes parts. Kyle leva la main pour calmer les seigneurs, les chevaliers et les soldats.
« Ne tirez pas vos épées sans mon ordre. Gardez vos positions. »
« Mais, commandant, il pourrait s’agir de seigneurs déjà ralliés au duc Ehrenfeld. »
« C’est vrai. Il y a peut-être même une embuscade derrière cette colline. Mieux vaudrait nous préparer au pire… »
« Cela n’arrivera pas. »
Kyle l’affirma avec assurance. Les seigneurs qui avaient exprimé leurs inquiétudes inclinèrent la tête, perplexes. Harald, Rudolf et les Chevaliers des Cendres, eux, ne bougèrent pas d’un pouce. Ils connaissaient les sens extraordinaires de Kyle.
Il n’y avait aucune embuscade.
Kyle en était certain. Depuis que le mana de Prisia s’était éveillé en lui, sa maîtrise du mana, déjà inégalée, était devenue encore plus précise. Son instinct lui disait qu’aucune troupe ne se cachait derrière la colline. À présent, l’appel aux armes lancé par Harald dans tout le Nord au nom de Kyle avait dû leur parvenir. Il y avait de fortes chances qu’ils soient venus en réponse à l’appel de la famille royale.
« Solberry, Greenholm, Brindal… »
« Cela faisait longtemps. Nous n’avions plus de nouvelles d’eux depuis un bon moment. »
« Nous n’avons pas encore la certitude qu’ils soient nos alliés, n’est-ce pas ? »
« Espérons seulement qu’ils n’aient pas été dupés par les manigances du duc Ehrenfeld. Nous n’avons aucune envie de nous entretuer. »
Sur l’ordre de Kyle, les seigneurs avaient mis leur hostilité de côté, mais une méfiance diffuse subsistait. Kyle ne le leur fit pas remarquer. À cet instant, ceux qui étaient descendus de la colline s’approchèrent lentement, jusqu’à se trouver tout près d’eux.
« C’est impossible… »
Quelqu’un murmura parmi eux. De près, tous avaient les yeux écarquillés à s’en faire éclater.
Trois mille soldats s’étaient rassemblés dans le camp. Les seigneurs qui les avaient amenés étaient tous des partisans de la famille royale. Et enfin, Kyle se tenait fièrement au milieu d’eux.
Il était vraiment vivant ?
« Nous saluons le dernier descendant de Hailen. »
Leur stupeur ne dura qu’un instant. Dès que les seigneurs neutres aperçurent les cheveux et les yeux noirs de Kyle, ils descendirent de cheval et s’agenouillèrent tous. Les chevaliers qui les suivaient, bannières en main, firent de même. À cette vue, les seigneurs fidèles à la couronne se départirent enfin du reste de leur méfiance.
« Relevez-vous. »
À ces mots de Kyle, les chevaliers, menés par les seigneurs neutres, se relevèrent les uns après les autres.
« Puisque vous avez amené vos troupes jusqu’ici, puis-je en conclure que mon jugement était juste ? »
Le vieux chef de la Maison Solberry, qui se tenait devant les autres, hocha la tête en leur nom.
« C’est exact. »
« … »
« Même après avoir reçu la lettre, nous avions encore des doutes… mais ce n’est plus le cas. Solberry, Greenholm et Brindal. Nos maisons se tiendront à vos côtés, commandant, héritier légitime de Hailen, jusqu’au bout. Pour accomplir le devoir auquel nous avons failli il y a quatre ans. »
« Plutôt qu’aux côtés du duc Ehrenfeld ? »
Le comte Solberry garda le silence. À sa place, ils regardèrent Kyle d’un air résolu.
« Je vois. »
Kyle observa les deux autres seigneurs derrière le comte Solberry. Ils semblaient partager cette intention depuis le début : ils ne la nièrent pas et se contentèrent de hocher légèrement la tête. Jusqu’alors, ils avaient gardé la tête basse, faute de cause à défendre et sans vouloir provoquer le duc Ehrenfeld. Mais l’apparition de Kyle, héritier légitime de la famille royale, semblait leur avoir fait changer d’avis.
« Je rends hommage à votre dévouement. »
Kyle était sincère.
« Et j’ai une question à vous poser. »
Ses yeux noirs passèrent des trois seigneurs à la colline voisine. Les soldats de Solberry, Greenholm et Brindal y attendaient, le regard tourné vers eux.
