Chapitre 187
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 187 : La route du retour (8)
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Les hommes qui attendaient à l’extérieur de la ville se mirent en mouvement dès l’ouverture des portes. Nul besoin de signal particulier : tous étaient des vétérans qui avaient survécu à d’innombrables champs de bataille.
Clop, clop, clop.
Huit chevaliers entrèrent à cheval dans la Forteresse Falken. Pourtant, neuf chevaux se trouvaient là, et non huit. Après s’être assuré que le sien n’avait rien, Kyle descendit du mur. Les hommes qui avaient franchi le pont derrière lui inspectèrent rapidement les abords de la porte, maculés de sang.
« Ouah. Ils sont tous morts. »
« Alors, on a plus ou moins fait le ménage autour de la porte ? »
« On dirait bien. »
« On aurait peut-être dû en laisser au moins un en vie. »
« Non. Ils servaient le baron Falken. Qui sait quand ils nous auraient poignardés dans le dos ? Autant régler ça proprement. »
« C’est pas faux. On a pratiquement réussi à moitié, maintenant qu’on est arrivés jusque-là. »
Les hommes descendus de cheval marmonnèrent des remarques qui tenaient peut-être de l’admiration, du regret ou de la moquerie. L’air était lourd de l’odeur du sang.
Les soldats qui montaient la garde sur les remparts quelques instants plus tôt gisaient tous dans des flaques de sang. Aucun n’avait survécu. Les soldats du baron Falken étaient morts sans même opposer une véritable résistance aux coups d’épée de Kyle. Parmi eux se trouvaient les trois chevaliers désarmés qu’il avait capturés. Contrairement aux soldats, ils avaient été décapités.
« Kyle. »
« Tout va bien ? »
Hermann et Walter furent les premiers à s’enquérir de son état lorsqu’il descendit du mur. Kyle hocha légèrement la tête pour leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter.
« Tout va bien. »
« Vraiment ? »
« Oui. »
« La magie est vraiment pratique dans ce genre de situation. Il y a eu bien des moments frustrants quand on n’était que nous. À l’époque, chaque escouade comptait au moins un mage. »
La remarque désinvolte de Walter arrêta Kyle sans qu’il s’en rende compte. Des souvenirs enfouis de force dans un recoin de son esprit refirent surface.
Au début de la Guerre du Nord, l’ordre comptait lui aussi plusieurs mages. Ils n’étaient pas nombreux, mais chacun d’eux était doué. Les mages ne pouvaient remplacer les chevaliers, pas plus que les chevaliers ne pouvaient remplacer les mages. Ils se complétaient. Mais maintenant que la guerre était terminée, ce n’était plus le cas.
À bien y réfléchir, suis-je le seul dans l’ordre qu’on puisse qualifier de mage, à présent ?
Cette pensée lui laissa un goût amer. Hormis Kyle, les huit hommes devant lui étaient les seuls membres de l’ordre encore en vie. Quand Baldheim, la capitale, était tombée et que les Chevaliers célestes s’étaient lancés à leur poursuite, tous ceux qui avaient suivi Kyle étaient morts en le protégeant.
Cecilia n’est plus là. Tout ce qu’il me reste, ce sont les sorts qu’elle m’a enseignés.
« Tu maîtrises bien mieux ton mana qu’avant. Ta magie aussi. »
« Tu reconnais quelqu’un, ici ? »
Kyle fit délibérément semblant de ne pas entendre Walter et changea de sujet. Hermann, qui contemplait le capitaine de la garde mort, secoua la tête.
« Non. Je n’en ai jamais vu aucun. »
« Je vois. »
« Le baron Falken fréquentait rarement les autres nobles. Les seuls à bien connaître le plan de cette forteresse sont le baron lui-même et quelques-uns de ses vassaux. Malheureusement. »
Hermann prit un air navré, mais Kyle ne lui en tint pas rigueur. Il s’y était attendu.
La Forteresse Falken était si isolée. Le baron se rendait rarement aux réceptions, lui aussi. Même si Kyle était arrivé dans le Nord bien avant la chute de Hailen, il n’avait jamais aperçu le visage de cet homme.
