Chapitre 171
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 171 : Le Banquet rouge (10)
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Le Grand-Duc Rivelius, avec un homme inconnu qui se tenait un pas derrière lui.
L’apparition des deux hommes à l’extrémité de la salle de banquet, jusque-là silencieuse, la remplit de nouveau de murmures.
« Le Grand-Duc… Il en impose toujours autant. »
« J’ai entendu dire qu’il comptait se ranger aux côtés de Sa Majesté Armand lors de cette grande assemblée. »
« On ne peut pas en être certain. Qui sait ? Le Grand-Duc complote peut-être avec l’Empereur. »
« Plus important encore, qui est cet homme derrière lui ? Je ne le connais pas. »
« Ce n’est pas un chevalier chargé de son escorte ? »
Des nobles venus de toute la Fédération, sans liens avec la politique centrale, côtoyaient des maisons qui s’étaient délibérément déclarées neutres pour éviter d’être prises dans les affrontements. Ils échangèrent leurs avis aussi discrètement que possible.
Tant que la guerre contre l’Empire n’était pas résolue, la position d’un Grand-Duc siégeant au Conseil revêtait une grande importance.
Les rois de la Fédération ne faisaient pas exception.
Philip dévisagea ouvertement les deux hommes. Son regard s’attarda d’abord sur le Grand-Duc, mais pas longtemps. Il fut instinctivement attiré par l’homme qui se tenait derrière lui.
L’homme soutint son regard sans ciller.
Philip en était certain.
Des cheveux noirs. Des yeux noirs. Une silhouette grande et remarquable. Même cette expression indifférente, qui ne laissait rien paraître de ses émotions.
C’était bien lui.
Ce salaud qui avait non seulement rejeté ma proposition, mais aussi tué tous les hommes de confiance que j’avais envoyés régler les suites de l’affaire, dans une ruelle au crépuscule, sans laisser la moindre trace.
Leurs regards s’entrechoquèrent violemment l’espace d’un instant.
L’homme ne portait ni l’épée à sa taille ni la cape noire drapée sur ses épaules, mais il affichait toujours la même audace. Exactement comme le jour où il s’était présenté sans peur devant Philip.
« C’est lui ? »
« … Oui. »
Sebastian, le roi de Selaine qui se tenait à ses côtés, posa la question. Sans tourner la tête, Philip lui répondit à voix basse.
L’histoire de Philip, qui avait tenté de s’attacher un chevalier du Grand-Duc et s’était fait humilier en retour, s’était déjà répandue au grand jour parmi les nobles modérés.
C’était profondément humiliant, mais il ne pouvait pas le cacher. Vu la situation, ils devaient rester sur leurs gardes et se préparer à la suite.
La fierté ne sauverait personne.
Si cet homme avait éliminé seul les hommes de confiance de Philip et nettoyé les lieux sans laisser de trace, c’était un expert exceptionnel. À moins que d’autres alliés ne l’aient attendu dans les environs.
Dans tous les cas, il y avait de fortes chances qu’il assiste au banquet de ce jour.
Philip avait vu juste.
L’un d’eux mourrait aujourd’hui.
Un seul survivrait.
« … »
Derrière le Grand-Duc, Kyle ne dit pas un mot.
Après avoir calmement écarté le regard perçant de Philip, il suivit le Grand-Duc vers le centre de la salle de banquet.
Il y a beaucoup de monde. Je m’y attendais depuis notre arrivée au palais.
Renavik, capitale de Calorf et plus grande ville de la Fédération.
La vaste salle de banquet de son palais royal était de loin la plus grande que Kyle eût jamais vue. Le nombre de personnes présentes n’était pas moins impressionnant. À première vue, elles étaient des centaines.
Et ce n’étaient pas que de simples nobles.
Des chevaliers issus des ordres royaux de chaque nation de la Fédération.
Des mages venus des Tours de magie.
Un archevêque et des prêtres de haut rang de l’archidiocèse de Renavik.
Et Godfrey, commandant des Chevaliers, l’ordre de chevalerie du Conseil, et le meilleur chevalier de la Fédération.
« Cela faisait longtemps, Grand-Duc. Comment vous portez-vous ? »
Adrian s’arrêta devant le groupe des nobles intransigeants. Godfrey, qui les observait depuis leur arrivée, fut le premier à le saluer.
