Chapitre 3
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 3
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Pendant cette période, j’appris un grand nombre de choses. Le territoire qui avait jusque-là constitué tout mon univers n’était qu’une infime partie du monde.
Cette terre immense et tentaculaire formait une île gigantesque. Un minuscule bout de terre accroché aux confins du continent. Un endroit rude, aux ressources rares, que personne ne convoitait assez pour s’en soucier.
Dès que je compris à quel point le monde était vaste, la cupidité s’éveilla en moi. Je voulais partir à sa découverte. Je commençai à penser que cet endroit exigu n’était pas fait pour moi.
Mais il n’existait qu’un seul moyen de quitter l’île. Elle était proche du continent, certes, mais la mer la séparait toujours de lui. Je devais embarquer à bord de l’aéronef qui passait une fois tous les vingt ans.
Nager ou partir en bateau était impensable.
La mer abritait toutes sortes de créatures bizarres, et elle regorgeait de monstres qui voyaient les humains comme de la nourriture. Le mari de Nanny avait même, paraît-il, été entraîné au fond par une créature marine inconnue, avant de disparaître.
« Bien sûr, moi, je pourrais la traverser. »
Ojo affirma qu’avec les objets magiques et le pouvoir magique qu’il possédait, il pourrait traverser la mer en volant sans difficulté. Puis il ricana et ajouta que même en travaillant toute ma vie, j’aurais du mal à atteindre son niveau.
Je n’en étais pas capable. Je me renseignai pour savoir s’il existait d’autres moyens, mais n’en trouvai aucun.
Au bout du compte, il ne me restait que l’aéronef. Ojo m’apprit que le billet coûtait environ cinq mille pièces d’or.
Cinq mille pièces d’or ? Une somme que je n’avais jamais même imaginé posséder. J’avais entendu dire que le clan gagnait environ cinq cents pièces d’or par an. Cela représentait donc dix années de revenus pour le clan ? C’était une somme qui dépassait l’entendement.
« Tu devrais quand même partir d’ici. Tu pourrais même aller à l’université, qui sait. »
Ojo me dit cela en me voyant trépigner de frustration. L’université. C’était aussi pour cette raison que je tenais tant à quitter l’île. Sans cela, je n’aurais pas eu à me tourmenter ainsi.
La porte d’entrée de tous les mages.
Un vaste univers de magie qui existait depuis un passé lointain, bien avant la fondation de l’Empire. Un lieu où vivaient le grand mage qui l’avait fondée et les innombrables mages qui avaient reçu son enseignement. Quand j’en entendis parler pour la première fois, ma curiosité m’empêcha de fermer l’œil de la nuit.
« J’ai moi aussi obtenu mon diplôme à l’université. Il m’a fallu une centaine d’années pour terminer le cursus de base. »
Ojo fixa un point au loin, comme s’il se remémorait cette époque. Cent ans. Pour moi, qui n’en avais même pas vingt, c’était une durée presque impossible à concevoir. Je lui demandai, stupéfait :
« C’est si difficile que ça ? »
« Je ne peux pas t’en parler en détail. Il est interdit de révéler quoi que ce soit sur l’université aux étrangers. »
Ojo tapota son poignet. S’agissait-il, là aussi, d’une sorte de contrat ?
« Cela dit, cent ans, c’est plutôt rapide. Certains mages n’arrivent pas à terminer avant de mourir de vieillesse. Et intégrer l’université, ce n’est pas une mince affaire non plus. Seule une poignée de personnes parvient à y entrer, sans même parler d’en sortir diplômée. »
Le rêve de cette université qu’Ojo me décrivit me gonfla le cœur. L’université, hein. Un lieu d’apprentissage accessible à tous les mages remarquables. Un monde où l’on n’avait pas à se soucier de ses origines et où seul le talent comptait.
Mon cœur était déjà à l’université. Mon corps, malheureusement, restait coincé sur cette île. Au bout du compte, tout était une question d’argent. Il restait environ cinq ans avant l’arrivée de l’aéronef. Cinq mille pièces d’or. Où étais-je censé trouver une telle somme ? Même en oubliant les cinq prochaines années, je n’étais pas sûr de réussir à la réunir d’ici au passage suivant, dans vingt-cinq ans.
L’argent. Le plus important, c’était d’en gagner.
Tandis que je me creusais la tête, des souvenirs de ma vie antérieure me revinrent soudain.
Parmi les nombreux instants qui remontaient vaguement à la surface, comme des rêves, je me vis piloter un drone, un insecte volant. Non, j’avais tellement pris l’habitude de l’appeler insecte volant que le terme ne convenait plus. Récemment, en fouillant dans mes souvenirs, je m’étais rendu compte qu’il s’agissait d’une sorte de marionnette.
Bref, j’avais piloté cette marionnette d’acier volante. Et si j’en fabriquais une ? Je ne me souvenais pas encore de toute ma vie antérieure, mais le souvenir vivace d’avoir tué quelqu’un avec cette marionnette d’acier m’était resté profondément gravé dans l’esprit.
