Chapitre 174
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 174 : Le banquet rouge (13)
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Renavik, la plus grande ville de la Fédération.
Le soleil se coucha et le crépuscule enveloppa la ville ; les rues s’illuminèrent.
Renavik était déjà densément peuplée, mais elle était à présent encore plus bondée que d’habitude, car des gens arrivaient de toutes les régions. Des conversations animées fusaient de toutes parts. En cet instant, on aurait presque dit que les conséquences de la guerre s’étaient effacées.
Pourtant, la joie ne régnait pas partout.
Au-delà de la portée des réverbères.
Contrairement aux grandes artères bruyantes, les ruelles sombres étaient silencieuses. Pas de lampadaires à pierre magique, ni de lumière filtrant des bâtiments serrés les uns contre les autres. Seule la pâle lueur de la lune éclairait les lieux.
Et des silhouettes noires s’y déplaçaient à toute vitesse.
« Qui va là ?! Identifiez-vous ! »
« N’approchez pas ! Faites un pas de plus et… ! »
Des assaillants armés crièrent tandis que les silhouettes noires fonçaient sur eux depuis le fond de la ruelle.
Elles n’en tinrent aucun compte.
Elles réduisirent silencieusement la distance, puis balayèrent nonchalamment l’air avec leurs armes.
Fschh !
Sous la pâle lumière lunaire, le sang rouge vif jaillissait à chaque éclair de Lueur d’épée.
Les assaillants mourants ne parvenaient même pas à pousser un dernier cri. Incapables de résister, ils plaquèrent les mains sur leur cou à demi tranché et s’effondrèrent en suffoquant.
L’écart de niveau était écrasant.
Un homme à chaque coup.
Sans même leur laisser le temps de crier.
Les silhouettes noires se débarrassèrent rapidement des soldats armés qui se dirigeaient vers le palais royal. Des cadavres jonchaient les ruelles silencieuses. Pas la moindre trace de pitié dans ces actes.
Quand la situation prit une tournure inattendue, certains assaillants écarquillèrent les yeux en voyant les silhouettes noires, qui ressemblaient à des mercenaires.
« Ce sont… des Chevaliers ? »
« Ils se sont déguisés en mercenaires ? »
« Pourquoi des Chevaliers du Conseil sont-ils ici… ?! »
Ceux qui les reconnurent tentèrent aussitôt de s’enfuir.
En vain, bien sûr.
Les Chevaliers du Conseil les rattrapèrent en un instant, leur plaquèrent une main sur la bouche et leur tranchèrent la gorge un à un, comme précédemment.
« Glou… »
« Argh… »
La bouche écumante de sang, les assaillants roulèrent des yeux et s’écroulèrent les uns après les autres.
Raul, un Chevalier expérimenté, baissa un instant les yeux sur les cadavres, puis secoua sa lame pour en chasser le sang. Des gouttes éclaboussèrent la ruelle.
D’autres chevaliers arrivèrent de l’autre côté.
« Alors ? »
Raul les interrogea lorsqu’ils s’arrêtèrent devant lui.
« Nous avons presque nettoyé ce secteur. »
« Des survivants ? »
« Aucun. »
« Alors, on bouge. Nettoyez les autres secteurs aussi vite que possible. Pas un seul homme en route pour le palais royal ne doit rester en vie. Ce sont les ordres du Commandant. »
Personne ne répondit.
Déguisés en mercenaires, les Chevaliers du Conseil parcouraient Renavik sous les ordres de Raul. Comme prévu, les lieux repérés à l’avance étaient occupés par les soldats privés de Philip et Sebastian, les rois de Russel et de Selaine, ainsi que par les nobles modérés.
Raul et les chevaliers qui l’accompagnaient les éliminèrent tous.
Ils n’hésitèrent pas un instant.
Il avait déjà été convenu que les chevaliers du Grand-Duc prendraient le palais royal. Et puisque Godfrey, le plus grand chevalier de la Fédération, se trouvait lui aussi sur place, rien d’imprévu ne pouvait arriver, quelles que soient les tentatives des modérés.
Raul continua à nettoyer les secteurs les uns après les autres, puis s’arrêta soudain.
« Halte. »
Il leva la main.
Les chevaliers derrière lui s’immobilisèrent et regardèrent devant eux. Dans les ruelles de Renavik, toujours éclairées par la seule lumière de la lune, trois hommes leur barraient la route.
L’homme en tête fit un pas en avant et rabattit sa capuche.
Les Chevaliers du Conseil poussèrent aussitôt des exclamations de surprise.
