Chapitre 156
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 156 : À la fin de l’hiver (5)
──────
Une semaine s’était écoulée depuis.
Kyle séjournait toujours dans le paisible village de campagne où Hermann avait élu domicile.
La même routine monotone se répétait jour après jour. Le temps tournait comme une roue. Pour la première fois depuis quatre ans, depuis qu’il avait quitté le nord, Kyle se sentait en paix. Ce petit village à la périphérie de Valone était un endroit doux, où les gens se levaient avec le soleil et se couchaient à son coucher.
Il n’y avait aucun conflit. Pas le moindre incident étrange non plus. Grâce à cela, Kyle pouvait se reposer profondément, en mettant tous ses soucis de côté. Hermann lui avait formellement ordonné de ne rien faire d’autre que rester allongé et respirer ; de toute façon, il n’avait pas grand-chose d’autre à faire. Il ne pouvait que se rétablir aussi vite que possible et se préparer à rencontrer les Chevaliers des Cendres et le Grand-Duc.
Puis, en fin de matinée, le huitième jour.
« Bientôt… »
Kyle, qui s’était levé tard comme d’habitude, baissa les yeux vers le haut de son corps bandé. Les plaies rouge sombre avaient visiblement diminué.
Au début, les taches rouge sombre couvraient presque la moitié des bandages blancs. Compte tenu de cela, les progrès étaient remarquables. C’était aussi la preuve de la rapidité avec laquelle il se rétablissait. Kyle défit précautionneusement ses bandages, nettoya ses plaies avec l’eau du seau posé sur la table de chevet, appliqua l’onguent que Hermann lui avait donné, puis s’enveloppa de bandages propres.
La douleur s’est beaucoup estompée.
Il passa une main sur sa poitrine fraîchement bandée. La blessure avait été mortelle, assez grave pour qu’il ne soit pas étonnant qu’il y succombe, et pourtant il s’était rétabli à ce point. Même maintenant, il avait du mal à y croire.
Le mana de Prisia agit-il aussi sur mon corps ?
Il l’ignorait. Du moins, pour le moment. Kyle ne savait toujours pas clairement comment utiliser le mana de Prisia ni comment il fonctionnait exactement.
« Kyle ! Viens manger ! »
La porte s’ouvrit soudain à la volée, sans qu’on frappe. Colin, le garçon de la famille qui hébergeait Kyle, entra.
« Maman dit que le repas est prêt. »
Kyle hocha calmement la tête. Il enfila une chemise grossière par-dessus sa poitrine fraîchement bandée. Il avait confié à Elysia toutes les affaires contenues dans sa bourse d’inventaire ; il n’avait donc presque plus un sou. Sans Hermann, il lui aurait été impossible de rester dans cette maison.
« Où est Hermann ? »
« Hermann ? Oh, tu veux dire monsieur ? »
Colin pencha un instant la tête avant de répondre.
« Il est parti tôt ce matin. Il a dit qu’il avait quelque chose à faire aujourd’hui. »
« … Je vois. »
« Tu ne le sais peut-être pas, mais il est toujours très occupé. Il a plein de choses à faire. Même si j’ai l’impression qu’il reste au village plus longtemps que d’habitude, cette fois… »
« J’imagine. »
Kyle ne le contredit pas. Hermann était effectivement débordé.
C’était presque devenu une trêve tacite. Il devait organiser la rencontre avec le Grand-Duc, gérer la situation chaotique au sein de la Fédération et garder un œil sur les Chevaliers des Cendres dispersés dans diverses régions. Qu’il prenne malgré tout soin de Kyle avec autant de régularité au milieu de tout cela était impressionnant.
« Allez, dépêche-toi. Maman va nous gronder. »
Kyle suivit Colin jusque dans la pièce à vivre. Un déjeuner matinal avait déjà été servi sur la table de la cuisine.
À la campagne, la journée commençait plus tôt qu’en ville. Les gens se levaient plus tôt et se couchaient plus tôt. Kyle s’assit comme il en avait pris l’habitude et commença à manger. Même Colin, d’ordinaire aussi turbulent qu’un garnement, se tenait tranquillement à table.
Marta, la mère de Colin et la propriétaire de la maison, était particulièrement stricte sur les heures des repas. C’était une femme bienveillante, corpulente, au visage chaleureux.
