Chapitre 186
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 186 : La route du retour (7)
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Il leur fallut un peu plus d’une demi-journée pour atteindre leur destination, comme l’avaient annoncé les chevaliers capturés.
Le pont Falken, axe commercial essentiel reliant la Fédération au nord. Un vieux château se dressait devant lui, comme pour en barrer l’accès.
Plusieurs ponts reliaient l’est et le nord de Velia. Parmi eux, celui de Falken revêtait une importance particulière. Il contrôlait presque entièrement le cours inférieur de la Voldra, le plus grand fleuve du nord-est. Les voyageurs ordinaires pouvaient emprunter un autre itinéraire, mais les grands convois marchands et les armées en marche n’avaient d’autre choix que de franchir le pont Falken. Sinon, il leur fallait diviser leurs colonnes et faire un long détour.
Kyle en avait déjà entendu parler. C’était un pont crucial, par lequel transitaient la plupart des marchandises de la Fédération. Le voir de ses propres yeux dépassa ses attentes. Le large fleuve semblait mesurer plus de cent mètres de large. Le robuste pont de pierre était si ancien qu’on ne pouvait en dénombrer les siècles. De petites villes s’étaient même formées sur les deux rives, à ses extrémités.
« Rien n’a changé, ni à l’époque ni aujourd’hui. »
Hermann tira sur les rênes de son cheval et marmonna avec amertume. Devant eux, un fleuve immense s’écoulait sans relâche.
Le courant était rapide. Non, en y regardant de plus près, il était encore plus violent que prévu. La Voldra, qui mesurait normalement une centaine de mètres de large, avait grossi à vue d’œil à la fin du mois de mars. La neige, gelée tout l’hiver en amont, avait fondu, provoquant un courant bien plus tumultueux qu’à l’ordinaire.
« Nous sommes dans le nord, mais à l’échelle de Hailen, c’est encore le sud. Le printemps arrive donc plus tôt ici. Baldheim doit être plus froid. »
Walter répondit doucement à Hermann. Kyle jeta un coup d’œil aux trois chevaliers du baron Falken, qui continuaient à surveiller chacun de leurs gestes, puis examina le pont et le vieux château qui se dressait devant eux.
« Je ne sais pas quel genre d’homme était le premier baron Falken, mais il avait le nez fin pour les affaires. Il suffit de voir ses descendants vivre de ce pont depuis des générations, depuis des centaines d’années. »
Kyle était intérieurement d’accord avec Walter. Le pont, réputé être le plus grand du nord-est, semblait faire une dizaine de mètres de large, même au premier coup d’œil. Les rambardes mises à part, il était gigantesque. Deux chariots de marchandises d’un grand convoi pouvaient sans doute le traverser côte à côte. Sa solidité n’était qu’un avantage supplémentaire.
La Forteresse Falken, de l’autre côté de la Voldra, était encore plus impressionnante. Le large pont aboutissait directement à ses portes. Pour traverser un fleuve aussi puissant, il fallait obtenir la permission du baron Falken. Afin de préserver son monopole, pas un seul bateau ne se trouvait près des berges. De toute façon, avec un courant aussi fort, ils n’auraient servi à rien en cette saison.
« Nous devons nous en emparer, ne serait-ce que pour nous assurer le soutien du grand-duc plus tard. Nous ne pouvons pas laisser quelqu’un nous tenir à la gorge dès le départ. »
À ces mots de Kyle, les autres, Hermann et Walter compris, acquiescèrent. C’était là la source de l’influence du baron Falken, qui lui permettait d’exercer un pouvoir comparable à celui de nombreux grands nobles de Hailen malgré son titre modeste. S’ils parvenaient à s’en emparer, ce serait un atout majeur.
Non, il le fallait.
« Espérons que le baron se montrera coopératif. Même si, personnellement, je préférerais qu’il résiste jusqu’au bout. »
Walter sourit en faisant jouer l’épée en acier stellaire à sa taille. Tous se tournèrent vers les trois chevaliers du baron Falken, dont les visages étaient vides d’expression. Dépouillés de leurs armures et de leurs épées, ils fixaient le fleuve qui s’écoulait sans fin. Les yeux du chevalier auquel Kyle avait tranché le bras n’exprimaient plus que la peur.
