Chapitre 42
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 42
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Je m’assis et parcourus lentement les résultats de mes recherches passées.
À les regarder maintenant, ils étaient remplis de suppositions maladroites et absurdes, ainsi que d’expériences tout aussi bancales. Certaines choses, je les avais apprises en faisant directement des tests ; beaucoup d’autres n’étaient que des projets que j’avais abandonnés. Ce n’était que grâce à ces recherches chaotiques que j’étais enfin arrivé jusque-là.
La première expérience. Oui. À l’époque, j’avais même espéré pouvoir surmonter cette crise rapidement. J’avais essayé de superposer d’autres ombres à une marionnette. L’idée était simple : je pensais que plus j’en mettrais dans une marionnette, plus elle pourrait contenir de pouvoir.
Mais à peine les ombres s’étaient-elles infiltrées dans la marionnette qu’elle m’échappa. Elles s’entrechoquèrent en tentant de dévorer la substance de la marionnette, déformant atrocement sa forme et ses circuits de l’intérieur.
Au bout du compte, le conflit entre les ombres et la réaction de rejet de la marionnette provoqua une énorme explosion. La marionnette, les ombres, tout fut pulvérisé.
Après avoir répété l’expérience plusieurs fois, je compris que j’avais tort de considérer les ombres comme de simples outils de puissance.
Je tentai donc de les étudier sous deux angles. Dans un cas, je reliai une seule ombre à une marionnette. Dans l’autre, je fondis toutes les ombres en une masse gigantesque.
Les deux tentatives échouèrent.
La tentative de relier une seule ombre échoua face à la violente réaction de rejet de la marionnette. J’eus beau recommencer encore et encore, le résultat fut toujours le même. Cette expérience m’apprit qu’un être ne pouvait avoir qu’une seule ombre.
Chaque marionnette avait une ombre qui lui était liée. Dès que j’essayais de lui en imposer une autre, elle résistait aussitôt et explosait.
C’était tout à fait inattendu. Et ce résultat bouleversa tous mes projets d’expériences à venir. Toutes les ombres que j’avais préparées possédaient un puissant pouvoir magique.
J’avais pris tant de peine à créer ces ombres pour réduire la consommation de pouvoir magique des marionnettes, et voilà que je ne pouvais pas m’en servir. Par regret, je fis encore plusieurs essais, mais le résultat ne changea jamais.
Au bout du compte, je dus admettre que le problème venait de l’idée même de greffer une autre ombre sur une marionnette.
Dans ce cas, il fallait aussi envisager autrement la fusion des ombres. J’abandonnai l’idée de remplacer l’ombre existante de la marionnette et optai plutôt pour une méthode consistant à tisser plusieurs ombres autour de la sienne, placée au centre.
Les ombres se reliaient entre elles pour former une structure stable, qui soutenait efficacement celle de la marionnette au centre. Cette structure leur permettait d’émettre un pouvoir magique encore plus puissant qu’avant.
Cette fois, ça devait marcher. C’est ce que je croyais. Mais au moment où la marionnette et les ombres se relièrent, l’ombre d’origine de la marionnette devint aussitôt instable. Un déséquilibre se forma à l’intérieur, et la marionnette s’effondra, incapable de résister au pouvoir de l’ombre.
Je rassemblai les morceaux de la marionnette pour comprendre ce qui s’était passé. Ce ne fut qu’après une longue enquête et plusieurs répétitions de la même expérience que je finis par saisir la raison de cet échec.
Tout venait de ce que je n’avais pas bien compris la nature particulière des ombres.
Chaque ombre cherche à ressembler à son propriétaire. Pour cette raison, elle tend toujours à rester dans un état imparfait. Cette nature influençait également la structure reliant les ombres et finit par la faire s’écrouler tout entière.
Il me fallut cinq mois pour mener et analyser toutes les expériences jusque-là.
Fort de ces résultats, je tentai une nouvelle approche. Ce fut la troisième expérience. Un rire amer m’échappa au souvenir de cet échec cuisant.
Pour commencer, j’essayai de créer un cœur de mana pour l’ombre seule. Puisque je ne pouvais ni attacher plusieurs ombres à la marionnette ni en utiliser une autre, je tentai de donner un pouvoir magique à l’ombre de la marionnette elle-même.
