Chapitre 295
Chapitre 295 : Débutant (3)
Je tournai la tête et regardai la main posée sur mon épaule.
Un anneau au motif unique ornait son index.
« Un anneau subspacial. »
Mon cœur se mit à battre la chamade.
Qu’est-ce qui pouvait bien se trouver à l’intérieur ?
C’était comme regarder une boîte surprise non ouverte.
Vlan.
Ma main se tendit vers l’anneau.
Mon trésor…
« …C’est quoi ce bordel ! »
L’homme retira vivement sa main, comme s’il était dégoûté.
« Barbare, espèce de bâtard ! Toi… ! »
Je compris immédiatement le malentendu à la vue de ses yeux terrifiés.
Ses compagnons marmonnèrent également :
« Pas étonnant qu’un barbare soit un débutant. »
« Une personne normale ne viendrait jamais dans cette ville. »
« C’est pour ça qu’il a été viré de sa tribu… »
De quoi ces abrutis parlent-ils, bon sang ?
Il fallait que je dissipe ce malentendu.
Alors, je lui assénai rapidement un coup de poing.
Paf !
Ma première cible fut « Dents-de-lapin », celui qui avait osé poser sa main sur mon épaule pour faire le sympathique.
« Argh ! »
Quelque chose de blanc vola hors de sa bouche.
Dents-de-lapin fut guéri d’un seul coup de poing.
« Behel—laaaaaaaaaa ! »
Dès que je poussai mon cri de guerre, les explorateurs alentour reculèrent, créant un espace.
« Une bagarre ! »
« Waaaaaaaaaa ! »
« Le débutant se bat contre le gang de Rex !! »
Ce n’est pas une salle de classe, ici.
Même les employés aux comptoirs soupirèrent avec une expression qui disait : « Encore eux ».
Très bien, donc personne ne va nous arrêter ?
« C’est encore mieux comme ça. »
Je commençais à apprécier Noark.
Peut-être avais-je secrètement envie d’une société virile comme celle-ci.
« Espèce de bâtard !! »
Barbe, le compagnon de Dents-de-lapin, tira son arme avec colère.
Alors, tu veux un duel ?
Je m’étais retenu, par précaution, mais je balançai ma masse vers lui.
Cependant…
Whoosh !
…Barbe esquiva.
Et à cet instant…
Crépitement.
…une boule d’électricité vola vers moi depuis l’homme derrière lui.
Ça ne ressemblait pas à de la magie.
Il doit être un utilisateur d’aptitude…
« Ouais, mon bouclier est en adamantium. »
L’adamantium est un métal de 5e rang qui réduit les dégâts élémentaires de 50 %.
Crépitement !
L’électricité parcourut mon bouclier, mais je l’encaissai grâce à ma Résistance magique.
Mais était-ce parce que c’était la première fois que je rencontrais ce type ?
« Si vous voulez tuer un tank, vous devriez lancer un sort de malédiction en premier, bande d’abrutis. »
Les yeux de Barbe s’écarquillèrent de surprise alors que je balançais nonchalamment ma masse.
« …… ! »
J’avais compris.
Il avait réduit la distance, s’attendant à ce que je sois « étourdi ».
Il était dans la position parfaite pour que je l’écrase.
Paf !
Très bien, deux de moins.
Boum.
Le corps de Barbe s’envola, percuta le plafond, puis s’écrasa au sol.
Au baseball, ça aurait été une faute.
Je tapotai mon épaule avec ma masse et regardai devant moi.
« Qu’est-ce que vous attendez ? »
Les trois restants, dont les deux compagnons venaient d’être écrasés, agirent étonnamment de manière rationnelle.
« Rex, battons en retraite. »
« C’est un débutant arrivé hier, mais j’ai entendu dire que le gang de Kalte l’avait suivi et qu’ils avaient tous été retrouvés morts. »
Ah, donc vous n’aviez pas encore entendu la rumeur.
À en juger par les murmures des badauds, ils semblaient réaliser que je n’étais pas une cible facile.
« Mais si on bat en retraite maintenant… »
« On sera la risée de tous. Mais c’est mieux que de mourir. J’ai entendu dire que l’une de ses compagnes est une femme qui utilise l’Aura. »
« L’Aura… ? »
L’homme nommé Rex fronça les sourcils.
