Chapitre 152
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 152 : À la fin de l’hiver (1)
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La guerre entre l’Empire et la Fédération avait éclaté depuis déjà deux semaines.
L’avancée de l’Armée impériale, lancée par une invasion surprise, s’était elle aussi arrêtée à peu près à ce moment-là.
Après la chute de Marent, les wyvernes des Chevaliers célestes et la cavalerie impériale qui les soutenait avaient brusquement disparu. Plus exactement, elles avaient cessé d’avancer. Comme si leur rôle s’était achevé là, elles s’étaient regroupées près du centre du royaume de Russel.
Ayant enfin obtenu un peu de répit, le royaume de Russel s’était empressé de rassembler ses troupes et de les poster dans les villes faisant face à l’Armée impériale. Les autres royaumes n’étaient guère mieux lotis. Ils avaient subi peu de dégâts en comparaison de Russel, mais rien ne garantissait qu’ils ne seraient pas les prochaines cibles. Valone, où étaient basés les Chevaliers du Conseil, et Calorf, où siégeait le Conseil de la Fédération, étaient particulièrement tendues.
Quelques jours passèrent.
Dans la salle de conférence du quartier général des Chevaliers du Conseil, au royaume de Valone.
« Cassius Mortein s’est retiré à l’arrière. »
Un chevalier d’âge mûr prit la parole avec prudence. Un lourd silence s’abattit sur la pièce.
« Où s’est-il retiré, exactement ? »
— Nous l’ignorons. Il a disparu beaucoup trop vite. Toutefois, les rapports indiquent qu’il a volé en direction de la capitale.
« Archandia… »
Le vieil homme assis en bout de table en tapota la surface du bout des doigts. Les chevaliers vêtus de capes bleu marine sombre, assis de part et d’autre, jetèrent un regard silencieux dans sa direction.
« Si c’est vrai, le moment est parfaitement choisi. Il aurait dû pousser jusqu’à la capitale du royaume de Russel. »
Cela leur aurait donné une occasion, au contraire. Les chevaliers présents avalèrent leur salive en entendant le ton du vieil homme, qui laissait entendre qu’il aurait même utilisé la famille royale de Russel comme appât, si nécessaire.
Aussi rapide et puissant qu’il fût, un chevalier wyverne prenait un risque considérable en s’aventurant jusqu’aux confins du royaume de Russel.
Une wyverne ne pouvait pas, à elle seule, occuper une ville. Le problème de l’endurance persistait, auquel s’ajoutait celui du ravitaillement de la cavalerie qui l’accompagnait. Après avoir livré bataille sur bataille et s’être épuisés, ils ne pouvaient pas affronter un grand nombre de Chevaliers. Cassius Mortein l’avait peut-être compris. Après s’être emparé de Marent, dans le sud du centre du royaume, et s’être préparé à pénétrer à l’arrière du royaume de Russel, il avait changé de cap et s’était retiré.
Était-ce l’instinct du plus grand chevalier vivant du continent, maintenant que l’ancien commandant des Chevaliers des Cendres était mort ? Ou n’avait-il fait qu’obéir aux ordres de l’Empereur ? Et si aucune de ces hypothèses n’était juste, avait-il un autre objectif que de percer le front du royaume de Russel ?
« Et nos pertes ? »
Le vieil homme se tourna vers le chevalier qui lui faisait son rapport.
« Nous avons perdu le contact avec plusieurs Chevaliers du Conseil, dont ceux du front et d’autres qui accomplissaient des missions dans toute la région. »
« Les autres ordres de chevalerie ont-ils eux aussi subi de lourdes pertes, à l’exception des Chevaliers du Conseil ? »
— Oui. En particulier, nombre d’ordres de chevalerie du royaume de Russel ont été presque anéantis.
« Ils l’ont bien cherché. Bande d’imbéciles. Voilà des années que je leur répète qu’ils doivent augmenter leurs dépenses militaires. »
État prospère grâce au commerce, le royaume de Russel accusait un sérieux retard militaire sur Valone et Calorf. À l’instar de Selaine, située tout au fond des terres, Russel avait rejeté à maintes reprises les propositions militaires présentées au Conseil pour se préparer à une invasion impériale.
