Chapitre 166
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 166 : Le Banquet rouge (5)
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Le mage avait invité Kyle à l’accompagner d’un ton calme. Il s’inclina ouvertement devant lui, s’exposant sans hésiter, comme s’il était certain que Kyle ne l’attaquerait pas.
Ou peut-être avait-il un moyen de s’en sortir indemne.
Alors, c’est comme ça que ça se passe.
Kyle baissa les yeux vers le mage et marmonna pour lui-même. Il s’était attendu à ce que quelqu’un vienne l’aborder dès qu’il aurait mis les pieds à Renavik. Surtout maintenant, alors que l’invasion soudaine de l’Empire avait semé le chaos. Les espions impériaux rôdaient eux aussi ; les ennemis susceptibles de chercher à le contacter ne manquaient pas.
À leurs yeux, Kyle était une proie facile depuis qu’il avait quitté le domaine du Grand-Duc. Grand-Duc Rivelius était un ancien prince impérial, un membre du conseil aux côtés des rois des cinq royaumes et un homme qui détenait une autorité considérable au sein de la Fédération. Rallier l’un des chevaliers du Grand-Duc leur faciliterait grandement la tâche. Si tout se passait bien, ils pourraient même lui soutirer des renseignements. Les trahisons étaient monnaie courante dans les luttes de pouvoir entre nobles.
Le Grand-Duc avait-il prévu le coup ? Est-ce pour ça qu’il m’a discrètement conseillé de me tenir à carreau ?
« … »
Kyle passa silencieusement la main sur l’épée à sa ceinture. La ruelle, loin de la rue principale, demeurait calme.
« Vous êtes seul ? »
La voix grave de Kyle rompit le silence. Ce n’est qu’alors que le mage releva la tête. Le même sourire détendu reposait sur les lèvres de l’homme en robe verte.
« Oui. »
« Vous avez confiance en vous. »
« Une seule personne ne suffit-elle pas pour inviter quelqu’un ? Pour gagner la confiance d’autrui, il faut d’abord lui témoigner la sienne, au lieu de lui tendre une embuscade. »
Le mage ouvrit les bras, comme pour inviter Kyle à vérifier. Celui-ci diffusa le mana de Prisia dans les environs. Comme le mage l’avait affirmé, ils étaient les seuls dans cette ruelle, à l’écart de la rue principale. Personne n’avait jamais échappé aux sens de Kyle : le mage disait donc la vérité.
« On dirait que Sa Majesté le roi Philip vous fait grandement confiance. Ou peut-être n’êtes-vous qu’un pion sacrifiable. »
« Sa Majesté traite toujours chacun avec sincérité. Si vous le rencontriez en personne, je suis certain que vous changeriez d’avis. »
Le mage répondit d’une voix suave. Kyle garda une main sur son épée et leva les yeux.
Le soleil entre les bâtiments était plus haut qu’auparavant, mais restait bas dans le ciel. Il était parti du domaine le matin ; il lui restait donc beaucoup de temps. Il comptait rentrer avant le coucher du soleil, mais rien ne pressait encore.
Et si je le tuais, tout simplement ? Il n’y a aucun témoin dans les environs.
L’idée lui traversa l’esprit un instant, mais ne s’attarda pas. Il savait que ce n’était pas une bonne décision.
Le mage qui lui faisait face avait utilisé une hallucination. Avec la Magie spatiale, la Magie d’illusion était l’une des branches les plus difficiles à maîtriser. Kyle le savait mieux que quiconque : il avait appris la magie auprès de Cecilia et utilisait souvent lui-même la Magie d’illusion. À tout le moins, ce mage était assez compétent pour être le plus proche conseiller du roi. Le fait qu’il se soit présenté seul devant Kyle en était la preuve.
Ça va devenir compliqué si je ne réussis pas à le tuer et qu’il s’échappe.
Et si j’acceptais de l’accompagner de mon plein gré ?
D’innombrables possibilités surgirent puis s’évanouirent dans l’esprit de Kyle. Plus il y réfléchissait, plus il penchait pour la seconde option.
Où que se trouve le roi de Russel, de nombreux personnages importants parmi les modérés favorables à l’Empire devaient s’y être rassemblés. C’était dangereux, mais cela représentait aussi une occasion. Kyle se rappela les paroles du Grand-Duc, peu de temps auparavant. Il n’existait pas de secret parfait. Parfois, il fallait prendre des risques pour aller de l’avant.
Que savent-ils ? Savent-ils que nous faisions partie des Chevaliers des Cendres ?
