Chapitre 183
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 183 : Le chemin du retour (4)
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Kyle ne tua pas les villageois qui avaient tenté de l’empoisonner. Il avait quelque chose de plus important à régler sur-le-champ.
Les chevaliers du baron Falken arriveraient le lendemain pour percevoir le tribut.
En temps de guerre, réquisitionner des provisions était inévitable. Mais la situation avait changé. Quatre ans s’étaient déjà écoulés depuis que la chute de Hailen avait mis fin à la guerre entre l’Empire et le Nord. Continuer à pressurer les habitants à ce point était clairement inadmissible.
D’autant plus si l’argent était versé en tribut à l’Empire.
Si le duc Ehrenfeld agissait vraiment comme le laquais de l’Empereur à la place de la Maison Baldrick, disparue, et si le baron Falken pressurait les habitants jusqu’à la dernière pièce, Kyle ne pouvait pas les laisser vivre.
En tant que dernier commandant des Chevaliers royaux de Russel, il devait les tenir responsables de leurs crimes.
C’était la pénitence de celui qui n’avait pas su protéger ce qui comptait.
Même si le passé était irréparable.
« Tu devrais dormir un peu. »
« Commandant adjoint. »
« Tu devras peut-être te battre demain. »
La nuit était déjà bien avancée. Le silence était si profond qu’on n’entendait même pas le chant des insectes. Hermann s’approcha de Kyle, qui était retourné dans la maison du chef du village et se tenait seul dans le séjour.
« Qu’est-il arrivé aux autres ? »
Kyle jeta un coup d’œil à Hermann, puis baissa de nouveau les yeux vers l’épée qu’il tenait. La lame de son ancien ami le plus proche reflétait vivement le clair de lune, tout comme l’épée qu’il chérissait, désormais perdue. Tandis que Kyle continuait silencieusement à entretenir l’arme, Hermann s’assit à côté de lui.
« Peut-être parce qu’on les avait déjà menacés une fois, mais ils ont obéi sans faire d’histoires. On dirait que les poings portent plus loin que les paroles, après tout. »
« Je vois. »
« J’ai posté les autres en faction et je leur ai fait prendre au moins un peu de repos. Même quelques heures de vrai sommeil, ça change tout par rapport à une nuit blanche. Quoi qu’il arrive, c’est mieux que de dormir dehors par ce temps. »
Hermann poussa un long soupir, puis énuméra calmement tout ce que Kyle lui avait demandé de faire. Celui-ci répondit brièvement, sans manifester grand-chose.
Kyle n’avait pas tué le chef du village. En échange, il avait exigé la coopération des villageois.
Faire comme si rien ne s’était passé.
Les prévenir avant l’arrivée des chevaliers du baron Falken.
Ce n’était pas une demande difficile. En échange de leur vie, c’était même presque dérisoire. Les villageois obéirent discrètement à Kyle et aux Chevaliers des Cendres, tout en se demandant qui ils étaient et ce qu’ils comptaient faire. Quelques-uns, plus perspicaces, sentirent l’atmosphère inquiétante et comprirent que des ennuis se profilaient. Rien de plus.
« Je m’y attendais, mais c’est encore pire que je ne le pensais. »
« … »
« Si tout ce que le chef du village nous a raconté est vrai, Kyle, tu le crois ? »
Hermann se tourna vers Kyle, qui continuait d’huiler l’épée.
« En tout cas, il n’avait pas le regard d’un menteur. »
« C’est vrai. »
« On ne peut pas feindre le cri de quelqu’un qui a perdu un être cher. Même s’il mentait, peu importe. Demain… non, aujourd’hui, si les chevaliers du baron Falken viennent au village, on saura tout. »
Kyle savait que les gens n’étaient pas tous pareils. De même que les Chevaliers des Cendres avaient sacrifié leur vie et leur foyer pour leur pays, certains ne pensaient qu’à leur propre sécurité et à leur intérêt. Kyle espérait sincèrement qu’ils n’étaient pas allés jusqu’à trahir leur patrie.