Les trois chevaliers, désormais morts, lui avaient indiqué où le baron se trouvait généralement. La forteresse s’avérait toutefois plus complexe que prévu ; ils devraient donc la fouiller eux-mêmes.
« Plus important, nous sommes sûrs que le baron se trouve dans la forteresse en ce moment ? »
Hermann posa la question. Kyle lui répondit d’un bref regard.
« Si le capitaine de la garde disait vrai, oui. »
« Ça nous évite des complications. »
« Oui. Il pourrait comprendre ce qui se passe et s’enfuir. Il faut donc le capturer vivant en priorité. Mais avant ça… »
Kyle observa une nouvelle fois les abords de la porte. L’intérieur de la Forteresse Falken ne ressemblait pas à celui d’un château ordinaire.
Sans doute parce que sa priorité était de contrôler le pont, la porte ne donnait pas directement sur une cour et un donjon intérieur. À la place, une large route rectiligne s’enfonçait au cœur de la forteresse. De hauts murs, identiques aux remparts extérieurs, s’élevaient de chaque côté, comme pour barrer le passage. La forteresse avait clairement été conçue pour laisser circuler rapidement de grands convois marchands et des colonnes militaires.
C’est alors que Kyle perçut une présence extrêmement ténue, dans un recoin de l’écurie située devant la porte.
« … Il y aurait d’autres survivants ? »
Comme Kyle fixait l’écurie, l’un des hommes les plus perspicaces s’en approcha. Peu après, ils tirèrent de derrière une clôture plongée dans l’ombre un petit homme qui semblait être le palefrenier.
« Un seul ? »
« Quel rat fuyant. »
« Je… je n’ai rien vu, mes seigneurs ! Je le jure ! »
Forcé de s’agenouiller devant Kyle, l’homme s’inclina profondément et le supplia avec ferveur. Ses yeux terrifiés allaient et venaient vers la douzaine de cadavres qui jonchaient la mare de sang.
« Tu t’occupes de cette écurie ? »
Kyle baissa les yeux vers lui en posant la question. L’homme hocha frénétiquement la tête.
« Oui, oui ! Je suis le palefrenier responsable de l’écurie. »
« Je n’ai qu’une question. Sais-tu où se trouve le baron Falken ? »
« V-Vous voulez dire le baron ? »
« Tu ne sais pas ? »
« Si ! Je le sais ! À moins qu’il ne se soit passé quelque chose, il devrait être dans sa chambre. »
« Dans sa chambre ? Il est déjà passé midi. »
Kyle fronça les sourcils et leva les yeux. Lorsqu’ils avaient atteint la Voldra, le soleil était haut dans le ciel. À présent, il descendait lentement vers l’ouest. D’ordinaire, les gens avaient déjà déjeuné et repris le travail à cette heure-ci.
« Eh bien, c’est que… »
L’homme s’interrompit. Kyle le pressa d’un regard fixe, et il finit par reprendre la parole, hésitant.
« Il y a eu un petit banquet hier… »
« Un banquet ? »
« Oui. Le chevalier Rudolf Alten avait fait un long voyage, alors ils ont voulu lui offrir un accueil modeste… »
L’homme tressaillit soudain. Quand il releva légèrement les yeux, Kyle le regardait d’un air meurtrier. Les autres hommes n’étaient pas différents. Le nom qu’il venait de prononcer avait un tel poids.
Rudolf Alten.
Impossible qu’ils ne connaissent pas ce nom. Kyle le connaissait, tout comme les autres. La Maison Haska, la famille de Cecilia, avait servi loyalement la famille royale pendant des générations. La Maison Alten était celle des chevaliers en qui elle avait le plus confiance.
Rudolf Alten était le chef de la Maison Alten et avait servi pendant de nombreuses années le précédent comte Haska, mort depuis longtemps. Rudolf avait été l’un des meilleurs chevaliers du comte.
Rudolf Alten est à la Forteresse Falken ?
Une foule de pensées se bouscula dans l’esprit de Kyle. Instinctivement, il pensa à Cecilia.
