Chapitre 789
Je suis parti tôt le matin pour la capitale royale, Karnohn, mais ma cérémonie d'investiture n'était prévue que bien plus tard. Après tout, il n'y avait pas que ma promotion qui était célébrée aujourd'hui. Me demandant quand diable je pourrais enfin rentrer chez moi, j'ai mémorisé le programme de l'événement que la famille royale avait envoyé à l'avance.
« Première partie... c'était le discours du directeur, non ? »
Une fois que tous les nobles furent installés, le duc Kealurnus — qui allait officiellement prendre ses fonctions de Chancelier aujourd'hui — monta sur l'estrade et commença son discours.
« Nia Lafdonia ! Gloire infinie et avenir radieux pour cette grande cité ! »
Il commença par un salut et une acclamation puissants, et il était immédiatement évident qu'il avait beaucoup répété. Pour autant que je sache, le duc Kealurnus n'avait jamais servi dans l'armée. Il parlait habituellement d'un ton calme et posé. Sa maison était une lignée d'érudits, produisant principalement des magiciens et des universitaires.
« Eh bien, j'imagine qu'ils ont produit un Chancelier maintenant. »
Son introduction était assez impressionnante, mais le reste de son discours suivait la formule habituelle.
« Les vils traîtres ont convoité ces murs éternels, mais nous avons tenu bon... »
Il condamna Noark, honora les disparus, loua ceux qui avaient combattu et finit par rendre toute la gloire à la famille royale. Cela s'éternisa pendant environ une heure, marquant la fin de la première partie.
La deuxième partie était la cérémonie de succession.
« Que cela soit su. Votre jeune sang est l'avenir de cette cité ! »
Les héritiers ayant reçu leurs titres familiaux pendant la guerre s'avancèrent un par un pour être officiellement reconnus. Honnêtement, cette partie était ennuyeuse, mais aussi un peu choquante.
« Autant de gens sont morts... ? »
Il y avait près de deux cents héritiers recevant une succession formelle.
« Ah ! L'avenir de la Maison Lumina se tient devant nous ! Moi, au nom de la famille royale de Lafdonia, je reconnais la succession du comte Metheia Lumina. »
« Haha, ce petit prodige est déjà devenu un homme. Moi, au nom de la famille royale de Lafdonia... »
Le duc Kealurnus faisait avancer le processus aussi vite qu'il le pouvait, lançant des reconnaissances brèves, à la chaîne. Mais cela prenait tout de même une éternité.
C'était une corvée à regarder, mais les autres nobles semblaient vivre une expérience différente.
« Tsk tsk, ce gamin hédoniste qui hérite du titre... La Maison Bolshe est condamnée. »
« Pareil pour la Maison de Verton. Même si le seul héritier est un bébé, donner le titre à un bâtard d'une branche collatérale sans même passer par un régent... »
« J'ai entendu dire que le véritable héritier a un handicap, et que ce bâtard en a profité pour forcer sa propre succession. »
« Scandaleux ! Même en ces temps chaotiques, c'est impensable ! »
« Pas besoin de s'énerver. Il implosera de lui-même. La plupart des familles coupent déjà les ponts avec les entreprises de Verton. »
« C'est vrai. Aucun noble ne veut s'associer à un ingrat pareil. »
Les vieux croutons qui avaient passé leur vie à faire des trucs de nobles ne cessaient jamais de commenter, même alors que la cérémonie s'éternisait. Curieusement, ils semblaient toujours détenir des informations étrangement détaillées sur les rouages internes des autres maisons.
« C'est la jeunesse qui prend le relais maintenant. »
« Une nouvelle ère s'ouvre à nous... »
« Qui sait ce que l'avenir nous réserve... »
Quelques nobles semblaient nostalgiques, peut-être pleins d'espoir, ou peut-être juste résignés. Mais pour moi...
« Même si c'est un changement de génération, je doute que grand-chose ne change. »
Même ce fameux Socrate se plaignait du manque de respect de la jeunesse. Au final, ce n'est qu'une compétition de gamins.
« Ainsi s'achève la cérémonie de succession. Un banquet a été préparé, et nous espérons que nos estimés invités passeront un agréable moment ! »
La deuxième partie, qui avait largement dépassé l'horaire prévu, prit enfin fin, et nous passâmes au déjeuner. Un orchestre de cour remplit la salle de musique tandis que des danseurs évoluaient avec élégance.
