Chapitre 96
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 96
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J’avais foi dans les mages. J’étais convaincu que leur manque de fiabilité, leur égoïsme et leurs désirs finiraient par faire du mal aux autres.
De la même façon, j’avais foi dans les trésors. J’étais persuadé qu’ils agiraient selon leurs propres désirs. Oui, j’avais toujours pensé qu’un jour, ils finiraient par provoquer un incident. C’était presque une certitude.
C’est pourquoi j’avais pris pas mal de précautions. Pour commencer, j’avais disséminé des marionnettes d’ombre et des insectes-miroirs dans toute la tour, créant un système de surveillance sans la moindre faille. Il n’y avait pas que ceux que j’avais distribués aux élèves. J’en avais caché bien davantage dans la tour.
Les espaces où logeaient les élèves étaient désormais infestés de mes marionnettes, qui surveillaient les environs depuis chaque recoin de la tour.
Elles vérifiaient minutieusement tout ce qui leur paraissait étrange, tout problème susceptible de survenir, puis m’envoyaient les informations recueillies. C’est grâce à elles que j’avais retrouvé Hao, ensorcelé par la dent, la dernière fois.
La Feuille de scores transmise par les insectes-miroirs faisait aussi partie de mes mesures. Tout comme les statues dont j’avais décoré le rez-de-chaussée. Tout cela servait à contrer les trésors.
Et les trésors, alors ? Ils ignoraient vraiment que je me préparais ainsi ? Bien sûr que non. Je jetai un coup d’œil à Mira, près de moi. Elle contemplait un insecte-miroir en silence.
Mira avait de grands désirs, mais elle n’était pas idiote. Au contraire, elle avait assez de perspicacité et d’intelligence pour me pousser à agir dans le sens qu’elle souhaitait.
Les autres trésors devaient être pareils. Ils savaient eux aussi que je me préparais à leurs coups tordus. Pourtant, ils passeraient à l’action, c’était certain. Je le savais aussi.
Oui, c’était comme un jeu de plateau où les deux camps voyaient tout clairement. Ils tenteraient quelque chose, et je le contrerais. Un jeu tout simple.
Mais qui étaient les pions sur ce plateau ? Les élèves. Et ces élèves venaient de créer une religion. Il ne pouvait s’agir que d’un coup de l’Église de l’Anneau du Ciel.
Mais dans quel but ? Je plissai légèrement les yeux. Ces derniers temps, je l’avais rencontrée et lui avais parlé à plusieurs reprises. Cela m’avait permis de comprendre un peu sa façon de penser.
Elle n’avait absolument pas l’intention de quitter l’entrepôt où elle résidait. Cet entrepôt était en lui-même un monde qu’elle avait créé. Tout ce qui s’y trouvait était heureux.
S’ils quittaient l’entrepôt, ils retomberaient dans la souffrance. C’était pourquoi l’Anneau du Ciel ne cherchait pas à sortir. Elle était simplement parfaitement satisfaite de ce monde achevé.
Je me frottai le menton du bout du doigt. Même si j’ignorais son objectif, je devais agir pour le moment. Si je laissais faire, le mouvement ne cesserait de se répandre.
« Mira, tu as remarqué quelque chose de suspect ? »
Mira acquiesça en bâillant. Elle me tendit l’insecte-miroir qu’elle observait. À l’intérieur, une vidéo montrait les membres de l’Église de l’Anneau du Ciel en train de prêcher.
« Comme tu peux le voir, c’est pareil qu’hier. Ils répètent exactement les mêmes choses. Il y en a juste un de plus, maintenant. »
« Je vois. »
Je regardai la vidéo avec Mira. Le nouvel arrivant était l’élève qui était entré dans la tour la veille pour leur échapper. Je me rappelais l’avoir vu partir avec une expression profondément écœurée.
Et aujourd’hui, il les avait rejoints. À présent, il avait l’air aux anges.
J’ignorais comment ils s’y prenaient, mais ils ralliaient ainsi les autres à leur religion, un par un. Et ils commençaient par ceux qui avaient manifesté le rejet le plus franc.
L’insecte-miroir dans mes bras vibra légèrement. Après avoir vérifié son contenu, j’acquiesçai. C’étaient les messages que j’attendais. Il y en avait désormais suffisamment.
L’alarme s’était déclenchée à cause des plaintes déposées par les élèves. Ils protestaient contre ces gens. Ils ne supportaient ni qu’ils bloquent l’entrée de la tour ni qu’ils semblent contaminés par ce pouvoir.
C’était bien ça. Les autres élèves avaient eux aussi remarqué leur étrangeté. Surtout ceux qui avaient reçu le pouvoir de l’Anneau du Ciel. Voilà pourquoi ils avaient tendance à les éviter, comme l’élève qui les avait rejoints aujourd’hui.