« Je vous écoute. »
« Les troupes sur cette colline sont-elles les seules que vous ayez amenées ? »
« Malheureusement, oui. Nous n’avons laissé derrière nous que le strict minimum nécessaire à la défense de nos châteaux. »
« Combien ? »
« Mille cinq cents. »
Le comte Solberry répondit sans hésiter.
« Toutefois, nous manquons de vivres. Nous avons fait de notre mieux, mais le duc Ehrenfeld rachète dernièrement tout le grain du Nord à prix d’or. »
Ils baissèrent la tête, comme honteux. Tout le monde savait que le duc Ehrenfeld monopolisait depuis un bon moment la majeure partie des denrées venues de l’Empire et de la Fédération, en prévision d’une guerre civile. La mission confiée au baron Falken, chargé de convaincre le comte Haska, s’inscrivait également dans cette entreprise. Se soumettre ou mourir. Du point de vue du duc, il n’y avait aucune raison de laisser subsister des menaces incertaines susceptibles d’éclater à tout moment.
« Vous n’avez pas à vous en inquiéter. »
Kyle répondit pourtant avec calme. Il s’y était déjà attendu ; rien de surprenant, donc.
« J’ai pris mes dispositions à l’avance. »
« En avez-vous beaucoup en réserve ? »
« Pas assez pour parler d’abondance, mais suffisamment pour que nous ne mourions pas de faim tout de suite. »
Depuis qu’il avait rassemblé les seigneurs fidèles à la couronne, Kyle avait fait avancer sans relâche trois mille soldats. Il n’avait jamais envisagé une guerre prolongée. Il comptait reprendre Baldheim avant même que les seigneurs traîtres ralliés au duc Ehrenfeld aient le temps de se réunir.
Il ne pouvait pas laisser le duc Ehrenfeld les encercler avant même qu’ils aient ouvert les portes de Baldheim. Et il ne pouvait pas non plus pardonner les pertes qui en découleraient. Il suffisait de réduire les morts au minimum. Une fois leur chef éliminé, les soldats innocents changeraient d’allégeance d’eux-mêmes.
« Dites aux soldats de se préparer au départ. »
Après avoir évalué leur position et l’itinéraire qu’ils prendraient, Kyle donna un ordre assez fort pour que tout le monde l’entende.
« Nous partons immédiatement. D’ici midi. »
* * *
Avec l’arrivée des maisons Solberry, Greenholm et Brindal, qui avaient proclamé leur neutralité, leurs forces approchèrent bientôt les cinq mille hommes.
Pour autant, Kyle ne ralentit pas la marche. Hormis une courte pause pour déjeuner à midi, ils avancèrent sans s’arrêter. Ils poursuivirent ces marches forcées de plus de quarante kilomètres par jour, sans que les Chevaliers des Cendres ni les seigneurs y trouvent à redire. Ils comprenaient pourquoi Kyle était si pressé.
Combien de temps faudrait-il pour que toutes les maisons sous l’autorité du duc Ehrenfeld se rassemblent ?
Le Nord possédait un vaste territoire au regard de sa population. La majeure partie était constituée de terres hostiles, parmi lesquelles les Montagnes de Caldra, mais même sans les compter, la région centrale restait immense.
Baldheim, quant à elle, se trouvait au pied des Montagnes de Caldra, dans le Nord. Sur une carte de toute la région, elle se situait plus au nord que la région centrale. Dans ces conditions, il faudrait évidemment beaucoup de temps aux maisons des autres régions pour lever leurs armées sur l’ordre du duc Ehrenfeld et les rassembler à Baldheim. La raison était simple : il ne bénéficiait d’aucun soutien populaire. Le duc Ehrenfeld et son entourage n’étaient liés que par leurs intérêts personnels.
Cela ne signifiait pas pour autant que Kyle pouvait se permettre de traîner.
Le problème qu’il redoutait survint précisément cinq jours après que les trois maisons neutres eurent rejoint ses forces.
« Les soldats sont épuisés. Si nous continuons ainsi, nous risquons bientôt d’avoir un grand nombre de traînards. »
Ce soir-là, la brève réunion venait de s’achever et Kyle s’apprêtait à se retirer quand Harald entra discrètement dans sa tente. Il prit la parole d’un ton direct, empreint d’inquiétude.
« C’est si grave que ça ? »
Kyle posa la question. Harald secoua la tête.
