Chapitre 47
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 47
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Je tapotai doucement la table, perdu dans mes pensées. J’avais dessiné une carte sommaire, inutile donc de ressortir. Après tout, je ne pouvais pas explorer seul toute cette immense zone.
Les bêtes magiques continuaient de se précipiter vers le cercle qui nous entourait. Mais rien ne pouvait franchir cet étrange cercle flottant dans les airs. Sans un bruit, elles se scindaient simplement en deux et s’effondraient.
À l’intérieur du cercle, tout était parfaitement calme. Seul le bruit de mes doigts tapotant la table résonnait. Cassian prit une gorgée de thé. Les yeux fermés, elle en savourait l’arôme.
En la regardant, mes sourcils tressaillirent légèrement. Quelque chose me dérangeait. Je le cachai et pris la parole.
« Beaucoup de gens sont venus pendant mon absence ? »
Elle posa sa tasse et croisa les bras. Après un instant de réflexion, elle claqua des doigts.
« Une trentaine en deux heures, monsieur. Leur nombre a brusquement augmenté. Ils ont dit avoir suivi un chemin. »
Je poussai un soupir de soulagement. Il n’y avait eu que quelques visiteurs avant mon dernier départ. J’avais donc cru que ça n’avait pas marché, mais heureusement, il semblait que si. Ces longues heures d’efforts portaient enfin leurs fruits.
Le brouillard dévorait tout ce qui se trouvait en son sein. Une fois qu’il en avait aspiré tout le contenu, les coquilles abandonnées se lançaient à la poursuite d’autres choses et contribuaient à alimenter le brouillard.
Si quelqu’un dépensait ses forces à s’occuper de ces coquilles et perdait le brouillard de vue ne serait-ce qu’un instant, quelques-uns de ses souvenirs se faisaient dévorer avant même qu’il s’en rende compte. J’avais moi-même perdu environ trois années de souvenirs de cette façon. Depuis, je restais sur mes gardes et ne laissais jamais tomber ma magie défensive.
Quoi qu’il en soit, en m’occupant de ces coquilles, j’avais compris une chose : elles ne prêtaient guère attention à ce qui ne bougeait pas. Encore moins si ce n’était pas vivant.
Alors, au cours de mes dix derniers allers-retours, j’avais laissé des traces le long du chemin emprunté par la tortue. J’avais broyé une partie de sa carapace avec divers matériaux pour former une sorte de route.
J’avais particulièrement veillé à sa solidité, pour qu’elle ne cède pas sous les pattes des bêtes magiques. Je ne pouvais pas être sûr que la route ferait l’affaire, mais je m’étais lancé, car les chances de réussite me semblaient bonnes.
Si des gens avaient suivi cette route jusqu’ici, c’était donc une réussite. La situation devenait un peu plus simple.
« Ils sont allés où ? »
« Hum, ils m’ont vue et sont repartis. »
« Je vois. »
Je claquai la langue, déçu. Elle me fixa. Une idée me vint soudain à l’esprit.
« Cassian, vous comptez obtenir le trésor ? »
Je le lui demandai. Elle pencha la tête, son visage impassible et indéchiffrable comme à son habitude.
« S’il est là, je le prendrai. Sinon, tant pis. C’est à peu près tout. Et vous, monsieur ? »
« Je pense pareil. »
Mes doigts se mirent à tapoter la table un peu plus vite. Si nous avions les mêmes intentions, les choses seraient simples. Je mis de côté cette brève réflexion et poursuivis.
« Alors, que diriez-vous d’ouvrir cet endroit aux autres ? »
« Vous voulez rassembler des gens, monsieur ? »
Elle croisa les bras en parlant. Ses yeux noirs, qui semblaient se désintéresser de tout, brillaient d’un éclat terne. Je bus une gorgée de thé et hochai la tête.
« Oui. D’après les cours jusqu’ici, je pense qu’il est impossible d’obtenir le trésor en comptant sur la force d’une seule personne. Il faut d’abord rassembler du monde. C’est seulement comme ça qu’on aura une chance de s’en emparer. »
Elle hocha doucement la tête. Je fronçai légèrement les sourcils et examinai le pantin-ours. Il serrait la patte de la tortue dans ses bras, l’air complètement perdu.
Son visage était parfaitement serein. Sa volonté aussi. En le regardant, je pris la parole.