Bien qu’il eût déjà rencontré Adrian en secret, il se comporta comme s’il le voyait pour la première fois à Renavik.
De nombreux regards s’attardaient encore sur eux, même s’ils étaient moins ostensibles qu’à l’arrivée d’Adrian. Les nobles qui les observaient de loin n’étaient pas les seuls : les modérés aussi leur jetaient des coups d’œil en faisant mine de rien.
Adrian répondit naturellement, sans changer d’expression.
« Oui. Grâce à vous. »
« Ha ha ! Votre Grâce ne sait pas bien mentir. Vous pouvez dire cela, mais je sais que vous nous en voulez. N’est-il pas vrai que les Chevaliers n’ont pas su réagir comme il le fallait à l’invasion de l’Empire ? »
« Non. Nous n’y pouvions rien. Si nous devons chercher des responsables, nous le sommes tous. N’est-ce pas, Votre Majesté Armand ? »
« C’est vrai. Sir Godfrey peut se montrer étonnamment obstiné, parfois. »
« Hmph. »
« Cinq ans déjà. Comment vas-tu, Adrian ? »
Le roi du Royaume de Valone, qui siégeait au Conseil aux côtés d’Adrian, lui tendit spontanément la main.
Adrian la prit sans hésiter. La familiarité avec laquelle Armand s’adressait à lui suffisait à montrer leur proximité.
« Je suis heureux de voir que Votre Majesté Armand se porte bien. Et vous aussi, Votre Majesté Albert. »
« Je suis heureux de vous voir en forme, Grand-Duc. Gilbert va bien ? »
Albert, le roi de Rustin, lui adressa un salut formel.
Adrian répondit par un léger hochement de tête.
Il échangea ensuite les salutations avec les principaux nobles intransigeants, l’un après l’autre. En apparence, l’ambiance semblait chaleureuse, mais Kyle connaissait la vérité.
Tout cela n’était qu’une comédie.
Ils s’étaient déjà rencontrés avant d’entrer dans la salle de banquet.
« Et qui est donc… ? »
Les salutations pleines de politesses creuses se poursuivaient lorsqu’un des nobles intransigeants, un homme à la carrure imposante, désigna Kyle du geste tout en regardant Adrian.
« Ah, veuillez m’excuser de ne pas vous l’avoir présenté plus tôt. »
Ce n’est qu’alors qu’Adrian prit la parole d’un ton exagérément appuyé.
« Voici Kane Abello, mon chevalier d’escorte. »
« Ah, sir Kane. »
« Oui. C’est un noble impérial en exil. La maison Abello a disparu, mais elle fut autrefois une famille ancienne et prestigieuse. Quoi qu’on en dise, c’est un chevalier dont la compétence et l’honneur ne font aucun doute. Vous pouvez lui faire confiance. »
« Je vois. Je n’ai jamais entendu parler de la maison Abello, mais puisque Votre Grâce se porte garant de lui, elle devait certainement être de noble lignée. La raison de sa disparition était… »
« Hélas. »
« Ah. »
Le noble qui avait posé la question regarda Kyle avec compassion.
Tous ceux qui avaient fait défection de l’Empire pour rejoindre la Fédération avaient une raison similaire.
Leurs maisons avaient été détruites ou presque anéanties après avoir résisté à l’Empereur, dont la tyrannie ne cessait de croître. Ils avaient cherché la protection du Grand-Duc, membre du Conseil de la Fédération.
C’est ainsi que s’était constitué le principal bastion du Grand-Duc.
Si Kyle était l’un d’eux, il n’y avait rien d’étrange à ce qu’il accompagne le Grand-Duc.
« Veuillez m’excuser. C’était grossier de ma part. »
« Ce n’est rien. Cela ne me dérange pas. C’est du passé. »
Le noble à la carrure imposante baissa la tête, l’air contrit.
Kyle accepta ses excuses d’un petit mouvement de tête, mais, en son for intérieur, le coin de ses lèvres se releva en un sourire moqueur.
On se croirait dans une pièce de théâtre.
Le noble qui s’inclinait devant lui avait parfaitement joué l’émotion convenable, mais les regards furtifs qu’il lui lançait de temps à autre ne pouvaient pas le tromper.
