Chapitre 6
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 6
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Mes yeux s’ouvrirent d’eux-mêmes, baignés par une lumière qui réchauffait mon corps. Le soleil était déjà levé, dehors. C’était déjà le matin ?
Mon corps s’était raidi et refusait de bouger. J’avais dû trop boire la veille. Mon esprit était réveillé, mais mon corps restait englué dans les rêves, s’y enfonçant sans fin. Sans doute à cause du cauchemar. J’avais entendu dire que ça arrivait à tous ceux qui buvaient des cauchemars. Je ne paniquai pas et fis circuler mon pouvoir magique. Celui-ci s’insinua au plus profond de mon corps rigide.
Je m’en servis pour forcer mon corps à bouger. Affalé contre le mur, il se redressa d’un coup. Un craquement retentit, accompagné d’une vive douleur. Je la supportai et commençai quelques étirements simples. Mon corps, pas encore tout à fait réveillé, se mit à protester. Pas de pitié. J’étais déjà très en retard.
Il fallait que j’ouvre vite la boutique. Il me fallait de l’argent. C’était le seul moyen de pouvoir passer l’examen de l’année prochaine, moi aussi.
L’examen de l’année prochaine. Bon sang, j’étais vraiment dans la merde. Je forçai mon corps à bouger et tentai d’oublier l’examen en me concentrant sur la douleur. Impossible de me le sortir de la tête. La blessure au cœur faisait plus mal que celle du corps.
C’était la dixième fois que je le passais. Jamais je n’aurais imaginé m’y présenter aussi longtemps.
Lors de mon premier examen d’entrée, j’étais fier de moi, persuadé d’être un génie. Bien sûr que j’allais réussir, pensais-je. Et puis, je fus éliminé à la vitesse de l’éclair.
« Hum, comme prévu, les portes de l’université sont difficiles à franchir. »
Je faisais le malin, mais j’étais complètement paniqué. Ma première pensée avait été : Comment diable quelqu’un peut réussir ça ?
La deuxième fois arriva. Éliminé, encore. Moi, un génie ?
« Mon royaume n’est pas encore assez avancé. Je devrais le faire progresser et réessayer. »
Comme je l’avais dit, le royaume de Germination, où je n’avais fait que fleurir la pousse que je possédais déjà, ne m’avait pas donné assez de pouvoir magique pour tenir jusqu’au bout de l’examen. Alors, je fis progresser mon royaume et fis pousser un jeune arbre. J’avais élevé d’un coup le rang de mon arbre. Comme prévu, j’étais un génie. Certain de réussir, je me présentai pour la troisième fois.
J’échouai.
J’échouai, encore et encore.
Au bout de cinq ans à tenter l’examen, je finis par m’en rendre compte. Je n’étais pas un génie.
Comme les autres mages qui vivaient dans cette rue, je n’étais qu’un pauvre type ordinaire qui rêvait de mettre un pied à l’université.
Dix années passèrent ainsi.
Je survivais toujours tant bien que mal dans cette rue.
Et à partir d’aujourd’hui commençait ma onzième année de tentatives.
Bon sang.
Je bougeai et ouvris la porte de la boutique. Une brise fraîche entra, mêlée à une odeur de renfermé. L’argent. Il fallait que je gagne de l’argent. Mon corps devait enfin se réveiller, car je sentis peu à peu mes forces revenir. Je m’étirai de tout mon long et regardai autour de moi. Le paysage familier s’offrit à mes yeux.
La plupart des bâtiments étaient à moitié effondrés, et des gens qui ressemblaient à des cadavres gisaient, mous, dans chaque ruelle. Comme toujours, c’était un matin ordinaire : les gens traînaient par terre comme des déchets.
Ah, celui-là était un vrai cadavre. Il avait dû mourir de froid pendant la nuit. J’envoyai un insecte volant marionnette le fouiller discrètement. On l’avait sans doute dépouillé pendant la nuit, car il ne lui restait pas une goutte de pouvoir magique. J’avais cru trouver de l’argent gratuit dès le matin. Quel gâchis.
Je poussai le cadavre au fond de la ruelle. Si je m’en débarrassais à la va-vite comme ça, ceux qui avaient besoin de corps viendraient le récupérer eux-mêmes.
Pour bien commencer la journée, je devais faire quelque chose.
Il fallait d’abord que je corrige ce salaud. Ce maudit vendeur d’alcool. Voilà pourquoi on ne pouvait pas faire confiance aux démons des rêves.
Comment osait-il me vendre de la bière coupée avec des cauchemars ? Je ne pouvais pas laisser passer ça. Avant que d’autres victimes innocentes comme moi ne se présentent, j’allais lui régler son compte ! De toute façon, j’avais besoin d’un démon des rêves, alors ça tombait parfaitement.
