Chapitre 50
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 50 : 50
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« J’ai déjà fini de le lire ? »
Je baissai les yeux sur la feuille que je tenais. Grâce à tous les sorts de protection et de préservation que je connaissais, superposés les uns aux autres, elle était plus dure que l’acier.
Elle résisterait probablement même si la tortue marchait dessus, et j’étais certain qu’elle serait encore exactement dans cet état dans cent ans.
Je caressai délicatement le coin de la feuille. J’avais l’impression de commencer à peine ma lecture, et pourtant, j’en étais déjà de nouveau à la fin.
Je me demandai combien de temps cela avait pris. Sentant ma volonté, un insecte-miroir flotta jusqu’à moi et m’indiqua l’heure. Il était quatre heures.
Cette lecture attentive m’avait pris deux heures. Deux heures pour lire une seule feuille. Si je m’étais contenté de la parcourir, j’aurais probablement pu la finir en moins de dix minutes.
Mais dès que je posais les yeux sur ces lignes, impossible de les en détacher, pas même pour une seule lettre. C’était la lecture la plus rapide que j’aie jamais faite.
Je me rappelai la première fois que je l’avais lue. C’était deux semaines plus tôt, sur le chemin du retour depuis la tour du professeur Heisen. Par curiosité, j’avais déplié la feuille. Quand j’avais repris mes esprits, j’étais ici. Près de deux jours entiers s’étaient évaporés.
Je fermai les yeux et repassai lentement dans ma tête ce qui était écrit sur la feuille. Mon admiration renaquit.
Je l’avais déjà lue trente fois, mais elle recelait encore quantité de choses qui m’avaient échappé jusque-là.
Comment une seule feuille pouvait-elle contenir autant de choses ? J’avais du mal à le croire.
J’ouvris doucement les yeux. L’écho de ces lignes résonnait encore en moi.
Avant que cette révélation ne s’efface complètement, je décidai de la lire encore une fois. Je repris depuis la toute première ligne. Le temps disparut en un instant, et l’arbre dans ma poitrine assimila de nouvelles connaissances et grandit.
Quelle beauté, ce texte.
Je lisais, réfléchissais et comprenais. Ce processus se répéta d’innombrables fois. Ce ne fut qu’une fois arrivé au bout que je compris enfin la majeure partie du texte.
Une puissante énergie emplit tout mon corps. J’ouvris et refermai la main. Une racine robuste, qui n’avait pas été là auparavant, s’y était infiltrée.
Cette racine se répandait dans tout mon corps et s’était assimilée à moitié à mon ombre. Elle possédait une étrange qualité qui faisait coexister le tangible et l’illusoire. J’avais l’impression que cette racine avait tissé ensemble non seulement mon corps, mais aussi mon âme et mon esprit.
J’observai l’intérieur de ma poitrine. Un arbre gigantesque s’y dressait. Son apparence misérable d’autrefois avait disparu sans laisser de trace.
Jusqu’ici, l’arbre avait étoffé son propre corps en entrelaçant d’innombrables prises de conscience. Il avait non seulement retrouvé sa forme d’origine, mais avait aussi grandi davantage.
Mon stade avait progressé et ma fondation s’était considérablement élargie ; il pouvait enfin se tenir droit.
À ses pieds, l’ombre s’étendait, légère. L’arbre d’ombre avait gagné en profondeur, en largeur et en confort. Il s’était établi dans ma fondation, faisant scintiller les étoiles qui s’y trouvaient.
Le mélange des deux évoquait un arbre poussant dans le ciel nocturne. C’était la forme dont j’avais rêvé, celle que mon arbre désirait.
Pourtant, je ne pouvais pas encore me contenter de ça.
Ce texte m’avait appris qu’il me manquait trois choses.
Je manquais de pouvoir magique, mes connaissances étaient superficielles et ma volonté était faible.
Le professeur Heisen avait inscrit une méthode de respiration toute simple dans le texte. Elle s’appelait Racine d’ombre.
