Chapitre 182
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Traducteur : Hydrogen B
Révision : Hydrogen B
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Chapitre 182 : La route du retour (3)
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« D-du poison paralysant ? »
« … »
« Q-que voulez-vous dire… ? »
Le chef du village avait été touché en plein dans le mille. Les mains tremblantes, il marmonna dans sa barbe. Celle qui tenait une tasse quelques instants plus tôt était désormais vide.
Cinq hommes étaient réunis dans le salon. Un lourd silence pesait sur eux. La tasse en céramique grossière que tenait le chef du village s’était déjà brisée, ses morceaux éparpillés sur le sol. Du thé brûlant avait giclé dans toutes les directions, comme le sang qui jaillit lorsqu’on tue quelqu’un.
« Je me trompe ? »
« N-non. Je ne vois pas de quoi vous parlez. Vous ne pouvez pas sortir une chose pareille de nulle part… »
« Vous ne voyez pas ? Alors l’un de nous deux ment. »
« Ce n’est pas ce que je voulais dire… »
« Buvez. Si je me trompe, je vous présenterai mes sincères excuses et vous dédommagerai généreusement. »
Kyle parlait d’un ton égal. Contrairement au chef du village, lui et les deux autres tenaient encore leurs tasses de thé intactes.
Kyle leva lentement la sienne et la tendit au chef. Les yeux tremblants de celui-ci se fixèrent sur la tasse, d’où s’élevait encore un léger filet de vapeur. Sa pomme d’Adam tressaillit tandis qu’il déglutissait. Haletant, il parvint à peine à prendre la tasse que Kyle lui tendait.
« Ça me rappelle de vieux souvenirs. »
Le chef du village, figé par la peur, Kyle se mit à parler.
« Quand j’errais seul sur le continent, il m’est arrivé toutes sortes de choses. Il m’a fallu tuer des gens, parfois. Ce monde n’est pas très clément. »
« … »
« Vous savez ce que je faisais en premier quand j’arrivais dans un village ? Je regardais autour de moi. Même si un village paraissait tout à fait ordinaire, impossible de savoir ce qui se cachait sous la surface. Plus d’une fois, j’ai épargné des gens suspects parce que j’avais encore des doutes, pour me faire attaquer en pleine nuit. »
« Qu’est-ce qui… s’est passé ? »
Toujours crispé sur sa tasse, le chef du village parvint à peine à poser la question. Kyle répondit comme si de rien n’était.
« Je les ai tous tués. »
« … »
« Plus exactement, j’ai tranché la tête de ceux qui avaient essayé de me faire la peau. Juste avant que je dégaine, quand ils ont compris que leur plan avait échoué et qu’ils allaient mourir, ils se sont tous jetés à mes pieds pour me supplier, comme s’ils s’étaient mis d’accord à l’avance. Ils disaient qu’ils n’avaient pas eu le choix. Qu’ils avaient fait ça pour survivre. Qu’ils n’avaient pas eu d’autre solution. Tous la même excuse. »
« Je… »
« Vous savez qu’un meurtre peut devenir aussi familier que le fait de prendre un repas ? »
La voix de Kyle était basse, mais chacun de ses mots pesait sur eux comme une chape de plomb. À chaque fois qu’il parlait, le chef du village et Jan tressaillaient.
Haa, haa.
Leur respiration haletante résonnait distinctement dans le salon. Le père et le fils n’osaient même pas regarder Kyle en face. Leurs yeux revenaient sans cesse vers l’élégante épée posée à côté de lui.
Comme si tout ce qui se trouvait là était destiné à les juger.
L’épée qui avait abattu un Troll d’un seul coup. Si cette lame se tournait vers nous…
« Au début, bien sûr, on éprouve du dégoût. On tue une autre personne. Ce n’est pas comme chasser un animal. On a des haut-le-cœur, on vomit encore et encore. Parfois, on fait même des cauchemars. »
Qu’il ait deviné leurs pensées ou non, Kyle poursuivit d’un ton calme.
« Mais une fois qu’on a franchi un certain seuil, ça devient aussi naturel que de respirer. Plus rien ne peut nous arrêter. »
« … »
« Les victimes sont déjà mortes, brûlées ou enterrées sous terre. Votre conscience, la seule chose qui aurait pu vous retenir, a été réduite en poussière depuis longtemps. Il ne reste que le monstre que vous êtes devenu. »
« Comment… le savez-vous ? »
Le chef du village arracha ces mots à sa gorge.
