Chapitre 8
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 8
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Boum. Boum.
La tortue avançait, écrasant les bâtiments alentour sous sa masse écrasante. Les salauds drogués sursautèrent et s’éparpillèrent comme un troupeau de moutons.
À mesure que les bâtiments s’effondraient, les environs me parurent merveilleusement propres. Ah, voilà une vue parfaite pour un matin revigorant.
Une marionnette me versa du thé et me le tendit. Je l’acceptai, en bus une gorgée et en savourai l’arôme.
Et si je la faisais rouler, cette fois ? Sentant ma volonté, la tortue se retourna. Un tour, puis deux. Les bâtiments s’effritaient comme des biscuits.
Tout le stress que j’avais accumulé sembla se dissiper d’un coup. J’étais si heureux. C’était ça, la belle vie.
La tortue roula donc sur elle-même et dégagea proprement tout ce qui se trouvait dans un rayon d’environ un kilomètre. Ma boutique se dressait seule au milieu de cette plaine désolée. Contempler le spectacle depuis le toit me procurait un profond sentiment de bien-être.
J’y pensais depuis que j’avais installé ma boutique ici.
Tout raser aux alentours.
Je n’avais ni le mana ni la force de le faire moi-même, mais ma jolie tortue avait compris ce que j’avais au fond du cœur et avait tout détruit à ma place. Ce père en était profondément ému.
Bien sûr, c’était moi qui la contrôlais.
La tortue rugit. Le temps que je la fabrique et que je sorte, près de deux mois s’étaient écoulés. Le sentiment d’unité que j’avais éprouvé en la construisant n’avait été qu’un très bref instant d’éveil. Ensuite, mon lien avec elle s’était peu à peu affaibli, et il n’en restait désormais qu’une faible trace. Mais cela suffisait à la faire bouger.
La jeune pousse dans ma poitrine aimait tout particulièrement la tortue. Chaque fois que je la contrôlais, elle se glissait elle aussi dans ce lien et agissait comme une sorte de contrôleur. Grâce à elle, je n’avais qu’à diriger la tortue comme je pilotais des drones dans ma vie antérieure.
Au cours de ce processus, je sentis la jeune pousse former une nouvelle magie. J’ignorais quand elle mûrirait, mais dès que j’aurais accumulé assez de mana et d’éveil, elle donnerait naissance à une nouvelle magie innée.
Je contrôlai la tortue avec joie. Mes marionnettes habituelles possédaient leur propre cœur de mana ; je n’avais donc pas besoin de les diriger. C’était le résultat de ma quête d’une commodité absolue.
Comme j’avais toujours fabriqué mes marionnettes dans cet esprit, je m’étais dit que contrôler l’une d’elles de cette façon serait terriblement inefficace. Mais une fois l’expérience tentée, je trouvai la sensation différente. C’était plutôt satisfaisant. En plus, à mesure que je la contrôlais, les souvenirs de ma vie antérieure, dont le réveil s’était interrompu, semblaient peu à peu s’éclaircir. Était-ce parce que je faisais quelque chose de semblable ?
Quand la tortue eut fini son travail, je l’appelai et la fourrai dans ma poche spatiale. Même cette poche, qui m’avait paru infiniment vaste, était trop exiguë pour elle. Après avoir aspiré la créature jusqu’à sa limite, la poche spatiale devint incroyablement lourde.
Je bus mon thé en contemplant le paysage dégagé. Mm, cette tranquillité, c’était exactement le bonheur que je recherchais.
« Salut ! »
Une voix venait soudain du ciel.
Au même instant, quelque chose atterrit à côté de moi. Une odeur de fer m’envahit les narines. Je grimaçai et me bouchai le nez. C’était ce salaud à l’épée.
« Je suis passé il y a environ un mois, mais tu n’étais pas là. Puis j’ai entendu dire que tu faisais un truc amusant, alors je suis revenu ! »
C’était un homme d’âge mûr, musclé, avec cinq épées à la taille. Il était le chef des épéistes rassemblés au cœur des bidonvilles.
