Chapitre 4
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 4
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Cette occasion se présenta de la manière la plus inattendue.
En plus de dix ans de recherches, j’avais fabriqué d’innombrables marionnettes. Certaines servaient à honorer des commandes, et beaucoup d’autres avaient fini par se casser au terme de leur durée de vie. Malgré tout, les marionnettes s’entassaient dans mon atelier.
Je donnai donc sans y penser les marionnettes restantes à Nanny. Je détestais les voir prendre de la place pour rien. Au début, je ne lui confiai que celles que j’avais fabriquées en trop.
Puis Nanny m’apprit qu’elles valaient assez cher. Ce n’étaient que des marionnettes qui tressautaient quelques fois, mais apparemment, les gens les trouvaient fascinantes. Les autres domestiques avaient payé pour acheter toutes celles que je lui avais données.
Hein ? Je pouvais gagner de l’argent simplement en vendant des marionnettes ?
La fois suivante, j’essayai donc de fabriquer quelque chose d’un peu plus convaincant : des marionnettes à forme humaine qui dansaient ou faisaient des démonstrations d’escrime, entre autres. J’y ajoutai même des cœurs de mana capables de les faire bouger pendant environ une semaine.
Et elles se vendirent elles aussi comme des petits pains. Je ne m’y étais pas attendu du tout.
Les marionnettes se vendaient aussi vite que je les fabriquais. Le bruit avait-il couru ? Bientôt, les gens qui en voulaient commencèrent à passer commande. C’était plus facile et moins pénible que mon ancien travail ; j’acceptai donc chacune de leurs demandes sur-le-champ.
Quelqu’un me demanda de fabriquer une marionnette représentant la personne qu’il était dans sa jeunesse. Je regardai le portrait qu’il m’avait envoyé, en fis une imitation assez ressemblante et la lui expédiai. Il éclata de rire en regardant la marionnette brandir une hache.
Quelqu’un d’autre me demanda de représenter sa famille. Comme il me paya une grosse somme pour trois marionnettes, je fis de mon mieux pour leur donner un air chaleureux.
Un autre me demanda de fabriquer la femme dont il était amoureux. Euh… bon. J’étais gêné, mais il me paya une somme incroyable, alors je la reproduisis à la perfection.
Je m’appliquai ainsi à reproduire avec un luxe de détails les sujets les plus intimes qu’on me demandait. Ils avaient peut-être reconnu mes efforts, car ils ne lésinaient jamais sur l’argent.
En un an, je gagnai des centaines de pièces d’or. Je n’en revenais pas. Jamais je n’aurais cru pouvoir gagner de l’argent avec une méthode aussi simple.
Avant ça, il me fallait environ un mois pour honorer une commande. Et même alors, je gagnais tout au plus une pièce d’or. Mais il me suffisait désormais de fabriquer quelques marionnettes pour amasser des montagnes de pièces d’or.
Je ne pouvais pas laisser passer une occasion pareille. Cinq mille pièces d’or ? Elles étaient à portée de main. Dans cet état d’esprit, je me consacrai uniquement à la fabrication de marionnettes. Les rumeurs ne cessèrent d’enfler, jusqu’à ce que les marionnettes deviennent à la mode dans le clan. C’est ce que me raconta Nanny.
Après que les rumeurs eurent circulé quelque temps, Père me fit appeler.
Père. C’était la première fois qu’il me faisait venir depuis ma naissance. Même lorsque j’étais devenu mage, il s’était contenté de m’adresser ses félicitations par l’intermédiaire d’un domestique. Je n’avais jamais vu Père en personne. Dans tout le clan, seule une poignée de gens connaissaient son visage.
Le cœur un peu tremblant, je me dirigeai vers la maison de pierre où Père était censé vivre. Sa demeure se trouvait dans une veine spirituelle, au sommet de la plus haute montagne de l’île, là où le mana s’accumulait en plus grande quantité. L’intensité de cette veine spirituelle me surprit un instant.
Les domestiques qui attendaient à l’entrée baissèrent la tête et m’ouvrirent la porte. L’intérieur était plus vaste que je ne l’avais imaginé. Dans une immense pièce qui ressemblait à une grotte, toutes sortes de monstres empaillés étaient accrochés aux murs.
Tout au fond, un vieil homme était assis dans un fauteuil usé, les bras posés sur une table, et me fixait en silence.
Ce vieil homme était-il Père ?
J’avais entendu la légende. Cent ans plus tôt, le clan avait à peine de quoi se payer un repas par jour ; si ses membres étaient devenus ce qu’ils étaient aujourd’hui, ils le devaient entièrement à ce vieil homme. Mage, il avait dirigé le clan et régné sur toute l’île, gagnant ainsi le titre de seigneur de l’île. Puis il avait ordonné à tous les habitants de l’appeler Père.