Et à cet instant…
Vlan.
…Amelia, qui attendait dans une autre file, vint se placer à mes côtés.
« Ah, tu es là. »
« On dirait que tu attires les ennuis partout où tu vas. »
« Ce n’est pas ma faute cette fois. »
« …Je sais. J’ai vu. »
Amelia dit cela en posant la main sur la dague attachée à sa cuisse.
Était-ce là l’élément décisif ?
« …Et si on en restait là ? »
L’homme nommé Rex fit une proposition.
Pff, ce n’est pas comme ça qu’on négocie.
« Excusez-vous. »
« Je le ferai. Je m’excuse d’avoir fait une demande impolie parce que je vous ai sous-estimé. »
Est-ce dans leur culture de ramper s’ils doivent le faire ?
Il était étonnamment humble.
« Alors, que dois-je faire… ? »
Je jetai un coup d’œil à Amelia, et elle hocha légèrement la tête.
Cela signifiait que je devais les laisser partir.
« Très bien, j’accepte vos excuses. »
« Merci, alors… »
Rex et ses compagnons commencèrent à s’occuper de leurs camarades inconscients dès que j’eus accepté ses excuses.
Hmm, qu’est-ce qu’ils fabriquent, bon sang ?
« Stop. »
« Laissez leur équipement. »
« Mais vous avez accepté nos excuses… »
Non, ça c’est une chose, et ça, c’en est une autre.
À quoi servent des excuses verbales ?
« Nous sommes du même côté maintenant. On doit s’entraider, non ? »
Bien sûr, c’est comme ça que le monde fonctionne.
Rex hésita un moment, puis soupira et retira l’équipement de ses compagnons inconscients.
« Voilà, vous êtes content maintenant ? »
« Où est l’anneau ? »
« …Le voilà. »
Bon sang, combien ça vaut tout ça ?
C’est pratiquement de la duplication d’argent.
Pourquoi ces bâtards de Noark vivaient-ils dans la pauvreté ?
« Bref, je vérifierai ce qu’il y a dans l’anneau plus tard… »
« Allez-vous-en maintenant. »
« …….»
Je mis tout l’équipement qu’ils avaient retiré dans mon anneau subspacial après les avoir chassés.
Ouf, j’avais besoin d’une autre poche subspaciale, les sacs à dos extensibles étant tellement peu pratiques.
« Ce sont des gens au grand cœur, même s’ils ont l’air un peu rudes. »
« …….»
« Qu’est-ce que tu fixes ? Allez, retournons dans la file. »
Nous nous dirigeâmes ensuite vers les comptoirs.
D’autres explorateurs avaient pris nos places, mais ce n’était pas un problème.
Je m’étais déjà adapté à cette ville.
« Oh, humain. »
« …Qu, qu’est-ce que tu veux ? »
« Nous avons une petite situation, alors est-ce que tu peux nous laisser passer devant ? »
« …Bien sûr. »
Nous avons pu arriver en tête de file grâce à la considération de cet explorateur bienveillant.
Nous avions gagné près de 30 minutes, alors que nous étions au milieu de la file auparavant.
« Les gens ici sont si gentils. »
« …N’importe qui croirait que c’est toi qui viens d’ici, pas moi. »
Haha, quelle gêne.
« J’apprends juste vite. Je ne suis pas un génie. »
« Je n’ai pas dit ça. »
« Huhu, tu n’es pas honnête. »
« …….»
Quoi qu’il en soit, ce fut bientôt notre tour, et nous avons pu terminer notre inscription plus tôt que prévu.
Parce que nous avions sauté la demande d’ajustement de rang.
« Tu as dit qu’on devrait l’augmenter au 5e rang. »
« Ça n’a pas d’importance. Le Seigneur est probablement déjà au courant pour nous. »
J’avais déjà atteint mon objectif, donc il n’était pas nécessaire de révéler mes essences en ajustant mon rang.