« Il se peut que ce soit une oppression inévitable. »
Comme s’il avait deviné les pensées de Kyle, Hermann poursuivit :
« Peut-être ont-ils remis l’argent à contrecœur parce qu’ils ne pouvaient pas résister à la pression du duc Ehrenfeld. »
« J’espère que c’est le cas. »
« Mais je ne crois pas. »
« Pourquoi ? Tu as déjà rencontré le baron Falken, commandant adjoint ? »
« Une seule fois. Ce vieil homme restait à l’écart de la haute société ; peu de gens ont seulement aperçu son visage. La seule chose qui comptait pour le baron Falken, c’était son intérêt. Du moins, c’est l’impression que j’ai eue la première fois que je l’ai vu. »
Kyle cessa d’essuyer la lame. L’épée de Yurian, luisante d’huile, brillait sous le clair de lune. À la différence de la lame ordinaire de Kyle, celle de Yurian ressemblait à une œuvre d’art finement ouvragée.
« Si tout est vrai, tu vas vraiment le tuer ? »
demanda Hermann.
Après un bref silence, Kyle hocha légèrement la tête. Il avait pris cette décision depuis longtemps, à Renavik.
« C’est mon devoir. Je n’hésiterai pas. »
Les mots sortirent de la bouche de Kyle comme s’il les broyait entre ses dents.
« Kyle… »
« Mais avant de le tuer, je lui demanderai pourquoi il a fait ça. Pourquoi il a choisi de tourner le dos à sa patrie pour rejoindre l’Empire. »
« Kyle. »
« Je lui demanderai si tout ce qu’il a gagné en vendant Hailen valait vraiment la destruction de son pays. Et si c’est le cas, j’espère qu’il ne regrettera rien en nageant dans les flammes de l’enfer. »
« Kyle ! »
Hermann éleva soudain la voix. La main de Kyle, qui entretenait l’épée, trembla.
Ah.
Lorsqu’il reprit ses esprits, une fine trace de sang perlait à son doigt. S’était-il laissé emporter par des émotions violentes sans s’en rendre compte ? Kyle posa l’épée de Yurian et enroula le chiffon qu’il tenait autour de son doigt blessé pour arrêter le saignement.
« Kyle. »
La voix douloureuse d’Hermann lui parvint de nouveau aux oreilles.
« Tu n’es pas un pécheur. Ce n’est pas ta faute. »
« … »
« Même sans toi, la chute de Hailen n’aurait pas changé. Après la mort de Rowen, peu importe qui aurait pris le commandement, le résultat aurait été le même. Alors ne prête pas attention à ce qu’a dit le chef du village. Quiconque a vécu pareille épreuve aurait besoin d’un coupable. Toi… »
« Non. »
Kyle l’interrompit sèchement.
« Malgré tout, je ne peux pas nier que j’étais en première ligne lors de la chute de Hailen. »
« … »
« Si j’étais mort à la place de Rowen, les choses iraient au moins mieux qu’aujourd’hui. »
Si tel était le destin auquel il était né, et le péché originel qu’il n’avait d’autre choix que de porter…
« Je tuerai l’Empereur. De mes propres mains. »
Kyle défit le chiffon autour de son doigt. La coupure n’était que légère et le saignement s’était déjà arrêté. Il rangea le chiffon dans sa bourse d’inventaire, puis rengaina lentement l’épée de Yurian.
« Je vais dormir un peu. »
Il n’obtint aucune réponse. Pourtant, Kyle ne sentit pas non plus Hermann s’éloigner.
Les paupières lourdes de fatigue, Kyle les ferma lentement.
Lorsqu’il les rouvrit, un soleil éclatant inondait le séjour à travers la fenêtre. Hermann était parti lui aussi. Kyle cligna des yeux, encore ensommeillé, puis se leva. Tandis qu’il attachait à sa taille l’épée de Yurian, qu’il avait gardée contre sa poitrine, il vit Jan accourir vers lui, affolé.