Il l’ignorait. S’il voulait des réponses, il n’avait d’autre choix que de s’y rendre lui-même. Kyle vérifia une dernière fois son état. Il était en meilleure forme qu’il ne l’avait été depuis longtemps. Si nécessaire, il ne devrait pas avoir de mal à s’enfuir.
« C’est où ? C’est loin d’ici ? »
Kyle desserra la main autour du fourreau de son épée en parlant. Comme s’il s’était attendu à cette réponse, le mage se tourna légèrement et désigna avec élégance le coin d’où il était apparu.
« C’est un peu plus loin, mais le trajet ne sera pas long. »
« … »
« Pour quelqu’un d’aussi habile que vous. »
Qu’entendait-il par là ? Avait-il déjà évalué toute la puissance de Kyle ? Sans laisser paraître quoi que ce soit, celui-ci demanda à nouveau :
« Sa Majesté le roi Philip nous attend ? »
« Oui. D’autres personnes sont également présentes. Vous ne le regretterez pas. »
« Passez devant. Je vous suis. »
« Entendu. »
Le mage s’inclina poliment, comme tout à l’heure, puis se mit en marche. Kyle le suivit sans un mot. Ses sens aiguisés percevaient le contraste entre la ruelle silencieuse et les rues lointaines, toujours pleines de voix et du bruit des roues des carrosses.
* * *
Le mage avançait sans hésiter dans les ruelles tortueuses. À chaque fois qu’il tournait, sa robe verte flottait légèrement.
Kyle le suivait de près. Les changements fréquents de direction lui firent se demander si le mage ne tournait pas volontairement en rond pour l’empêcher de repérer les lieux. Il ne formula pas ses soupçons. Cela ne servait à rien.
On se dirige vers les faubourgs. Ils ont choisi un endroit à l’écart pour une rencontre secrète ?
Kyle diffusa son mana tout en marchant et grava leur itinéraire dans sa mémoire. Le mage qui le guidait ne s’engagea pas une seule fois dans une rue large ou une artère principale.
Cela n’avait pas d’importance. Kyle suivait leur itinéraire au fur et à mesure. Même si les choses tournaient mal, il avait déjà imaginé plusieurs voies de fuite. En fait, il serait plus facile de semer ses ennemis dans les faubourgs.
Et plus facile de tuer quelqu’un puis de faire le ménage.
« Nous y sommes. »
Kyle avait suivi le mage pendant près d’une heure quand celui-ci s’arrêta enfin et se retourna vers lui.
« Ça a l’air miteux. »
« Malgré son apparence, il ne manque de rien. Je vous prie de ne pas trop vous inquiéter. »
Le petit domaine, dans les faubourgs, semblait mal entretenu ; la poussière s’était accumulée par endroits. La cour ne faisait pas meilleure impression. La neige avait entièrement fondu, mais l’herbe jaunie, desséchée par l’hiver, pendait sans vie. Des mauvaises herbes vertes qui la perçaient donnaient au lieu un air désolé.
Rien à voir avec le domaine du Grand-Duc, au cœur de Renavik, d’où l’on aperçoit le château royal.
Cela dit, l’endroit semblait bien convenir à une conversation privée.
« Entrons. »
Le mage jeta un regard à Kyle, puis reprit la tête. Kyle le suivit à l’intérieur du domaine.
Comme le mage l’avait dit, l’intérieur était bien mieux entretenu que ne le laissait supposer la façade. La porte d’entrée s’ouvrit sans difficulté, sans le grincement désagréable de gonds rouillés.
L’intérieur était plus confortable que Kyle ne l’avait imaginé. Des lampes à pierre magique, disposées à intervalles réguliers, éclairaient doucement le couloir. Sous les rayons du soleil qui entraient par les fenêtres, il distinguait les traces d’un entretien régulier. À ce stade, la façade délabrée semblait avoir été négligée exprès. Cela éveillerait moins les soupçons, surtout pour une vieille demeure en ruine dans les faubourgs.
Le mage parcourut le couloir et s’arrêta devant une pièce. Deux chevaliers se tenaient bien droits devant la porte.
Leur regard passa du mage à Kyle. Plus précisément, il se posa sur l’épée à sa ceinture. Cela ne dura qu’un instant, puis ils détournèrent les yeux. Le mage frappa doucement à la porte.
Toc, toc.
« Votre Majesté, je l’ai amené. »
« … »
« Pouvons-nous entrer ? »
Aucune réponse ne vint. Le mage ouvrit la porte comme si de rien n’était.