Ce qui ne rendait pas la nourriture plus agréable pour autant.
« Baron, un plaisir de vous rencontrer. Je suis Metheia Pies. J'espère que la nourriture est à votre... »
« Behell... RAAAAAAH !!! »
« ...Ahaha, on dirait que vous appréciez beaucoup... »
« Bien sûr que j'apprécie. Vous ne pourriez pas l'apprécier à ma place, n'est-ce pas ? »
« ...Pardon ? »
« Je mange. Allez-vous-en. »
Pendant tout le repas, des nobles que je ne connaissais même pas ont essayé d'engager la conversation. La plupart étaient de jeunes nobles qui venaient tout juste d'hériter de leurs titres.
« Il y a clairement un fossé générationnel ici... »
Peut-être était-ce dû à leur âge ? Traditionnellement, les nobles titrés n'aiment pas s'associer à quelqu'un comme moi, un noble non-humain. D'un autre côté, peut-être avais-je accumulé trop de statut pour qu'ils puissent encore me discriminer.
« Haha, mon jeune ami ! Comment allez-vous ? Ça aurait été splendide si vous aviez assisté au festival... »
Bref, la plupart étaient jeunes, mais pas tous. Les habitués étaient là aussi, comme le comte Alminus, qui dépose régulièrement ses « frais d'amitié », et le comte Perdehilt, qui essaie toujours de marier sa fille.
Certains nobles que j'avais rencontrés auparavant revenaient sans cesse discuter, alors j'ai dû arrêter de manger pour bavarder brièvement.
Même le Baron Lapin s'est montré.
« Cela fait un moment, Baron Yandel. Ou... devrais-je vous appeler Vicomte maintenant ? »
« ...La cérémonie n'a même pas encore eu lieu. Quoi qu'il en soit, ça fait longtemps, Baron Ririvia. »
Nous avons échangé des salutations comme de vrais nobles, puis, quand j'ai fait comprendre que je voulais retourner manger, il s'est dégonflé et s'est éloigné en marmonnant quelque chose d'assez pathétique.
« Euh... Baron ? Vous n'avez pas assisté aux réunions de Melbeth dernièrement... »
« J'étais occupé. »
« Ah... mais vous trouvez toujours le temps de rencontrer le comte Alminus... »
« Où voulez-vous en venir ? »
« P-S'il vous plaît, n'abandonnez pas Melbeth... »
« ...... »
« T-Très bien, profitez de votre repas... ! »
J'ai regardé le Baron Lapin s'enfuir, l'air totalement pitoyable, et j'ai été frappé par un sentiment étrange.
« Melbeth, hein... »
Au début, j'avais rejoint Melbeth pour le soutien, pour obtenir un pied-à-terre en tant que noble. C'était le groupe qui me soutiendrait le plus. Et ça a marché. Mais maintenant...
« On dirait un petit frère gênant qu'on ne peut pas se résoudre à abandonner. »
Difficile à expliquer, vraiment... mais en tant que non-humain moi-même, je suppose que je me sens obligé de les aider. Après tout, ce n'est pas comme si je n'avais pas profité d'eux.
« Je devrais probablement assister à la prochaine réunion. »
J'étais en train de ruminer cette pensée quand le banquet prit fin et que la troisième partie commença.
Pour info, la troisième partie était dirigée par le comte Alminus, et non par le duc Kealurnus. C'était la cérémonie d'inauguration du Chancelier.
« Bâillement... »
Mon estomac était plein et je somnolais à moitié. À un moment donné, la cérémonie s'est terminée, puis le duc Kealurnus, désormais officiellement Chancelier, a repris la main pour le segment final.
Nous étions enfin arrivés à la quatrième et dernière partie de la journée.
« C'était une guerre qui a fait naître d'innombrables héros. Pourtant, parmi eux, l'un d'eux a vu ses exploits briller comme une étoile. »
Il a récité mes accomplissements un par un : le meurtre du Collectionneur de Cadavres, la bataille contre les Yeux Maléfiques, et enfin l'élimination du traître ultime, le marquis Tertherion.
Alors que j'écoutais en coulisses, j'ai attendu mon signal, puis je suis monté sur l'estrade.
J'avais déjà fait une cérémonie de promotion auparavant, mais cette fois, le format était différent. C'était beaucoup plus simplifié. La dernière fois, j'étais passé de Baron Junior à Baron, rejoignant officiellement les mille maisons nobles. Celle-là ressemblait plus à une intronisation qu'à une promotion.