Je verrouillai la porte de la boutique et me mis en route. Où pouvait-il être à cette heure-ci ? Sûrement sous terre, à vendre son alcool. Je traversai les bâtiments à moitié effondrés en direction du quartier où se regroupaient ceux qui tenaient encore à peu près debout.
Plus je m’en approchais, plus je voyais de mages en vie et en mouvement. Cet endroit, qui avait au moins l’air habité, était le centre de ce bidonville. Les gens traînaient encore par terre, mais au moins, aucun cadavre à l’horizon. Ceux qui semblaient sur le point de mourir se faisaient jeter dehors.
Je me dirigeai vers le plus grand bâtiment du quartier. Un homme, une épée à la taille, était adossé à la porte et mâchonnait du tabac en vrac. Il faisait partie du gang qui régnait sur cette rue. Je sentais un léger pouvoir magique émaner de son épée. Il devait garder l’entrée.
Je détestais les manieurs d’épée plus que tout. N’importe quel mage les détesterait, évidemment. C’étaient des fous qui faisaient pousser des épées à la place des arbres. Leur vie était courte, mais ils étaient d’autant plus puissants. À l’examen, l’un d’eux avait d’ailleurs anéanti toutes mes marionnettes.
À ce souvenir cauchemardesque, mon visage se crispa. Je passai devant lui et entrai dans le bâtiment. En le frôlant, l’odeur de fer propre aux manieurs d’épée me piqua le nez. Beurk, quelle puanteur. Je me pinçai le nez et m’enveloppai de pouvoir magique. C’était une autre raison pour laquelle je les détestais. Ils laissaient leur pouvoir magique se répandre comme ça. Aucun savoir-vivre. Rien du tout.
L’intérieur était bondé. Ils étaient tous mages. Tous ceux du coin passaient par ici. C’était une agence de contrats gérée par le gang. Je venais souvent, moi aussi. On y trouvait facilement le matériel nécessaire à la fabrication de marionnettes.
C’est vrai. Comme mes marionnettes avaient été presque toutes détruites, il fallait aussi que j’en fabrique de nouvelles. Je griffonnai rapidement quelques matériaux courants et accrochais le papier au tableau. J’y avais indiqué l’adresse de ma boutique, alors on viendrait me trouver. Je saluai d’un signe de tête les gens dont le visage m’était vaguement familier, puis me dirigeai vers l’escalier au fond de la pièce. Il s’enfonçait dans le sol et continuait loin sous terre. Après avoir descendu un bon moment, j’arrivai dans un vaste espace.
Il y avait encore plus de monde dans cet espace qu’à l’étage. C’était un marché souterrain, construit pour se protéger des bêtes magiques. Comme le commerce de marchandises imprégnées de pouvoir magique attirait forcément ces créatures, on avait creusé sous terre pour se prémunir contre elles. Si nous avions été à l’intérieur des murs, nous n’aurions pas eu besoin de nous cacher pour faire du commerce.
Le voilà, ce salaud.
Je le repérai tout de suite. Un vendeur chauve essuyait son crâne luisant d’une main tout en servant un client. Tout autour de lui s’étalaient les alcools qu’il avait fabriqués. Si je m’approchais, l’odeur d’alcool devait être partout. Je m’étais moi aussi laissé avoir et lui avais acheté plusieurs bouteilles de bière à prix d’or.
Je sortis de ma poche quelques insectes volants marionnettes. Quand je leur insufflai du pouvoir magique, leur cœur se mit à battre et ils s’envolèrent. Les insectes disparurent sans un bruit et se postèrent en embuscade tout près. Je m’avançai à mon tour.
« Hé, regarde-moi deux secondes. »
Je donnai un léger coup de pied dans l’alcool qu’il avait exposé. Les bouteilles tombèrent les unes après les autres, comme des dominos. Le vendeur s’approcha, le visage tout froncé. Ce crâne luisant me tapait vraiment sur les nerfs.
« Tu arnaques encore les gens, tête d’œuf ? »
« Pourquoi tu cherches à foutre en l’air mes affaires, vieux taré aux marionnettes ? »
« Taré aux marionnettes ? C’est vraiment toi qui dis ça, alors que tu baises l’alcool que tu brasses ? »
Son visage blêmit.
« Q-Qu’est-ce que tu racontes ? Quand est-ce que j’ai fait ça ? »
Il balbutia. Les gens autour de nous, qui avaient entendu, affichèrent un air gêné. Ils regardèrent chacun l’alcool qu’ils étaient en train d’examiner, puis commencèrent à le reposer.