Les autres ne valaient pas mieux.
Tous ceux qui étaient réunis ici dirigeaient l’une des plus grandes maisons de Valone ou de Rustin. Impossible qu’ils ignorent qui était Kyle.
Le dernier commandant des Chevaliers des Cendres, désormais dissous.
Hailen était tombé, mais son nom n’avait pas été entièrement effacé. Quatre ans avaient passé, et le monde se souvenait encore de Hailen.
Les nobles qui lui témoignaient une curiosité à peine voilée, les rois de Valone et de Rustin, et même Godfrey, le commandant des Chevaliers, ne faisaient pas exception.
« Sa Majesté le roi Felbric Chergar, souverain de Calorf et président du Conseil de la Fédération, fait son entrée ! »
À cet instant, les portes s’ouvrirent et un vieil homme entra dans la salle de banquet.
À l’apparition du président, arrivé en dernier, tous lui rendirent leurs hommages comme s’ils s’étaient concertés.
Accompagné de deux chevaliers, le vieil homme traversa rapidement la salle de banquet. Le bruit de ses pas et le cliquetis des armures résonnèrent distinctement dans la salle silencieuse.
Felbric Chergar, président du Conseil, se tint bientôt sur l’estrade, à l’autre bout de la pièce.
Après avoir balayé la salle du regard, il entrouvrit les lèvres qu’il tenait fermement closes.
* * *
L’allocution de Felbric Chergar ne fut pas longue.
Dès qu’il eut terminé, il descendit de l’estrade.
Le banquet commença alors pour de bon.
« C’était bien plus court que d’habitude. »
« Vu les circonstances, avait-il le choix ? La guerre s’est peut-être calmée, mais il n’y a pas de cessez-le-feu. »
Lorsque tous les dignitaires conviés au banquet furent réunis, le soir était déjà tombé. Le ciel nocturne d’un bleu profond emplissait les grandes fenêtres, tandis que la lumière éclatante des magnifiques lustres illuminait la salle.
« J’ai entendu dire que de nombreux chevaliers avaient péri. »
« N’en parlons pas. J’ai appris qu’on n’avait même pas retrouvé les corps d’un grand nombre de Chevaliers postés au front. »
« Mon Dieu… »
« Le bruit court que le fils aîné de la maison Carbo a été tué par un Wyvern Knight. »
« Vraiment ? »
« Oui, vraiment. Leur fils unique a disparu du jour au lendemain. Ça les a dévastés. Dans leur famille, les héritiers rejoignent les Chevaliers depuis des générations, vous savez. Il venait de terminer sa dixième année de service et s’apprêtait à rentrer dans sa famille. »
« Quelle tragédie. Ça ne me semble pas si éloigné. »
« À vrai dire, moi aussi… »
Des voix s’élevaient de toutes parts.
La salle de banquet, remplie de centaines de dignitaires, était bondée de groupes formés çà et là. D’ordinaire, ils auraient échangé des banalités et tissé des relations.
La Fédération étant une union de cinq royaumes, ses habitants avaient rarement l’occasion de se rencontrer, sauf lors du grand banquet organisé tous les cinq ans.
« Qu’adviendra-t-il de la Fédération… ? »
Mais cette fois, c’était différent.
Des soupirs inquiets résonnaient dans toute la salle. Ni les douces mélodies du violon qui flottaient parmi les invités ni les notes délicates des instruments à vent ne parvenaient à égayer l’atmosphère.
Kyle s’éloigna un instant des nobles intransigeants et goûta aux mets disposés sur les tables. Dans le même temps, il observa calmement les alentours.
C’est donc ici qu’ils débusquent les modérés qui collaborent avec l’Empire.
« Vous êtes fatigué ? »
À cette voix familière qui lui parvint à l’oreille, Kyle tourna la tête.
Adrian avait réussi, d’une façon ou d’une autre, à s’éloigner des nobles intransigeants et s’approchait de lui, un verre à la main.
« Non. »
« Vraiment ? »
« Je regardais juste autour de moi. Même si… »
« Même si ? »
Adrian plissa les yeux.
Kyle tapota du doigt la table devant lui. Une barrière insonorisante se déploya et le bruit ambiant s’interrompit aussitôt.
