Chapitre 46
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 46
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La tortue avança lentement.
À chaque fois qu’elle posait une patte, le sol tremblait dans un grondement assourdissant. Sa force colossale était à la mesure de son nom et de sa carrure.
Pas même les innombrables bêtes magiques qui se dressaient devant elle ne purent arrêter sa progression. Elle les écrasa sous ses pattes.
Où la professeure avait-elle déniché toutes ces bêtes magiques ? Je ne l’avais jamais vue quitter la tour, et pourtant, elle en avait rassemblé autant pour ses cours. Je m’étais toujours posé la question.
Elles m’étaient très familières. Des yeux rouges et une fourrure blanche. C’étaient les mêmes singes des brumes que j’avais rencontrés lors de l’examen d’entrée.
À l’époque, ils avaient eu raison de la tortue. Leurs griffes l’avaient lacérée, blessée et lui avaient brisé les quatre pattes. Elle avait tout juste réussi à leur échapper en roulant dans sa carapace. Je me souvenais encore très bien de la scène.
Cette fois, c’était différent. La tortue ne prêtait même pas attention à ceux qui fonçaient sur elle. Son corps, désormais plus grand et plus lourd, traversa de part en part la nuée de singes.
Chacun de ses mouvements nonchalants écrasait des singes. Ceux qui m’avaient paru si terrifiants autrefois ne représentaient plus aucune menace.
Cela faisait moins de trois ans que j’étais arrivé à l’université, et j’avais déjà tellement changé. Pas étonnant que les mages s’accrochent à l’université avec autant d’acharnement. Moi-même, j’avais du mal à croire tout le chemin parcouru.
Dès que je les avais vus, j’avais compris que la professeure avait délibérément placé ces créatures sur mon chemin. C’était une sorte d’attention de sa part, une façon de m’inciter à mesurer mes progrès. Le problème, c’est que son attention était beaucoup trop généreuse.
Dix heures s’étaient déjà écoulées depuis que les créatures avaient commencé à affluer sans relâche. Celles qui se ruaient sur moi ne faisaient aucun bruit. Leurs yeux ne reflétaient ni la férocité ni l’intelligence qu’elles auraient dû avoir. Elles avançaient comme de simples marionnettes.
J’avais encore du mal à m’habituer à cet endroit étrange. J’observai les environs à travers les yeux de la tortue. Le paysage était toujours le même. Le brouillard recouvrait tout, à perte de vue.
On n’entendait pas le moindre son. Le brouillard les absorbait tous. Les pas de la tortue ne faisaient que faire trembler le sol, sans produire de bruit. Tout autour de nous était plongé dans le silence.
C’était la propriété de ce trésor.
Dix Chasses au trésor avaient déjà eu lieu. Aujourd’hui, c’était la onzième. Au fil de ces épreuves, la professeure avait établi une règle très claire. Nous l’avions apprise à nos dépens.
Le donjon construit par la professeure prenait toujours une forme liée au trésor. Le labyrinthe avait suivi ce principe, tout comme le désert et la cité sous-marine. Parfois, le trésor formait l’environnement ; parfois, il était caché à l’intérieur.
Dans cette logique, je pouvais aussi deviner à quel point la professeure était sûre d’elle. Elle était convaincue que, même si nous découvrions où se trouvait le trésor, nous ne pourrions jamais nous en emparer. Comme pour le prouver, personne n’avait obtenu de trésor depuis le premier cours.
Cette fois, le trésor préparé par la professeure était un immense cœur entièrement blanc. Elle avait dit avoir tué une étrange bête magique et en avoir extrait l’essence. Elle lui avait donné le nom approximatif de Cœur de brume.
Son effet était exactement celui que nous constations autour de nous. À chaque battement du cœur, le brouillard s’en échappait. Depuis dix heures, il n’avait cessé de s’épaissir, et je distinguais à peine ce qui se trouvait à quelques centimètres devant moi.
Je recouvris de nouveau mon corps de plusieurs couches de magie défensive. Le brouillard qui s’était infiltré jusque dans l’atelier où je me trouvais disparut derrière cette barrière. Mais il recommença à la dissoudre et à se rapprocher.
Ce brouillard n’avait rien d’ordinaire. Tout être qui y pénétrait se faisait peu à peu dépouiller de tout. Une fois son âme, ses souvenirs, son esprit et ses émotions dissous, son corps devenait une marionnette contrôlée par le cœur.