L’essai fut plutôt concluant. Mais une fois le cœur créé, la marionnette et l’ombre se rejetèrent mutuellement.
Le pouvoir magique qu’elles manipulaient était devenu différent. Au bout du compte, l’ombre perdit son cœur de mana sous la pression de la marionnette et redevint une ombre ordinaire.
Ensuite, j’essayai de diviser l’ombre en fragments infimes et de les mélanger au pouvoir magique. Je partis du principe que, même si le pouvoir magique qu’elle posséderait serait limité, elle pourrait tout de même aider la marionnette.
Comme prévu, la marionnette se déplaça grâce au pouvoir de l’ombre et consomma moins de pouvoir magique. Le résultat semblait extrêmement prometteur. Le problème survint lorsque le pouvoir magique circula dans le cercle magique de la marionnette.
Dès que l’ombre entra en contact avec les nombreux sorts à l’intérieur de la marionnette, ceux-ci résistèrent farouchement. Les circuits se tordirent, le pouvoir magique et l’ombre se séparèrent, puis la marionnette explosa.
Quand j’en parlai à Myra, elle sourit et me dit que le problème était intéressant.
Et maintenant, la prochaine expérience m’attendait. Comme elle me l’avait conseillé, j’avais vu et vécu beaucoup de choses dans le monde des ombres avant de revenir. J’y avais fait de nombreuses découvertes.
En repensant aux résultats de mes recherches, je souris, sûr de moi. Je n’étais plus celui que j’avais été. Cette expérience réussirait à coup sûr. J’en étais certain.
Et elle échoua.
L’explosion fut énorme. Si je n’avais pas senti le danger et activé une barrière de protection, j’aurais moi aussi été soufflé.
« Qu’est-ce qui cloche, cette fois… ? »
Je soupirai et dissipai les couches de magie protectrice. Je m’approchai de l’endroit où se trouvait la marionnette et passai la main sur les traces de l’explosion. L’ombre aussi avait été prise dans le souffle et avait disparu sans laisser le moindre grain de poussière.
Pourtant, j’avais cru que cette expérience se déroulait plutôt bien.
Lors de la précédente, j’avais pensé que c’était l’autonomie de l’ombre qui rendait son association avec la marionnette instable.
Cette fois, j’avais donc choisi une approche visant à réduire cette autonomie autant que possible. L’idée m’était venue en voyant les ombres se dissoudre dans le pouvoir magique, dans le monde des ombres.
À l’image de ce vaste courant de pouvoir magique qui s’était formé lorsque les ombres mortes avaient perdu la raison et s’étaient mélangées, j’avais tenté de liquéfier l’ombre de la marionnette et de réduire son autonomie au maximum.
Cette approche ressemblait beaucoup à celle de l’expérience précédente. J’y avais décelé un potentiel.
Lors de cette expérience, l’ombre s’était bien mélangée au pouvoir magique et avait circulé avec lui. Si la magie ne l’avait pas rejetée, j’étais certain d’avoir obtenu des résultats satisfaisants.
Je récupérai donc l’ombre de la marionnette et la transformai en une sorte de pouvoir magique liquide. Puis je la plaçai à l’intérieur de la marionnette.
Cette fois, je créai un passage séparé de celui où circulait le pouvoir magique, afin qu’il n’entre pas directement en contact avec les circuits. Autrement dit, je fis de l’ombre une sorte de sang circulant à l’intérieur de la marionnette.
Mais l’expérience échoua.
À peine l’ombre, liquéfiée et dépouillée autant que possible de sa nature, fut-elle reliée à la marionnette qu’elle recouvra instantanément son autonomie.
Elle quitta le passage que je lui avais tracé et tenta d’entrer en contact avec le pouvoir magique de la marionnette. Elle explosa alors sous l’effet de la réaction de rejet de la magie.
Pourquoi cela s’était-il produit ? J’eus beau répéter l’expérience dans des conditions différentes, j’obtins toujours le même résultat. Comme cette fois-ci.
Je soupirai. À force de répéter ces expériences, j’avais compris quelque chose : l’autonomie d’une ombre n’était autre que sa dépendance envers son propriétaire.
Dès qu’une ombre entre en contact avec ce qui lui sert de source, elle rejette tout le reste. Peu importe de quoi il s’agit. Voilà pourquoi elle avait éprouvé une aversion si violente pour mon pouvoir magique.