« Alors ? C’est bon, aujourd’hui aussi ? J’y ai réfléchi, mais je ne savais pas si ça serait à ton goût. »
Marta posa la question pendant qu’ils mangeaient.
« Oui. C’est très bon. »
« Vraiment ? Tant mieux. Hermann disait toujours que ma cuisine était délicieuse, lui aussi. »
« Je doute qu’il ait simplement voulu vous flatter. Hermann n’a jamais été un grand cuisinier. »
C’était déjà pareil autrefois. Chaque fois que Hermann retroussait ses manches au camp, le dîner était infect. Même Cecilia, Kyle et les autres chevaliers, qui mangeaient habituellement de tout, ne le supportaient pas.
Cette époque est révolue depuis longtemps.
Un sourire amer effleura les lèvres de Kyle tandis qu’il remuait ses couverts. Colin, qui l’observait, prit la parole avec hésitation.
« Euh… Kyle. »
« … »
« Tu sais… Si tu es libre plus tard, tu pourrais m’apprendre à manier l’épée ? Monsieur Hermann a dit que tu étais un chevalier incroyablement fort… »
« Colin ! »
Marta l’interpella sèchement, mais Colin n’en tint pas compte.
« Pourquoi ? Tout le monde le dit ! Ils disent que notre village ne sera peut-être bientôt plus en sécurité. L’Armée impériale pourrait nous attaquer d’un moment à l’autre. »
« … »
« Alors, apprends-moi. S’il te plaît ? On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je ne veux pas rester là sans rien faire comme un idiot. Si je peux protéger quelque chose, je veux le faire. »
Kyle s’apprêta à répondre, puis referma la bouche. Rien de constructif ne lui viendrait.
Un jour, cet enfant devra-t-il vraiment prendre une épée et tuer quelqu’un ?
Il l’ignorait. Kyle ne pouvait en être certain. Il en allait de même pour l’avenir paisible de ce village. Il ne pouvait donc que fuir le regard suppliant de Colin.
« Plus tard. »
« … »
« Quand j’aurai le temps… je t’apprendrai. »
Au bout du compte, il ne lui avait offert qu’une échappatoire lâche. Pourtant, le visage de Colin s’éclaira, comme si cela lui suffisait.
« Vraiment ? »
« … Oui. »
« Promis ? »
Kyle hocha une fois la tête et reprit son repas. Colin mangea, tout sourire, visiblement ravi qu’il lui reste un peu d’espoir.
« Je vais sortir un moment. »
Quand ils eurent à peu près terminé leur repas, Kyle se leva.
« Tu vas encore te promener aujourd’hui ? »
« Oui. »
« Ne rentre pas trop tard. Ce serait dommage que le dîner que je me suis donné tant de mal à préparer refroidisse. »
Marta parla avec une pointe d’inquiétude. Kyle hocha silencieusement la tête. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Comme la veille, il sortit sans hésiter.
* * *
À peine dehors, un vent frais l’enveloppa. Kyle regarda autour de lui un instant, puis prit la direction du bas du village.
Des voix animées s’élevaient entre les maisons de bois éparpillées dans le village. Bientôt, de grands éclats de rire leur succédèrent. C’étaient des sons paisibles, devenus rares ces derniers temps. En les écoutant, Kyle repensa aux paroles de Colin : l’Armée impériale pourrait bien atteindre le village.
Si Hermann a raison, l’Armée impériale ne s’enfoncera pas autant dans l’arrière-pays.
Ce village est-il plus prospère que les autres parce que les Chevaliers des Cendres y séjournent souvent et les rémunèrent ?
Kyle ne connaissait pas la géographie des environs, mais il en avait une idée générale. Le village se trouvait dans l’arrière-pays de Valone, sans être très éloigné de Rier, où résidait le Grand-Duc Rivelius, ni de Renavik, où siégeait le parlement fédéral.
Assez secret, assez paisible, et proche à la fois de Rier et de Renavik. C’était une base temporaire idéale pour les Chevaliers des Cendres survivants. Kyle détourna le regard, chassant une pensée qui lui était venue malgré lui.
Bientôt, il sera temps de partir d’ici.
Il est trop tôt pour s’effondrer d’épuisement.
