Chapitre 12
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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◈ Sword Master of the Fallen Kingdom
Chapitre 12
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Ce qui fut perdu et ce qui fut gagné (1)
La bataille sur le versant s’acheva sans éclat, et ce fut la tête tranchée que Kyle tenait à la main qui y mit un terme.
« …… »
Un silence inquiétant s’installa. Ceux qui, quelques instants plus tôt, brandissaient l’épée ou la lance les uns contre les autres levèrent tous les yeux vers Kyle. Il promena sur eux un regard calme. Du haut du versant, il pouvait voir toute la caravane d’un seul coup d’œil, de l’avant jusqu’à l’arrière.
Les chariots n’avaient subi aucun dégât majeur. Les mercenaires non plus. Quelques-uns avaient été pris au dépourvu lors de l’embuscade initiale, mais l’expérience de la Compagnie de mercenaires Lame Rouillée s’était révélée bien supérieure à ce qu’il avait imaginé. Aucun membre du personnel de la compagnie commerciale, abrité à l’arrière, n’avait péri.
Le carrosse du marchand en chef, immobilisé au milieu de la caravane, n’avait pas davantage souffert. Le chevalier d’âge mûr qui avait dissimulé son identité avait repoussé tous ceux qui tentaient d’approcher le carrosse ouvragé. Pas un seul n’avait réussi à passer. Aussi bien entraînés fussent-ils, les soldats ne pouvaient vaincre un chevalier maniant l’Aura d’épée. C’était ainsi. Voile et Katrin, qui étaient parties de l’arrière, s’étaient frayé un chemin jusqu’au milieu et avaient laissé derrière elles un joli tas de cadavres.
Il ne lui fallut qu’un instant pour faire le bilan. Kyle tourna le regard vers les hommes qui les avaient attaqués à l’improviste.
Les survivants jetaient des regards affolés autour d’eux, incapables de croire ce qu’ils voyaient. Ceux dont les yeux croisaient les siens tressaillaient. Tous figés sur place, ils fixaient ses lèvres de leurs yeux tremblants, comme des prisonniers dans l’attente de leur sentence.
Kyle laissa tomber la tête à terre.
« Tuez-les tous. »
Sa voix lente trancha le silence.
« Tous. »
La tête roula et s’immobilisa dans la poussière. Les paroles de Kyle résonnèrent sur le versant, et les mercenaires les plus vifs avaient déjà fondu sur les hommes les plus proches.
« Gah… ! »
« P-pitié… »
« Aaaaaah ! »
Les autres comprirent et se joignirent à la mêlée. En un instant, la forêt paisible se transforma en carnage.
Les soldats inconnus étaient encore nombreux, mais cela ne changeait pas grand-chose. Leurs quatre cavaliers morts, ils avaient perdu toute volonté de se battre. Ceux qui tenaient encore debout ne cherchaient plus qu’à survivre. Leur résistance méritait à peine ce nom.
« Arrêtez ! »
« …… »
« Nous nous rendons. Nous avons perdu ! Alors, s’il vous plaît, épargnez-nous… »
Le dernier se jeta face contre terre en criant. Kyle s’approcha sans se presser du soldat couvert de sang.
« Q-que voulez-vous ? Des informations ? Très bien. Je vous dirai tout. J’en ai peut-être pas l’air, mais c’est moi qui commande ces soldats… »
Tchac.
Sans attendre la suite, Kyle lui enfonça sa lame dans le dos. Le visage de l’homme heurta la terre. Il émit un gargouillis humide, puis resta immobile, étalé sans vie comme les autres.
Kyle arracha sa lame. Le sang gicla. Le corps tressaillit une dernière fois, pris d’un spasme post mortem. En relevant la tête, il vit s’ouvrir le carrosse du marchand en chef. Un homme richement vêtu descendit les marches en se dandinant.
« Oh, oh ! Monsieur Kyle ! J’ai eu confiance en vous tout du long. Bien sûr. Je n’en ai jamais douté. »
Le demi-chauve suait à travers ses vêtements, mais s’efforçait de sourire en s’approchant. Kyle secoua le sang de son épée et la rengaina.