« ...Que faites-vous ? Prenez la boîte. »
Ah, c'est vrai.
Revenu à moi, j'ai suivi la procédure comme répété : j'ai pris la boîte, je me suis agenouillé sur un genou et je l'ai présentée en avant.
Puis...
Ssssht.
Le duc a retiré le tissu bleu marine recouvrant la boîte et l'a remplacé par un bleu. Et juste comme ça, la cérémonie était terminée.
Après cela vint la partie des discours.
Ils ne m'avaient pas prévenu pour cette partie, mais ce n'était pas un problème. Je pouvais sentir le regard du duc Kealurnus, comme s'il espérait que je dise quelque chose de flatteur.
« Qu'est-ce que tu attends d'un barbare, bon sang ? »
Je l'ai ignoré et j'ai parlé avec conviction.
En tant que guerrier barbare, debout devant des milliers de nobles, il n'y avait qu'une seule chose qui valait la peine d'être criée.
« Behell... RAAAAAAAH !!! »
J'ai rugi devant une mer de noblesse, mais étonnamment, la réponse fut tiède. Non, indifférente.
« Le voilà qui recommence. »
« Je savais qu'il ferait ça dès qu'ils demanderaient un discours. »
« Rien de surprenant à ce stade. »
Personne n'a claqué la langue. Personne n'a marmonné sur les manières des barbares. Pas un seul noble ne s'est plaint.
Alors pourquoi me sentais-je si... déçu ?
Je ne le savais pas, et je n'avais pas besoin de le savoir.
« ...Si vous avez fini, veuillez descendre. »
« Compris. »
Et juste comme ça, je suis devenu Vicomte Yandel.
「Renommée du personnage +10.」
「Renommée du personnage +10.」
「Renommée du personnage +10.」
「Renommée du personnage +10...」
「......」
Même si mon rang était passé de Baron à Vicomte, ma vie quotidienne n'avait pas changé.
La différence entre un baron et un vicomte résidait dans des choses comme le nombre de soldats privés que vous pouviez commander, mais la Maison Yandel n'avait même pas de soldats privés. Tout ce que j'avais gagné, c'était un peu plus d'honneur.
« Peut-être que les choses changent davantage au niveau de comte ou de marquis ? »
Probablement. On dit que les avantages augmentent à partir du rang de comte. Pourtant, même là, je doute que les choses changent radicalement. Au mieux, je pourrais construire quelque chose comme le groupe Melbeth.
« Retour au travail. »
Une fois la cérémonie terminée, j'ai repris ma vie quotidienne. J'ai assisté aux réunions de Melbeth et j'ai déjeuné avec le Chancelier Kealurnus, où nous avons échangé beaucoup d'informations.
Maintenant qu'il était Chancelier, il semblait désireux de maintenir une bonne relation avec moi. Je ressentais la même chose : être en bons termes avec le Chancelier signifiait avoir accès à des informations de haut niveau.
Comme la date d'ouverture du labyrinthe, qui n'avait même pas encore été partagée avec la Guilde. Combien d'explorateurs pouvaient entrer, quels clans se joignaient, si la famille royale serait impliquée... il m'a tout dit.
Je suis sûr qu'il l'a fait pour gagner mes faveurs, mais quand même.
« Les dégâts matériels à l'intérieur du Sanctuaire ont été en grande partie réparés. À partir du mois prochain, des guerriers seront affectés à la restauration des districts 7 et 8. »
Comme avant, Shabin Emure gérait tout ce qui concernait le Sanctuaire. En fait, elle semblait travailler encore plus dur qu'avant.
« Shabin Emure, est-ce que tu dors un peu... ? »
« Ne vous inquiétez pas. Je dors un peu tôt le matin. »
« ...... »
La voir se pousser comme ça m'inquiétait. Mais la forcer à se reposer ne semblait pas être la bonne solution.
« Le temps arrangera les choses... »
Au moins, grâce à Shabin qui gérait toutes les affaires intérieures comme une folle, je n'avais pas à m'inquiéter de l'administration.
J'ai donc consacré tout mon temps restant à préparer la prochaine expédition. J'ai peaufiné l'itinéraire et j'ai continué à réunir les membres pour des exercices.
Et juste comme ça, le temps a passé rapidement...
« Wow, ça fait combien de temps qu'on n'est pas entrés dans un labyrinthe ? »
Enfin, le jour est arrivé.