Une fois sorti du village, qui était plutôt grand, il découvrit devant lui de vastes champs. En été et en automne, la terre devait regorger de récoltes, mais l’hiver l’avait gelée jusqu’à la rendre dure comme la pierre.
Pourtant, c’était mieux qu’avant. Le temps aussi. Une faible chaleur persistait dans le vent mordant qui, autrefois, semblait lui lacérer la peau. La neige qui recouvrait les branches nues et la terre sèche ne recouvrait plus tout comme avant. On aurait dit qu’elle attendait l’arrivée prochaine du printemps.
Les fleurs vont-elles bientôt éclore ?
Kyle traversa le champ gelé, dont le sol crissait sous ses pas, et s’approcha d’un large ruisseau non loin du village. Plusieurs femmes s’étaient réunies sur ses berges gelées pour faire la lessive.
« Quelqu’un arrive, là-bas ? »
« Qui donc ? »
« Tu sais, l’invité que ce chevalier a amené la dernière fois. »
« Ah, ce jeune homme ? »
« Je me demande s’il est complètement rétabli. »
« Il était déjà sorti se promener la dernière fois. Il doit être assidu. »
En s’approchant, elles reconnurent Kyle et l’interpellèrent. Sans son épée, son armure ni sa cape, il avait l’air d’un homme ordinaire vêtu de haillons.
« Vous vous sentez mieux ? »
« Oui, grâce à vous. J’ai apprécié les collations que vous m’avez données la dernière fois. »
« Oh, nous n’avons presque rien fait. Il fait froid, alors rentrez vite. Par un temps pareil, mieux vaut rester chez soi et se reposer. »
« Je rentrerai bientôt. »
« C’est ce que vous dites, mais vous resterez probablement dehors jusqu’au coucher du soleil, comme la dernière fois, pas vrai ? Vous n’imaginez pas à quel point Marta s’inquiète pour vous. »
« … »
« Oh là là, me voilà encore à fourrer mon nez partout. Rentrez dans quelque temps. Nous allons y aller. »
Après avoir échangé quelques mots de plus avec Kyle, les femmes rangèrent leur linge dans des paniers et s’en allèrent. Kyle resta immobile à les regarder s’éloigner. Lorsqu’elles eurent complètement disparu, il s’approcha de la berge et baissa les yeux vers l’eau courante.
Comme l’eau qui s’écoule.
Si je pouvais naturellement contenir en moi cette force immense qui ne s’arrête jamais…
Kyle s’accroupit brusquement. Le froid persistant de l’hiver remontait du sol, mais il n’y prêta pas attention. Quelque chose d’autre importait davantage.
L’Étoile la plus brillante de l’aube a disparu.
Désormais, je dois manier le mana par mes seules forces.
C’était le problème le plus important auquel il avait été confronté depuis qu’il avait ouvert les yeux. Heureusement, il existait un moyen de le résoudre.
Depuis une semaine, sous prétexte de se promener, il sortait et s’exerçait à maîtriser le mana à sa guise. Dans le même temps, Kyle avait acquis la certitude que l’Épine d’Izra, la pire malédiction qui l’avait tourmenté pendant plus de quatre ans, avait été entièrement levée. Les épines ne jaillissaient plus lorsqu’il faisait circuler le mana dans son corps.
Est-ce donc bien le mana de Prisia qui en est la cause ?
Kyle se remémora le passé. Alfred lui avait dit qu’il fusionnerait bientôt avec le Cœur du Dragon.
Est-ce que tout a commencé après ma défaite contre Cassius Mortein et le rêve où j’ai vu Prisia ?
Sentant le vent froid sur lui, Kyle ferma lentement les yeux. Tandis qu’il attirait doucement le mana alentour, un mana d’une pureté et d’un raffinement extrêmes parcourut les veines de son corps. Kyle ouvrit les yeux et leva une main.
Fouu.
Une petite flamme vacilla au-dessus de sa paume ouverte.
Une flamme d’un blanc pur.
Pure, sans la moindre impureté.
Pourtant, elle n’avait plus rien à voir avec celle d’avant. C’était une cristallisation d’énergie qui ressemblait de près au mana de Prisia, incroyablement destructrice et pure. Kyle s’efforça de maintenir la minuscule flamme dans sa main. La sueur lui ruisselait sur le visage sans qu’il s’en aperçoive, et le mal de tête grandissant brouillait sa vision.
Fouu.