« Vous les connaissez ? »
« Pardon ? »
Kyle inclina légèrement la tête en direction des cavaliers tombés derrière eux.
« Ceux qui viennent de nous attaquer. Ce n’étaient pas de simples mercenaires. Des combattants du rang de chevalier, au minimum. L’attaque était trop bien préparée pour être le fruit du hasard. »
« C-c’est-à-dire… »
« Quatre cavaliers du rang de chevalier, sans compter des dizaines de soldats bien entraînés. Celui qui tire les ficelles est mêlé à une affaire plutôt sérieuse. En tant que marchand en chef de cette caravane, vous savez quelque chose ? »
Kyle posa la question sans détour. Le marchand en chef, qui arborait un sourire forcé, vacilla et promena un regard inquiet autour de lui.
« Vous ne savez pas ? »
« … Non. Je suis désolé. »
« Je vois. »
Il n’insista pas. Les querelles politiques entre nobles, les vieilles rancunes et les vendettas étaient monnaie courante. En connaître les détails ne lui servirait à rien.
De plus, trop de gens les observaient. C’était justement pour cette raison que Kyle avait tué le dernier soldat survivant avant qu’on puisse lui soutirer des informations. Pas besoin de savoir, et pas envie non plus. Pour Kyle, une seule chose comptait : mener le contrat à bien et toucher sa solde.
« Il faudrait sans doute emporter les têtes… »
« …… »
« Vous ne les connaissez peut-être pas, mais le comte, lui, les reconnaîtra peut-être. »
Le marchand en chef se mordit la lèvre sans répondre. Kyle plongea la main dans sa bourse dimensionnelle et en sortit un sac blanc, du même genre que celui dans lequel il avait transporté les têtes des membres de la Compagnie Dex.
« Tenez. »
« Q-quoi ? »
Il y avait mis les têtes des quatre cavaliers. Kyle lança le paquet désormais écarlate à Pol. Celui-ci le fixait d’un air absent ; il ne reprit ses esprits que lorsque le sac maculé de sang lui atterrit dans les bras.
« Pourquoi me le donner ? »
« Vous êtes responsable de la protection de cette caravane. C’est une preuve. Une preuve très importante, directement liée à notre solde. »
« Gardez-la jusqu’à notre arrivée à Dornel. Je viendrai la récupérer plus tard. »
Après s’être débarrassé de ce chargement déplaisant, Kyle tourna le dos aux curieux et fouilla les affaires des cavaliers morts. Puis il retourna à son poste initial, à l’arrière.
On enterra les morts à la hâte et on soigna les blessés. La caravane fut prête à repartir plus vite que quiconque ne l’aurait cru. Après le départ de la Compagnie commerciale Narme, seule subsista sur le versant l’odeur âcre et métallique du sang.
***
Le soleil avait déjà dépassé le milieu de l’après-midi et commençait à se coucher lorsque la caravane atteignit Dornel. L’atmosphère pesante qui les avait accablés depuis midi s’allégea dès que les remparts de la ville apparurent sous les lueurs du soir.
« C’est Dornel ! »
« On y est ! On y est vraiment arrivés ! »
« Par les dieux… on est vivants… »
Mercenaires et employés de la compagnie commerciale poussèrent ensemble un soupir de soulagement, une main sur la poitrine. C’était une grande cité, bien plus vaste que la ville libre de Traben. Le fief de la famille du comte Metis. On se serait cru de retour chez soi.
D’autant plus qu’ils venaient de se battre pour leur vie. Ils avaient enterré des camarades avec qui ils riaient et plaisantaient, sans même pouvoir leur offrir de véritables funérailles. Mais la mort accompagnait toujours les mercenaires, et les survivants préféraient la chasser en buvant un verre plutôt que de s’abandonner au chagrin. Ceux d’aujourd’hui ne firent pas exception.
« Merci pour vos services, vous tous qui avez protégé cette caravane. Veuillez vous rendre à la guilde des mercenaires pour toucher la somme convenue. Oh, et vous trois, qui nous avez rejoints à Traben, veuillez rester un instant. »
Après avoir franchi sans incident le poste de contrôle de la porte, le marchand en chef arrêta la caravane près des portes de la ville et s’adressa au groupe.