« Qu’est-ce que tu fiches ici, espèce de salaud à l’épée ? »
« Allez, pourquoi “salaud à l’épée” ? Je t’ai dit de m’appeler Evan. Ah ah ah ! »
Ce salaud essaya de me donner une tape dans le dos. La marionnette qui me servait le thé tendit le bras pour l’en empêcher. Sa main vola en éclats sur-le-champ. La sienne me frappa le dos comme si rien ne l’avait arrêtée. Mon corps vacilla. Quel porc musclé.
Je libérai les insectes volants. Ils foncèrent droit sur sa poitrine. Mais avant même d’exploser, il les attrapa et les écrasa dans un craquement sec. Il éclata de rire et me les renvoya.
J’empêchai les insectes de repartir à l’attaque et les rappelai à moi.
Bon sang, je n’avais aucune ouverture pour le vaincre.
Voilà pourquoi le combat n’était pas mon fort. À quoi bon apprendre des sorts d’attaque extraordinaires ? Des salauds comme lui n’avaient qu’à agiter leur épée pour tout faire disparaître. Maudits épéistes. Je détestais les épées plus que tout.
« Alors, qu’est-ce qui t’amène ? »
« Tiens. La marionnette que je t’ai achetée la dernière fois est encore cassée. »
Evan posa la grosse marionnette qu’il portait sur son dos. C’était une marionnette porteuse à quatre pattes, conçue uniquement pour le transport. Quand ce salaud l’avait-il achetée ? Il y a un an, peut-être ? Il avait aussi pris quelques pierres de mana contenant mon mana ; elle n’aurait donc pas encore dû casser.
Mais il prétendait qu’elle était cassée ? Je l’examinai du regard. Je remarquai alors plusieurs entailles nettes.
Je plissai les yeux. Ce salaud l’avait clairement tailladée.
« Espèce de salaud, combien de fois tu l’as éraflée ? »
« De quoi tu parles ? Elle est juste tombée en panne toute seule ! »
Je soulevai la marionnette dans les airs avec mon mana, puis la poussai juste sous son nez pour lui montrer les entailles.
« Tu ne vois pas ça ? À mes yeux, ce sont clairement les marques de ton épée. »
« Ah bon ? Je ne les vois pas vraiment… »
« Hein ? »
« Hum. Bon, je me battais contre des monstres. J’ai peut-être été emporté par le combat et je l’ai tailladée quelques fois. »
Je fronçai les sourcils. C’était impossible. Je l’avais programmée pour qu’elle s’enfuie loin dès qu’un combat éclatait dans les environs. Comme j’insistais, il finit par avouer ce qu’il me cachait.
« Eh bien, tu vois… C’était tellement confortable de monter sur son dos que j’ai fini par m’en servir souvent, même pendant les combats. Et voilà le résultat. Ah ah ah ! »
Ah, quel colosse. J’étais sur le point de perdre mon calme, mais je me retins. Il ne comprendrait rien, quoi que je lui dise. Je stimulai mon mana et réveillai plusieurs marionnettes dans la boutique. Elles montèrent sur le toit et emportèrent la marionnette porteuse. Elles la conduiraient elles-mêmes à l’atelier.
« Dix pierres de mana. »
« Oh là là, ce n’est pas un peu cher ? »
« Quinze pierres de mana. »
« Pourquoi tu augmentes le prix d’un coup ? »
« Vingt pierres de ma… »
« D’accord, quinze pierres de mana ! Quinze, c’est largement suffisant. Les voilà ! »
Ce salaud me lança une bourse. Je l’ouvris pour en vérifier le contenu. Mm, cette odeur de mana concentré. Elles n’étaient pas fausses.
« Reviens demain. »
En vérité, la réparation ne posait pas de problème. Le cœur de mana n’avait pas été endommagé ; il me suffisait donc de lui fabriquer un nouveau corps. Mais cet épéiste m’agaçait, alors je lui avais annoncé un prix exorbitant.
« Compris. Au fait, j’ai entendu une nouvelle intéressante. »
Evan sourit d’un air mauvais. Ça ne présageait rien de bon.
« J’ai entendu dire que tu avais rencontré notre fille au dernier examen ? »
Pffft. Je recrachai le thé que je buvais. Ce salaud gloussa.
Notre fille ? Ce salaud avait une fille ? Non, il parlait sans doute d’une membre de son organisation. Comme le père sur l’île, il considérait tous ses subordonnés comme ses fils et ses filles.