Et j’avais aussi l’impression que c’était possible. Quand j’avais appris la magie ordinaire, je n’avais jamais eu de certitude. Les sorts de feu ou d’eau n’avaient jamais beaucoup de puissance. Ojo m’avait même dit que je n’avais aucun talent pour ça.
Pourtant, dès que je songeai à fabriquer des marionnettes, je sus naturellement que j’en étais capable. Ojo m’avait dit que cet instinct-là était justement le talent nécessaire pour apprendre la magie. Cela signifiait-il donc que j’avais un don pour les marionnettes ?
Je fabriquai aussitôt quelques marionnettes avec des blocs de bois et tentai de les contrôler.
Pour l’instant, une forme semblable à celle d’un drone était hors de question. Je sculptai des marionnettes en bois à l’image d’êtres humains et, en insufflant du pouvoir magique dans leurs articulations, je les vis se redresser et se mettre à bouger.
Mais les marionnettes auxquelles on se contentait d’insuffler du pouvoir magique bougeaient facilement, puis se brisaient en un rien de temps.
Ensuite, je tirai le pouvoir magique de mon corps sous forme de fils. Comme si je contrôlais une marionnette à l’aide de ficelles. Cette méthode était de loin la plus pratique. Le problème, c’était qu’elle était assez difficile à maîtriser.
Au terme de ces essais, la méthode la plus efficace que je trouvai consistait à doter la marionnette de son propre arbre. Devais-je l’appeler un cœur de mana ?
Je m’inspirai de la forme de l’arbre qui se trouvait dans mon corps et donnai cette même forme à la marionnette.
Il me fallut environ trois ans pour parvenir à ce résultat. C’était rudimentaire, mais, à mon niveau, c’était un modèle que j’avais élaboré en donnant tout ce que j’avais.
J’emportai la marionnette chez Ojo. Il l’examina attentivement, puis éclata de rire.
« Oh, tu as un sacré don. Je suis content que tu aies trouvé une magie qui te convienne. Pour manier des marionnettes, le talent compte énormément. »
Puis Ojo insuffla du pouvoir magique dans la marionnette. Elle fit un ou deux pas avant de s’écrouler. Était-elle cassée ? Pris de panique, je l’examinai, mais elle n’avait rien.
« Je n’ai aucun talent pour manier les marionnettes. Quelqu’un qui n’en connaît pas les sensations ne peut pas en faire bouger une, aussi bonne soit-elle. »
Ojo semblait trouver la marionnette assez intéressante et la manipula de-ci de-là. Puis il sortit un parchemin de sa robe.
Ojo posa une main sur son front et laissa couler son pouvoir magique. Un long fil s’écoula le long de sa main. La scène était si étrange que j’écarquillai les yeux.
Quand il posa le fil sur le parchemin, celui-ci se transforma en lettres et s’y fondit. Les caractères faits de pouvoir magique scintillaient faiblement, comme s’ils pouvaient disparaître à tout moment.
« Si tu le poses sur ton front, tu pourras voir les souvenirs que j’en ai extraits. J’y ai mis tout ce que je sais sur les marionnettes, ça devrait t’être utile. »
Ojo me tendit le parchemin. Je le pris avec précaution et le posai sur mon front. Les lettres quittèrent le parchemin et furent aspirées dans ma tête. J’eus l’impression de devenir Ojo tandis que j’errais dans ses souvenirs.
Ils contenaient toutes sortes de connaissances disparates : des méthodes simples pour fabriquer des marionnettes, des sorts efficaces pour les animer, les matériaux utilisés, des façons de les combattre, leur prix, et ainsi de suite. C’était comme si on avait extrait des souvenirs à partir d’un mot-clé et qu’on avait éparpillé négligemment tout ce qui touchait aux marionnettes.
Ma tête me lançait tandis que j’examinais et classais ces informations une à une. Comme Ojo me l’avait dit, il ne semblait pas s’intéresser aux marionnettes ; ses connaissances n’étaient donc que superficielles. Malgré tout, certaines se révélèrent très utiles.
Les informations sur les cœurs de mana en étaient un exemple. J’avais fabriqué le mien en prenant l’arbre pour modèle, mais, peut-être parce que sa conception m’était propre, certains éléments étaient inefficaces. Jusqu’alors, je ne m’étais même pas rendu compte de ces défauts, mais je découvris qu’il y avait plus de choses à corriger que je ne l’aurais cru.
Les plans de marionnettes de base qu’il contenait me permirent de le faire. Ils différaient de la méthode que j’avais inventée, mais constituaient tout de même une bonne référence. Ainsi, quelques connaissances qui semblaient inutiles au premier abord prenaient de la valeur lorsqu’elles rencontraient mes propres problèmes. Si j’avais dû me débrouiller seul, je ne les aurais peut-être pas acquises, même au bout de dix ans.
Ravi, je m’inclinai devant Ojo. Il hocha la tête et sourit.
Cinq autres années passèrent ainsi. Sans même m’en rendre compte, j’avais vingt-trois ans.
Cela faisait dix ans que j’avais commencé à apprendre la magie auprès d’Ojo. Dix ans, c’était une très longue période dans ma vie, mais ce n’était pas assez pour maîtriser à la fois les marionnettes et la magie.