« J’ai vraiment cru qu’on allait y passer, cette fois. J’aurais dû demander une meilleure solde quand j’en avais l’occasion. »
« Enfin, on a survécu, non ? À votre avis, ce type est forcément un mercenaire de rang or, pas vrai ? »
« Allons plutôt boire un coup. »
Les mercenaires indépendants ou travaillant en petits groupes s’éloignèrent sans faire d’histoires.
Quelques-uns adressèrent un discret signe de tête à Kyle en partant. Il leur rendit leur salut d’une légère inclinaison, puis tourna les yeux vers un groupe tout proche. Les membres de la Compagnie de mercenaires Lame Rouillée s’étaient rassemblés ; leur chef, Pol, réglait les dernières affaires.
« Il vient par ici », dit Katrin.
Tous trois étaient entrés les derniers dans la ville, comme ils étaient restés à l’arrière pendant tout le trajet. Pol et les autres membres de la Compagnie de mercenaires Lame Rouillée s’approchèrent.
« … Voici ce que vous m’aviez confié. »
Les sourcils froncés, Pol tendit à Kyle le sac bicolore, blanc et rouge : celui qui contenait les têtes des quatre cavaliers. Kyle le prit sans un mot, puis regarda par-dessus l’épaule de Pol.
« Vous êtes blessé ? »
« Juste une égratignure. »
« Tant mieux. »
« … Ouais, tant mieux. Des blessures comme ça guérissent toutes seules avec le temps. Dans tous les cas, on s’en est sortis vivants. »
La plupart des victimes étaient des mercenaires indépendants. La Compagnie de mercenaires Lame Rouillée avait subi peu de pertes.
Comme l’avait dit Pol, les blessures pouvaient être soignées avec des remèdes ou en payant un prêtre pour qu’il use de ses pouvoirs de guérison. Rien n’avait plus de valeur qu’une vie. En outre, ils avaient mené leur contrat à bien, ce qui signifiait que toute la compagnie avait gagné une belle somme. Avec si peu de pertes, elles étaient presque négligeables.
« Vous vouliez me dire quelque chose ? »
Même après lui avoir remis le sac, Pol ne s’en alla pas. Il resta là, les lèvres remuant un long moment.
« L’attaque du monstre, l’autre fois. Et ces cavaliers, aujourd’hui. »
« Sans vous, on aurait subi de lourdes pertes. On aurait même pu y rester. Alors… »
Pol s’inclina profondément.
« Merci. C’est grâce à vous qu’on s’en est sortis. »
Sa voix était basse. Pourtant, Kyle l’entendit distinctement, malgré le bruit de la ville à l’approche du soir.
« Inutile de me remercier. Je ne faisais que mon travail. »
« Mais je vous dois la vie. Sans vous, l’un de ces cavaliers m’aurait tranché la tête. C’est une raison suffisante pour vous remercier. »
« Si vous le dites. »
Pol avait d’abord paru embarrassé. À présent, il semblait soulagé. Voile et Katrin, qui les observaient de côté, affichaient toutes deux une expression satisfaite. Les membres de la compagnie derrière Pol avaient l’air tout aussi contents.
« Je ne suis pas du genre à laisser une dette en suspens. Alors, si jamais vous avez besoin de quelque chose, faites appel à la Compagnie de mercenaires Lame Rouillée. Je ne prétendrai pas qu’on puisse être d’un grand secours à quelqu’un d’aussi doué que vous, mais… on vous rendra au moins autant que les vies que vous avez sauvées aujourd’hui. »
Sur ces mots, Pol s’éloigna. Alec, Peter et Mason le suivirent. C’étaient les trois qui s’étaient autrefois excusés auprès de Kyle au nom de Pol ; ils lui adressèrent un discret salut du regard.
« Ils sont mieux que je ne le pensais », dit Katrin en regardant la Compagnie de mercenaires Lame Rouillée disparaître dans la foule.