« Parce que c’est toute mon histoire. »
Les yeux noirs de Kyle étaient calmes. Son regard transperça le chef du village.
À cet instant, le chef lança instinctivement sa tasse de côté et bondit sur ses pieds. Hermann et Walter furent plus rapides.
Patatras !
« Urgh ! »
« Père ! »
« Ne bouge pas. Je pourrais te trancher en deux. »
Le chef du village avait tenté de fuir en attrapant la main de son fils, mais on le plaqua face contre terre dans le salon. Hermann s’était déjà levé. Il immobilisa le chef en lui appuyant le pied gauche dans le dos, puis posa sa lame dégainée contre sa nuque.
« A-attendez ! Ce n’est qu’un malentendu… ! »
« La ferme, gamin. C’est nous qui en déciderons. »
Walter fit taire Jan d’un regard avant qu’il ait le temps de protester. Son expression débonnaire et son ton habituel avaient disparu. Hermann n’était pas différent.
Laissant les deux autres dans le salon, Kyle entra dans la cuisine.
La maison de briques était assez grande pour qu’une famille y vive confortablement et regorgeait d’ustensiles de cuisine. Des marmites, des louches, un couperet d’une taille inhabituelle et un pot à sel au fond découvert.
Non, ce n’est pas du sel. Ce serait le poison paralysant ?
Kyle souleva le couvercle, trempa un doigt dans la poudre blanche et la goûta. Une légère saveur salée lui envahit la langue, qui s’engourdit peu à peu.
Un chevalier de haut rang ou un mage habitué à maîtriser le mana n’en aurait pas été bien affecté, mais c’était assez puissant pour tuer de simples mercenaires ou marchands. S’ils buvaient le thé qu’on leur offrait sous couvert de gentillesse et que leur corps se raidissait, ils auraient eu bien du mal à échapper aux chasseurs ensuite.
J’en sais assez, maintenant.
Kyle prit le pot à sel et retourna dans le salon. Le chef du village tremblait toujours sous le pied d’Hermann, les yeux rivés sur la lame contre sa nuque.
Walter claqua la langue en voyant Jan, qui semblait sur le point de fondre en larmes.
« Alors ? »
« Il y avait du poison dans la cuisine, sous forme de sel. »
Kyle lança le pot qu’il tenait. Walter le rattrapa sans peine, l’examina sous plusieurs angles, puis fronça les sourcils.
« Tu n’en as pas mangé, quand même ? »
« Juste une toute petite quantité. »
« T’es complètement cinglé. Je t’avais dit de ne pas faire le malin. Et s’il t’était vraiment arrivé quelque chose ? »
« Ce poison n’a rien de rare. Ils l’ont probablement acheté à un marchand de passage. C’est tellement grossier qu’il n’y a pas de quoi s’étonner. »
Kyle fixait froidement le chef du village quand une série de cris retentit soudain dehors.
« Aaaah ! »
« Ce n’est pas moi ! Je ne sais rien ! »
« A-aidez-moi ! Je vous en prie, sauvez… ! »
Ces cris, presque des hurlements de désespoir, firent blêmir le chef du village et Jan. Kyle s’adressa à eux d’une voix glaciale.
« Debout. »
Hermann releva de force le chef du village. Celui-ci quitta la maison en boitant aux côtés de Jan. Hermann les suivit de près sans rengainer son épée, tandis que Walter les surveillait d’un œil acéré.
Quand ils atteignirent le centre du village, les habitants, réveillés en pleine nuit par le vacarme, s’y étaient déjà rassemblés.
« Kyle. »
« Tout le monde va bien ? »
Kyle observa les six hommes, répartis en deux groupes. Comme les trois qui venaient de quitter la maison du chef, chacun avait traîné avec lui un villageois qui avait essayé de l’empoisonner.
« Aucun problème. Comme tu l’as dit, quelque chose clochait, alors ils ont essayé de nous jouer un tour. »
Gerant poussa un bref soupir.