Quand elle était morte pour lui, la Maison Haska était restée fidèle à la famille royale jusqu’au bout. Cela n’avait pas changé après la chute de Hailen et la fin de la guerre. Kyle ne comprenait donc pas pourquoi Rudolf, le plus grand chevalier de la Maison Haska, avait fait tout ce chemin pour rencontrer le baron Falken, qui était pratiquement le bras droit du duc Ehrenfeld.
Pourquoi ? La Maison Haska aurait-elle pu les trahir ?
Sinon…
« Mes seigneurs ? »
Après un long silence, l’homme regarda nerveusement ceux qui l’entouraient. Kyle lui répondit d’un ton glacial.
« Ce que tu viens de dire, c’est vrai ? »
« Pardon ? »
« Où est Rudolf Alten ? »
« Eh bien… »
« Rudolf est-il en vie ? »
« Je n’en sais pas tant… »
Alors que l’homme promenait anxieusement son regard autour de lui, Walter passa soudain derrière lui et frappa sa nuque sans défense. L’homme lâcha un bref gémissement et s’effondra, inerte.
« On ira lui demander nous-mêmes. Ce sera plus rapide. »
« … »
« Plutôt que de rester là à se faire du souci. »
Kyle se retourna. Huit hommes se tenaient parmi les neuf chevaux et le regardaient en silence.
« Hakon. »
Kyle donna un ordre à l’homme aux cheveux courts.
« Reste ici et surveille les chevaux. Empêche quiconque d’entrer par la porte. »
« Ça ne devrait pas être difficile. »
« Vous autres, vous venez avec moi. Notre cible, c’est le baron Falken. Tuez les soldats qui résistent. Assommez ceux qui n’ont plus envie de se battre ou qui se rendent. »
« Et les domestiques ? »
Gerant posa la question. Kyle répondit sans hésiter.
« Ignorez tous ceux qui ne sont pas des combattants. »
« … »
« On pourra s’occuper d’eux ensuite. Avant tout… »
Kyle regarda au-delà de la porte ouverte. Au bord du fleuve, de l’autre côté du pont Falken, s’élevait une petite ville. Ses habitants avaient compris que quelque chose n’allait pas et commençaient à sortir près du pont, les uns après les autres.
Sans un mot de plus, Kyle se dirigea vers la chambre du baron.
« Allons-y. »
* * *
Le baron Falken ne se réveilla que dans l’après-midi.
Le noble âgé était assis près de la fenêtre de sa chambre, profitant en silence des rayons du soleil.
À l’approche de la fin du mois de mars, le temps, glacial auparavant, se réchauffait peu à peu. Les heures de l’aube et du coucher du soleil n’avaient pas changé. Comparé à l’hiver dans le Nord, tout paraissait agréable.
Pourtant, le regard du baron posé sur la table était glacial.
Rudolf Alten. Alors, voilà comment ils comptent s’y prendre.
Ses doigts ridés tapotèrent la table. D’innombrables pensées surgirent et s’évanouirent dans son esprit grisonnant.
Une lutte vaine. Ils sont si obstinés qu’ils en sont ridicules.
Le baron Falken se moqua intérieurement du comte Haska et de son chevalier. Lorsqu’il avait fait à Rudolf une offre impossible à refuser pendant le banquet de la veille, celui-ci n’avait pas incliné la tête. Au contraire, il s’était emporté et avait tiré son épée au cœur même du territoire ennemi.
La suite s’était déroulée exactement comme prévu.
Rudolf Alten n’avait finalement pas réussi à le vaincre. Des dizaines de chevaliers s’étaient rués sur lui de toutes parts. Des mages et des archers avaient également été postés à l’avance dans toute la salle du banquet. Pour finir, Rudolf Alten avait été emprisonné dans le cachot souterrain sous la Forteresse Falken. Le baron avait ordonné à ses hommes de le rouer un peu de coups ; le chevalier regrettait peut-être déjà son choix, le front contre le sol de pierre glacé.
Est-ce que je devrais tout simplement tuer Rudolf ?
L’idée lui traversa l’esprit en un instant. Le baron Falken calcula les conséquences de la mort de Rudolf et les gains comme les pertes qu’elle entraînerait.
