Chapitre 153
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 153 : À la fin de l’hiver (2)
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Elysia dévisagea son demi-frère aîné, l’esprit troublé.
Le jeune homme blond qui venait d’entrer dans la pièce n’avait pas beaucoup changé depuis qu’elle l’avait vu pour la dernière fois.
Enfants, ils avaient été très proches, mais s’étaient peu à peu éloignés en grandissant.
Son demi-frère aîné, avec qui les choses étaient devenues gênantes après la mort de sa mère.
Comme elle, il avait les cheveux blond platine. Ses yeux turquoise, d’apparence douce au premier abord, n’avaient pas changé non plus. Grand et remarquablement beau, il attirait naturellement les regards. Ses vêtements splendides et son allure gracieuse lui conféraient une dignité dont il n’avait pas conscience. Il avait tout du prince héritier idéal.
« … Elysia. »
Maximilian était entré sans frapper. Il baissa les yeux vers Elysia, le regard empreint d’émotions contradictoires ; sa claire iris turquoise trahissait une pitié et une compassion qu’il ne cherchait pas à dissimuler.
« Tu as pleuré ? »
« … »
« Tu dois être perdue, si tu viens de te réveiller. Calme-toi. Je ne suis pas venu te faire de mal. »
Après avoir remarqué les yeux rougis d’Elysia et les couvertures froissées sur le lit, Maximilian se dirigea vers la table, dans un coin de la pièce. Il tenait un long objet enveloppé dans un tissu blanc.
« Depuis combien de temps… suis-je inconsciente ? »
Elysia, assise près de la fenêtre, sans force, reprit la parole au moment où Maximilian déposait soigneusement l’objet sur la table.
« Un jour et demi. »
« … »
« Tu n’avais pas de blessure externe grave, mais tu étais complètement épuisée. Sans sire Cassius, tu aurais peut-être vraiment perdu la vie. C’est ce qu’a dit le prêtre qui t’a soignée. »
Cassius Mortein.
À l’évocation de ce nom, Elysia tressaillit.
Elle ressentit d’abord une vague colère. Puis vinrent l’impuissance et le désespoir. Enfin, il ne resta qu’un sentiment proche de la résignation.
Qu’est-ce que quelqu’un comme moi pourrait bien faire ?
Tout s’était joué dès l’instant où on l’avait traînée ici. Le duc Mortein, la lame la plus redoutable de l’empereur et commandant des Chevaliers célestes. Et l’ancienne première princesse, réduite au rang de traîtresse.
Il était évident que l’empereur choisirait son camp.
Quelle folie. J’étais pitoyable, et ma situation l’était tout autant.
Pour une raison qu’elle ignorait, un rire creux ne cessait de vouloir lui échapper. Une haine de soi insoutenable l’envahit.
« Elysia ? »
« Que s’est-il passé pendant que j’étais inconsciente, mon frère ? »
Elle n’eut pourtant pas d’autre choix que de poser la question.
Maximilian hésita un moment, puis ravala un soupir et répondit :
« Pendant ton inconscience, la guerre contre la Fédération s’est calmée. »
« … »
« Et… »
Pour éclairer Elysia, encore hébétée, il entreprit de lui raconter tout ce qui s’était passé, étape par étape : l’avancée de l’Armée impériale, les mouvements des Chevaliers célestes, la capture d’Elysia par le duc Mortein, puis les événements qui les avaient menés jusqu’à Archandia.
« Kyle… »
« Le dernier commandant des Chevaliers des Cendres est mort. »
Maximilian avait parlé d’un ton ferme.
Le cœur d’Elysia se serra.
Entendre ces mots dans la bouche d’un autre, alors qu’elle s’était désespérément efforcée de les nier, les rendait presque irréels.
« Mais… et si… »
« J’ignore comment vous vous êtes retrouvés à voyager ensemble, mais vous aviez l’air très proches. Je suis désolé, mais le duc Mortein a confirmé sa mort en personne. Si tu n’arrives toujours pas à le croire, tu ferais mieux de le constater toi-même. »
Il défit le tissu blanc qui enveloppait le long objet posé sur la table.