« Plus important, on est censés attendre ici, c’est ça ? »
« Exact. Le marchand en chef nous l’a demandé. On a été engagés séparément des autres, alors notre contrat est un peu différent. Les gens du comte ont accepté de nous payer directement ; c’est sans doute pour ça qu’il nous a demandé de rester. »
Voile lui répondit. La ville était animée au crépuscule ; les habitants se mêlaient aux voyageurs de la caravane qui venait de franchir les portes. Sous la direction du marchand en chef, les employés restants de la compagnie commerciale s’occupaient des chariots.
« Alors, Kyle, tu as contribué plus que quiconque au cours de ce voyage. Franchement, dix pièces d’or, ça me semble vraiment peu, non ? »
Katrin lui donna un coup de coude. Son ton taquin laissait croire qu’elle avait déjà oublié ce qui s’était passé à midi.
Après tout, elle avait servi dans l’armée régulière comme éclaireuse avant de devenir mercenaire et d’atteindre un rang comparable. Ce genre de personne ne se laissait pas longtemps accabler par les événements.
« Pas besoin de me le dire. Je veillerai à obtenir ce qui m’est dû. »
« Je m’en doutais. Ne jamais faire affaire à perte, c’est la première règle. »
Les mercenaires vendaient leur épée pour vivre. Ou, plus exactement, ils risquaient leur propre vie. Accepter une solde dérisoire revenait à considérer sa vie comme bon marché, et aucun mercenaire qui se respectait ne laissait passer ça.
« À propos, qu’est-ce que tu penses de ces types ? On s’est occupés des fantassins, mais toi, tu as vraiment affronté ces cavaliers. C’étaient des chevaliers ? »
Kyle secoua la tête.
« Laisse tomber. C’est mieux pour toi. »
« Pourquoi ? Même si la solde était élevée, c’est trop étrange pour qu’on fasse comme si de rien n’était… »
« Kyle a raison. Oublie ça, Katrin. Rien de bon ne vient quand on se mêle des affaires des nobles. »
Une frontière séparait les nobles des gens du peuple, et rares étaient ceux qui pouvaient la franchir. Kyle le savait, tout comme Voile. Katrin, apparemment, l’ignorait.
« Mais pourquoi ? Si on s’y prend bien, ça pourrait être l’occasion de gravir les échelons. »
« La société des nobles est bien plus fermée que tu ne l’imagines. Mieux vaut renoncer tout de suite que vouloir grimper à un arbre qu’on n’atteindra jamais. Si tu ne t’attends à rien dès le départ, tu ne seras pas déçue. »
Katrin n’avait toujours pas l’air convaincue.
« Qu’est-ce qui m’en empêcherait, moi ? Même si je ne peux pas devenir chevalier, je pourrais au moins être cheffe des gardes d’un domaine noble, non ? »
« C’est précisément le genre de poste dont je parle. Voilà pourquoi je te dis ça. Ne te prends pas la tête, concentre-toi sur la solde qu’on va bientôt recevoir. L’important, c’est qu’on ait rempli notre contrat, et le comte va nous payer sous peu. »
« Quand même… »
Katrin continuait de maugréer au sujet de ses rêves improbables quand un groupe apparut au loin et se dirigea vers eux.
Quelques visages leur étaient familiers : le marchand en chef de la Compagnie commerciale Narme, richement vêtu et à moitié chauve ; le chevalier d’âge mûr qui avait si bien protégé le carrosse ouvragé ; et un vieil homme portant un monocle, qui n’avait pas fait partie de la caravane.
Et, pour finir…
« Mademoiselle Katrin, mademoiselle Voile et… monsieur Kyle, c’est bien cela ? »
Un jeune homme à l’allure délicate s’arrêta devant eux trois. Kyle ne l’avait jamais vu, mais il comprit aussitôt : c’était le véritable commanditaire de toute la caravane, le fils du comte dont le cavalier en chef avait parlé avant que Kyle ne le tue.
« Au sujet de votre paiement », intervint le chevalier d’âge mûr en prenant la parole à la place du jeune homme.
« Veuillez excuser cette présentation tardive. Je suis Mihail Rochfort, chevalier au service du comte Metis. »
Il les regarda tous les trois, puis, plus précisément, plongea directement les yeux dans ceux de Kyle.
« Le comte souhaite vous rencontrer. Accepterez-vous de nous accompagner ? »
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