« I-Ils sont arrivés ! Les chevaliers du baron Falken sont près du village… ! »
* * *
Le pont Falken était une voie commerciale cruciale reliant la Fédération au Nord. Trois chevaliers s’éloignaient à cheval, sans se presser, de cet immense pont près duquel se dressait le château principal de la Maison Falken.
Le village d’Arenbach, leur destination, se trouvait à une demi-journée de marche. À cheval, le trajet prenait moins de la moitié de ce temps. Pourtant, les trois chevaliers, partis du château tôt ce matin-là, semblaient ennuyés et irrités.
Plus exactement, mécontents.
« Ces bâtards n’ont qu’à venir nous l’apporter eux-mêmes. C’est pénible de devoir faire le tour de ces villages à chaque fois. »
Le chevalier de tête grommela à voix haute. Un autre, qui chevauchait à ses côtés, ricana.
« Qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse ? Tu crois qu’ils viendraient si on leur demandait de remettre l’argent de leur plein gré ? »
« Certainement pas. Ils râlent à chaque fois et essaient de réduire le tribut autant qu’ils le peuvent. »
« C’est pour ça qu’on va le chercher nous-mêmes, sur ordre du baron. »
« J’ai hâte de rentrer et de boire jusqu’à plus soif. J’ai entendu dire qu’un vin impérial rare était arrivé de la capitale, cette fois… »
Les trois chevaliers éclatèrent de rire en bavardant. Leurs voix ne trahissaient pas la moindre inquiétude.
Bientôt, le village où ils se rendaient apparut à l’horizon.
Arenbach.
C’était le village le plus proche de la Voldra sur les terres du baron Falken. À la mesure de sa taille, il était entouré d’une palissade de bois, devant laquelle montait la garde un membre de la milice villageoise. Celui-ci observait les environs d’un air étrangement tendu, mais ses yeux s’écarquillèrent à la vue des chevaliers qui approchaient.
« D-Des chevaliers ! »
« Le chef du village est là ? »
« Oui ! Tout va bien. »
« Hum… ? »
Les sourcils des chevaliers se froncèrent légèrement devant la réponse nerveuse du garde. Mais cela ne dura pas.
« Enfin, peu importe. »
« Allons-y. »
Les trois chevaliers franchirent l’entrée et pénétrèrent dans le village. Le paysage qui s’étendait derrière la palissade leur était si familier qu’ils en étaient écœurés.
Nulle part on ne voyait la splendeur propre aux villes. Même les villages de l’Empire ou de la Fédération semblaient plus accueillants. Une agglomération terne, toute en grisaille. Les charpentes étaient faites de conifères séchés, puis généreusement enduites d’argile grise pour les isoler du froid.
Quel village de merde. Non, tout le Nord est pourri.
Les chevaliers maugréèrent en eux-mêmes. À première vue, le village n’avait absolument rien d’esthétique.
Mieux valait être né dans l’Empire.
Depuis la Guerre du Nord, ils mesuraient cruellement l’écart chaque fois qu’ils découvraient les marchandises venues de la capitale impériale. Il ne s’agissait pas seulement de puissance nationale. L’Empire d’Elandor possédait Archandia, sans conteste la plus grande métropole du continent, et son niveau culturel, notamment dans la musique et l’art, était d’un tout autre ordre.
« Messires. »
Alors qu’ils sentaient sur eux des regards furtifs, un chasseur d’âge mûr qu’ils connaissaient bien apparut au milieu du village.
Il s’agissait du chef du village d’Arenbach.
« Chef du village. Vous avez réuni la somme complète ce mois-ci, n’est-ce pas ? »
« … »
« Apportez-la. »
Le chevalier de tête lança l’ordre avec arrogance, sans même mettre pied à terre. Le chef du village s’inclina profondément et jeta un regard vers sa maison. Peu après, son jeune fils en sortit et se hâta de remettre une lourde bourse au chevalier de tête.