Le comte Haska est actuellement au centre des derniers partisans de la famille royale. Si je tue Rudolf Alten, les loyalistes lèveront une armée autour de lui. Mieux vaut peut-être en finir tout de suite plutôt que de laisser de côté ceux qu’on ne peut rallier. L’empereur préférerait lui aussi un Hailen unifié à un Nord instable.
Son premier choix avait été de rallier le comte Haska, mais cette deuxième solution ne semblait pas mauvaise non plus. Ses réflexions achevées, le baron Falken se leva lentement.
Rudolf a peut-être changé d’avis, maintenant. Que je le tue ou le laisse en vie, je devrais aller le voir moi-même.
Le baron venait d’enfiler quelques vêtements et s’apprêtait à quitter la chambre lorsque la porte s’ouvrit de l’extérieur, avant qu’il ait pu en saisir la poignée.
Un chevalier, à bout de souffle, fit irruption sans prévenir. Dès qu’il aperçut le baron, il s’écria :
« Il y a un problème ! »
« Qu’y a-t-il ? Ne me dites pas que cet imbécile s’est suicidé. »
« Des intrus ! Quelqu’un a franchi la porte sud et pénétré dans le donjon intérieur. »
« Quoi ? »
Le baron répéta le mot. Le chevalier trépignait d’impatience.
« Nous n’avons pas le temps ! Vous devez vous mettre à l’abri, tout de suite… »
Le chevalier éleva la voix dans un cri désespéré, mais ne put le terminer.
Une lame étincelante jaillit soudain de sa poitrine.
Splurt !
Un sang rouge vif gicla dans les airs. Les yeux écarquillés, le chevalier baissa machinalement le regard vers la lame qui lui transperçait la poitrine. L’épée se retira, et il cracha une gorgée de sang avant de s’écrouler, impuissant, sur le sol.
Incapable de réagir à ce qui venait de se produire, le baron ne put que remuer les lèvres sans émettre un son.
Qu’est-ce que…
Son regard se leva lentement. Derrière le chevalier effondré, dans l’embrasure de la porte grande ouverte, se tenait un homme qu’il n’avait jamais vu.
Non, il était étrange de le considérer comme un inconnu. Son visage lui semblait curieusement familier. Il avait les cheveux châtain foncé et paraissait approcher de la quarantaine. Dès que le baron le vit, un sentiment de reconnaissance s’éveilla en lui.
« V-Vous… »
« … »
« Qui êtes-vous ? Vous rendez-vous compte de l’endroit où vous vous trouvez… ! »
Le baron reprit enfin ses esprits et s’écria. Imperturbable, l’homme s’approcha et lui saisit le poignet. Sa poigne était si forte que le baron eut l’impression que ses os allaient se briser ; il n’eut d’autre choix que de se laisser entraîner.
Il ne parvenait même pas à crier.
Dès qu’il mit le pied dans le couloir, l’épaisse odeur du sang l’assaillit de toutes parts. Des domestiques inconscients et des soldats couverts de sang gisaient çà et là, le regard vide.
Une fois dehors, le baron fut brutalement jeté au sol.
« Il était donc bien dans sa chambre. »
« À sa mine, il a bien mangé et bien vécu. »
« On dirait qu’il a aussi pris du poids. »
Des voix lui parvinrent de tous côtés. Sans se soucier de sa respiration saccadée, le baron releva lentement la tête.
« Cela faisait longtemps, baron Falken. »
Hermann Hagenwald.
Le baron reconnut aussitôt ce visage inoubliable et pâlit. Il regarda vivement autour de lui. La cour était déjà jonchée de chevaliers morts. Ce n’est qu’alors qu’il comprit qui étaient les hommes devant lui.
Les Chevaliers des Cendres, qu’il croyait disparus.
Les chevaliers du Nord qui avaient jadis été les plus puissants du continent.
« Comment… ? »
Le baron murmura d’une voix creuse. Des pas résonnèrent alors à ses oreilles.
Un homme s’était déjà avancé vers lui. Hermann et les autres Chevaliers des Cendres s’écartèrent comme pour céder le passage à leur supérieur.
L’homme qui se tenait devant le baron était grand, avec des cheveux et des yeux d’un noir de jais. En un instant, le regard du baron trembla, saisi d’une terreur et d’un choc indescriptibles.
« Kyle… Baldrick… »
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