Augmenter les dépenses militaires impliquait des frais supplémentaires, ce qui pesait naturellement sur l’économie. Pour le royaume de Russel, qui avait bâti sa richesse sur le commerce avec l’Empire, et pour Selaine, relativement à l’abri tout au fond du territoire, investir dans une menace qui ne se concrétiserait peut-être jamais n’avait rien d’attrayant. Quatre ans plus tôt, lors de l’invasion du royaume de Hailen par l’Empire, ils s’étaient également opposés avec véhémence à l’envoi de troupes.
« Alors, il ne nous reste plus que le Grand-Duc Rivelius… »
Le vieil homme claqua la langue et marmonna.
Le Grand-Duc Rivelius était un membre de la famille impériale exilé.
Curieusement, même après s’être consacré à la Fédération, le Grand-Duc Rivelius n’avait pas renoncé au nom que lui avait donné l’Empereur. Certains continuaient de s’en méfier, mais les voix qui le condamnaient s’étaient peu à peu tues. Depuis son entrée au Conseil, le Grand-Duc n’avait cessé de défendre des politiques hostiles à l’Empire.
« Ce bâtard de la famille royale fera sûrement pencher la balance de notre côté. Nous ne pouvons qu’espérer que les vieux imbéciles du Conseil finissent par retrouver leurs esprits. »
Le vieil homme se leva et balaya la salle de conférence du regard.
« À partir de maintenant, concentrez les Chevaliers du Conseil sur le front du royaume de Russel. »
Malgré son âge, son regard était farouche.
« Donnez l’ordre aux chevaliers partis en éclaireurs d’attendre. Envoyez les écuyers en attente de l’adoubement enquêter sur les chevaliers portés disparus alors qu’ils rentraient après avoir reçu l’ordre de rappel. Si vous trouvez leurs corps, ramenez-les. Ensuite, préparez-vous à attendre le prochain ordre du Conseil. »
* * *
Gilbert Perian, le plus fidèle vassal du Grand-Duc Rivelius, parcourait les couloirs du manoir en étouffant jusqu’au moindre signe de sa présence. Le soleil brillait encore dans le ciel de l’après-midi, et pourtant l’atmosphère régnant dans le manoir était glaciale.
Ce n’était pas le calme habituel, paisible et installé, mais la tension d’une glace si fine qu’elle pouvait se briser à tout instant.
De temps à autre, les chuchotements des serviteurs lui parvenaient.
Depuis l’invasion de l’Armée impériale, les nobles de tout le continent tremblaient d’inquiétude. Le massacre perpétré par les chevaliers wyvernes n’épargnait ni les roturiers, ni les chevaliers, ni les nobles.
Les forteresses du front, encore récemment imprenables, n’avaient pas été épargnées. Les seigneurs, les chevaliers et les mages qui les défendaient depuis des générations avaient été massacrés par groupes entiers en une seule nuit. Les nobles n’avaient aucun moyen de savoir quand leur tour viendrait. Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était prier pour que l’ennemi s’arrête et que les Chevaliers du Conseil interviennent rapidement.
Comme nous sommes impuissants. Dire que nous sommes à ce point impuissants…
Le comte Perian se lamenta en silence et s’arrêta devant une porte, le visage sombre. Il frappa deux fois, mais personne ne répondit.
« Votre Altesse. »
« … »
« J’entre. »
Sans attendre la permission, le noble âgé tourna la poignée et poussa la porte. Celle-ci grinça en s’ouvrant sur la pièce.
Comme toujours, les rayons éclatants du soleil pénétraient en biais dans le bureau élégamment meublé. Au milieu de la pièce, un homme blond qui semblait tout juste avoir dépassé la quarantaine arpentait le sol d’un pas nerveux, le visage anxieux. C’était le Grand-Duc Rivelius, Adrian Archandia.