Pour la première fois depuis le début de sa mission, les yeux de Raul, jusque-là imperturbables, vacillèrent.
« Emile… »
« Raul. »
Dans le silence stupéfait, les deux autres hommes retirèrent lentement leur capuche à leur tour.
L’agitation des Chevaliers du Conseil grandit encore.
Ils connaissaient ces trois visages.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je suis désolé. C’est un ordre de nos familles. Nous ne voulions pas en arriver là non plus. »
Emile détourna le regard pour éviter celui de Raul.
Les trois hommes qui leur barraient la route étaient des Chevaliers, tout comme Raul. Emile était même un chevalier chevronné, haut placé dans l’ordre, à l’image de Raul.
« Vous… »
Raul trembla de rage devant leur trahison.
Emile et lui étaient également proches à titre personnel. Vingt Chevaliers du Conseil avaient été affectés à cette opération, mais ni Emile ni les deux autres chevaliers ne figuraient sur la liste.
Cela signifiait qu’ils avaient agi de leur propre chef.
« C’est de l’insubordination. Vous comptez désobéir aux ordres du Commandant ? »
Raul cracha ces mots entre ses dents serrées, le regard rivé sur les trois chevaliers devant lui.
Emile et les autres baissèrent la tête.
« Je suis vraiment désolé. »
« Tes excuses n’y changeront rien. C’est une trahison pure et simple de l’ordre. Tu n’as pas prêté serment lors de ton adoubement ? Tu as juré de vivre en tant que membre de l’ordre, et non comme le fils d’une maison noble. »
« Mais tu le sais aussi bien que moi. La réalité n’est pas aussi simple. »
« Vous… »
« Essaie de comprendre. Je ne pouvais pas tourner le dos à ma famille. Nos maisons sont trop impliquées dans cette affaire. »
« Alors tu vas rompre ton serment et trahir l’ordre ? »
La voix de Raul s’éleva.
Pourtant, malgré ses paroles, il savait que cette issue n’était pas tout à fait inattendue.
Tous les Chevaliers venaient d’une famille influente quelque part dans la Fédération. Leurs origines étaient donc diverses. Parmi eux se trouvaient non seulement des enfants de nobles intransigeants de haut rang, mais aussi nombre d’enfants issus de grandes familles modérées.
C’était pourquoi Godfrey avait laissé la plupart des chevaliers issus de familles modérées au quartier général de Valone ou les avait postés sur le front du Royaume de Russel.
Mais on en était finalement arrivé là.
Ils étaient prêts à déserter pour monter à bord d’un navire en train de sombrer.
L’espace d’un instant, les jours passés avec Emile défilèrent dans l’esprit de Raul. Il chassa de force ces pensées inutiles et serra les dents, consumé par une intention meurtrière.
« Pardonne-moi, Raul. »
« … »
« Si je meurs, je te demanderai pardon en enfer. »
À peine Emile eut-il fini de parler que des soldats embusqués derrière eux surgirent.
Les deux extrémités de la ruelle n’étaient pas les seuls passages bloqués. Des chevaliers modérés et des mages apparurent également, un à un, sur les toits des bâtiments délabrés.
S’ils se laissaient encercler ici, ils mourraient.
Raul évalua la situation en un instant et raffermit sa prise sur son épée.
Puis il prit appui au sol et cria :
« On force le passage ! Deux devant, deux derrière ! »
* * *
La grande salle de banquet du palais royal, encore bouillonnante quelques instants plus tôt de l’excitation provoquée par le duel, se glaça en un instant.
À l’apparition de Hermann, Walter et des autres Chevaliers des Cendres, les nobles modérés, mais aussi les paladins de l’Église déguisés en prêtres, ne purent dissimuler leur choc et leur confusion.
« Les Chevaliers des Cendres ? »
« Mais les Chevaliers des Cendres… Pendant la Guerre du Nord, il y a quatre ans… »
« Qu’est-ce que faisaient les chevaliers du palais royal ? Ils se sont vraiment fait battre par huit hommes ? »
« Où sont les chevaliers de Calorf ? Tuez les intrus, bon sang ! »
Ceux qui avaient tremblé en observant la scène marmonnèrent, désorientés.
Dans le même temps, les nobles modérés pointèrent Kyle du doigt et se mirent à hurler de rage.
À l’inverse, les rois et les nobles intransigeants observaient calmement leurs adversaires au milieu du chaos. Certains jetaient un coup d’œil à Kyle et aux Chevaliers des Cendres tout en échangeant des murmures. Les nobles neutres, plus avisés, lançaient des regards en coin vers les portes ouvertes.