« Combien d’espions impériaux y a-t-il à Renavik ? »
Adrian fronça les sourcils devant cette question inattendue. Ce ne fut qu’un instant ; il répondit bientôt.
« Je n’en connais pas le nombre exact, mais ils ne doivent pas être nombreux. Votre ordre de chevalerie n’en a-t-il pas capturé un bon nombre ? »
« Il y a aussi des espions dans l’Église ? »
« Quoi ? »
« Là-bas. Les prêtres dans ce coin. Beaucoup sont des paladins déguisés. »
« Qu’est-ce que vous… »
« D’après ce que je sais, l’archevêque de l’archidiocèse de Renavik est neutre. Je me trompe ? »
L’archevêque d’Archandia, la capitale de l’Empire, avait comploté avec l’Empereur pour créer l’Épine d’Izra, interdite par le Traité sacré.
Il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que l’archevêque de l’archidiocèse de Renavik ait lui aussi été acheté par l’Empire.
Personne d’autre ne l’avait remarqué, mais Kyle, dont l’instinct était particulièrement aiguisé, percevait chez les prêtres là-bas ce malaise singulier propre à ceux qui maniaient l’épée.
C’était une sensation de décalage extrêmement ténue, qu’il n’aurait pas remarquée autrefois.
Le mana de Prisia avait encore aiguisé ses sens, déjà très fins.
Il ne pouvait pas faire comme si de rien n’était.
« Le chef de l’archidiocèse de Renavik… »
Adrian marmonna, l’air préoccupé.
Kyle ajouta à voix basse : « Je me trompe peut-être. »
« Non. C’est possible que vous ayez raison. Je vais enquêter. »
« Dans ce cas, je vais sortir un instant. »
« Où ça ? »
« Sur la terrasse. Ce genre de réception n’est pas à mon goût. J’ai un peu la tête qui tourne. »
Adrian et Kyle échangèrent un regard.
Ce bref coup d’œil suffit à leur faire comprendre leurs intentions respectives.
« Soyez prudent. »
« Oui. Vous aussi. »
Kyle tapota de nouveau la table et dissipa la barrière insonorisante.
Après avoir regardé Adrian s’éloigner le premier, il se dirigea vers la terrasse.
Par chance, la terrasse était déserte. Le banquet venait à peine de commencer, sans doute pour cette raison.
Kyle promena son regard entre la salle de banquet, de l’autre côté de la paroi vitrée, et le jardin, puis s’appuya contre la balustrade.
Bien que le printemps ne fît que commencer, le vent nocturne restait mordant.
Kyle contempla le jardin soigneusement entretenu devant lui, puis ferma les yeux.
Peu importe que l’Église de Renavik ait été achetée par l’Empire.
Je faucherai toute menace susceptible de faire obstacle à la destruction de l’Empire.
Qui que ce soit.
Si Adrian prenait le contrôle du Conseil et reconstruisait le Nord, ils auraient une véritable chance de s’opposer à l’Empire.
En imaginant ce qui les attendait, Kyle fit lentement monter le mana de Prisia.
Ses sens s’étendirent profondément dans le vaste palais royal. Il percevait les forces déployées dans ses différentes parties, ainsi que les présences familières de ses anciens compagnons qui se déplaçaient parmi elles.
Les Chevaliers des Cendres.
Les huit chevaliers survivants.
Il ne leur restait plus beaucoup de temps.
Kyle ouvrit les yeux et baissa le regard vers sa taille dénudée, songeant à ce qui n’allait pas tarder à se produire.
Leur force était suffisante.
Quand Hermann et Walter arriveraient, les choses commenceraient pour de bon.
Si je sauve ceux qui doivent l’être et tue ceux qui doivent mourir…
« Vous étiez là. »
Kyle méditait lorsqu’un homme entra lentement sur la terrasse déserte.
Il se retourna tranquillement.
Le chevalier qu’il avait vu plus tôt s’arrêta devant lui.
Malgré son âge, il avait une carrure robuste. Même sans arme, il dégageait une présence hors du commun.
Pourtant, son regard posé sur Kyle était d’une complexité inouïe. Il mêlait intérêt, curiosité, compassion et culpabilité, lorsque Godfrey prit enfin la parole.
« Vous êtes plus jeune que je ne le pensais. »
« … »
« Kyle Baldrick. Non… Loup Bleu. »
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