« La voici… »
« Hum. Elle est plutôt lourde. »
« Vous n’avez pas glissé de fausses pièces d’or, au moins ? »
« N-Non ! Bien sûr que non. »
« Comme vous le savez, vous aurez des ennuis si ce ne sont pas des pièces d’or impériales ou fédérales. Ces derniers temps, trop de gens trafiquent la teneur en or des pièces du Nord. »
En claquant la langue, le chevalier de tête dénoua la bourse et en vérifia le contenu. Les deux chevaliers derrière lui y jetèrent également un coup d’œil.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six…
Lentement, mais sûrement.
À chaque pièce d’or comptée par le chevalier, Jan avait la gorge de plus en plus sèche. Le chef du village gardait la tête baissée, les yeux fixés au sol. Puis, une note de perplexité perça dans la voix du chevalier.
« Quoi ? Le compte n’y est pas. »
« C’est que… »
« Chef du village, je vous le demande au cas où. Ne me dites pas que vous n’avez encore une fois pas réuni la somme complète ? »
Le chevalier de tête baissa sur le chef du village un regard méprisant. Il prit une pièce d’or et la brandit d’un air moqueur devant lui.
« Quatre-vingt-huit pièces d’or. Il en manque douze. »
« Je suis désolé. Si vous nous accordez quelques jours de plus, cette fois, je vous promets que… »
« N’importe qui peut dire ça. C’est un problème. Vous prenez le baron Falken pour un plaisantin ? »
« N-Non ! Ce n’est pas ça… »
« Il y a peut-être une première fois, mais pas de deuxième chance. Je suppose que vous ne reprendrez vos esprits qu’en voyant le sang couler. »
Le chevalier de tête tendit la bourse à l’un de ses compagnons, puis sauta de selle en portant la main à l’épée suspendue à sa taille.
À cet instant, un autre homme sortit soudain de la maison du chef du village, d’où Jan était venu.
« Êtes-vous les chevaliers du baron Falken ? »
L’homme parla d’une voix parfaitement neutre, dénuée de toute émotion. Le chevalier de tête, qui avançait, se figea.
L’homme avait les cheveux et les yeux noirs, chose rare dans le Nord. Son allure n’avait rien de moins inhabituel : c’était un étranger grand, aux traits exotiques.
Le chevalier qui venait de descendre de cheval et les deux autres, encore en selle, se mirent aussitôt sur leurs gardes.
« Qui êtes-vous ? »
demanda le chevalier.
À première vue, l’étranger ressemblait à un mercenaire aguerri. Pourtant, quelque chose clochait. Il n’avait qu’une épée à la taille, pas même une véritable armure.
« Le baron Falken envoie chaque mois des chevaliers parcourir les villages de son domaine et les exploite sous prétexte de percevoir le tribut. Le tout pour couvrir les agissements du duc Ehrenfeld, le laquais de l’Empire. C’est vrai ? »
Au lieu de répondre, Kyle leur retourna une question.
Leur seigneur venait d’être insulté ouvertement ; une lueur de colère commença à poindre dans les yeux des chevaliers.
« Ha… Je me demandais où était passé l’argent manquant. Alors vous avez engagé un mercenaire bon à rien ? »
« Je le répète. C’est vrai ? »
« Espèce de dégénéré, tu ne sais pas où est ta place… ! »
Le chevalier de tête s’avança à grands pas. La distance entre eux se réduisait à chaque seconde. Le gantelet du chevalier cliqueta tandis qu’il empoignait la garde de son épée. Tous les regards se rivèrent sur eux, tendus.
« Je vois. Donc, c’est oui… »
Kyle marmonna avec amertume.
Un éclat d’argent froid jaillit à la taille du chevalier. Mais Kyle avait déjà dégainé l’épée de Yurian.
Dans le croisement des éclairs de Lueur d’épée, le sang écarlate jaillit en cascade.
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