« Ils ne vont pas s’effondrer tout de suite, mais ça ne durera pas. Les soldats de notre maison, en particulier, sont à bout. Ils ont commencé à marcher sans repos dès le jour où ils ont reçu ta lettre, commandant. »
« Nous allons devoir ralentir un peu. »
Ils parcouraient actuellement entre quarante et cinquante kilomètres par jour. Pour une armée de près de cinq mille hommes, c’était une marche forcée extraordinaire. Les chevaliers capables de recourir au renforcement corporel grâce au mana et les cavaliers pouvaient peut-être tenir le rythme, mais demander à des soldats ordinaires de porter leurs armes et toutes sortes de provisions sur plus de quarante kilomètres chaque jour relevait presque de la maltraitance.
« Ce n’est pas tout. Nous sommes aussi presque à court de vivres. »
Pour ne rien arranger, Harald avait plus d’un sujet d’inquiétude.
« Nous n’avions déjà pas assez de provisions pour une campagne prolongée, et l’arrivée des seigneurs neutres a fait grimper en flèche la consommation de grain. Nous nous sommes procuré toute la nourriture possible dans les rivières et les forêts alentour, mais si cela continue… »
Harald s’interrompit. Assis sur un tapis, Kyle déplia une carte du Nord.
« Baldheim n’est plus très loin. Nous ne pouvons pas nous arrêter ici. »
« Alors… »
« Nous poursuivrons comme prévu. À présent, rien ne sert de l’éviter. »
Kyle leva la main et tapota l’endroit où se trouvait leur armée. Un instant plus tard, son doigt glissa légèrement vers le haut et s’arrêta sur un autre point.
« C’est… ? »
« La Maison Rosenberg. »
Une grande maison de la région centrale, rivale de la Maison Ehrenfeld. Le duc Rosenberg, maître de la plus vaste région céréalière du Nord, était le meilleur allié que Kyle pouvait espérer obtenir. Pourtant, les autres seigneurs évitaient d’en parler. Ils semblaient même vouloir éluder le sujet. Selon les rumeurs, le duc Ehrenfeld et le duc Rosenberg faisaient cause commune.
« Ne vaudrait-il pas mieux les contourner ? »
« Non. »
Harald faisait partie de ceux qui s’en inquiétaient. Kyle balaya son inquiétude d’une seule phrase.
« Je n’ai pas l’intention d’avancer en laissant derrière moi quelqu’un dont j’ignore les allégeances. »
C’était d’autant plus important avec un grand seigneur comme le duc Rosenberg. L’appel avait dû lui parvenir depuis longtemps.
« Une rumeur ne reste qu’une rumeur. J’irai moi-même, je verrai de mes propres yeux et je me ferai ma propre opinion. Qu’il nous ait trahis ou non. Qu’il se souvienne encore ou non de son serment à la famille royale. »
Il en avait été de même avec le baron Falken. Kyle se fiait à ce qu’il voyait et jugeait de ses propres yeux, plutôt qu’aux racontars.
C’était pour cela qu’il l’espérait.
Il espérait que le duc n’avait pas oublié son serment. Il espérait qu’il répondrait à l’appel. Il le souhaitait sincèrement.
Tuer quelqu’un n’était pas une expérience agréable. Surtout quand cette personne venait du Nord.
* * *
Le lendemain, Kyle pénétra dans le duché de Rosenberg. Contrairement au reste du Nord, le duché s’étendait sur de vastes plaines qui se prolongeaient à perte de vue.
La plus grande région céréalière de Hailen. Une part considérable du grain produit dans le Nord provenait de ces terres immenses. Le sol n’était pas particulièrement fertile, mais aucun autre endroit ne se prêtait mieux à la culture à grande échelle que le duché de Rosenberg.
Pourtant, le duché qui s’étendait sous ses yeux différait quelque peu de ses souvenirs.
Une terre desséchée. De rares touffes d’herbes jaunies.
N’importe qui pouvait voir que les effets de l’hiver ne s’étaient pas encore dissipés.
La Maison Rosenberg avait elle aussi beaucoup souffert pendant la Guerre du Nord, autant que les maisons fidèles à la couronne. Elle avait fini, comme les autres seigneurs de la région centrale, par battre en retraite pour survivre. Il était toutefois indéniable qu’elle avait fourni d’importantes quantités de nourriture et d’argent.
Ça me rappelle des souvenirs.