L’aéronef arriva bel et bien, mais je n’avais pas d’argent et ne pus que le contempler avec envie. Je ne pouvais pas non plus monter à bord en douce. Des mages qui avaient l’air plus puissants que moi montaient la garde et surveillaient les environs. Dès que je m’approchais, ils me lançaient des regards si féroces que je n’osais pas avancer. L’aéronef repartit donc, et je dus attendre vingt ans de plus.
À peine les dix années d’enseignement achevées, Ojo se retira dans son atelier. Par la suite, j’eus quelques questions à lui poser et m’y rendis, mais il ne m’adressa pas un mot. Comme Ojo me l’avait annoncé au début de mon apprentissage, le contrat avait pris fin.
Quand j’annonçai au clan que ma formation en magie était terminée, je reçus de nombreuses demandes, venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur du clan. Un mage pouvait apporter une solution efficace à presque n’importe quel problème. Comme j’avais besoin de beaucoup d’argent, j’acceptai toutes les missions.
On me chargea d’éliminer un ennemi du clan. Le type maniait une épée et, quand je lançai une boule de feu, il la trancha avant de foncer sur moi. Pris de panique, je m’enfuis et reçus un coup à la taille.
Je finis bien par le brûler vif, mais j’eus sacrément peur. Une simple mauvaise herbe avait réussi à me blesser. Mon orgueil en prit un coup pour rien.
On me demanda aussi de me rendre dans un endroit mystérieux pour y cueillir des plantes médicinales. C’était un vieil homme assez âgé qui m’avait confié la mission et, comme il promettait de me payer plusieurs pièces d’or, je sautai sur l’occasion.
Je n’avais aucune idée qu’un serpent centenaire se cachait là-bas. Quelle absurdité, quand je vis ses écailles repousser même la magie ! J’avais failli me faire dévorer. Terrifié, je pris la fuite sans avoir déterré plus de quelques plantes médicinales.
Ces épreuves se répétèrent. Mais je compris bientôt que cette façon de faire était terriblement inefficace. Même en continuant à souffrir ainsi, je ne gagnerais clairement pas cinquante pièces d’or en un an. À ce rythme, il me faudrait répéter ces absurdités pendant cent ans.
Je devais réfléchir davantage à l’efficacité. Ce qui attira alors mon attention, ce furent les marionnettes. À vrai dire, j’avais essayé de m’en servir pour quelques missions. Mais elles étaient encore rudimentaires et n’offraient pas les performances que j’espérais. Elles ne résistaient même pas correctement aux coups d’épée de mauvaises herbes.
Mais étais-je vraiment obligé de remédier à toutes leurs faiblesses ? Cette idée me vint. Pourquoi avais-je voulu fabriquer des marionnettes, au départ ? N’était-ce pas pour les utiliser comme des drones ? Partant de là, j’en fabriquai en grand nombre. Les premières ressemblaient à des insectes volants de la taille de la paume de ma main. J’essayai de les modeler d’après les drones de mes souvenirs.
Dans mes souvenirs, j’avais vu des drones auxquels on avait fixé des explosifs avant de les larguer. De la même façon, même si les marionnettes n’étaient pas très performantes, il suffisait de leur attacher quelque chose doté d’une grande puissance destructrice pour qu’elles aient assez de puissance de feu. Avec cette idée en tête, je les conçus simplement pour qu’elles puissent rester longtemps dans les airs.
Elles n’avaient aucune autre fonction. Il leur suffisait de voler longtemps, haut et sans bruit. Assurer la puissance de feu était facile. Je n’avais qu’à les imbiber d’une substance comme de l’huile et à les faire s’autodétruire avec un sort d’explosion.
Dès que j’envoyai un essaim entier de marionnettes de ce genre, les missions devinrent incroyablement faciles. Beaucoup se brisaient ou perdaient le contact en cours de route, mais ce n’était pas grave. Il me suffisait d’en envoyer encore plus.
Cette méthode avait toutefois ses limites.
Contrôler les marionnettes exigeait une grande concentration et beaucoup de pouvoir magique. Même en leur donnant des ordres simples, il leur fallait une quantité considérable de pouvoir magique pour parcourir de longues distances. Avec mes seules connaissances superficielles, je ne pouvais pas régler le problème tout de suite. Pour compenser cette faiblesse, je devais faire encore et encore des recherches et les améliorer sans cesse.
Mais cela ne suffisait pas. C’était bien trop peu pour payer un billet. Il me fallait des marionnettes plus efficaces. Une innovation qui bouleverserait complètement les méthodes existantes !
Avec cette idée en tête, je m’accrochai avec acharnement à mes recherches sur les marionnettes.
Dix ans passèrent ainsi.
Après des années de recherches, ajoutées à d’autres années de recherches, je réussis enfin à obtenir un billet pour l’aéronef !
C’était un peu déroutant. Euh… Je ne m’attendais pas à ce que ça se passe comme ça, moi non plus.
Bref, j’en avais obtenu un.
Cela arriva quand j’eus trente-trois ans.
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