« On dirait qu’ils avaient tout organisé ensemble. On avait l’air si appétissants que ça ? »
« Avant d’essayer de dépouiller quelqu’un, il faudrait savoir à qui on s’en prend. Ils ont dû utiliser la même méthode pour plumer un chevalier de campagne. »
« Vous y avez goûté ? »
« Oui. Un tout petit peu. Pas assez pour être dangereux. »
« Le poison que ces salauds peuvent se procurer ne risque pas d’être très puissant. »
Les hommes plaisantaient, mais pas tout à fait. Les villageois qui les observaient remarquèrent les épées dans leurs mains et se contentèrent de remuer, mal à l’aise, sans oser s’avancer.
Les miliciens du village, arrivés en retard, fendirent alors la foule au centre de la place.
« C-chef ! »
« Qui êtes-vous, bon sang ? Lâchez le chef, tout de suite ! »
« Pour qui vous prenez-vous à dégainer vos armes ici ? »
Des jeunes hommes qui avaient gardé l’entrée du village plus tôt aux hommes d’âge mûr, tous criaient en serrant des épées et des lances qui semblaient avoir été prises à l’ennemi. Les villageois se joignirent peu à peu à eux.
« Arrêtez ! Tout le monde, arrêtez ! »
Alors que la situation allait dégénérer, un jeune homme que Kyle avait déjà vu sortit de la foule.
« Rangez vos armes ! Vous voulez vraiment tous mourir ? »
Sven, c’est ça ?
Le jeune chasseur, qui avait travaillé avec Jan, le fils du chef, affichait une expression terrifiée, contrairement aux autres. Il n’avait rien à voir avec ceux que leur supériorité numérique avait rendus téméraires.
Peut-être avait-il une certaine influence en tant que chasseur, car les cris, qui se répandaient comme une traînée de poudre, finirent peu à peu par s’éteindre.
Non. Il ne faut pas les provoquer. Ils pourraient tous nous anéantir.
Sven se mordit violemment la lèvre. Il se souvenait très bien de Kyle massacrant le Troll en un instant.
Tout était déjà perdu dès que le poison paralysant le plus puissant qu’ils avaient pu acheter à des marchands de passage n’avait rien fait. Je leur avais dit qu’il ne fallait pas s’y risquer. Mais tout le monde était aveuglé par son fichu cheval et sa bourse de stockage. Et voilà où ça nous a menés.
« … Que se passe-t-il ici ? Expliquez-moi, s’il vous plaît. »
Sven s’avança en représentant du groupe, s’efforçant de garder son calme. Kyle retroussa le coin de la bouche en un sourire moqueur.
« Walter. »
« Quelle blague. Tu comptes encore jouer les innocents, maintenant ? »
Walter lança le pot à sel au milieu de la route du village, à la vue de tous. Le petit récipient à épices roula sur le sol sous la clarté de la pleine lune.
À sa vue, les visages des villageois s’assombrirent aussitôt. Certains soupirèrent même et détournèrent la tête.
« Expliquez-vous. Depuis le début jusqu’à la fin. Tout. »
Kyle adressa un regard à Hermann. Celui-ci saisit le chef du village par la nuque et le força brutalement à s’agenouiller.
« Qu’est-ce qui s’est passé ici ? »
Au centre du village, où plus d’une centaine de personnes s’étaient rassemblées, la voix calme de Kyle résonna froidement. Quand le chef reprit ses esprits, une lame étincelant comme une étoile reposait contre sa nuque, projetant sous la lune une lueur glaciale.
Sous les regards de tous, le chef ferma les yeux, puis ouvrit lentement la bouche.
« Nous… devions payer le tribut. »
« Le tribut ? »
« Vous m’avez demandé tout à l’heure si le baron Falken gouvernait cruellement. »
Le chef du village laissa échapper un rire amer.