Dans mon imagination, le Père de cette légende était un guerrier à la carrure gigantesque. Mais celui que je voyais pour la première fois n’avait rien à voir avec cette image. Ce n’était qu’un petit vieillard fluet. Difficile de croire qu’un homme comme lui était le héros de cette légende.
Puis son regard se posa sur moi, et je compris que je m’étais trompé.
L’intention meurtrière et la folie qui bouillonnaient dans ses yeux… Face au mana accumulé pendant cent ans, je n’osais pas respirer. Le mana coulait comme du sang le long de ses yeux enfoncés dans leurs orbites.
Je baissai précipitamment la tête, et l’intention meurtrière s’évanouit. Père me contempla longuement en silence. Je n’osais même pas relever la tête. Je restai planté là, raide comme une statue.
Père tapota la table du doigt. Toc, toc. J’y vis le signe qu’il m’autorisait à relever la tête et me redressai avec précaution.
« Alors, tu fabriques des marionnettes ?
La voix de Père était étrangement rauque, comme du métal qu’on raclait, et mes jambes flageolèrent.
— Oui. Je ne suis pas très doué, mais je fabrique des marionnettes.
Je répondis avec raideur. Père courba un doigt pour m’inviter à approcher. J’avançai prudemment. Sur la table s’amoncelaient les marionnettes que j’avais fabriquées. Certaines avaient été ouvertes de force, comme s’il les avait déjà examinées.
« Je les ai examinées. Elles sont plutôt convenables.
Père redressa une marionnette qui tenait une épée et lui insuffla du mana. Elle se mit à brandir son arme de façon assez convaincante. Ces marionnettes étaient conçues pour absorber le mana ambiant et exécuter uniquement les gestes qu’on leur avait programmés. Elles étaient aussi le fruit de mes recherches passées.
Père regarda un moment la marionnette agiter son épée, puis me tendit un livre posé à un bout de la table.
« Essaie de fabriquer la femme qui s’y trouve. Si tu y arrives, je te donnerai ce que tu veux.
J’ouvris le livre avec précaution. Il contenait plusieurs portraits d’une femme, de son enfance à sa vieillesse. On aurait dit qu’il retraçait toute la vie d’une personne. Après les avoir examinés, je demandai prudemment à Père :
« Qui est cette personne ? »
« Tu n’as pas besoin de le savoir. »
À ces mots, une ombre de tristesse passa dans les yeux de Père.
« Je sais que tu veux quitter cette île. Si tu fabriques une marionnette qui me satisfait, je te laisserai partir. »
Père libéra son mana et attira à lui un fin morceau de papier posé dans un coin. Quand je le regardai de plus près, mon esprit se vida.
Un billet d’embarquement. C’était clairement un billet pour un aéronef !
Il n’était pas étonnant que Père sache que j’en voulais un. Ojo m’avait dit que tous les autres membres du clan auxquels il avait enseigné étaient eux aussi partis de l’île. Malgré tout, je ne m’étais pas attendu à ce que Père aborde lui-même le sujet.
Quoi qu’il en soit, c’était une occasion à saisir. Une occasion qui ne se représenterait jamais.
Je hochai rapidement la tête. Père fixa le livre que je tenais, puis agita la main. Mon corps s’éleva tout seul et fila hors de la grotte. Quel mana incroyable ! Quel niveau avait-il bien pu atteindre ?
Je serrai le livre contre ma poitrine et quittai les lieux avec précaution. Je ne devais pas me préoccuper du niveau de Père pour l’instant. Le plus important était de me concentrer sur cette commande. Je devais y mettre tout ce que j’avais !
Je rentrai directement à mon atelier et annulai toutes mes autres commandes. Puis j’ouvris le livre et étudiai les portraits dans les moindres détails. Comment donner à cette femme l’apparence la plus naturelle possible ? Les premiers objets qui attirèrent mon attention furent les morceaux de bois posés sur le côté.
C’était du bois ordinaire que j’avais trouvé au marché. Il était vieux et solide, mais ne possédait aucun pouvoir magique. Cela ne pouvait pas me satisfaire. Après tout, le bois était l’élément le plus important. Le bois était ce que je maîtrisais le mieux, et il constituait l’ossature de base de la marionnette.
Bien sûr, ce genre de bois m’avait suffi jusque-là. À condition d’y ajouter de la magie, il durait plus longtemps que des mauvaises herbes. Mais cette fois, c’était mon avenir qui était en jeu.