« C’est bien que tu fasses ce que tu veux. »
« …Sois prudente à partir de maintenant. Il n’y a pas que des petits poissons dans cette ville. »
« D’accord. Alors, on en a fini pour aujourd’hui ? »
« Ouais, retournons nous reposer. »
Nous sommes retournés à l’auberge que nous avions réservée hier et avons prolongé notre séjour, puis nous sommes restés à l’intérieur.
Et après quelque temps…
…contrairement aux attentes d’Amelia, le Seigneur ne nous a pas contactés.
Bon sang, notre plan était de le rejoindre…
« Amelia, qu’est-ce qui se passe ? »
« …On dirait qu’il essaie de nous cerner puisqu’il n’a aucune information sur nous. »
« Alors ? »
« Attendons simplement. Il finira par nous contacter. Il ne laissera pas un explorateur de haut rang comme toi tranquille. »
Le temps passa, et ce fut le moment pour le labyrinthe de s’ouvrir à nouveau.
« Waaaaaaaaaa ! »
« Ça fait un bail ! »
« Allons nous faire de l’argent ! »
La place était bondée, comme s’il y avait un festival.
C’était une scène courante les jours d’ouverture du labyrinthe, mais les gens rassemblés ici aujourd’hui semblaient particulièrement excités.
C’était compréhensible.
La plupart des rares personnes qui étaient entrées dans le labyrinthe le mois dernier étaient revenues vivantes, donc il y avait un sentiment que le labyrinthe était à nouveau sûr.
C’était une excellente nouvelle pour ceux qui étaient en difficulté.
Vlan.
Arrua Raven, qui passait devant la place en calèche, ferma les rideaux avec un sourire amer.
La réalité commençait enfin à s’imposer.
« C’est vrai, ça fait déjà un mois… »
Un mois s’était écoulé depuis la mort de Bjorn Yandel.
Bien que l’homme que l’on appelait un héros parmi les explorateurs soit mort, le monde n’avait pas changé.
Seul son entourage avait changé.
« Ha… »
Raven se remémora brièvement les derniers jours.
[Ouais, Bjorn est mort.]
La guerrière était étonnamment la plus rationnelle.
[Allons tous nous reposer. Nous sommes fatigués, alors parlons de ce qu’on fera demain. J’irai à la guilde seule.]
Elle essayait de faire ce qui devait être fait, en faisant face à la réalité.
Pour maintenir cette équipe que Bjorn Yandel avait créée.
Bien sûr, ça n’a pas fonctionné.
[Qu’est-ce que… tu racontes ?]
[Maintenant que Bjorn est mort, nous cinq devons entrer dans le labyrinthe, non ?]
La fée rétorqua agressivement.
[Explorer ? C’est ça qui est important maintenant ?]
[Alors, qu’est-ce qui l’est ?]
[La vengeance ! On doit se venger !]
[La vengeance ?]
[Noark ! Cet incident sur l’île est arrivé à cause d’eux ! Et cette femme aux cheveux rouges est suspecte aussi. Si elle est toujours en vie, et si elle est impliquée dans ce qui est arrivé à monsieur…]
Les yeux de la fée étaient remplis d’intention meurtrière.
[Je m’en fiche même si elle n’est pas impliquée.]
[…….]
[Je vais tous les trouver et les tuer.]
Raven comprenait sa colère.
Après tout, elle avait récemment perdu sa sœur à cause de Noark.
[Erwen, je comprends ce que tu ressens, mais calme-toi. Comment comptes-tu te venger de ceux qui sont partis pour le monde extérieur ? Rentrons nous reposer aujourd’hui, et on en reparlera demain…]
[Alors c’était tout ce qu’ils représentaient pour vous.]
[Quoi ?]
[Je suis désolée pour monsieur. Dire qu’il est resté derrière tout seul pour protéger ces gens, en les appelant ses compagnons.]
[…Qu’est-ce que tu as dit ? Répète ça.]
[Ra, Raven, arrête ! Tu ne peux pas faire ça !]
La guerrière l’arrêta.
L’archère femme-bête serait normalement intervenue, mais même elle ne semblait pas en avoir l’énergie.
Mais la fée l’a-t-elle remarqué ?
[…….]
Elle s’approcha de la guerrière femme-bête.
[Et toi, sœur ? Tu vas le faire ? Te venger ?]