Mais l’Église de l’Anneau du Ciel s’accrochait aux gens sans se soucier qu’on l’évite. Cela ne faisait que les dégoûter davantage. C’est ainsi qu’ils avaient envoyé ces plaintes.
« Alors, allons-y. Je vais d’abord devoir mettre fin à leur prosélytisme. »
Je ne pouvais pas les réprimer de mon propre chef. Ils étaient libres d’utiliser la tour comme ils l’entendaient. Mais puisque les autres élèves avaient déposé des plaintes, j’avais suffisamment de raisons d’intervenir. Sur ces mots, je descendis la tour avec Mira.
L’entrée de la tour était plutôt bruyante. Treize personnes distribuaient des tracts tout en lançant des sorts le long du chemin qui y menait. Les bêtes magiques qu’elles contrôlaient faisaient de même.
Elles prêchaient désormais au grand jour. Les plaintes n’avaient évidemment pas tardé à affluer.
Je m’approchai de Hao, qui se tenait au milieu d’elles. Les manches retroussées, il prêchait la parole de l’Anneau du Ciel aux personnes qui entraient dans la tour.
Je lui tapotai légèrement l’épaule. Lorsqu’il me remarqua, il s’interrompit un instant. Puis il regarda autour de lui et se gratta légèrement la tête. Je m’inclinai brièvement avant de prendre la parole.
« J’ai reçu des plaintes : vous faites trop de bruit. À partir de maintenant, je vais devoir interdire le prosélytisme à l’entrée. Non, je vais interdire toute activité de prosélytisme aux abords de la tour. »
Pour l’instant, c’était le prosélytisme qui me paraissait le plus suspect. Depuis qu’ils s’y étaient mis, leur nombre n’avait cessé d’augmenter. Je devais donc commencer par y mettre fin. À mes mots, les yeux de Hao s’arrondirent.
« Nous agissons par pure bonté de cœur. Nous souhaitons simplement rendre les autres heureux. Vous ne comprenez donc pas nos sentiments ? »
Les larmes aux yeux, Hao prit la parole. À mesure qu’elles montaient, le parfum frais qui émanait de lui se faisait plus intense. Mira se mit alors à baver abondamment.
La salive qui coulait de sa bouche ne semblait pas près de s’arrêter. Une marionnette féminine entreprit de lui essuyer délicatement les lèvres avec un mouchoir.
Hao, qui versait des larmes, jeta un coup d’œil à la marionnette. Sa beauté semblait attirer naturellement son regard. Il ne pouvait plus en détacher les yeux.
Entre-temps, ses larmes avaient séché et disparu. Il resta un instant planté là, l’air absent, puis se racla la gorge et reprit ses esprits. Je secouai la tête.
« Tous les élèves sont mal à l’aise. Votre comportement ne fait qu’attiser leur hostilité. Je n’ai donc pas d’autre choix que de l’interdire. »
Hao se plongea en silence dans ses pensées. Peu après, il acquiesça docilement. Puis il frappa dans ses mains et se mit à rassembler tous ceux qui distribuaient des tracts à proximité.
« Maintenant que vous le dites, cela me donne aussi matière à réflexion. Je n’avais pas envisagé que nos intentions pures puissent mettre les autres mal à l’aise. Vous avez raison. »
Hao joignit les mains et traça un cercle devant sa poitrine, en direction des personnes rassemblées. Les autres lui répondirent par le même geste. Ils échangèrent des regards, acquiescèrent et se mirent à nettoyer les lieux.
« Nous ne pouvons pas mettre les autres mal à l’aise pour notre propre satisfaction. Comme l’a dit Evron, nous allons cesser de prêcher ici. Beaucoup de gens doivent déjà connaître notre foi. »
Sur ces mots, ils entrèrent tranquillement dans la tour. Les élèves qui passaient par là m’applaudirent doucement. Ils avaient l’air très satisfaits. Je leur adressai une petite révérence.
Puis je plissai les yeux et regardai Hao s’éloigner vers l’intérieur de la tour. Il obéissait sans la moindre résistance après que j’avais prononcé quelques mots ? Je ne m’y attendais pas.
Si le prosélytisme avait vraiment été important pour eux, ils auraient essayé de le poursuivre d’une manière ou d’une autre. Pourtant, ils avaient renoncé si facilement. Comme s’ils avaient déjà atteint leur objectif.
Mira s’approcha et s’accrocha à mon bras. Elle aussi fixait le dos de Hao. Des traces de bave luisaient encore autour de sa bouche.
« J’ai envie de le dévorer tout rond. C’est incroyable. J’ai failli fondre à cause de ce parfum. »
« Je suis d’accord. »
J’acquiesçai légèrement. J’avais déjà senti son parfum, mais jamais aussi intensément. Ce changement était dû à sa foi.