Cet été-là, toute cette plaine avait resplendi d’or.
Des souvenirs se superposèrent au paysage désolé qui s’offrait à lui. L’immense mer de blé et d’orge restait vivace dans l’esprit de Kyle. Dans le même temps, sa nostalgie du passé se renforça. Il avait beau essayer de l’effacer, lutter de toutes ses forces pour l’atténuer, elle ne disparaissait pas.
Les bons souvenirs comme les tristes.
Tous étaient restés gravés dans son esprit. Kyle ne les rejetait pas. Il les acceptait simplement, avec calme. Il n’avait pas besoin de se laisser emporter par ses émotions. Pas besoin non plus de renier celui qu’il avait été. Il lui suffisait de l’accepter tel quel.
Ainsi, le troisième jour après avoir pénétré dans le duché…
« Nous sommes arrivés. »
Harald prit la parole à côté de Kyle. Celui-ci leva la main pour arrêter l’armée en marche.
Un immense château ancien se dressait devant eux. À ses côtés s’étendait une ville de belle taille, le tout bâti sur une colline peu élevée. À la lisière de la ville coulait une rivière qui traversait les plaines.
C’était le château principal de la Maison Rosenberg.
« Je vais envoyer un messager. »
Après avoir contemplé un moment l’immense château ancien, Kyle se retourna.
« Walter. »
« … Je suppose que je n’ai pas le choix. »
« Si quelque chose te semble suspect, reviens immédiatement. »
« Je sais. Envoie juste deux autres des nôtres avec moi. Je serai bientôt de retour. »
Kyle choisit deux autres Chevaliers des Cendres pour accompagner Walter. Celui-ci grommela à plusieurs reprises, puis gravit rapidement la colline. Ils ne portaient ni drapeau ni blason de maison sur leur armure ou leur cape. Kyle ne s’inquiétait pas pour autant. Le duc Rosenberg reconnaîtrait sûrement les Chevaliers des Cendres.
À condition qu’il les ait vraiment trahis.
Le soleil, haut dans le ciel, commença peu à peu à décliner. Alors que la ville commençait à s’interroger sur cette armée de près de cinq mille hommes qui s’étirait dans les plaines, les portes du château ancien s’ouvrirent lentement.
Au-delà, le spectacle évoquait tout à la fois un accueil et un repaire qui n’avait rien à envier à un piège.
Tandis que les seigneurs chuchotaient entre eux, Kyle échangea un bref regard avec Hermann.
« J’entrerai avec les Chevaliers des Cendres restants. Vous autres, veuillez attendre ici. »
« Attends. Tu veux dire que tu vas y aller toi-même, commandant ? »
« Ils ont ouvert leurs portes. Ce serait discourtois de nous enfuir. Harald. »
« Oui. »
« Je te confie l’arrière-garde. »
« Ne t’inquiète pas. Donne le signal et nous viendrons te soutenir sans tarder. »
Kyle acquiesça et gravit la colline vers le château ancien, accompagné d’Hermann. Les autres Chevaliers des Cendres suivirent, leurs capes flottant au vent. Ils franchirent les portes grandes ouvertes et entrèrent sans difficulté dans le château.
Kyle balaya les lieux du regard. Partout, on voyait les traces de longues années.
Leur discipline est impressionnante. Ont-ils déjà réparé une partie des dégâts qu’ils ont subis ?
Les soldats qui les observaient depuis les remparts étaient particulièrement compétents. Au moins une centaine d’hommes, semblait-il, tenaient fermement leurs armes, prêts à combattre à tout instant. Plusieurs chevaliers étaient également présents. Si les défenseurs du château étaient déterminés à se battre, l’affaire ne serait pas simple. Les remparts étaient hauts, eux aussi.
« Tu étais donc vraiment vivant. Je me demandais ce que tu avais fait pendant ces quatre dernières années. »
À peine Kyle, Hermann et les Chevaliers des Cendres étaient-ils descendus de cheval que Clic, clic. résonna dans le passage devant eux. Une voix au ton étrangement complexe suivit.
« Duc Rosenberg. »
Kyle se tourna vers la source du bruit. Un homme d’une soixantaine d’années émergea de l’ombre, une canne à la main. À ses côtés se tenaient les chevaliers gardes de la Maison Rosenberg et Walter, envoyé en avant.
Le duc s’approcha d’un pas boiteux et s’arrêta près de Kyle.
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