Chapitre 9
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 9
──────
Quand allait-elle arriver ?
Trois jours s’étaient écoulés depuis que j’avais fini de ranger la boutique.
J’avais soigneusement disposé les marionnettes entassées en désordre dans les vitrines et donné une pose à chacune. J’avais fourré toutes les marionnettes bon marché dans l’atelier. Et si je lui en montrais une et que ça la mettait mal à l’aise ? Il ne restait que les marionnettes les plus raffinées et les plus coûteuses.
Une fois tout cela fait, la boutique, autrefois exiguë, avait paru plus spacieuse. J’avais même installé une table pour accueillir les visiteurs dans l’espace libéré et dépensé une fortune pour un fauteuil enchanté. Tout serait parfait, pourvu que mon invitée arrive.
Mais celle qui était censée venir ne montrait toujours pas le bout de son nez. De temps à autre, des gens passaient, mais c’étaient toujours les mêmes inconnus sans importance.
Assis derrière le comptoir d’accueil, je sortis un livre : « Installer un circuit : même un mage de trois ans peut y arriver facilement ». Un ouvrage de théorie générale sur les marionnettes, que l’on disait écrit et publié de la main même d’un célèbre marionnettiste de l’Antiquité ! Je l’avais trouvé la veille au marché souterrain. Le vendeur ignorait ce qu’il avait entre les mains, alors j’avais réussi à l’avoir pour une bouchée de pain.
Je ne savais pas s’il était authentique ou non. Mais son contenu, lui, était bel et bien réel. J’avais été tellement emballé que j’avais passé la nuit à le lire. Plus j’avançais, plus j’apprenais de choses. Des plans de toutes sortes de marionnettes, des méthodes pour concevoir des circuits optimaux, des moyens de stocker efficacement le pouvoir magique, et ainsi de suite.
Une fois tout cela maîtrisé, ma magie progresserait à pas de géant, c’était certain. Je me débattais avec le livre depuis un bon moment quand la porte de la boutique s’ouvrit soudain.
Hein ?
Aucune réaction ne me parvint des marionnettes que j’avais disposées dans la boutique. Si quelqu’un avait contourné mon système de surveillance, c’était qu’il se trouvait à un stade supérieur au mien.
Je posai le livre et me redressai. Celle qui venait d’ouvrir la porte et d’entrer était une minuscule fillette qui m’arrivait à peine à la taille. La première chose qui attira mon regard fut sa longue chevelure, semblable à des fils d’or. Puis je croisai ses deux yeux, qui brillaient d’un éclat émeraude. Elle était adorable, avec un visage ravissant.
Mais j’en eus les entrailles nouées. Je connaissais le terrible pouvoir magique dissimulé sous ce visage mignon. C’était cette mage même qui avait anéanti une organisation de trafiquants de drogue en une seule nuit, trois ans plus tôt : l’Exploratrice, Irian.
« Bienvenue ! »
Je la saluai d’un ton vif et m’empressai de la rejoindre.
« Dame Irian, cela faisait longtemps. Je vous en prie, par ici. »
Je la guidai jusqu’à la table d’accueil. Elle regardait autour d’elle en me suivant. Après l’avoir installée dans le fauteuil, je manipulai mon pouvoir magique et réveillai le cœur de la marionnette d’accueil.
Elle leur servit du thé et des friandises avec adresse. Irian prit ensuite un biscuit et se mit à le manger.
« Oh, c’est bon. »
Bien sûr que c’était bon. Dix de ces biscuits coûtaient une pierre de mana. C’était une denrée précieuse, préparée avec le plus grand soin par un mage, et sa consommation favorisait la circulation du pouvoir magique.
Après en avoir acheté, je n’avais même pas osé en goûter un : ça me paraissait tellement dommage de les manger. J’aurais peut-être dû en essayer un, finalement. Ravaler mes regrets, je me frottai les mains à côté d’elle.
« Merci d’être venue. Si j’avais su que Dame Irian passerait, je vous aurais servi quelque chose de meilleur. Je suis vraiment désolé de n’avoir que cela à vous offrir. »
« Hum, ça va. Ça ira aussi la prochaine fois. »
Mon sourire manqua de se fendre. La prochaine fois aussi ? Bon sang, il allait falloir que j’en rachète. Je m’inclinai simplement pour la remercier.