« Vous autres… »
« … »
« Qui êtes-vous, au juste ? Pourquoi faites-vous ça ? Ne me dites pas que vous ignorez que le duc Ehrenfeld soutient le baron Falken ? »
Le chevalier manchot serra les dents et haussa la voix. Il faisait preuve d’une étonnante insolence pour quelqu’un qui avait été désarmé et vaincu d’un seul coup.
« Libérez-nous, racontez au baron ce qui s’est passé et implorez son pardon. »
« … »
« Même si vous nous décapitiez tous ici, vous ne pourriez pas franchir le pont. Cela fait au moins cinq cents ans que le pont Falken n’a jamais été pris par l’ennemi. Et même si vous parveniez à vous infiltrer dans la forteresse, vous vous y perdriez : c’est un véritable labyrinthe pour les étrangers. Vous ne comptez tout de même pas vous attaquer à tous les soldats de la citadelle à neuf seulement ? Peu importe votre force… ! »
« Qu’est-ce que tu racontes, espèce d’abruti ? »
Le chevalier manchot n’en finissait plus de parler lorsque Walter lui asséna un coup de son épée au fourreau sur le côté de la tête.
Clac !
Le chevalier, dont l’épaule était entourée d’un bandage rouge, tomba au sol.
« Argh ! »
« On a encore l’air de pauvres mercenaires à vos yeux ? »
Le chevalier manchot avait chuté de son cheval. Walter, lui, restait en selle, au-dessus de lui. Tandis que le chevalier haletait sous le choc, la peur s’accentua dans les yeux des deux autres. Ils jetèrent à plusieurs reprises des regards à Walter, Hermann et aux autres membres.
Surtout à Kyle, dont l’expression ne changeait presque pas.
Qui étaient-ils ? À en juger par leur seul talent, ils étaient plus forts que les chevaliers de la plupart des grandes familles de l’Empire ou de la Fédération.
Les chevaliers ne parvenaient pas à dissimuler leur confusion. Ils s’étaient simplement rendus dans la zone qui leur était assignée, comme d’habitude, pour percevoir le tribut. Ils ne comprenaient pas comment la situation avait pu dégénérer ainsi.
Et ils appelaient ce chevalier d’âge mûr le commandant adjoint. Ils étaient manifestement des chevaliers déguisés en mercenaires, et pourtant leur accent était précisément celui des nobles du nord. Existait-il un ordre de chevalerie aussi puissant dans la région ?
Serait-ce… ?
Alors que l’inquiétude grandissait et que les deux autres chevaliers restaient bouche bée, le manchot réussit tant bien que mal à se relever.
« Il est temps d’y aller. »
Kyle prit la parole sans même jeter un regard au chevalier manchot. Hermann, qui observait la scène, demanda :
« On procède comme prévu ? »
« Oui. Entrez quand je vous donnerai le signal. »
« Ne prends pas de risques. Si tu n’y arrives pas, on forcera le passage. »
« Inutile. Tout le monde, attendez en ville. Ça ne prendra pas longtemps. »
Kyle balaya l’inquiétude de Walter d’une seule phrase, remit de force le chevalier manchot, qui respirait avec difficulté, sur son cheval, puis se dirigea vers le milieu du pont Falken. Les huit membres le regardèrent partir avec les trois chevaliers du baron avant de gagner, un instant plus tard, les faubourgs de la ville.
* * *
Le plan de Kyle pour s’emparer de la Forteresse Falken était simple : user de ruse plutôt que de lancer un assaut frontal. Au lieu de charger la porte principale, il les pousserait à l’ouvrir de l’intérieur. Ce serait plus simple et plus rapide.
Kyle comptait traverser le pont avec les trois chevaliers capturés du baron Falken. Les autres se cacheraient dans les faubourgs et se mettraient en mouvement au signal de Kyle. C’était pour cette raison qu’il n’avait pas tué sur-le-champ les chevaliers venus percevoir le tribut d’Arenbach. Les gardes de la porte reconnaîtraient leurs visages.