Comme ceux que la tortue piétinait en ce moment. S’ils avaient conservé leur intelligence d’origine, je n’aurais pas pu avancer aussi facilement. La capacité des singes des brumes à tendre des pièges et à repérer les faiblesses était leur plus grande force.
En revanche, leur faculté de ressusciter sans fin était restée intacte. Voilà pourquoi ils me harcelaient depuis tout ce temps. Je soupirai.
Comme si elle ne se doutait pas de ce que je ressentais, la tortue piétinait les environs avec entrain. Elle semblait prendre un tel plaisir à faire éclater les singes qu’elle se roula même par terre.
Mon arbre se balançait au rythme de son humeur. À moitié assimilé à l’ego de la tortue, il s’était bien remis, même s’il n’avait pas encore retrouvé son état d’avant.
La tortue avait de bonnes raisons d’être aussi enthousiaste. Depuis la formation de son ego, elle n’avait jamais pu bouger correctement. Elle avait passé près de deux mois à rester accrochée à ma poitrine ; dix petites heures à courir partout ne pouvaient donc pas lui suffire.
Mais surtout, je n’avais toujours rencontré personne.
Au cours des dix dernières heures, j’avais croisé moins d’une vingtaine de personnes. C’était un sérieux problème. J’avais emporté toutes sortes de choses, mais je n’avais pas vendu un seul article. Mon plan avait déraillé.
Bon sang. J’étais venu gagner des points et régler les intérêts.
Je n’aurais jamais cru qu’il serait aussi difficile de rencontrer des gens, sans même parler de gagner des points. Dans ce brouillard, il suffisait que quelqu’un s’éloigne d’un pas pour qu’il disparaisse de ma vue. Il semblait clairement conçu pour empêcher les gens de se rassembler.
La professeure n’avait sans doute pas aimé voir les élèves faire équipe et chercher les trésors. Elle devait en avoir assez de revoir la même scène se répéter encore et encore. Pas étonnant qu’elle n’ait plus surveillé les combats dans la tour ces derniers temps.
La tortue s’arrêta soudain. Je vérifiai ce qui se passait et découvris un immense mur devant moi. Il était fait de brouillard solidifié.
Même quand la tortue le percuta, il ne bougea pas d’un pouce. Je souris amèrement. Ici aussi, c’était pareil. Il était temps de faire demi-tour.
Je vérifiai soigneusement les alentours. En général, de puissantes bêtes magiques rôdaient près de murs comme celui-ci. La dernière fois, un énorme poisson nageait dans le ciel. Dès que je l’avais aperçu, je n’avais eu d’autre choix que de fuir comme si ma vie en dépendait.
Je m’éloignai rapidement du mur. Heureusement, rien ne se passa. La bête magique semblait s’être éloignée pour un moment.
Je concentrai mon esprit dans ma poitrine. L’immense ombre qui s’étendait sous l’arbre répondit à ma volonté. Les innombrables étoiles qui y avaient autrefois scintillé avaient disparu. Seules deux étoiles solitaires brillaient encore.
Si je ne comptais pas la tortue que je chevauchais, il ne restait qu’une étoile. C’était parce que tout le sixième étage était devenu un autre monde, coupé de l’extérieur. Je concentrai ma volonté sur cette unique étoile.
Elle émettait une faible lueur. Cela signifiait qu’elle se trouvait assez loin. La tortue avança lentement dans la direction où la lumière gagnait en intensité.
Quand la tortue avait commencé à courir dans les environs, j’avais cru que l’endroit était une immense plaine. Même avec son gabarit, je n’en avais pas trouvé le bout, quelle que soit la distance parcourue.
Mais ce n’était pas ça. Je ne faisais que tourner en rond. Le signal qu’elle émettait faiblit un instant. La direction avait encore changé.
Je fis pivoter le corps de la tortue. Puis je décrivis lentement des cercles, repérai la direction où la lumière s’intensifiait et repris ma route.
Le brouillard brouillait ainsi tous mes sens. Ce que j’avais pris pour une course sans fin n’était qu’une série de tours autour du même endroit.
Après avoir recommencé plusieurs fois, je finis par m’en approcher. Au loin, j’aperçus une masse d’ombres indistincte. Quelqu’un combattait forcément des bêtes magiques. Le signal venait de là-bas.
Je me dirigeai lentement vers elle en suivant le signal. Les bêtes magiques qui s’y ruaient repérèrent la tortue et lui foncèrent dessus, mais elle les écrasa sous ses pattes. Au bout du chemin, je vis un amas de cadavres de bêtes magiques.