« C’est un malentendu, un malentendu ! Je n’ai jamais fait ça ! »
Il essaya de les rappeler à la hâte, mais tout le monde avait déjà perdu l’appétit et s’éloignait, l’air d’avoir mordu sa langue. Le visage du vendeur se tordit de colère. Déjà laid, il devint encore plus féroce. Il s’approcha et baissa la voix.
« Tu avais promis de ne rien raconter ! Je t’ai même donné des pierres de mana pour que tu te taises. »
Ah oui. C’était il y a deux ans, environ ? J’avais vu ce salaud faire ça de mes propres yeux. Ça m’avait profondément choqué. Le souvenir me revint et je faillis avoir un haut-le-cœur. Je calmai mon estomac retourné et enfouis de nouveau cette image tout au fond de ma mémoire. Je ne m’en souviendrais plus jamais.
« Si tu avais tenu ta promesse, je n’aurais rien dit. C’était quoi, déjà ? De l’alcool rempli de bons rêves, rien d’autre ? Tu m’avais dit que je ferais de beaux rêves si j’en buvais ? J’en ai bu hier et j’ai failli crever sur place, espèce d’ordure. »
Je lui claquai le crâne. Il se frotta l’endroit que j’avais frappé et resta planté là, hagard, avant de tressaillir.
« On dirait que tu t’en souviens. Je crois que je l’ai acheté il y a trois ans. Cet alcool pour lequel je t’ai payé une dizaine de pierres de mana. Je t’avais bien prévenu à l’époque : si tu y mélangeais quoi que ce soit de bizarre, je te battrais à mort. »
Il recula discrètement d’un demi-pas. Il essayait de s’enfuir ? Même pas en rêve. Les insectes avaient déjà encerclé les lieux sans laisser la moindre ouverture. Les insectes volants cachés se mirent à battre des ailes. Plusieurs couches de magie explosive flottaient sur leur dos. S’il continuait à penser à fuir, il finirait en cendres avec ses marionnettes.
Il jeta un coup d’œil aux marionnettes, puis s’affaissa lentement sur place. Les insectes volants se posèrent en même temps que lui. Je le fusillai du regard pour lui faire comprendre que s’il recommençait, je le ferais exploser sur-le-champ.
« Tu as toujours ces saloperies de marionnettes… »
« Quoi ? »
Des saloperies ? Ces trésors me faisaient vivre depuis que j’avais fui l’île. Sans ces insectes explosifs, je ne serais pas en vie aujourd’hui. Comment pouvait-il dire une chose aussi cruelle à ces adorables petits bouts ?
J’en fixai cinq ou six sur le dos du vendeur. Si les insectes volants explosaient maintenant, le haut de son corps partirait avec eux. Quand ils battirent des ailes, le chauve se mit à suer à grosses gouttes.
« Nos petits chéris sont tristes, maintenant. »
« Pardon, pardon ! Je voulais dire qu’ils étaient formidables, j’ai dû mal m’exprimer. A-Ahaha ! »
Il cria en riant d’un air embarrassé. J’arrêtai les insectes. Profitant de ce qu’il se détendait, je lui écrasai la jambe d’un coup de pied pour l’empêcher de bouger à sa guise.
« Alors, tu en as mélangé combien ? »
« Hum, je ne vois pas du tout de quoi tu parles… »
« Si tu ne sais pas, tu vas mourir. »
J’ordonnai aux insectes de s’autodétruire. Le bruit de leurs ailes s’amplifia.
« J’en ai mélangé ! Juste un peu ! »
Il cria, paniqué. Cet idiot n’avait donc rien appris ? Il savait pourquoi j’étais venu et faisait pourtant semblant de ne pas comprendre. C’était juste une question d’intelligence.
« Ouais, quand j’en ai bu, c’était du pur cauchemar. Tu en as mis combien ? »
« Juste un peu de cauchemar. Le reste, c’était vraiment des rêves heureux. Je te jure, je n’en ai ajouté qu’assez pour que personne ne le remarque, alors comment tu as pu… »
« Espèce de petit con, qu’est-ce que tu racontes, personne ne l’aurait remarqué ? À peine j’en ai bu que j’ai été entraîné tout droit dans un cauchemar. »
Je lui flanquai une violente claque sur le crâne. Le claquement retentit et une marque rouge apparut sur sa tête. C’était peut-être le premier démon des rêves à être complètement chauve. Les autres démons des rêves avaient l’air normaux, alors pourquoi celui-là était-il comme ça ? Difficile de croire que ce salaud n’avait que vingt ans.