« Notre fille a réussi l’examen d’entrée à l’université cette année. Ça faisait presque trente ans que personne de notre famille d’épéistes n’y était entré. Tous nos frères se sont réunis pour fêter ça. Mm, et ton nom est venu sur le tapis. »
Mon mauvais pressentiment s’accentua. Si je l’écoutais plus longtemps, j’allais finir malade de rage. J’essayai de me boucher les oreilles avec du mana, mais c’était trop tard. Ses paroles s’y étaient déjà enfoncées.
« Elle a dit qu’elle avait réussi grâce à toi ! Apparemment, tu as fait exploser tout un tas de marionnettes, et elle a connu l’éveil en les découpant. Après ça, l’examen lui a paru très facile. Ah ah ah ! »
Putain, c’était cette garce à l’épée !
Le sang me monta à la tête et je lui lançai ma tasse de thé. Il l’évita sans difficulté.
Le monde était vraiment injuste. Certains échouaient après avoir tout donné, tandis que d’autres réussissaient pour avoir agité leur épée quelques fois. Bon sang, dire que j’étais devenu le tremplin de quelqu’un d’autre pour entrer à l’université.
« J’ai su que c’était toi dès que j’ai entendu parler des marionnettes. Avant de partir pour l’université, elle est venue avec moi pour te remercier, mais elle a été déçue de ne pas te trouver. Ah ah ! Tu séduis déjà une amie de plus de vingt ans ta cadette. Tu as de l’expérience, dis donc. »
C’était sa bouche, le problème. Je fusillai du regard cette bouche qui n’arrêtait pas de débiter des absurdités. Mais impossible de la faire taire. Quoi que je fasse, il n’en aurait rien à faire. Il était manifestement venu avec la ferme intention de se payer ma tête.
J’utilisai mon mana pour me boucher les oreilles. Pourtant, je ne savais pas par quel tour de passe-passe sa voix continuait de transpercer ma barrière. Bon sang.
« Mais tu vois, j’y ai un peu réfléchi, et tu as échoué dix fois, maintenant, non ? Je voulais te réconforter un peu, pour fêter le passage à deux chiffres. Bien sûr, notre fille, elle, a réussi du premier coup. Hum ? Dès que j’ai vu cette gamine, j’ai compris tout de suite. Ah, voilà un talent qui n’a rien à faire ici. »
Mon esprit commença à s’embrumer. Ce salaud se vengeait-il parce que j’avais augmenté le prix des pierres de mana ?
« Bien sûr, je ne dis pas que toi, tu as ta place ici. Je parlais seulement de notre fille. Ouah ah ah ! »
Son rire tonitruant résonna dans mes oreilles.
« Fiche-moi la paix, maintenant ! »
Je criai et tentai de sauter du toit. Mais ce salaud se précipita sur moi et m’attrapa. Il bougea si vite que la marionnette n’eut même pas le temps de réagir. Pris de panique, je me débattis dans tous les sens, mais je ne parvins pas à me dégager.
« Tu devrais écouter toute l’histoire avant de partir, mon ami. Bien sûr, moi aussi, j’ai intégré l’université à ma troisième tentative. Mais, en vérité, beaucoup de mages de cette rue se démènent pour y entrer, non ? Parmi eux, tu sors plutôt du lot. Mais j’imagine que c’est un peu décevant. Ta magie a quelque chose d’humide, tu vois. »
Suspendu à la main de ce salaud, je n’eus d’autre choix que d’écouter son interminable discours. Je ne pouvais même pas m’évanouir. Le mana qu’il dégageait me secouait la tête et me tenait éveillé.
Je fus forcé de l’écouter sans bouger pendant plus de trente minutes.
J’avais vraiment les oreilles en sang et les yeux injectés de sang. Putain, putain, putain.
Maudit épéiste. Je détestais les épéistes. Ils méritaient tous de mourir.
Après avoir parlé pendant des heures, ce salaud sembla enfin satisfait et s’arrêta.
Je m’effondrai sur place. Je n’avais même plus la force de protester. Voilà pourquoi la force comptait pour un mage. Quand on était puissant, on pouvait maltraiter ses inférieurs sans retenue. Qui allait protester parce qu’on tourmentait des fourmis sous ses pieds ? Bon sang, rien que parce que c’était tellement injuste, je deviendrais sans faute plus fort que toi.