« Puis-je vous demander comment s’est passée votre dernière exploration ? »
Chaque fois qu’elle venait, elle se vantait des résultats de ses explorations. Elle devait aimer se mettre en valeur. Puisqu’elle allait le faire de toute façon, autant poser la question d’abord et gagner des points.
« Oui, elle a réussi. »
Elle avait l’air triomphante. Son pouvoir magique déchira l’espace en un instant. Elle sortit une petite clochette de la brèche.
J’avalai ma salive. Je n’avais rien senti, et pourtant la clochette se trouvait déjà sous mes yeux. Elle n’avait rien d’ordinaire, elle non plus. Je percevais en elle une immense énergie meurtrière.
« Voilà le résultat, cette fois. Il y a beaucoup de bêtes magiques à l’intérieur. »
« Félicitations ! »
La marionnette d’accueil et moi applaudîmes de toutes nos forces. Elle sembla satisfaite de nos félicitations et sourit avec chaleur.
« Alors, puis-je vous demander ce qu’il est advenu des marionnettes… ? »
« Ah, les marionnettes. Elles sont toutes cassées. »
Son pouvoir magique retourna dans la faille spatiale. Elle en sortit ensuite ce qui ressemblait aux restes des marionnettes. Du coin de l’œil, je constatai qu’il n’en restait pas une seule pièce intacte. Tout était bon pour la ferraille. Je soupirai intérieurement et appelai les marionnettes de nettoyage pour qu’elles ramassent les débris.
« Je ferai en sorte que les prochaines ne se cassent pas. »
« Oui, fais mieux. »
Elle hocha la tête. Comment pouvait-on être aussi directe ?
Ces marionnettes n’étaient pas conçues pour le combat, à la base. Je n’en vendais aucune destinée à se battre. Elles servaient uniquement à faciliter la vie de leur utilisateur. Je ne comprenais pas comment elles avaient pu se briser.
« Alors, puis-je vous demander ce qui vous amène aujourd’hui ? »
Je lui posai la question tandis qu’elle se remplissait la bouche de biscuits.
Des marionnettes. Elle devait être venue en acheter. Mes yeux brillèrent tandis que j’insufflais du pouvoir magique dans celles que j’avais préparées à l’avance. D’abord, je lui expliquerais leurs performances et lui montrerais leurs fonctions. Après ça, elle ne pourrait pas résister à l’envie de les acheter !
J’attendis qu’elle me demande de lui montrer les marionnettes. Mais elle ne dit rien pendant un long moment. Elle se contenta de manger des biscuits et de me fixer.
Qu’est-ce que c’était que ça ? Une sueur froide me coula dans le dos. Elle n’était pas venue acheter des marionnettes ? Enfin, elle prit la parole.
« Tu as échoué à l’examen d’entrée à l’université, pas vrai ? »
Ghk. Je ne m’attendais pas à cette question. Décontenancé un instant, je trouvai vite quoi répondre.
« Oui. Je n’étais pas à la hauteur, alors j’ai échoué. »
J’observai son expression. Pourquoi avait-elle parlé de l’examen ?
« Oui, les marionnettes que tu as apportées cette fois-ci étaient rudimentaires, elles aussi. Elles étaient bien trop insuffisantes pour te permettre d’entrer à l’université. »
Je fermai les yeux. Je ne comprenais pas pourquoi elle agissait ainsi. Avais-je fait quelque chose de mal ? Est-ce que je devais fuir ? Toutes sortes de pensées se bousculaient dans ma tête.
Elle continua de me fixer. Incapable de soutenir ce regard, je baissai la tête vers le sol. Au bout d’un long moment, elle croisa les bras et déclara :
« Finalement, tu feras l’affaire. »
J’avais tendu l’oreille, mais je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. L’affaire pour quoi ?
« J’ai reçu ceci. »
Elle tira une liasse de documents de la brèche et me la tendit.
Je la pris avec précaution et la parcourus. Elle contenait une foule de renseignements sur moi.
Mes allées et venues au cours des vingt dernières années, et même un compte rendu approximatif de ce qui s’était passé sur l’île.