La méthode de respiration que j’avais utilisée jusque-là m’avait été enseignée par Ojo. C’était la Méthode de respiration de l’accumulation des nutriments, une méthode connue de tous les mages.
À vrai dire, elle n’était même pas adaptée au royaume de la Jeune pousse. Je l’avais apprise au temps de la Germination, après tout.
Malgré tout, je n’avais rassemblé du pouvoir magique qu’avec cette méthode jusqu’à présent. Je n’avais tout simplement aucun moyen d’en obtenir une plus efficace.
Avant d’arriver à l’université, je n’avais jamais vu la moindre méthode de respiration. Comment un mage errant aurait-il pu en trouver une ?
Une méthode de respiration était un trésor façonné au fil de longues années ; on ne pouvait donc pas l’acheter avec quelques pièces d’or.
Voilà pourquoi les mages errants continuaient à respirer selon des méthodes médiocres, même lorsque leur stade progressait. J’étais pareil.
À l’université, je pouvais au moins les consulter. Le problème, c’était leur prix exorbitant. Même la méthode de respiration la plus élémentaire coûtait plus de dix mille points, et le prix grimpait encore quand elle permettait de sauter davantage de stades.
La professeure Irian m’en avait en fait enseigné quelques-unes au fil du temps. Mais les méthodes de respiration qu’elle m’avait données étaient bien trop avancées.
À l’époque comme aujourd’hui, elles étaient pleines de notions que je ne pouvais pas comprendre. Elle ne connaissait rien de plus élémentaire. Après tout, elle ne collectionnait que des choses de valeur.
Pour moi, cette méthode de respiration était une pluie bienfaisante au cœur de la sécheresse.
Grâce à elle, mon arbre s’était de nouveau enraciné dans tout mon corps et s’était mêlé à mon ombre. C’était ainsi qu’il avait pu prendre sa forme actuelle. De cette manière, j’avais pu compenser une partie de mon manque de pouvoir magique.
Et les connaissances, alors ? La magie commençait par le savoir. Si l’on ignorait quelque chose, on ne pouvait pas pratiquer la magie, aussi grand soit son pouvoir magique.
Avant ma rencontre avec la professeure Irian, je savais très peu de choses. Je n’avais étudié que quelques sorts qui traînaient dans la salle des ventes souterraine, puis je les avais remaniés pour en faire une magie utilisable. Je n’avais jamais osé envisager d’aller plus loin.
La professeure Irian m’avait appris beaucoup de choses, à moi qui ne savais presque rien : la magie, les connaissances, l’histoire, et bien d’autres sujets. Les livres qu’elle me lançait traitaient de tout cela. Grâce à eux, j’étais devenu un mage plutôt compétent.
Mais c’était seulement en dehors de l’université. Ici, je n’étais qu’un mage ordinaire de bas niveau. Comparées à celles des autres, mes connaissances étaient superficielles et insignifiantes.
À quel point la magie que j’avais créée devait-elle être rudimentaire ? En examinant le simple schéma que le professeur Heisen avait tracé de ma magie de génération d’ego, je découvris d’innombrables pistes d’amélioration.
Le professeur Heisen avait ajouté un conseil en dessous. Si je renonçais à apprendre, je ne pourrais pas progresser.
À bien y réfléchir, il avait raison. Depuis mon arrivée à l’université, combien de sorts avais-je vraiment appris ? J’avais à peine le souvenir d’en avoir découvert de nouveaux.
Les dernières choses que j’avais lues n’étaient que quelques vieux livres de magie rangés dans la bibliothèque du troisième étage. Même alors, je m’étais contenté de les parcourir rapidement, sans jamais les étudier sérieusement.
Depuis mon arrivée à l’université, j’avais oublié tout ça, trop occupé à survivre au jour le jour.
Et puis, il y avait la faiblesse de ma volonté.
La volonté dont il parlait n’était pas la mienne, mais celle des êtres créés dans l’ombre. Cela se rattachait aussi au sujet qu’il avait abordé plus tôt.
Comme je manquais de pouvoir magique, celui qui les constituait était lui aussi insuffisant. Comme mes connaissances étaient superficielles, la magie qui les façonnait était médiocre.