Cela signifiait que les « ombres mortes » que j’avais vues dans ce monde ne pouvaient pas exister dans la réalité. Une ombre sans propriétaire ne pouvait y exister.
Si cela avait été possible dans ce monde, c’était parce qu’il s’agissait d’un sous-espace créé par le professeur Heisen. Ce miracle n’avait été possible que parce que ses lois et ses propriétés différaient de celles de la réalité.
Je sentis mon assurance s’effriter à toute vitesse. J’avais cru que cette expérience réussirait à coup sûr. Je déroulai un parchemin et consignai lentement le résultat.
J’avais utilisé plus de dix fleurs de nuit argentées pour liquéfier l’ombre. À elles seules, elles valaient plus de cinq cents points.
Avec les autres matériaux, cette expérience m’avait coûté encore plus de points. Pourquoi n’en avais-je jamais assez, quel que soit le nombre que je gagnais ? Je me frottai le visage en y songeant.
Je n’avais pas le temps de me reposer. Je me donnai une tape sur les joues et me reconcentrai.
Je devais vite préparer l’expérience suivante. J’avais travaillé comme un fou tout le mois dernier pour rendre cette journée possible. Je ne pouvais pas gâcher ce temps précieux en repoussant encore toutes les tâches que je pouvais accomplir.
Mon ombre, qui s’était tenue prête, apporta rapidement la marionnette suivante. Elle faisait à peu près la taille de mon torse. Un mur entier de l’atelier était couvert de marionnettes exactement semblables.
Je la posai sur les cercles magiques superposés. Ceux-ci n’avaient qu’un seul but : servir de filtre pour couper complètement tout contact avec l’extérieur.
La marionnette n’avait pas d’ombre visible, car je l’avais déjà retirée et rangée à part. Mon ombre me tendit une bouteille en verre portant le numéro 25.
À l’intérieur, quelque chose qui ressemblait à du brouillard ondulait au fond. C’était l’ombre de cette marionnette.
Je passai les doigts dessus et affichai un sourire amer. J’avais tout de même tiré une conclusion de cette expérience : une ombre était toujours liée à son propriétaire.
Je renonçai donc à tous les projets visant à supprimer son autonomie. Il me fallait explorer une autre voie.
J’avais déjà pensé à quelque chose. J’observai mon ombre manipuler le cercle magique et commencer à s’activer. L’approche m’était venue en la regardant.
Pour cela, je devais d’abord réduire l’aversion de l’ombre envers mon pouvoir magique. Chaque explosion avait commencé par une collision entre les deux. Si je ne réglais pas ce problème, impossible d’aller plus loin.
Je commençai à insuffler avec précaution du pouvoir magique dans la bouteille en verre que je tenais. Celui qui s’écoulait de ma Jeune pousse remplissait la bouteille à une concentration constante, puis s’infiltrait à l’intérieur en suivant le léger grain que contenait l’ombre.
Tout en surveillant la réaction de l’ombre qui absorbait le pouvoir magique, j’en ajoutai prudemment davantage. Celui qui se trouvait dans la bouteille s’accumula peu à peu, jusqu’à se mettre à couler. Je guidai tout ce flux vers l’ombre.
Le pouvoir magique emplit l’intérieur de l’ombre et forma lentement un courant précis. Au cours de ce processus, un circuit naturel commença à se graver en elle.
Ce circuit ressemblait à un arbre renversé. Le pouvoir magique qui s’y concentrait se mêla à l’ombre et commença à émettre une force vitale indépendante. Il était presque identique au circuit que mon ombre avait possédé lorsqu’elle avait développé sa conscience.
Ouf, ça avait marché. Je relâchai mes muscles tendus et soufflai un soupir. Je l’avais conçu en théorie, mais c’était la première fois que je le mettais directement en pratique.
C’était le résultat de tous les ajustements et perfectionnements apportés au fil des expériences précédentes. Heureusement, sa forme restait très stable.
J’ouvris la bouteille et la posai avec précaution aux pieds de la marionnette. Après avoir cherché un instant comment sortir, l’ombre reconnut bientôt son propriétaire et s’étala rapidement sous ses pieds.