Je fusillai du regard ce salaud, qui souriait, satisfait. Il remarqua peut-être mon regard, car il éclata de rire encore plus fort.
Après avoir ri un moment, il regarda autour de lui et baissa la voix.
« Tout ça, ce n’était qu’une blague. Plus important, j’ai une nouvelle pour toi. »
Une blague ? On appelait ça une blague, après avoir failli tuer quelqu’un ? Pourtant, ce qu’il dit ensuite me coupa même le souffle.
« L’Exploratrice est de retour. »
Cette personne terrifiante était ici ? Mon corps se mit à trembler de lui-même.
À l’origine, les bidonvilles étaient partagés entre deux organisations : le salaud à l’épée qui se tenait devant moi, et les salauds drogués qui transformaient les gens en drogues et les consommaient.
Les gens qui se traînaient par terre avaient été les esclaves des drogués. D’après ce que j’avais entendu, cette situation durait depuis près de cinquante ans.
Puis, il y a trois ans, les drogués disparurent tous subitement. Aucune nouvelle. Ils s’étaient tout simplement évaporés en une nuit. Tout le monde était terrifié et s’était agité pour découvrir ce qui s’était passé.
Je fus le premier à apprendre la vérité. La personne qui avait fait ça était venue directement me le raconter dans ma boutique.
Ils l’avaient attaquée sans raison, alors elle les avait tous tués. Je n’avais toujours pas oublié la façon dont elle s’était plainte que sa marionnette avait été cassée dans la confusion.
Elle venait parfois acheter des marionnettes dans ma boutique. Je savais que c’était une mage puissante, mais j’ignorais qu’elle l’était à ce point.
D’après les rumeurs que ces salauds avaient ensuite recueillies ici et là, les drogués avaient convoité le trésor que possédait l’Exploratrice. Ils l’avaient attaquée, puis avaient disparu. Voilà tout.
Dans le monde de la magie, ce genre de choses arrivait assez souvent. Une organisation, un village ou un château pouvait disparaître en une nuit. Mais quand ça se produisait près de chez moi, c’était une autre histoire. Depuis, tout le monde dans les bidonvilles surveillait de près les déplacements de l’Exploratrice.
Heureusement, elle était repartie comme si de rien n’était, et tout le monde avait poussé un soupir de soulagement.
Et voilà qu’elle revenait.
« Hum. Il semblerait que cette personne aime beaucoup tes marionnettes. Je suis venu te prévenir au cas où tu ferais encore une bêtise. Elle arrivera bientôt. »
Je compris pourquoi ce salaud m’en parlait.
Ils avaient trop peur de l’accueillir eux-mêmes et voulaient que je m’en charge. Je n’avais rien à répondre à ça. Evan disait vrai. Chaque fois qu’elle venait dans les bidonvilles, une fois tous les deux ou trois ans, elle m’achetait une grande quantité de marionnettes.
Hein ?
À bien y réfléchir, pourquoi aurais-je dû me sentir accablé ? Aucune raison. Je devais simplement lui être reconnaissant. Elle achetait toujours beaucoup de marionnettes et, en plus, elle avait éliminé les drogués qui venaient parfois me réclamer de l’argent pour ma protection.
« D’accord. Si elle te cherche, envoie-la me voir. Je l’accueillerai comme il se doit. »
Je le dis comme si je lui rendais service. Toute ma tension retomba. Un sourire détendu s’étira sur mes lèvres.
Evan me regarda comme si j’étais bizarre, mais je m’en fichais. Je devais descendre tout de suite et bien nettoyer la boutique. Il fallait que je fasse très bonne impression à cette invitée de marque ! Je me précipitai dans la boutique. Evan dit quelque chose derrière moi, mais je fis semblant de ne pas l’entendre.
Mm, qu’est-ce qu’elle achèterait, cette fois ? Je devrais essuyer toutes les marionnettes avant son arrivée. Les choses propres étaient plus agréables à regarder, non ? Il fallait que je gagne beaucoup, cette fois. C’était l’occasion de me faire de l’argent !
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