Pourquoi m’avait-il confié cette tâche ? Pourquoi avait-il proposé un billet d’embarquement en récompense ? Tout cela n’avait aucune importance. La seule chose qui comptait, c’était que j’avais absolument besoin d’honorer cette commande. Impossible, donc, de fabriquer cette marionnette avec des matériaux aussi ordinaires.
Résolu, je dépensai l’argent que j’avais gagné jusque-là. Dès que je laissai filer mes pièces d’or, toutes sortes de bois commencèrent à me parvenir. J’en essayai des dizaines, et des centaines de pièces d’or s’envolèrent. Au bout du compte, je trouvai l’arbre idéal.
C’était un arbre d’une espèce inconnue qui avait poussé près de la mer. Le marchand l’appelait bois bleu. Apparemment, il devait son nom à la teinte bleutée qu’il avait prise sous l’effet des vents marins. J’avais entendu dire que des monstres marins avaient emporté plusieurs petites gens pour obtenir cet arbre. Ça m’était égal.
J’aimais le flux de mana contenu dans ce bois. Le parfum frais de la mer qui s’en dégageait quand je me tenais à côté avait quelque chose de séduisant. Si je l’utilisais, je pourrais préserver l’aura de cette femme tout en retenant mieux la magie.
Mais dès que je me mis à travailler le bois, je compris où était le problème.
Le mana marin qui habitait le bois était extrêmement dense, et il était loin d’être facile de le dominer. Quand j’essayai de le tailler avec un couteau imprégné de mana, comme je l’avais fait jusque-là, le contrecoup le fit éclater.
Et si j’utilisais le mana lui-même au lieu d’un couteau ? Dans cette idée, je lui insufflai du mana, mais le flux qui circulait dans le bois s’éteignit complètement.
J’essayai aussi plusieurs autres méthodes, mais rien n’y fit : impossible de préserver le mana du bois. Plusieurs mois passèrent sans que je trouve de solution. Exaspéré, je sortis de l’atelier et partis errer.
Je dépassai la zone où vivait le clan et arrivai là où se rassemblaient les habitants ordinaires de l’île. En me dirigeant vers le centre, je tombai sur un petit marché. Pourquoi mes pas m’avaient-ils conduit ici ? Tout en me posant la question, je regardai ce qu’on y vendait.
Rien de spécial : de la nourriture, des produits de première nécessité et des vêtements. Sur le point de repartir, déçu, je vis un vieillard installer un étal. Il était miteux, tout maigre, à moitié chauve, et il lui manquait l’auriculaire ainsi que l’annulaire.
Pourtant, je n’arrivais pas à détacher les yeux de lui. Quand je m’approchai, le vieil homme interrompit son installation et me jeta un coup d’œil. Je restai silencieux devant lui. Après m’avoir observé un instant, il se remit à monter son étal. Il sortit de son ballot plusieurs sculptures.
Je ne pouvais pas en détacher le regard.
Regardez-moi ces sculptures. Elles étaient clairement faites de bois bon marché, et pourtant elles semblaient bien plus vivantes que les marionnettes que j’avais fabriquées. Les personnages sculptés avaient l’air de sourire et de bavarder pour de vrai.
« Combien coûtent ces sculptures ?
— Hé hé, deux pièces de cuivre chacune, monsieur.
Le vieil homme sortit toutes les sculptures et se frotta les mains. Seulement deux pièces de cuivre ? Quelle blague. À côté de ça, toutes mes marionnettes n’étaient que de la camelote. Et pourtant, il vendait ces merveilles pour presque rien.
« Alors, je vous les prends toutes », dis-je en m’asseyant devant lui.
« Oh là là ! » Le vieil homme cligna des yeux.
« Elles n’ont rien d’extraordinaire, monsieur. C’est du bois bon marché, alors elles vont vite pourrir ou se casser.
« Ce n’est pas grave. Et puis-je vous regarder sculpter ? Je vous paierai aussi pour ça.
— Oh, là là ! Comment vous remercier ?
Le vieil homme ne cessait de s’incliner, tout en jetant furtivement un coup d’œil à mon expression.
« Dans ce cas, quel serait le tarif… ?
Je fouillai précipitamment mes vêtements. Comme j’étais sorti sans réfléchir, je n’avais que quelques pièces d’or sur moi. Je les sortis toutes et les posai sur l’étal. J’aurais voulu lui en donner davantage, mais j’étais à court d’argent. En voyant les pièces d’or, le vieil homme fut si stupéfait que ses yeux s’écarquillèrent encore plus.
« Je vous donne tout ça.
Je me dis que pouvoir observer ce vieil homme sculpter, juste à côté de lui, valait largement cette somme.
Ces sculptures étaient la clé qui me permettrait de résoudre mon problème.
J’en étais convaincu.
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