« Si les gens se méfient les uns des autres, c’est parce qu’ils n’ont même pas la garantie d’être un minimum en sécurité. Se faire voler leurs souvenirs et sentir leur esprit se liquéfier les a plongés dans une situation critique. Le droit à la survie de l’université n’est pas convenablement appliqué en ce moment. Alors, au lieu des lois de l’université, c’est la loi du plus fort qui règne ici. »
L’atmosphère m’était très familière. Elle était imprégnée de quelque chose de déplaisant. C’était aussi une odeur que j’avais respirée sans cesse jusqu’à il y a seulement trois ans : la puanteur particulière du sang, de la trahison, de la tromperie et de la violence.
Dans une situation pareille, impossible de gagner des points. La plupart des élèves étaient retournés à l’état sauvage et grondaient en ne comptant que sur leurs propres forces. Mes atouts ne pouvaient pas servir correctement dans ces conditions. Il fallait donc les ramener à la civilisation de l’université.
« Le professeur sait vraiment comment organiser ces petites manigances douteuses. »
Je prononçai ces mots avec un léger sourire. Le coin de sa bouche tressaillit. Elle ne répondit pas et vida sa tasse de thé. Je lui jetai un coup d’œil.
« Bref, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de proposer cet endroit comme camp de base aux autres. Qu’en pensez-vous, Cassian ? »
« Ils vont rester ici ? Comme je vous l’ai dit, tous ceux qui sont venus sont repartis. »
« Je pensais leur donner une raison valable de rester. Quelque chose qui leur ferait croire que cet endroit est sûr. »
Je m’humectai les lèvres avec du thé, puis continuai.
« Comme tout le monde me fait au moins un peu confiance, je leur dirai que c’est moi qui ai créé cet endroit. Ils pourront entrer en échange d’un certain nombre de points. »
Je joignis mon index et mon pouce pour former un cercle, que je lui montrai.
« Que diriez-vous d’environ deux cents points ? Si je leur demande une somme aussi élevée, ils se sentiront paradoxalement plus rassurés. Ils verront cet endroit comme une extension de l’université. »
Une lueur d’intérêt commença à poindre dans ses yeux.
« Des points. »
« Oui. Vous pouvez garder tous les points d’entrée, Cassian. Après tout, c’est vous qui entretenez cet endroit. »
Tout en parlant, je promenai le regard sur le cercle qui nous entourait. Il faisait à peu près cent mètres de diamètre. C’était immense. Même la tortue ne pouvait pas en occuper la moitié.
J’avais du mal à croire qu’elle puisse maintenir un cercle pareil. Mais, bien sûr, elle devait avoir un talent à la hauteur pour avoir atteint le deuxième étage en seulement un an.
J’avais entendu dire qu’elle se préparait déjà à rejoindre le troisième étage. Pour quelqu’un comme moi, qui n’avait même pas quitté le premier, c’était impensable.
« Ça me va, alors. Et vous, monsieur ? »
« Comme d’habitude, je leur vendrai des pantins. C’est la seule chose que je puisse faire. »
Elle acquiesça tranquillement. Je souris et me levai.
« Alors, je vais aménager un peu les environs. Pour qu’on puisse accueillir les visiteurs. »
« D’accord. »
Elle vida sa tasse et s’accrocha de nouveau au pantin-ours. Celui-ci, qui s’amusait avec la tortue, sentit sa présence et se roula en boule. C’était la position la plus confortable pour Cassian quand elle montait sur son dos.
Je les observai un instant, puis partis. J’avais beaucoup à faire. À partir de ce cercle, il me fallait répartir soigneusement l’espace intérieur.
Transformer cet endroit en petite forteresse gérée avec des points ferait revenir les groupes formés dans la tour.
Si je répartissais les lieux au hasard, des disputes éclateraient à coup sûr entre eux. Même si je ne pouvais pas satisfaire tout le monde, je devais procéder avec soin pour qu’ils ne soient au moins pas mécontents.
Et si je commençais par diviser l’endroit en trois zones ?
Il n’y avait désormais plus de mages indépendants dans la tour. Ils appartenaient tous à des groupes et s’opposaient aux autres. Beaucoup de groupes s’étaient formés puis avaient disparu, mais après dix cours, seuls trois avaient survécu.
D’abord, les membres des grandes familles. Il faudrait leur attribuer la plus grande zone. Je ne savais pas pour les autres, mais les cinq personnes, Hongryeong comprise, arriveraient forcément ici.
Ensuite, il y avait… les épéistes. Cet endroit était entretenu grâce à la magie de Cassian. Même si je n’étais pas sûr de pouvoir appeler ça de la magie.
Quoi qu’il en soit, puisqu’ils étaient épéistes eux aussi, il fallait leur réserver une grande zone. Et leur force n’était pas à négliger. Ils occupaient une bonne partie du deuxième étage, presque autant que le groupe des grandes familles. Comme ces deux groupes avaient quasiment pris le contrôle de tout le deuxième étage de la tour, j’en tins compte pour déterminer la taille des zones.