Un cercle flottait dans les airs. Je vis des bêtes magiques se précipiter pour le franchir. À peine avaient-elles traversé la ligne qu’elles étaient tranchées en diagonale.
Même le brouillard n’osait pas pénétrer à l’intérieur du cercle.
J’envoyai ma volonté vers l’étoile qui se trouvait en moi. Elle reçut le signal et scintilla. Bientôt, le cercle devant moi se brouilla et s’ouvrit en une porte tournée vers moi.
Je fis avancer la tortue et pénétrai à l’intérieur. La première chose que je vis fut la marionnette-ours. Son apparence adorable, qui n’avait rien à faire dans un tel endroit, m’arracha un sourire amer.
La marionnette-ours portait quelqu’un sur son dos. Cette personne balaya une fois l’air de son épée, et le cercle estompé redevint net.
Les bêtes magiques qui approchaient furent coupées en morceaux et s’effondrèrent au sol. J’avais beau voir ce phénomène, cette magie restait incompréhensible et déroutante.
En m’approchant, je pus enfin distinguer la personne. Une femme au regard absent chevauchait la marionnette-ours. C’était Cassian.
Je descendis de la tortue et m’avançai prudemment vers elle. Elle me salua d’un geste de la main.
« Vous voilà de retour. Je suis contente de voir que vous allez bien. »
« C’est grâce à vous, Cassian. »
Ici, je pouvais me détendre. En souriant, je sortis une table de ma bourse spatiale et la posai. La marionnette qui apparut avec elle installa une chaise, puis se mit à disposer du thé et des collations sur la table.
Cassian descendit de la marionnette-ours et s’assit aussitôt sur la chaise. Elle prit la tasse de thé posée devant elle et en huma le parfum, puis en but une gorgée. Je l’observai attentivement. Elle sourit un instant, puis fit la moue.
« Monsieur, vous ne pouvez vraiment pas installer ça dans ma marionnette-ours ? »
« Malheureusement, c’est impossible. Vu la structure de son corps, cette amie ne peut pas préparer du thé avec autant de délicatesse. »
À ces mots, la marionnette-ours baissa les yeux vers ses mains. Elle les remua un instant, puis s’affala sur place. Cassian la regarda et soupira.
« Alors, tant pis. »
« Ce n’est pas grand-chose en comparaison, mais je vais vous montrer la carte que j’ai dressée jusqu’ici. »
Je sortis un rouleau de ma poitrine et le déroulai. Puis je me mis à y tracer des traits au stylo. Grâce à mes recherches de tout à l’heure, je pouvais dessiner les grandes lignes de ce brouillard.
Si je le lui montrais sans hésiter, c’était à cause de la promesse que nous nous étions faite après notre première rencontre ici. Elle était toute simple : si elle restait au même endroit, j’explorerais toute la zone environnante.
Comme elle tenait sa position, je pouvais me servir de sa marionnette-ours comme d’une sorte de phare. Pendant que j’errais dans le brouillard, je repérais les environs en prenant la marionnette pour point de référence.
Je répétai le même processus : aller jusqu’au bout, vérifier la présence d’un mur, puis revenir. C’était la dixième fois que je m’arrêtais ici.
Quand je marquai par des points les murs repérés jusque-là et les reliai, une spirale apparut. Nous nous trouvions près de la partie inférieure de celle-ci.
« Alors, il y a quelque chose au centre ? »
Elle désigna l’endroit où la spirale se rejoignait. Je secouai la tête.
« Non. J’y suis déjà allé, mais il n’y avait rien de particulier. »
J’avais vérifié cet endroit il y a longtemps. Le brouillard y était simplement un peu plus épais. Rien d’autre ne semblait étrange. Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait le trésor.
Je ne pouvais pas non plus demander de l’aide aux autres. À part Cassian, la plupart des personnes que j’avais rencontrées jusqu’ici étaient rongées par la fatigue et la méfiance.
Elles se méfiaient de moi et se montraient hostiles. Si elles étaient comme ça avec moi, elles l’étaient certainement encore plus avec les autres.
Tout le monde se soupçonnait mutuellement. C’était très mauvais. Pour mes points, je veux dire, pas pour le trésor. Il fallait que je change la situation. Depuis dix heures, j’explorais méthodiquement le brouillard dans ce but.
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