Je continuai à lui taper sur le crâne. Même lorsqu’il fut rouge comme s’il avait été teint, je ne m’arrêtai pas. J’avais beau le frapper, ma colère ne retombait pas. Je regardai le vendeur, dont le visage s’était décomposé comme s’il allait fondre en larmes.
« Bon. Je vais te laisser le choix entre deux options. »
Je levai deux doigts.
« La première, c’est que je te coupe un morceau. Je n’ai besoin que d’une main. Il me fallait justement des rêves ; si je me fais un gant avec ta main, je pourrai les ramasser moi-même. »
Son visage vira au bleu. Son crâne avait enflé et rougi, mais son visage était devenu blême : le spectacle était assez saisissant. Quand je le vis essayer d’ouvrir la bouche, je fis claquer mes doigts. Les insectes qui attendaient fondirent sur lui et la lui bouchèrent.
« Tu dois aussi entendre l’autre option. »
Je repliai un doigt et agitai l’autre.
« Tu me fais don d’une partie de ton arbre. Pas au point de causer de sérieux dégâts, juste assez pour que tu puisses encore travailler. Avec ça, je pourrai cultiver une marionnette de démon des rêves. »
Son visage devint complètement blanc. Quand j’écartai les insectes qui lui bouchaient la bouche, ses yeux roulèrent dans tous les sens, comme s’il cherchait une occasion de fuir.
« Ah, si tu t’enfuis, je prends les deux. »
Il s’affaissa. Quiconque m’arnaquait me le rendait au décuple. C’était la règle que je m’étais fixée après mon arrivée dans cette ville. Si l’alcool qu’il vendait avait été normal, j’aurais peut-être fini par revenir lui acheter une autre bouteille.
Ce salaud m’avait eu et entraîné dans un cauchemar. On disait qu’environ un mage sur mille, une fois plongé dans un cauchemar, n’en revenait jamais. Quelle chance affreusement dangereuse !
« Je te laisse dix secondes. Si tu n’as pas choisi d’ici là, je t’arrache les deux. »
« L’arbre ! Je choisis l’arbre. »
Il cria. Je lui fis signe du menton de s’exécuter sur-le-champ. Le chauve eut un rire creux, puis ferma les yeux et fit circuler son pouvoir magique. Le pouvoir magique gris, propre aux démons des rêves, s’agita lentement, puis il cracha une tige grise.
Je sortis une bouteille de pouvoir magique et l’y recueillis aussitôt. Dans la bouteille remplie de pouvoir magique liquide, la tige se stabilisa peu à peu. C’était un fragment de pousse qui n’était pas encore devenue un jeune arbre. Je sentais bien que son pouvoir magique était légèrement différent de celui d’un humain.
« La plupart des gens auraient sacrifié leur corps. Intéressant. »
Je dis cela en la glissant sous mes vêtements. Si j’avais demandé à d’autres mages de choisir entre les deux options, cent sur cent auraient sacrifié une partie de leur corps. L’arbre, c’était tout pour un mage. Ce salaud semblait tenir davantage à son corps. Était-ce parce que c’était un démon des rêves ?
« On peut faire pousser un arbre de nouveau, mais une main, ça ne repousse pas. C’est mon gagne-pain. »
Il grommela. Puisque j’avais obtenu tout ce qu’il me fallait, je le laissai partir. Quand je fis signe aux insectes, ils se glissèrent dans les larges plis de ma robe. Le chauve s’effondra et soupira.
« Pas étonnant que j’aie eu des picotements derrière la tête aujourd’hui. »
Il ouvrit une bouteille d’alcool sur place. Une délicieuse odeur se répandit, mais je n’y prêtai pas attention et me redressai. Comme si j’allais être assez fou pour boire encore l’alcool de ce salaud. Je m’étirai de tout mon long. Mmm, ça faisait du bien. Comme prévu, il fallait régler les choses dès qu’elles nous venaient à l’esprit. Et avec cette petite séance d’exercice matinale, la journée s’annonçait pleine d’énergie !
Puisque j’étais venu jusqu’ici, j’envisageai de faire un tour du marché, mais un rapide coup d’œil suffit pour constater qu’il n’y avait qu’un tas de trucs sans valeur. Je reviendrais quand une vente aux enchères aurait lieu.
Je quittai le marché et remontai à la surface par l’escalier qui menait dehors. Il ne me restait plus qu’à retourner à la boutique et à me mettre au travail.
J’avais beaucoup à faire. J’avais laissé la boutique sans surveillance pendant deux semaines à cause de l’examen : les commandes s’étaient accumulées, et je devais réparer les marionnettes qui avaient toutes été réduites en miettes pendant l’épreuve. Pas le temps de traîner !
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