Le dernier groupe serait celui des mages du premier étage. Le groupe de Jun. Contre toute attente, il avait étendu son influence au point d’absorber les groupes de mages indépendants et même d’occuper une partie du deuxième étage.
Pas la peine de donner une zone minuscule à quelqu’un d’aussi doué. Il fallait agrandir un peu la sienne.
Une fois les zones de chaque faction réparties, je me mis à dessiner le plan. Ils n’y resteraient qu’une demi-journée tout au plus, mais autant rendre l’endroit aussi agréable que possible, non ? Il fallait que tous ceux qui séjourneraient ici en soient satisfaits.
À quoi devait-il ressembler, alors ? Pour commencer, il me fallait construire un mur visible de loin.
Un mur que les bêtes magiques ou la magie ne pourraient pas facilement franchir. J’avais besoin de la tortue. Elle s’était rapprochée à un moment donné de la fine ligne qui formait le cercle et observait les bêtes magiques.
Elle toucha légèrement la ligne et ne recula en panique qu’après s’être fait trancher une partie de la patte avant. Je me synchronisai avec sa volonté. Elle reçut mon signal et s’approcha.
Je mobilisai mon pouvoir magique, m’élevai dans les airs et caressai lentement sa carapace. Il n’y avait pas de meilleur matériau. L’arbre comprit ce que j’avais en tête et trembla de tristesse.
C’était presque devenu une habitude. D’une manière ou d’une autre, j’avais souvent recours à cette carapace comme matériau. Mais qu’y pouvais-je ? Elle était simplement excellente.
Je fis couler mon pouvoir magique dans sa carapace. Celle-ci se mit alors à se transformer. Elle s’écoula comme un liquide et s’envola vers le cercle qui nous entourait.
Elle commença alors à former un mur à l’intérieur du cercle. Environ cinq mètres de haut, ça suffirait ? Ce serait assez pour protéger cette clairière. Plus haut, le mur deviendrait trop mince. C’était donc la bonne hauteur.
Le mur fut ainsi presque achevé. Il ne me restait qu’à aménager une entrée et des escaliers.
Je serrai le poing. Je n’avais pas utilisé la moindre magie. Autrefois, un projet de construction de cette ampleur m’aurait demandé énormément de temps et de magie. Mais maintenant, il me suffisait d’une volonté légère pour mettre le pouvoir magique en mouvement.
La tortue avait presque perdu toute sa carapace et pleurait tristement, le corps grassouillet à découvert. Je la rapetissai, l’accrochai à ma poitrine et la tapotai plusieurs fois. Il était temps d’aménager l’intérieur.
Je consacrai un moment à décorer chaque zone. J’utilisai librement les matériaux que j’avais apportés pour fabriquer des pantins. Des choses aussi simples ne seraient de toute façon d’aucune utilité ici.
Des logements temporaires où ils pourraient se reposer, des aires de détente où ils pourraient se promener un peu, des tours de guet d’où ils pourraient observer l’extérieur de l’enceinte, et ainsi de suite. Je traçai aussi des chemins reliant les bâtiments.
Cette plaine désolée commença à ressembler à une vraie forteresse. Je laissai une immense clairière au centre. S’ils avaient quelque chose à discuter, ils pourraient s’y retrouver.
Puis les gens commencèrent à arriver un par un en suivant la route. Je leur pris des points et les laissai entrer. Certains repartirent, méfiants, mais je ne les retins pas. Ils reviendraient forcément après un moment, de toute façon.
Je préparai plusieurs pantins d’accueil et les chargeai de divertir les visiteurs de la forteresse. Peu à peu, les visages se détendirent tandis qu’ils profitaient des rafraîchissements et des plats qu’on leur servait. Bien sûr, je leur facturais le prix adéquat en points.
Ainsi, le nombre de personnes qui nous rejoignaient augmenta peu à peu. Certaines ne pénétrèrent pas dans l’enceinte et s’installèrent plutôt à proximité, où elles établirent leur propre territoire.
Cela ne me dérangeait pas particulièrement. Même sans entrer, elles avaient en pratique abandonné leur ancienne sauvagerie. L’occasion de récolter des points s’était présentée. Peut-être parce que les gens qui nous avaient rejoints s’étaient détendus, ils dépensaient aussi plus librement que d’habitude.
Mes yeux brillèrent tandis que je les accueillais.
Dix heures passèrent ainsi. Le trésor restait introuvable.
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