Elysia suivit ses gestes en silence, puis ses yeux s’écarquillèrent comme s’ils allaient se fendre.
« C’est l’épée de Kyle Baldrick. »
« … »
« Le duc Mortein l’a récupérée. Il a dit avoir constaté que Kyle avait cessé de respirer avant de t’amener ici. Il ne peut donc pas y avoir d’erreur. »
Maximilian prit l’épée, toujours dans son fourreau, et la tendit à Elysia.
Les mains tremblantes, elle parvint à peine à la prendre.
Ah.
Cette sensation de lourdeur qui lui traversa la paume.
C’était indéniablement l’épée de Kyle. Elysia sentit sa respiration s’affoler de nouveau. Elle referma lentement les doigts sur la poignée et tira la lame du fourreau. La lame en acier stellaire brillait si fort qu’elle lui faisait mal aux yeux.
Et sa surface était par endroits maculée de sang séché.
Kyle était vraiment mort ?
Cette réalité irréelle qu’elle avait refusé d’accepter revint la frapper comme une lame cruelle. Comme une idiote, Elysia fixa les taches de sang rouge sombre sur l’épée.
À l’instant où elle comprit que ce sang appartenait à Kyle, un autre rire creux lui échappa.
« Est-ce que… je vais être exécutée, maintenant ? »
Elysia releva la tête et regarda Maximilian.
Un sourire étrange flottait sur ses lèvres. Une nouvelle larme de résignation coula sur sa joue.
« Elysia, je… »
« Non. C’est peut-être mieux ainsi. Je n’ai plus aucune raison de continuer à vivre, alors… »
« Elysia ! »
Maximilian éleva la voix.
Il s’agenouilla devant elle et lui saisit les épaules.
« Ressaisis-toi. Ton sort n’est pas encore scellé. »
« … »
« L’Empire est divisé en deux, en ce moment. Un camp veut poursuivre la guerre, tandis que l’autre préfère attendre et observer la situation. L’opposition à l’empereur a pratiquement été écrasée. Un grand changement ne tardera pas à survenir, d’une manière ou d’une autre. »
« En quoi est-ce que ça change quoi que ce soit ? »
« Parmi tes affaires, il y avait un livre qui semblait important, en dehors des effets de Kyle Baldrick. »
Le livre qu’Alfred avait écrit de sa propre main.
Un ouvrage inestimable, qui contenait tous les dossiers de recherche qu’il avait laissés à Kyle et Elysia.
Les épaules d’Elysia tressaillirent. Maximilian le remarqua et poursuivit :
« Tu dois tout me dire, sans rien cacher. C’est le seul moyen pour moi de te protéger. »
« Tu me demandes de ramper aux pieds de l’empereur ? »
« Elysia, je t’en prie. Ne t’oppose pas à Sa Majesté. Fais ce que Père désire. C’est le seul moyen pour toi de survivre. »
Père ?
Elysia eut un rire méprisant.
Maximilian fronça les sourcils, déconcerté.
« Elysia ? »
« Tu me demandes de devenir le chien de ce monstre ? »
« Quoi ? »
« Si tu as lu le livre, tu devrais le savoir. »
Père était mort.
Le père biologique aimant qu’elle avait connu n’existait plus. Il ne restait qu’une enveloppe vide, guère différente d’une marionnette, à laquelle on avait imposé la volonté du Premier Empereur.
Après avoir rencontré Alfred et découvert le secret de la Famille impériale, Elysia l’avait compris. C’était aussi écrit dans le livre. Si Maximilian l’avait lu, il aurait dû comprendre ce qu’elle voulait dire.
« On dirait que tu ne l’as pas lu. »
« Qu’est-ce que tu… »
« Peut-être vaut-il mieux que tu ne le saches pas. Pour l’empereur, nous ne sommes pas ses enfants de sang. Nous ne sommes que des pièces sur un échiquier. »
Maximilian fronça les sourcils, sans comprendre.