« Oui. Ce vieux cupide ne se contente plus de saigner à blanc les villages alentour. Il les dépouille jusqu’à l’os. »
« … »
« Le premier jour de chaque mois, un chevalier de la maison Falken vient percevoir l’argent. Cent pièces d’or. Presque la moitié des revenus totaux du village. Où voulez-vous que des gens sans pouvoir comme nous trouvent une telle somme ? »
« Alors vous avez dépouillé les étrangers de passage ? »
« Oui. C’est ce qu’on a fait. On a acheté du poison paralysant à des marchands de passage, on a joué les gens bienveillants, puis on a tué les étrangers qui entraient au village pour leur prendre leur argent et leurs affaires. Mais qu’aurions-nous pu faire d’autre ? Les chevaliers du baron Falken viennent au village chaque mois, sans faute. S’il nous manque ne serait-ce qu’un peu d’argent, ce ne sont pas les étrangers qui mourront. Ce seront les gens du village. »
Le chef du village s’emportait de plus en plus.
« Je sais. Je sais que ce n’est pas bien. Mais si vous voyez les choses comme ça, ne sommes-nous pas tous aussi fous les uns que les autres ? »
Il éclata d’un rire dément.
« Hailen est tombé, et le Nord est dans un tel état qu’une guerre civile peut éclater à tout moment. Le duc Ehrenfeld est assis dans la capitale et verse un tribut colossal à l’Empire. En échange, il presse ses vassaux jusqu’à la dernière goutte. Et que font-ils ensuite, à votre avis ? Qui finit par en souffrir ? »
« Combien de personnes avez-vous tuées jusqu’ici ? »
Kyle posa la question d’un air impassible. Le chef du village ne répondit pas.
« Vous ne pouvez même pas les compter. »
« … »
« C’est pour cette seule raison que vous avez essayé de nous tuer ? »
« Qu’aurions-nous dû faire d’autre ?! »
Le chef cria soudain. Sa voix tonitruante balaya tout le village en un instant.
« Nous aurions dû rester les bras croisés et laisser les chevaliers du baron Falken nous tuer ? »
Le chef du village ravala des sanglots, comme s’il avait perdu la raison. Son visage baigné de larmes n’exprimait plus aucune peur.
« Quatre ans ! Ça fait déjà quatre ans que Hailen est tombé ! »
Il cria à pleins poumons.
« Qu’y a-t-il de mal à devenir des monstres pour survivre ? La famille royale, qui a perdu contre l’Empire, était coupable dès le début ! »
Le chef du village tourna vers Kyle ses yeux fous.
« Ma femme aussi est morte à cette époque ! Pendant la Guerre du Nord, ces fichus salauds de l’Empire l’ont violée ! »
Il balaya l’assemblée du regard, libérant des émotions qui avaient fermenté pendant des années.
« Qu’a fait la famille royale, à l’époque ? Qu’est-ce qu’elle fichait ? Les Chevaliers des Cendres ? Vous prétendiez être le plus grand ordre de chevalerie du continent ? Vous n’avez rien protégé ! Rien du tout ! »
« … »
« Ils n’auraient jamais dû se rebeller contre l’Empire ! Ils auraient dû se rendre dès le début ! Nous n’aurions pas eu à vivre dans une telle misère. Et au moins, nous n’aurions pas eu à renoncer à notre humanité… »
Après avoir déversé sa colère pendant un moment, le chef du village baissa la tête jusqu’au sol. Ses violents éclats de rage passés, il ne resta que ses sanglots pitoyables.
« Vous avez raison. Les Chevaliers des Cendres n’ont rien pu faire. »
« … »
« Alors nous allons remettre les choses en ordre. Dès maintenant. »
Kyle prit la parole. Ceux qui regardaient le chef du village avec pitié se tournèrent peu à peu vers lui. Le chef releva lui aussi lentement la tête.
Kyle soutint calmement tous leurs regards, puis se tourna vers Jan, qui se tenait là, hébété.
« Jan. »
« O-oui ! »
« Quand doit-on venir percevoir le prochain tribut ? »
« Demain… »
« Les chevaliers du baron Falken viendront en personne ? »
« Oui. D’habitude, ils sont deux ou trois. Mais cette fois, nous n’avons pas réussi à réunir la somme… »
« Il y aura du sang. »
Kyle marmonna comme si cela lui était égal. Jan et les autres villageois écarquillèrent les yeux.
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
Hermann posa la question après avoir retiré son épée du cou du chef. Kyle hocha silencieusement la tête. Les membres du groupe et tous les villageois l’observaient.
Kyle aida lui-même le chef du village à se relever.
« Debout. Vous avez tous quelque chose à faire avant le lever du soleil. »
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