Des centaines de personnes assistaient au banquet, et chacune avait ses propres pensées.
« Bande de fils de pute… ! »
Alors qu’un noble modéré, à bout de patience, s’apprêtait enfin à avancer, les lustres au-dessus de lui vacillèrent brusquement.
La chaîne d’un lustre venait de céder. Il s’abattit dans la salle de banquet assombrie.
Crac !
Des éclats de verre et des fragments de pierre magique volèrent dans toutes les directions.
Mais ce n’était pas fini.
Les lumières de la salle vacillèrent, et les lustres se mirent à tomber du plafond les uns après les autres. Le cadavre du chevalier tué par Kyle fut écrasé sous un lustre, au milieu de la salle, jusqu’à devenir méconnaissable.
« Ah… »
À cette vue, les spectateurs perdirent leur sang-froid et se mirent à fuir.
« Courez ! Sortez d’ici ! »
« Aaaaaah ! »
« Au secours ! Je ne veux pas mourir ! »
Des cris horribles et des gémissements de blessés résonnèrent dans toute la salle.
Le noble modéré qui avait voulu s’avancer avait depuis longtemps été écrasé sous un lustre, la tête fracassée. Les nobles neutres, assez avisés pour s’éloigner à petits pas, avaient déjà gagné la terrasse et enjambaient la balustrade.
« Tuez-les tous ! »
« Espèces de collaborateurs impériaux ! »
« Arrêtez-les ! Protégez Sa Majesté Philip et Sa Majesté Sebastian ! »
« Pas de magie offensive ! On ne distingue plus les amis des ennemis ! Vous allez toucher les nôtres ! »
La salle de banquet devint un champ de bataille en un instant.
Les chevaliers qui se menaçaient de leurs épées se déplaçaient, le corps renforcé par le mana.
Les lumières éclatantes avaient disparu, ne laissant dans la salle que la faible clarté de la lune. Des lames argentées étincelaient de toutes parts. Le fracas aigu du métal retentissait sans relâche.
Parmi eux se trouvaient de nombreux chevaliers réputés.
Au milieu du chaos, les commandants des ordres royaux protégeant chacun des rois surveillaient les environs.
Godfrey, le seul Chevalier du Conseil présent, qui en était aussi le Commandant, neutralisait les chevaliers de Calorf incapables de suivre la situation, puis abattait sans un mot les chevaliers modérés.
Hermann, Walter et les autres Chevaliers des Cendres s’étaient déjà enfoncés au cœur de la bataille.
Kyle balaya rapidement la scène du regard et se dit :
Quel chaos. Un combat confus où personne ne peut se donner à fond.
La grande salle de banquet du palais royal était assez vaste pour accueillir des centaines de personnes, mais bien trop petite pour servir de champ de bataille à plus d’une centaine de chevaliers. De plus, elle était bondée de personnalités importantes, notamment les rois des cinq nations de la Fédération et de hauts dignitaires, ce qui limitait encore leurs mouvements.
Un mauvais usage de l’Aura d’épée ou de la magie risquait de blesser un allié.
Et si les choses tournaient mal, la blessure pouvait être mortelle.
Godfrey combattait en réalité l’ennemi avec un renforcement corporel minimal. Malgré cela, les chevaliers qui l’affrontaient ne tenaient pas plus de quelques échanges avant de tomber.
Voilà à quel point l’escrime du plus grand chevalier de la Fédération était exceptionnelle.
Il ne restait plus qu’à…
Kyle se tourna vers Adrian, dans un coin de la salle de banquet.
Il se tenait près des rois de Valone et de Rustin, sous la protection des deux commandants des ordres royaux.
Comme prévu.
Vas-y.
Adrian, qui avait lui aussi regardé dans sa direction, lui fit un léger signe.
Kyle détourna le regard et se remit face à l’avant.
À cet instant, un chevalier se jeta sur lui.
C’était l’un des chevaliers modérés qui le fusillaient du regard depuis son entrée dans la salle de banquet.
« Meurs ! »
La lame s’abattit sur lui.
Au lieu d’esquiver, Kyle s’abaissa et se glissa dans le rayon d’action du chevalier.
Plus vite.
Encore plus vite.
Le mana de Prisia parcourut tout son corps et aiguisa de nouveau ses sens. Chaque détail de la salle dévastée se grava dans l’esprit de Kyle.
L’épée du chevalier était déjà juste devant ses yeux.
Kyle dévia l’attaque en diagonale avec l’épée de Yurian, fit pivoter son poignet et la releva d’un coup sec.