Elysia lui ordonna de partir.
« Tu devrais partir, toi aussi, mon frère. Si tu t’impliques davantage dans mes affaires, tu en souffriras. »
« … M’en veux-tu toujours ? Parce que j’ai dénoncé ta mère ? »
Elysia le foudroya du regard en silence.
Incapable de soutenir son regard, il baissa les yeux.
« Je suis désolé. C’était ma faute. J’étais jeune, à l’époque, et je n’ai pas réfléchi aux conséquences. Je… Je voulais seulement… »
Sa voix s’éteignit peu à peu et ses paroles devinrent confuses.
Le visage de Maximilian se crispa de douleur au souvenir du passé.
Même si tout cela remontait à longtemps, le souvenir de ce jour demeurait vivace. La destruction de la Maison Lucent, les cris de la jeune Elysia en pleurs. La mère biologique d’Elysia, qui avait disparu pour créer l’Épine d’Izra, et lui-même, dans toute sa sottise.
Un passé lourd de regrets, où il n’avait fait que trembler de peur sans comprendre ce qu’il avait fait.
« Elysia. »
Après un long silence, Maximilian remua plusieurs fois les lèvres avant de se décider à parler.
« Je ne te demanderai pas de me pardonner. Tu peux m’en vouloir toute ta vie. »
« … »
« Mais je ne veux vraiment pas que tu meures. Ta mère n’est déjà plus là. Je ne peux pas te perdre, toi aussi. Je t’en prie, pense à toi plutôt qu’à moi. Si tu meurs ainsi, les sacrifices de tous ceux qui ont donné leur vie pour toi n’auront-ils pas été vains ? »
Des sacrifices.
À ces mots, une lueur de vie revint pour la première fois dans les yeux dorés d’Elysia, jusque-là éteints.
Les visages d’innombrables personnes mortes pour elle défilèrent dans son esprit. Puis elle revit Kyle s’éloigner, lui dont elle n’avait même pas pu partager les derniers instants.
« Arrêtons-nous là pour aujourd’hui. »
« … »
« Repose-toi. Garde cette épée pour l’instant. Le duc Mortein n’a rien dit à son sujet. »
Maximilian retira ses mains des épaules d’Elysia et se releva.
Ses yeux turquoise, qui continuaient de se poser sur elle, étaient empreints d’une profonde culpabilité.
« Je reviendrai. Alors… pour ton bien, j’espère que ta réponse sera meilleure. »
Sur ces mots, Maximilian se détourna.
Comme à son arrivée, il quitta la pièce sans un bruit.
Elysia resta seule, le regard rivé à l’endroit où Maximilian avait disparu. Elle serra contre sa poitrine l’épée qui n’avait désormais plus de propriétaire.
* * *
« Duc Mortein. »
Une voix sèche résonna calmement depuis l’autre extrémité de la vaste salle d’audience.
L’homme blond d’âge mûr, assis sur le trône, examina le livre qu’il tenait sous différents angles.
« Qu’est-il advenu du Cœur du Dragon de Prisia ? »
Son apparence était douce, mais ses yeux ne l’étaient pas. Des yeux rouge vif, où semblaient contenues toutes les émotions, se posèrent sur celui qui s’agenouillait devant lui.
Un imposant chevalier vêtu d’une armure noire intégrale, sur laquelle retombait une cape cramoisie, se tenait là. Il inclina profondément la tête, comme honteux.
« Je vous prie de m’excuser. Nous ne l’avons pas trouvé. »
« Pourquoi ? »
« Contrairement à ce que nous avions prévu, le Cœur du Dragon ne figurait pas parmi les effets personnels de la première princesse. »
« Lorsque vous avez tué Kyle Baldrick, n’avez-vous pas senti le mana de Prisia ? »
« Non. Malheureusement… »
Cassius ne bougea pas et garda la tête baissée.