Et comme ma volonté était faible, la branche de l’arbre en leur centre ne contenait, elle aussi, qu’un pouvoir faible. Voilà pourquoi seules des volontés aussi ténues avaient fini par naître.
Il avait décrit une méthode pour cultiver ces volontés. Le texte était nourri de ses tâtonnements et de ses expériences.
À force de ressasser sans fin le contenu de cette feuille, je compris ce qui me manquait et comment je devais aller de l’avant.
Je m’inclinai devant la feuille, en adressant toute ma gratitude au professeur Heisen.
Je devais cultiver ces volontés semblables à des étoiles, incrustées en grand nombre dans l’arbre d’ombre. Plus elles grandiraient, plus mon arbre et ma magie singulière deviendraient complets.
Si j’atteignais le bout de ce chemin, je pourrais peut-être entrevoir le royaume suivant. C’était ce que je pressentais.
Restait à savoir comment les faire grandir.
Quand j’avais appris à cuisiner, ces egos s’étaient eux aussi un peu familiarisés avec la cuisine. Quand j’avais manipulé des marionnettes, ils avaient aussi appris à s’en servir.
Ainsi, ces egos grandissaient en se nourrissant de mes expériences et de mes connaissances. Pour cela, j’apprenais et étudiais toutes sortes de choses.
Mais ça ne suffisait pas. Je n’avais qu’un seul corps, et même des centaines d’années ne suffiraient clairement pas à les faire tous grandir. Autrefois, face à cette situation, je m’étais senti complètement perdu.
Dans son texte, le professeur Heisen m’avait montré une réponse claire. C’était aussi quelque chose que j’avais moi-même observé tout au long de ses cours.
Pendant ses cours, il avait distribué des ombres à de nombreuses personnes. Ces ombres absorbaient les expériences et les connaissances de chacun, créant des formes parfaites qui leur ressemblaient.
En faisant un simple calcul, soixante mille mages avaient élevé des ombres en mille ans. Il avait réparti celles-ci en deux catégories : réussies et ratées.
Les ombres qui échouaient et qu’on récupérait se fondaient toutes dans le monde des ombres. Elles devenaient alors une masse d’ombre plus parfaite et formaient ce monde.
Les ombres qui réussissaient restaient auprès de leur propriétaire et continuaient à grandir. À la mort de celui-ci, elles retournaient dans le monde des ombres, avait-il expliqué.
En découvrant cette structure simple dans le texte, je fus profondément impressionné. J’ignorais qu’une méthode aussi parfaite existait. Si je ne pouvais pas y arriver seul, il me suffisait de faire participer les autres.
Je devais reproduire cette méthode.
Mais comment m’y prendre ? Cette méthode était l’élément essentiel. Je ne pouvais pas créer des ombres parfaites comme le professeur Heisen, ni façonner un espace comme le monde des ombres.
Mais je compris vite que cette inquiétude ne servait à rien. J’en avais déjà réalisé une petite partie grâce aux marionnettes.
Des gens plus doués que moi séjournaient en ce moment même dans cette tour et cultivaient des ombres. Celles-ci résidaient dans des marionnettes et observaient leur propriétaire.
En les observant, elles adoptaient les formes que leur propriétaire souhaitait. Butler, la marionnette de la professeure Irian, l’avait fait, tout comme l’ours en peluche de Cassian.
Plus leurs propriétaires leur accordaient d’attention, plus elles grandissaient. Ainsi, leurs faibles volontés absorbaient les expériences et les connaissances de leurs propriétaires et prenaient des formes bien distinctes.
Il restait pourtant un problème.
Cette transformation était bien trop subtile. Il me fallait un moyen de l’amplifier un peu.
Je trouvai cette possibilité dans l’insecte-miroir.
Le forum. J’allais m’en servir. Si je les faisais écrire là-dessus, tout s’accumulerait sûrement dans mon arbre d’ombre.
Même les choses insignifiantes feraient l’affaire. Tant que j’en mettais autant que possible, l’ego qui les observait grandirait lui aussi.
Notes :
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