« Donc, comme je vous le disais… »
« Hum ? Qui est là ? »
« Qui ça ? »
« Vous savez, le chevalier qu’on a décidé de recruter. »
« Ah, oui. C’est déjà l’heure ? »
Des voix nonchalantes s’élevèrent de la pièce. Puis une bouffée de fumée âcre frappa Kyle au visage. Il fronça les sourcils sans s’en rendre compte et balaya rapidement la pièce du regard.
Il jura intérieurement.
Quel bazar.
La vaste pièce était bien plus en désordre que Kyle ne l’avait imaginé. D’innombrables bouteilles d’alcool encombraient la grande table. La fumée des cigarettes et d’autres produits à fumer s’élevait de toutes parts. La nourriture posée parmi eux formait un tas répugnant, comme si tout avait été à moitié mangé.
Une lumière froide tombait de la fenêtre, d’un côté de la pièce. Ironiquement, le soleil éclatant faisait ressortir davantage encore le désordre ambiant. Un poêle à pierre magique brûlait contre un mur, diffusant sans cesse sa chaleur dans la pièce. Peut-être était-ce pour cela que la fumée et l’odeur du tabac semblaient encore plus désagréables.
Au milieu de tout cela était assis un homme d’âge mûr.
« Encore un visage que je ne connais pas. Je ne me souviens pas de vous. »
Philip Merkan, roi de Russel. Kyle le comprit aussitôt, sans qu’on le lui dise. Dès l’ouverture de la porte, les yeux de Philip l’avaient examiné d’une façon différente de ceux des autres, comme s’il l’évaluait.
« Vous êtes sûr qu’il est bien un chevalier du Grand-Duc ? »
Philip regarda le mage en robe verte qui se tenait aux côtés de Kyle. Contrairement au Grand-Duc, le roi de Russel avait l’air chaleureux et bienveillant. Le mage baissa la tête.
« J’en suis certain. »
« Si vous le dites, cela doit être vrai. Ceux qui sont au courant savent déjà que le Grand-Duc dirige une organisation privée composée de chevaliers sans nom. Il serait plus étrange que leurs visages soient connus. »
« … »
« Asseyez-vous. »
Philip désigna une place libre d’un signe de tête. À cet instant, la porte ouverte se referma. Dans le silence, des regards discrets se posèrent sur Kyle. Il resta immobile un instant, puis s’assit sur une chaise vide près de la porte.
« Vous avez fait un long voyage. Le temps ne s’est pas encore vraiment réchauffé ; le trajet jusqu’aux faubourgs n’a pas dû être facile. »
« … »
« Vous voulez boire quelque chose ? »
Le mage en robe verte s’était déjà placé derrière Philip. Au geste de celui-ci, il prit un verre vide. Philip saisit lui-même une bouteille et y versa du vin. Quand le verre fut à moitié rempli, il flotta dans les airs et se posa silencieusement devant Kyle.
« Je vous prie de m’excuser, mais… »
« Hum ? »
« Je ne bois pas. »
« Même pas ce que je vous offre ? »
« Non. Je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où j’ai touché à l’alcool dans ma vie. »
« Puhahaha ! »
Des éclats de rire retentirent soudain de tous côtés. C’étaient des nobles de haut rang des royaumes de Russel et de Selaine. Ils avaient observé la scène en silence, mais en voyant Kyle refuser le verre de Philip, ils ne purent se retenir davantage.
« Vous ne buvez pas ? »
« Allons, il y a des excuses bien plus crédibles. »
« Il a de l’audace, celui-là. Ou peut-être devrais-je dire qu’il est courageux parce qu’il est ignorant ? »
Ils riaient, bavardaient et buvaient entre eux, comme s’ils assistaient à un spectacle amusant. Kyle les observa tous, sans manquer un seul visage. À première vue, ils ne ressemblaient pas aux nobles d’un royaume qui venait de perdre la moitié de son territoire dans l’invasion impériale. Arrogants et paresseux, ils avaient tout l’air de nobles impériaux.
Voilà donc les nobles de Russel.
Ceux de Selaine ne valent pas mieux. Peu importe combien d’hommes meurent au front, ils doivent croire que cela ne les concerne pas, bien à l’abri à l’arrière. À moins qu’ils ne soient persuadés qu’ils seront les seuls à survivre, même si l’Empire envahit tout le pays.
« Ça suffit. »
Quand les rires se furent un peu calmés, Philip leva la main pour faire taire les nobles.
« Il est regrettable que vous ayez refusé le verre que je vous offrais, mais cela arrive. Que ce soit pour des raisons de santé ou par conviction, vous devez avoir vos raisons. »
« … »
« Vous venez de penser que nous étions des lâches qui avaient abandonné leur devoir, n’est-ce pas ? »
Philip parla comme si de rien n’était.