C’était aussi pour cela qu’ils avaient délibérément passé une journée de plus au village. Un retour trop rapide aurait éveillé les soupçons. Les soldats sur les remparts trouveraient étrange que les chevaliers du baron soient désarmés, mais ils ouvriraient la porte s’ils apprenaient qu’ils avaient une affaire urgente à rapporter.
Du moins, Kyle devait leur en donner l’impression.
Le niveau des chevaliers suffisait à montrer à quel point la discipline des soldats du baron Falken devait être laxiste.
« Hmpf… Hmpf… »
Sur le pont Falken, qui enjambait le cours inférieur de la Voldra, large de plus de cent mètres, trois chevaliers désarmés chevauchaient un immense pont de pierre vieux de plusieurs siècles.
« Il n’est pas encore trop tard. »
« … »
« Si vous vous repentez, je plaiderai moi-même votre cause auprès du baron. Vous êtes de bons chevaliers. S’il sait vous employer comme il convient, vous lui serez certainement utiles. »
Le chevalier manchot parlait en regardant droit devant lui. Sa voix était presque suppliante.
« Vous m’écoutez ? »
« … »
« Pourquoi ne dites-vous rien ? À ce rythme, nous allons tous mourir… ! »
Mais aucune réponse ne vint.
Du moins, c’est ce qu’on aurait cru. Pour l’instant, seuls les trois chevaliers du baron Falken traversaient le pont. Du moins, c’était ce qu’il semblait.
« Bon sang. Quel genre de personne êtes-vous ? Un chevalier qui utilise la Magie d’illusion ? Je n’ai jamais entendu parler d’une chose pareille… ! »
« Chut. »
Le chevalier manchot s’apprêtait à se retourner lorsque la voix grave de Kyle effleura les oreilles des trois hommes. Ils ne le voyaient pas, mais une lame acérée touchait le dos du manchot.
« Silence. »
« … »
« Vous parlez trop. Vous ne voulez pas vivre ? »
Le corps du chevalier manchot se raidit. Les deux autres, qui chevauchaient lentement à ses côtés, firent de même.
Roooar.
Le fleuve gonflé continuait de déferler avec violence sous le pont. Le fracas de l’eau résonnait à leurs oreilles comme une hallucination auditive, pareille à celle qu’on entend aux portes de la mort. Avec un courant aussi puissant, quiconque tomberait serait emporté avant même qu’on puisse retrouver son corps. Chaque année, une ou deux personnes se noyaient dans le fleuve à cette période.
« Haah… Haah… »
Peut-être parce qu’il ignorait quand la mort viendrait le cueillir, la respiration du chevalier manchot se fit peu à peu plus forte. Les deux autres n’allaient guère mieux.
« Halte ! Arrêtez-vous ! »
Une voix tonitruante retentit soudain de là-haut. Les trois chevaliers qui traversaient le pont tirèrent sur leurs rênes et s’arrêtèrent.
Les remparts du château, encore lointains, étaient désormais tout proches. La citadelle Falken était aussi majestueuse et imposante que la Forteresse Falken. Rien qu’à voir ses remparts extérieurs, usés par le temps, on aurait dit qu’ils pouvaient résister à l’assaut de n’importe quelle armée ordinaire.
Il faudrait au moins deux chevaliers wyvernes pour enfoncer des défenses pareilles.
Les remparts font environ vingt mètres de haut.
« Sir Nils ? »
La voix étonnée d’un soldat leur parvint d’en haut. La voix tonitruante qui avait retenti un instant plus tôt avait disparu.
« Sir Nils ? Où ça ? »
« Bon sang, c’est bien eux. Ils sont revenus ? »
« Ils sont partis hier matin, ça ne devrait pas nous étonner. »
« Mais pourquoi sont-ils dans cet état… ? »
« Un bras ? Il a perdu son bras droit. »
Les soldats de garde sur les remparts chuchotèrent entre eux en apercevant les trois chevaliers de retour. Ils n’avaient pas du tout leur allure habituelle.