À cet instant, un homme mince, debout aux côtés du trône impérial, s’avança.
« Êtes-vous certain que Kyle Baldrick est mort, duc Cassius ? »
Lorian Rovein.
Le chef de la Maison Rovein et chancelier impérial de l’Empire d’Elandor. Depuis la destruction de la Maison Lucent, il était désormais, de fait, l’un des deux piliers de l’Empire.
Il prit la parole en lançant à Cassius un regard désapprobateur, les yeux étroits et plissés.
Cassius, qui avait jusque-là gardé la tête baissée, la releva enfin.
« J’ai constaté sa mort de mes propres yeux. Je l’ai vu cesser de respirer. »
« Mais les deux chevaliers wyvernes que vous aviez laissés sur place pour s’occuper de la suite des événements ne sont-ils pas morts, finalement ? C’est un échec manifeste. Pourquoi ne lui avez-vous pas tranché la tête ? »
Le rapport alarmant venait tout juste d’arriver.
Cassius était rentré le premier, mais les deux chevaliers et les wyvernes chargés de s’occuper de la suite des événements avaient été retrouvés massacrés. Naturellement, ils n’avaient pas non plus réussi à récupérer le Cœur du Dragon de Prisia.
Les questions sans réponse s’accumulaient.
Pourquoi les deux chevaliers wyvernes, qui s’occupaient du corps de Kyle Baldrick après qu’il eut cessé de respirer, avaient-ils été tués ?
Et où était passé le Cœur du Dragon ?
Le casque noir qui recouvrait le visage de Cassius se tourna vers Lorian.
Le chancelier, mince, ne détourna pas le regard.
Pourquoi n’avait-il pas vérifié que sa cible était bien morte ? Les choses avaient-elles mal tourné parce qu’en tant que chevalier, il avait fait preuve d’une pitié pitoyable au dernier moment ?
Voilà ce que Lorian lui demandait sans un mot.
Ils ne s’étaient jamais particulièrement bien entendus, ce qui rendait son accusation d’autant plus mordante.
« Assez. »
L’empereur, qui avait assez longtemps observé la scène, leva la main.
Cassius et Lorian se tournèrent tous deux vers lui, assis sur le trône.
« Cela suffit, duc Rovein. Même s’il lui avait tranché la tête, le résultat n’aurait pas changé. »
« Vous voulez dire… que le dernier commandant des Chevaliers des Cendres est immortel ? »
« Un puissant courant de causalité devient parfois une vague à laquelle nul ne peut résister. Le destin m’a déjà échappé. »
Les yeux rouges de l’empereur s’assombrirent.
« L’assimilation est déjà achevée. Ce fut donc un échec. »
À l’évocation de cet échec, Cassius baissa la tête, et même Lorian l’imita.
L’empereur fixa un moment le livre qu’il tenait, puis désigna les grandes portes closes de la salle d’audience.
« Partez. Je vous convoquerai de nouveau plus tard. »
Cassius et Lorian n’ajoutèrent rien.
Après avoir échangé un bref regard, ils sortirent l’un après l’autre.
Ce ne fut qu’une fois seul dans la vaste salle que les yeux rouges de l’empereur se mirent à briller d’un éclat glacial.
Devant lui se dressait une épée vermillon, plantée à l’envers dans le sol.
Aube, l’épée de l’empereur transmise de génération en génération.
Les yeux rouges de l’empereur glissèrent lentement du pommeau jusqu’à la pointe de la lame, enfoncée à l’envers devant lui.
Un faible courant du destin passa devant ses yeux, incertain.
Contrairement à Prisia, l’empereur ne pouvait pas voir l’avenir. Il ne pouvait que le pressentir et se préparer à ce qui allait venir.
À présent, il ne pouvait même plus en être certain.
Face à un avenir dont il ne pouvait entrevoir l’issue, l’empereur s’abîma dans ses pensées.
« Prisia… »
Notes :
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