La note mentale de Hao avait encore augmenté grâce à cette foi. Plus elle montait, plus son parfum se renforçait. Les autres ne devaient sans doute pas le sentir. Ce n’était pas une odeur que les humains pouvaient percevoir. Je me frottai discrètement le nez.
Après ce jour-là, ils cessèrent véritablement de prêcher. L’entrée de la tour retrouva son calme, à la grande satisfaction des élèves.
En revanche, l’Église de l’Anneau du Ciel se mit à tenir des rassemblements avec encore plus d’ardeur. Ils se réunissaient presque toutes les trois heures et célébraient une messe pour l’Anneau du Ciel.
Ils multiplièrent aussi les offrandes. Leur temps de prière, qui avait lieu une fois par jour, passa à deux fois, le matin et le soir. Ainsi, ils commencèrent à organiser leur religion de façon plus méthodique.
— Je n’arrête pas de vous le dire, mais votre bonheur fait le mien. Faites simplement ce dont vous avez envie.
« L’Anneau du Ciel nous a parlé. “Vous savez déjà ce qu’est le bonheur. Quand vous vous dirigez vers lui, je suis heureux, moi aussi, de vous regarder faire. Alors, contentez-vous de faire ce que vous désirez. Au bout du chemin, le bonheur vous attend.” Aujourd’hui, l’Anneau du Ciel nous a transmis un autre message. Gravons-le dans nos cœurs et prions ensemble. »
Hao traça un cercle devant sa poitrine. Les fidèles qui se tenaient devant lui firent de même. Mira les observait à travers l’insecte-miroir et sourit légèrement.
« Ah, il y en a encore un de plus ? »
J’acquiesçai en silence. C’était bien ça. Sans que je m’en rende compte, ils étaient passés de treize à quatorze. L’élève avait fini par se joindre à leur rassemblement et participait à présent à leurs prières.
« On dirait que leur prosélytisme n’était pas en cause. Je ne sais pas où ils trouvent tous ces gens. »
« Peut-être que ça se passe hors de la tour ? Ils pourraient attaquer des gens la nuit et leur laver le cerveau grâce à ce pouvoir. »
Mira avait vu juste. Je n’avais trouvé aucune trace de ce genre à l’intérieur de la tour. Cela signifiait donc qu’il se passait quelque chose à l’extérieur.
Mais s’ils avaient vraiment lavé le cerveau de gens par la force, comme elle le supposait, il aurait dû en rester des séquelles. J’avais pensé la même chose et analysé les scores de chacun à l’aide des insectes-miroirs, mais je n’avais décelé aucune contamination.
Pour m’en assurer, j’avais attaché un grand nombre de marionnettes à leur suite. Je pouvais surveiller leurs actions grâce aux insectes-miroirs, mais que se passerait-il s’ils s’en débarrassaient ? Mira était elle-même sortie pour les surveiller.
Ainsi, tous les élèves quittèrent la tour. Assis dans l’atelier, je fis apparaître une carte. Des points rouges y étaient marqués. Ils représentaient les membres de l’Église de l’Anneau du Ciel. Ils étaient tous réunis au même endroit.
Ils se trouvaient dans la zone des bêtes magiques. Je savais déjà qu’ils y séjournaient. Cela faisait longtemps que j’avais repéré, grâce aux insectes-miroirs, où logeaient tous les élèves.
Il n’y avait qu’un seul détail inhabituel. L’élève qui les avait rejoints aujourd’hui avait quitté l’endroit où il logeait auparavant pour entrer dans la zone des bêtes magiques. À part ça, je ne remarquai rien de spécial.
Là-bas, ils s’occupaient des bêtes magiques, discutaient et célébraient une messe pour l’Anneau du Ciel. Leurs cris à l’unisson résonnaient sans cesse dans les environs.
Mira s’était trompée. Ils ne s’en prenaient pas particulièrement aux autres élèves. Ils se contentaient de se rassembler au même endroit pour célébrer une messe en l’honneur de l’Anneau du Ciel.
« Je me souviens des premiers mots que l’Anneau du Ciel m’a adressés. “Je connais tes péchés, alors contente-toi de rêver au bonheur.” Pour moi, le bonheur, c’est cet instant précis. Nous… »
Au milieu du groupe, je distinguais Hao qui déclamait ses paroles avec passion. Le fragment d’anneau qui flottait au-dessus de sa tête brillait d’une lumière éclatante.
Les jours passèrent ainsi. Avant même que je m’en rende compte, ils étaient vingt. La moitié de ceux qui avaient reçu le pouvoir de l’Anneau du Ciel les avaient rejoints.
Au fil du temps, je compris comment ils convertissaient les autres. Ils se servaient des bêtes magiques. La zone qui leur était réservée en abritait un grand nombre, laissées là par d’autres élèves. Ces bêtes magiques avaient écouté leurs prières.
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