Ils ne portaient pas les armures qu’ils auraient dû avoir. Même chose pour les épées à leur taille. Ils n’avaient que leurs chevaux et les vêtements légers qui les couvraient. Nils, le plus fort des trois, avait même perdu son bras droit : il ne lui restait que le gauche.
« Sir Nils ! Que s’est-il passé ? »
N’y tenant plus, un soldat se pencha par-dessus le parapet et cria vers le bas.
« Il y a eu un incident ! »
« Un incident ? »
« Oui ! C’est urgent ! Je dois voir le baron et lui faire mon rapport en personne ! Nous n’avons pas le temps ! »
Le chevalier manchot cria avec désespoir. Le soldat penché par-dessus le parapet se retourna, l’air perplexe.
« Que fait-on ? »
Les soldats se tournèrent vers leur capitaine. Celui-ci examina attentivement les trois chevaliers désarmés, ainsi que Nils, à qui l’on avait tranché le bras. Leurs visages ne pouvaient dissimuler leur peur. Ils avaient tout l’air de chevaliers vaincus sur le champ de bataille.
Il n’y en avait que trois qui étaient revenus.
Ils étaient blessés, mais aucun n’était mort. L’affaire était peut-être vraiment urgente.
« Ouvrez la porte. Faites-les entrer d’abord. »
Après un bref instant de réflexion, le capitaine donna l’ordre. Peu après, l’immense porte se souleva dans un vacarme assourdissant.
Grincement.
« Que s’est-il passé ? Pourquoi êtes-vous revenus dans cet état ? »
Les trois chevaliers franchirent la porte et entrèrent dans la forteresse. Le capitaine et les soldats descendus des remparts les encerclèrent en demi-cercle près de l’entrée. Que ce fût de peur ou à cause du froid qui s’insinuait sous leurs vêtements légers, les chevaliers tremblaient.
Celui qui prit la parole fut Nils, au milieu des autres.
« Ce serait trop long à expliquer ici. »
« … »
« Alors, le baron est-il à l’intérieur ? »
« Oui. Je ne sais pas si vous pourrez le voir tout de suite, à cause du banquet organisé hier. Est-ce vraiment si urgent ? »
« Oui. C’est extrêmement urgent. Cela pourrait même concerner le destin du pays. »
« Que voulez-vous dire par là… ? »
Le capitaine et les soldats froncèrent les sourcils.
« En vérité… »
« … »
« Derrière moi se trouvent des traîtres qui veulent humilier le baron et défier le duc Ehrenfeld… ! »
Nils ouvrit grand les yeux, pivota sur lui-même et désigna l’arrière.
À cet instant, une faible Lueur d’épée fendit l’air vide.
Une lame incolore passa en un éclair, effleurant le cou de Nils. Un instant plus tard, sa tête tranchée s’envola.
Floc !
Un sang rouge vif gicla de toutes parts.
Et ce ne fut pas tout. Les têtes des deux autres chevaliers furent tranchées à leur tour, en un instant, sans qu’ils aient le temps de réagir. Puis un homme apparut dans le paysage ondoyant.
Des cheveux et des yeux d’un noir de jais.
Une cape qui flottait, et une épée qui brillait comme une étoile dans sa main droite.
« C-c’est… »
« … »
« Une attaque ennemie ! Nous sommes attaqués ! »
Ce ne fut qu’après que les trois têtes tranchées eurent touché le sol que les soldats reprirent enfin leurs esprits. Kyle se rua sans crainte sur ceux qui l’encerclaient.
« Ne paniquez pas ! Il n’est que seul ! Écartez-vous et encerclez-le à distance… ! »
Le capitaine donna ses ordres, tâchant de cacher son trouble.
Mais il était déjà trop tard.
À chaque coup d’épée de Yurian, un soldat de plus tombait.
Bientôt, plus personne ne resta près de la porte ouverte.
Il n’y avait plus que Kyle.
Après avoir jeté un regard autour de lui, Kyle grimpa sur les remparts. Au loin, à l’autre extrémité du pont Falken, huit membres chevauchaient dans sa direction.
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