Clang !
L’épée du chevalier décrivit un arc dans les airs.
Avant qu’il ne puisse reprendre son équilibre, Kyle lui entailla le flanc d’un coup ascendant.
Un flot de sang rouge vif se déversa comme une cascade. L’épée d’acier étoilé de Yurian pénétra sans peine dans la chair du chevalier, qui ne portait pas d’armure.
La lueur féroce dans ses yeux s’éteignit.
Kyle puisa davantage dans le mana de Prisia, qui l’enveloppa de la tête aux pieds.
Dans une mêlée aussi confuse, où il était difficile de distinguer les alliés des ennemis, il ne pouvait pas lancer une attaque de zone comme la Tempête de lames.
Il ne lui restait qu’une option.
L’hallucination.
Tandis que le chevalier, le haut du corps tailladé, s’effondrait sans défense, la silhouette de Kyle se fondit peu à peu dans l’air.
Un instant plus tard, quelque chose qui miroitait comme un voile de chaleur se faufila dans la mêlée de chevaliers, tel un filet.
« Aaargh ! »
« Qui est là ?! »
« À côté de moi ! Non, derrière nous ! »
Pris par surprise, les chevaliers regardèrent autour d’eux, le visage crispé.
Les chevaliers modérés, jusque-là indemnes, tombèrent les uns après les autres, en sang.
Pourtant, ils avaient beau chercher, ils ne voyaient rien.
Seul un faible flux de mana trahissait sa présence.
« C’est un mage ! De la Magie d’illusion ! »
Quelqu’un cria.
Kyle n’en tint pas compte et abattit tous ceux qui lui barraient la route.
Sa cible était l’un des deux rois modérés, tout au fond.
Des cris et des éclaboussures de sang jalonnèrent son passage.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.
Après avoir abattu le huitième chevalier, Kyle prit appui au sol et s’élança dans les airs.
La salle de banquet couverte de sang s’étendait sous lui.
Il n’eut aucun mal à repérer sa cible au milieu du carnage.
Kyle plongea vers le sol et fit légèrement pivoter la poignée de son épée.
C’est alors que son instinct l’alarma.
Clang !
Un choc métallique retentit dans le vide, faisant jaillir des étincelles orange vif.
La silhouette de Kyle redevint lentement visible, comme au moment où il avait lancé la Magie d’illusion.
Celui qui avait senti sa présence et frappé de son épée n’était autre que le commandant de l’ordre royal de Russel.
L’homme, qui semblait avoir à peu près l’âge de Hermann, fixa Kyle sans ciller. La force de son coup était telle que Kyle, encore en chute libre, remonta légèrement dans les airs.
Leurs regards se croisèrent par-dessus les lames entrecroisées.
Même le commandant de l’ordre royal de Russel était un chevalier impérial.
Son escrime était clairement impériale, et non celle de la Fédération.
Kyle s’y attendait, puisqu’ils collaboraient depuis si longtemps avec l’Empire. Mais en étaient-ils vraiment arrivés à ce point de corruption ?
L’embuscade de Kyle avait échoué et, comme il hésitait, des lames fondirent sur lui de toutes parts.
Elles appartenaient aux chevaliers des ordres royaux qui protégeaient les deux rois à l’arrière.
À cet instant, le temps sembla ralentir pour Kyle.
Le mana de Prisia se déchaîna dans ses veines plus violemment que jamais.
Lorsqu’il reprit ses esprits, il distinguait clairement la trajectoire de chaque lame qui fonçait sur lui.
Il ne voyait pas seulement les Voies de l’épée.
Tous les futurs possibles s’offraient à sa vue.
La direction que prendraient les lames. Le côté vers lequel elles dévieraient. Leurs feintes ou non. Et même les attaques qui suivraient s’il les parait.
En plein vol, il n’avait que peu de marge pour esquiver.
S’il les déviait toutes…
Kyle s’abandonna au mouvement qui se déroulait sous ses yeux.
L’épée de Yurian, dans sa main droite, bougea par instinct avant même que sa pensée ne suive.
Une Lueur d’épée semblable à une étoile balaya toutes les directions en un instant.
Clang, clang, clang !
Toutes les lames qui encerclaient Kyle furent déviées et projetées au loin.
Un silence stupéfait s’abattit sur la salle.
Même le commandant de l’ordre royal de Russel était abasourdi.
Sans prêter attention aux regards incrédules, Kyle saisit Philip, le roi de Russel, à la gorge en plein vol.
Notes :
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