« … Gilbert. »
En voyant la porte s’ouvrir soudainement, Adrian parvint à peine à articuler.
« Que s’est-il passé ? Avez-vous reçu des nouvelles ? »
« Pas encore. »
« Aucun rapport ? »
« Non. Son Altesse la princesse… »
Gilbert voulut poursuivre, mais se tut.
La disparition d’Elysia.
Le Grand-Duc était au courant, tout comme le comte Perian, qui avait reçu une lettre d’elle en personne. Elle avait quitté Renvel la première et pris la direction de Rier.
Pourtant, aucune nouvelle n’était arrivée. Elle avait mis plus de temps que Gilbert, qui avait quitté Renvel après elle et était arrivé le premier à Rier. La situation était incompréhensible. Kyle, que l’on croyait être l’un des Chevaliers des Cendres, l’accompagnait également. Comme Gilbert les avait rencontrés tous les deux récemment, il ne pouvait s’empêcher d’imaginer le pire.
Peut-être que Kyle, le dernier commandant des Chevaliers des Cendres, était mort.
Et peut-être qu’Elysia était morte avec lui, ou que l’Empire l’avait capturée.
« Qu’est-il arrivé à sir Kyle, qui voyageait avec elle ? Lui aussi est introuvable ? Vous n’avez absolument aucune nouvelle ? »
Adrian insista, la voix presque désespérée.
« Je suis désolé. Je ne sais rien… »
« … »
« Toutefois, certains rapports indiquent que le duc Mortein a cessé d’avancer après s’être emparé de Marent, puis s’est retiré à l’arrière. Au vu des circonstances, cela semble très probable. »
« Vraiment ? »
Adrian ravala un soupir et s’approcha de la fenêtre. Le ciel d’hiver de janvier était d’un bleu éblouissant.
Mais Adrian, lui, ne ressentait rien de tel. Les problèmes auxquels il faisait face s’amoncelaient comme des montagnes. La disparition d’Elysia n’en était qu’un parmi d’autres. Ce qui le préoccupait, c’était la coïncidence entre la disparition de Kyle et d’Elysia et le retrait soudain du duc Mortein, qui avait jusque-là avancé sans relâche.
« Je comprends. Vous pouvez vous retirer. »
« … »
« J’aimerais rester seul… un moment. »
Adrian le congédia sans bruit. Gilbert inclina légèrement la tête et quitta la pièce avec précaution.
Avant de refermer la porte, il aperçut le dos d’Adrian. Il lui parut plus frêle que d’habitude. Gilbert remua plusieurs fois les lèvres, puis ferma les yeux et s’éloigna.
* * *
Le vent mordant du cœur de l’hiver dérobait non seulement la chaleur, mais aussi toute sensation. Elysia marchait vers l’est, hébétée, sans réfléchir, quand elle comprit soudain qu’elle avait perdu connaissance.
Il me reste encore tant de chemin à parcourir.
Je ne peux pas m’effondrer ici…
Perdue dans la confusion, Elysia remua lentement les membres. Étrangement, elle n’avait plus froid. Son corps gelé n’était plus engourdi non plus. Elle était vivante. Ce qui effleurait sa peau n’était pas le vent glacial de l’hiver, mais la douceur de la soie.
Une couverture ?
Elysia ouvrit lentement les yeux. La première chose qu’elle aperçut ne fut pas le ciel brumeux où tombait la neige, mais le baldaquin d’un lit somptueux. De fins voiles de soie retombaient tout autour d’elle.
Impossible.
Les yeux tremblants, Elysia se redressa. Ce ne fut qu’une fois les pieds posés au sol que les douloureux souvenirs du passé remontèrent un à un du fond de son cœur, accompagnés des émotions qui leur étaient liées.
« Ah… »
Elle se leva, s’approcha de la fenêtre et écarta les rideaux. Une réalité incroyable s’étendait devant elle. Elle dominait les jardins du palais et, au-delà, l’immense ville. Des clochers d’églises se dressaient partout, tandis que la foule innombrable ressemblait à de minuscules points.