Le vent souffla de nouveau. La flamme blanche qui avait un instant flotté dans sa paume se dissipa dans l’air, comme si elle n’avait jamais existé. Kyle poussa un soupir. Il était anormalement difficile de maîtriser le mana ; maintenir ne serait-ce qu’une seule flamme relevait de l’exploit.
« … Je n’y peux rien. »
Après tout, c’était du mana draconique. Il devait s’entraîner avec régularité. Malgré tout, c’était bien mieux qu’avant, quand il n’arrivait même pas à faire pénétrer le mana dans son corps.
Parce qu’il y avait de l’espoir. Et parce qu’il était encore en vie.
Kyle continua de consacrer son temps à maîtriser le mana de Prisia. Il restait extrêmement difficile à manier, mais il sentait qu’il progressait peu à peu à chaque séance. Bientôt, il pourrait peut-être lancer des sorts simples.
Peut-être pourrait-il même utiliser une Autorité comme celle de Prisia.
Le pouvoir d’entrevoir des fragments de l’avenir, défiant directement les lois du monde.
« Kyle ! Kyyyyle ! »
Alors qu’il se concentrait profondément sur son entraînement au mana, une voix familière l’appela soudain par-derrière. Kyle tourna lentement la tête. Colin se tenait juste devant lui, le souffle court.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Comment ça, qu’est-ce qu’il y a ? Il se fait tard ! Maman s’inquiète de savoir quand tu vas rentrer. »
« L’heure ? »
Kyle porta machinalement la main à la montre à gousset contre sa poitrine, puis s’arrêta. Il n’avait plus sa bourse d’inventaire. Il leva plutôt les yeux. Le soleil était haut dans le ciel lorsqu’il avait quitté la maison, mais celui-ci s’était teinté d’un orange pâle.
« Il est déjà si tard… »
« Mais surtout, monsieur est revenu ! »
« Hermann ? »
« Oui ! Et il n’était pas seul. Il y avait un autre homme avec lui. »
« Un autre… ? »
« Comment s’appelait-il, déjà ? Wal, Wal, Wal… Walter, peut-être ? »
Kyle se redressa d’un bond. Colin, surpris, bredouilla d’une petite voix :
« Q-Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Où sont-ils ? »
« … Qui ? »
« Hermann et Walter. Où sont-ils ? »
Kyle suivit Colin, hésitant, vers le village, en reprenant le chemin qu’il avait emprunté. Après avoir dépassé le ruisseau et les champs, ils entrèrent dans le village. Tous les habitants étaient dehors, comme si quelque chose d’inhabituel s’était produit. Près de la maison de Colin, il aperçut deux hommes à cheval.
L’un d’eux était Hermann.
L’autre, c’était…
« Walter… ? »
« Kyle ! »
L’homme à côté de Hermann, qui semblait avoir une quarantaine d’années, descendit de selle, les yeux écarquillés.
Walter Steinwald. L’un des chevaliers chevronnés des Chevaliers des Cendres, qui aimait tout particulièrement taquiner Kyle.
Il se fraya sans hésiter un chemin dans la foule, puis serra Kyle, stupéfait, dans ses bras à l’en étouffer. Il ne prêta aucune attention aux regards braqués sur eux. La voix tremblante de Walter effleura l’oreille de Kyle.
« Tu es vraiment réveillé. Dieu merci. »
« Ah… »
« J’avais tellement peur que tu meures. Les autres aussi, pas seulement moi. Tout le monde t’attend. »
Walter lui tapota doucement le dos. Le geste n’avait pas changé depuis le souvenir qu’en gardait Kyle, et les yeux de celui-ci le piquèrent.
« Je… »
« Kyle. »
Au moment où Kyle allait parler, Hermann descendit à son tour de cheval et s’approcha de lui.
« Comment te sens-tu ? »
« … Ça va. Beaucoup mieux. »
« Tant mieux. Mais j’ai une nouvelle, plus importante. »
« Une nouvelle… ? »
« Nous devons partir demain ou après-demain. Le moment est venu. »
Le corps de Kyle se raidit aux paroles de Hermann. Celui-ci jeta un bref coup d’œil autour d’eux, puis murmura à l’oreille de Kyle :
« Entrons et parlons-en d’abord. Cette conversation serait trop longue à avoir dehors. »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>