[Je, je…]
La guerrière femme-bête ne finit pas sa phrase.
Et après quelque temps…
[Espèce de bête.]
La fée partit après ces mots.
[Je, je parlerai à Erwen demain. Alors… allons-y aussi.]
Ils se dispersèrent et rentrèrent chez eux.
La guerrière dit qu’elle irait à la guilde rapporter la mort de Bjorn Yandel, mais la magicienne l’arrêta.
[Mademoiselle Ainar, s’il vous plaît, occupez-vous de Misha. Je vais… m’occuper de ça.]
[Mais…]
[Vous ne savez même pas lire, Mademoiselle Ainar.]
[D’accord. Je vous laisse faire.]
L’archère femme-bête ne dit rien.
Elle regarda simplement l’équipe se désagréger, comme si elle avait déjà vécu cela de nombreuses fois.
[Laissez-moi voir, le défunt est… le Vicomte Bjorn Yandel ?! ]
La guilde était dans le chaos lorsqu’elle soumit le rapport de décès.
Les explorateurs alentour et même le personnel semblaient avoir beaucoup de questions, mais ils ne l’approchèrent pas, en voyant son expression.
Un jour passa.
[Tu as entendu ? Le Vicomte Bjorn Yandel est mort.]
[Je n’arrive pas à croire que le Géant soit mort comme ça…]
[Quelle perte.]
La nouvelle de la mort de Bjorn Yandel se répandit dans toute la ville aussi rapidement que sa renommée s’était propagée de son vivant.
Et ceux qui le connaissaient visitèrent sa maison.
[Ainar ! Misha ! Ouvrez la porte ! Est-il vrai que Yandel est mort ? Po, pourquoi… ? Ouvrez la porte !]
Hikurod Murad, le guerrier nain qui était son ancien compagnon.
[…Murad, arrête. Je l’ai confirmé à la guilde. On ne devrait pas leur rendre la tâche plus difficile. Rentrons et revenons plus tard.]
Brown Rotmiller.
Et d’innombrables autres explorateurs qui avaient une dette envers le héros, Bjorn Yandel, visitèrent sa maison.
[Merci de nous avoir sauvés ce jour-là.]
[Il ne viendra plus à la bibliothèque…]
Des fleurs s’empilèrent devant sa porte.
D’innombrables personnes pleurèrent sa mort, et la tribu barbare, qui le considérait comme son prochain chef, ferma les portes du sanctuaire et tint des funérailles pendant plusieurs jours, priant pour que son âme retourne à la forêt.
Mais le monde n’avait pas changé.
Seul son entourage avait changé.
[…Reposons-nous tous un moment et ne pensons pas à explorer.]
Tous les futurs plans d’exploration furent mis en attente.
Que pouvaient-ils faire avec seulement quatre personnes ?
Et d’ailleurs, ils n’étaient même pas dans leur état normal.
Tout le monde avait besoin d’une pause.
Même Arrua Raven.
« Rien ne change en se reposant. »
Arrua Raven eut une épiphanie après le départ de la fée ce jour-là.
Le temps ne guérit pas toutes les blessures.
Tout ne ferait qu’empirer avec le temps.
Par conséquent…
« Je dois le trouver. »
Arrua Raven n’avait pas pu dormir correctement depuis ce jour, passant chaque journée plongée dans les livres.
Elle avait même visité la bibliothèque du palais royal aujourd’hui et était en chemin pour son laboratoire.
Parce qu’il y avait quelque chose d’étrange dans sa mort.
Il était connu dans la ville qu’il était mort à cause de « Stormgush »…
« Ça n’a aucun sens. »
…mais à en juger par les circonstances, il avait réussi à le chasser.
Il avait même eu la présence d’esprit de planter un clou dans le sol et de s’attacher.
Mais où a-t-il disparu en si peu de temps ?
Et s’il avait vraiment été emporté par l’eau, pourquoi son équipement manquait-il ?
« Il y a quelque chose de plus… un énorme secret… »
Raven se serra la poitrine, incapable de respirer.
Bien que ce ne fût pas une déduction rationnelle…
« Il doit y avoir quelque chose de plus… »
…elle avait besoin de quelque chose à quoi se raccrocher.