« Non. »
« Inutile de mentir. Je le vois dans vos yeux. »
« … »
« Quand je regarde quelqu’un dans les yeux, je peux deviner à peu près ce qu’il pense. Et je comprends. De votre point de vue, vous ne pouvez pas savoir au nom de quel droit nous pouvons manger, boire et festoyer ainsi. Mais qu’y pouvons-nous ? »
Philip promena son regard dans la pièce. Sans que Kyle s’en aperçoive, l’atmosphère s’était alourdie.
« Depuis des temps immémoriaux, notre royaume entretient d’innombrables relations avec l’Empire. Je sais que les nobles bellicistes nous montrent du doigt et nous traitent de complices de l’Empire. »
Sa voix se fit encore plus basse.
« Et j’ai compris quelque chose. »
« Quoi ? »
« La Fédération ne peut pas vaincre l’Empire. »
« … »
« Même un enfant de sept ans le sait. C’est pareil pour les Chevaliers de la Fédération. Vous pouvez les louer autant que vous voulez comme étant les meilleurs chevaliers de la Fédération ; face aux wyvernes des Chevaliers célestes, ils ne peuvent rien. »
« Si nous nous préparons à l’avance… »
« Non. Cela ne servirait à rien. Vous le savez aussi, n’est-ce pas ? Lors de cette invasion, ils ont été impuissants. Ils n’ont rien pu faire. Vous souvenez-vous de la Guerre du Nord, qui a entraîné la chute de Hailen ? »
Hailen. La Guerre du Nord. À ces mots, l’esprit de Kyle se glaça.
« On dit souvent que les Chevaliers des Cendres rassemblaient les meilleurs chevaliers du continent. »
« … »
« Mais quel en a été le résultat ? Malgré sa longue histoire, Hailen a été détruit en seulement deux ans. C’était terrible. Alors, en quoi la Fédération serait-elle différente ? Nous qui avons été mis à terre si lamentablement en moins d’un mois ? »
La voix de Philip avait une légère tonalité d’autodérision. Elle semblait s’adresser à lui-même, mais aussi à tous les rois et les nobles de la Fédération.
« En revanche, les nations qui se sont rendues à l’Empire jouissent d’une certaine prospérité. Elles ne peuvent rivaliser avec Archandia, la capitale impériale, mais chacune mène une vie paisible. Quant à ceux qui ont montré les crocs à l’Empire, ils ont tous connu une fin misérable. Est-il vraiment nécessaire de risquer nos vies et de verser notre sang ? »
« Vous complotez actuellement avec l’Empire ? »
Kyle posa la question. Philip lui adressa un doux sourire devant sa franchise.
« Eh bien… qu’en pensez-vous ? »
À la place d’une réponse, il lui sourit d’un air interrogateur. Cela suffit pourtant à Kyle pour en être certain. Le royaume de Russel complotait avec l’Empire depuis longtemps déjà. Même après avoir perdu la moitié de son territoire lors d’une invasion inattendue, il ne changerait jamais de position. Ceux qui étaient morts se trouvaient au front, pas à l’arrière, où eux-mêmes étaient à l’abri. L’Empire leur avait peut-être même promis richesse et pouvoir à l’avance.
« Inutile de faire durer les choses. Je vais être direct. »
Philip posa son verre et se redressa.
« Je sais que les nobles bellicistes, notamment le Grand-Duc et le roi de Valone, ont l’intention de nous remplacer. Et, s’il le faut, ils recourront à la force. »
« … »
« Mais vous le savez aussi. Même s’ils remplacent le conseil de cette manière, l’issue ne changera pas. Rien ne nous attend, à part une mort misérable. Pour l’avenir de la Fédération et de ses citoyens, je pense que nous pourrions entretenir de bonnes relations, vous et moi. Qu’en dites-vous ? »
La porte, qui était restée fermée, s’ouvrit de nouveau. Les deux chevaliers qui montaient la garde dehors vinrent se placer juste derrière Kyle.
« Dites-moi ce que vous désirez. De l’argent, de l’honneur, du pouvoir. Que voulez-vous ? »
Philip fixa Kyle avec insistance. Les autres nobles, comme si rien ne s’était passé, retinrent leur souffle et le regardèrent. Un serviteur, qui s’était approché sans que Kyle le remarque, portait un grand sac et en déversa le contenu devant lui.
Une quantité innombrable de pierres magiques de qualité supérieure s’en échappa.
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