Je blêmis. Qui avait enquêté sur moi ? Non, l’enquête en elle-même n’avait pas beaucoup d’importance. N’importe qui pouvait faire ça avec assez d’argent. Ce qui comptait, c’était de savoir qui lui avait remis ce dossier.
« L’enfant qui élève cinq épées me l’a donné. Le plus fort des enfants d’ici. »
Ce salaud avait fait ça ! Evan, je ne te le pardonnerai jamais ! Mon corps trembla de rage.
« J’avais besoin de quelqu’un que je pourrais employer à l’avenir, alors j’allais prendre cet enfant. Mais il était déjà allé à l’université, puis en était revenu. C’était décevant. Seulement, il m’a recommandé toi et m’a donné ça. Tes marionnettes sont rudimentaires, mais elles me plaisent. Je te prends avec moi. »
Bon sang. La dernière fois, il m’avait dit de lui envoyer des gens, mais jamais je n’aurais cru qu’il irait jusqu’à lui donner mes informations personnelles. Ce manieur d’épées m’avait offert en sacrifice.
Qu’est-ce qu’elle voulait dire, par « te prendre avec moi » ? Elle comptait faire de moi une marionnette ? Je parvins à garder mon sourire, mais les coins de ma bouche tressautaient malgré moi.
« Comment quelqu’un d’aussi insignifiant que moi pourrait-il être utile à Dame Irian ? »
Je parlai à la hâte. Elle ignora mes paroles et prit un autre biscuit.
« Tu ne me seras pas très utile. »
Elle l’avait dit.
« Mais tous ceux qui te seraient plus utiles réussissent l’examen d’entrée à l’université. »
Coup critique ! Cette attaque mentale imprévue me donna le vertige.
« C’est plus facile de prendre un gamin désespéré comme toi et de l’utiliser. Et puis, tes marionnettes sont amusantes. Je n’en ai jamais vu de pareilles à l’université. »
Je tremblais de peur quand un mot important me parvint aux oreilles. L’université ? Je la regardai, les yeux écarquillés. À bien y réfléchir, le fait qu’elle n’arrêtait pas de parler de l’université avait quelque chose d’étrange.
« Vous travaillez à l’université ? »
Elle n’était pas qu’une mage errante ? C’était ce que j’avais cru jusque-là. Elle pencha la tête.
« Je ne te l’ai pas dit ? Je suis professeure. »
Une professeure d’université ! Pas une étudiante, mais une professeure. C’était une sacrée pointure.
Je compris alors pourquoi elle n’arrêtait pas de dire que mes marionnettes étaient rudimentaires. À ses yeux de professeure, elles ne valaient probablement pas mieux que des déchets.
Mais pourquoi une professeure d’université n’arrêtait-elle pas d’acheter mes marionnettes ? Je n’y comprenais rien. Non, ce n’était pas ça qui comptait, pour l’instant. Elle avait dit qu’elle avait besoin de moi. Une professeure d’université avait besoin de moi.
Se pouvait-il que…
« Vous voulez dire que vous allez me permettre d’entrer à l’université ? »
« Hum-hum. »
Elle hocha la tête en sirotant son thé. L’université. L’université ! Moi qui n’avais même pas franchi son seuil depuis dix ans, j’avais l’impression de rêver.
« Combien de temps reste-t-il avant le prochain examen ? »
Elle me posa la question. Je m’empressai de calculer. Environ deux mois s’étaient écoulés depuis la fin du dernier examen. Il en restait à peu près dix. Après m’avoir écouté, elle sortit une feuille de papier.
« Ton nom ? »
« Je m’appelle Evron. »
« Bien. Moi, Irian, j’enseignerai à Evron et le ferai réussir l’examen d’entrée à l’université. Ensuite, toi, Evron, tu serviras Irian à l’université. Cet accord restera valable jusqu’à l’obtention du diplôme d’Evron. »
Son pouvoir magique enveloppa le papier et y fit apparaître des mots. Les lettres, formées uniquement de pouvoir magique, énonçaient exactement ce qu’elle venait de dire. C’était un contrat. J’avalai nerveusement ma salive.
J’avais déjà eu affaire à de nombreux contrats. Le tout premier avait été celui d’Ojo. À cause de ce contrat, Ojo avait été lié au clan pour deux cents ans.