Archandia, la capitale de l’Empire d’Elandor.
« Non. Non, c’est impossible… »
Elysia parvint à peine à rester debout près de la fenêtre avant de s’affaisser sur le sol. Sa respiration s’accéléra d’elle-même. La pièce se mit à tourner. Son cœur battait à tout rompre.
Comment ?
Au milieu des questions sans fin et du désespoir, un souvenir remonta lentement à la surface. Un souvenir flou, pareil à un rêve, de son départ vers l’est en solitaire, après s’être séparée de Kyle.
À l’époque, elle avait marché sans fin dans la plaine enneigée, accablée par le froid et le chagrin. Même lorsqu’elle s’écroulait sans cesse, elle ne renonçait pas. Kyle était derrière elle. Si elle s’arrêtait là, tout aurait été vain.
Pourtant, son corps n’obéissait pas à son cœur. Lorsqu’Elysia s’effondra pour la quatrième fois, elle ne parvint pas à se relever comme elle l’avait fait jusque-là. À travers sa vision qui s’éteignait, elle le vit. La wyverne aux écailles noires qu’elle ne voulait plus jamais revoir. Un désespoir vivant, dont le corps massif évoquait celui d’un dragon.
« Ksalak… »
La question qui la taraudait se transforma bientôt en une unique réponse. Elle n’avait finalement pas réussi à s’enfuir. Cassius Mortein, qui l’avait poursuivie jusqu’au bout, l’avait capturée. Puis on l’avait ramenée à Archandia.
Et Kyle, alors ?
Kyle était parti vers l’est, là où il pensait que le duc Mortein viendrait, afin de lui faire gagner du temps pour fuir. S’il avait gagné, il serait assurément venu par ici. Mais la dernière chose qu’Elysia avait vue n’était pas le visage de Kyle, mais Ksalak, la wyverne du duc Mortein. La conclusion était évidente.
Kyle était mort.
Tué par Cassius Mortein.
« Ah… »
Sa vision se brouilla. Une émotion indescriptible s’abattit sur elle comme une vague. Elle avait l’impression que le sol venait de se dérober sous ses pieds.
Pourquoi ?
Elysia s’interrogea comme pour se torturer. Pourquoi était-elle partie seule ? Pourquoi avait-elle docilement écouté Kyle ? Non, pourquoi avait-elle demandé son aide à Kyle, à la Porte de Ligrid, pour commencer ? Si seule la mort l’attendait au bout du chemin, j’aurais tout aussi bien pu disparaître seule.
Qu’est-ce qui va m’arriver, maintenant ?
Après la culpabilité vint la peur, avec un temps de retard. Plus encore que la mort elle-même, elle craignait que le sacrifice de Kyle ait été vain.
Vais-je mourir ainsi ? Vais-je devenir le sacrifice de l’Épine d’Izra, comme ma mère ? Ou serai-je simplement retenue en otage pour menacer mon oncle ? Quoi qu’il en soit, maintenant que je suis arrivée jusqu’ici, cela n’a plus d’importance. Ma vie est déjà entre les mains du Premier Empereur.
Cette lutte vaine s’arrête ici.
Alors, autant mourir tout de suite…
Des larmes lui montèrent aux yeux et coulèrent sur ses joues. Ses yeux dorés, vides, parcouraient la pièce sans rien voir.
Grincement.
À cet instant, la large porte s’ouvrit brusquement. Elysia, qui fixait le vide comme si son âme l’avait quittée, tourna les yeux vers l’entrée.
Un bel homme jeune, vêtu d’habits raffinés, se tenait sur le seuil. Il avait les mêmes cheveux blond platine qu’Elysia et des yeux turquoise éclatants.
Le Prince héritier Maximilian.
Dans le silence, leurs regards se croisèrent. Les lèvres serrées d’Elysia s’entrouvrirent lentement.
« Mon frère… »
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