Je déglutis. C’était là que tout se jouait. J’insufflai prudemment du pouvoir magique dans la marionnette. Son cœur de mana battit avec force et répandit le pouvoir magique dans tout son corps. Je le maîtrisai avec précaution.
Un pas, deux pas, trois pas.
Elle eut beau bouger à plusieurs reprises, rien ne tourna mal. Le pouvoir magique circulait normalement dans les circuits de la marionnette, et l’ombre ne présentait aucune anomalie.
Avais-je réussi ? Un sourire commença lentement à se dessiner sur mon visage.
Mais il était trop tôt pour me détendre. Si j’avais tenté d’associer une ombre à une marionnette, c’était pour que l’ombre contrôle la consommation de pouvoir magique.
Je fis circuler avec précaution le pouvoir magique de la marionnette vers l’ombre. Celle-ci réagit alors. Elle remonta le long du flux et commença à prendre racine dans chaque recoin de la marionnette.
Après m’être assuré que la connexion s’était stabilisée, je fis de nouveau bouger la marionnette. Ça avait marché. Elle consommait à peine le pouvoir magique qu’elle contenait. À la place, l’ombre commença à la mouvoir avec son propre pouvoir magique.
Mon rêve était en train de se réaliser sous mes yeux !
Et puis, elle explosa.
Le pouvoir magique reflua en un instant, remonta le long de la connexion et m’atteignit à mon tour. Je crachai une gorgée de sang. Ma Jeune pousse vacilla elle aussi sous le choc.
Mais qu’est-ce qui s’était passé ? Tout avait pourtant réussi. Incapable de comprendre, je posai une autre marionnette et répétai exactement les mêmes étapes. Elle explosa à son tour et vola en éclats.
Le problème venait-il du pouvoir magique ? Je tentai d’en ajuster la quantité. J’essayai aussi de modifier la magie de la marionnette. Le problème venait-il de ses circuits ? Je fabriquai même une nouvelle marionnette pour faire un essai.
Mais le résultat fut le même. L’ombre éclata soudainement et brisa la marionnette.
Ce ne fut qu’après avoir examiné ces innombrables réactions que je finis par comprendre. Le cœur de mana formé par l’ombre ne pouvait pas se maintenir et s’effondrait naturellement.
Tout venait de l’instabilité de l’ombre. Elle était due au fait que l’ombre était une entité sans forme.
Je regardai mon ombre. Comment cette chose avait-elle réussi à maintenir son circuit ? Je poursuivis mes essais, espérant saisir la différence.
Ce ne fut qu’après avoir fait exploser la trentième marionnette que je commençai à comprendre. Mon ombre avait dû connaître cette instabilité, elle aussi. C’était probablement toujours le cas.
Mais elle possédait une conscience. Elle avait ce qu’il fallait, au minimum, pour retenir un cœur de mana et le maintenir. En s’appuyant sur cette conscience, elle avait dévoré mon pouvoir magique et s’était façonné une forme à elle.
C’est ainsi qu’elle était devenue quelque chose qui me ressemblait, sans être moi. Une ombre ordinaire et dépourvue d’intelligence en aurait été incapable.
Je crachai du sang et m’affaissai sur place.
Je compris enfin ce qui rendait mon ombre si particulière. C’était exactement pour cela que tant d’élèves plus âgés se pressaient au cours du professeur Heisen.
Cette ombre n’avait rien à voir avec les ombres ordinaires. Née de la main du professeur, elle était pratiquement une forme de vie indépendante, dotée de sa propre conscience.
Elle n’en conservait pas moins les caractéristiques d’une ombre. Toujours liée à son propriétaire, elle grandissait avec lui. Pour des mages qui ne croyaient qu’en eux-mêmes, obtenir un familier pareil devait être une occasion extrêmement précieuse.
Oui, c’était une existence d’une valeur inestimable.
À tel point que je n’oserais pas en créer une moi-même.
Pour que l’expérience réussisse, je devais éveiller une conscience dans l’ombre de la marionnette. Mais comment étais-je censé m’y prendre ? Si j’en étais capable, je l’aurais déjà fait en fabriquant mes marionnettes.
L’expérience échoua donc une fois de plus, et mes essais de la journée s’arrêtèrent là. Dès le lendemain, je devais m’occuper de tout le travail que j’avais accumulé.
Je ne savais pas quand je pourrais de nouveau trouver du temps. Je poussai un long soupir.
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