Il y en avait eu beaucoup d’autres après celui-là. J’avais même conclu des contrats moi-même. Et j’avais fini par apprendre une chose, et une seule, à force d’en signer.
Il ne fallait jamais conclure un contrat à la légère. Peu importe à quel point la récompense promise pour vous appâter était tentante.
Mais là, il s’agissait de l’université.
Les termes du contrat étaient clairs.
C’était mon rêve depuis toujours. Celui que je n’avais pas réussi à réaliser en dix ans. Et elle disait qu’elle allait le rendre possible.
Je ne parvenais pas à garder mon calme face à cette situation soudaine. Que devais-je faire ? Comment ? Non, avant tout, dans quel genre de situation me trouvais-je, au juste ?
Je fixai le contrat d’un air absent.
L’offre était tentante. Mais je ne savais pas quel genre de personne elle était. Elle parlait de la servir. Si je faisais le mauvais choix, je risquais de finir comme Ojo. J’allais refuser.
Mais à cet instant, ma main bougea et insuffla mon pouvoir magique dans le contrat.
Hein ?
Je n’avais pas fait ça.
Quand je vérifiai mon corps, pris de panique, je vis que la Jeune pousse dans ma poitrine utilisait la magie. C’était la Respiration Profonde Magique. Elle maîtrisait mon corps, dont la moitié s’était changée en racine. Mon arbre m’avait trahi !
Je m’empressai de tenter de retirer mon pouvoir magique, mais il était déjà trop tard. Le contrat, suffisamment imprégné de mon pouvoir magique, avait atteint son équilibre parfait.
Elle sourit, satisfaite, et déchira le contrat. Le pouvoir magique qui l’avait formé se fixa à nos poignets, au sien et au mien.
« Si Evron réussit l’examen d’entrée à l’université après avoir reçu les enseignements d’Irian, il promet de la servir jusqu’à l’obtention de son diplôme. »
Le contrat était scellé. Si je le rompais, mon arbre pourrirait.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
J’interrogeai l’arbre dans ma poitrine. Mais il se contenta d’absorber une quantité phénoménale de pouvoir magique, comme si de rien n’était. Cette attitude sans-gêne me fit bouillir de rage. Pourquoi ?
Je ne le compris que trop tard.
Et si cet arbre pensait que, à ce rythme, je ne réussirais jamais à entrer à l’université ?
Je m’affalai par terre. Même mon arbre ne croyait pas en moi. Mon talent était-il vraiment aussi lamentable ?
« Intéressant. Penser que l’arbre a conclu le contrat à ta place… »
Irian observa ma poitrine avec curiosité. Je ne pouvais plus cacher ce que je ressentais. Le visage déformé comme si j’allais pleurer, je la regardai.
« Bien, le contrat est conclu. Les leçons commenceront demain. »
Après ces mots, elle sirota son thé.
« Je resterai ici jusqu’au prochain examen, alors prépare ma chambre. Tout de suite. »
C’était comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Je la dévisageai, abasourdi.
Je n’avais prévu que de lui vendre tout un tas de marionnettes pour gagner de l’argent. En un clin d’œil, j’avais conclu un contrat bizarre et j’étais sur le point de perdre ma maison, en prime.
Mais je ne pouvais rien dire. Un contrat ne pouvait être conclu que si les deux parties étaient d’accord. Sauf que, dans mon cas, mon arbre l’avait fait à ma place.
Après avoir fini tout son thé, elle fronça légèrement les sourcils.
« Qu’est-ce que tu fais ? Allez, bouge. »
Au même instant, son pouvoir magique gronda. Mes sens se réveillèrent d’un coup.
Quoi qu’il en soit, c’était déjà fait. Peu importe ce que le contrat pouvait bien cacher, une chose était certaine : cette personne était professeure à l’université et elle m’y ferait entrer. Je devais la servir de mon mieux.
« Oui ! Je vais tout nettoyer, tout de suite ! »
Je me levai et réveillai les marionnettes que j’avais préparées. Je les avais sorties pour les vendre, mais j’allais maintenant les employer au nettoyage. Il fallait que j’aménage au plus vite un espace qui satisferait la professeure.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>