Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 38
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Elle vint me voir le troisième jour après que j’eus retrouvé ma liberté.
Bien sûr, je devais toujours gérer la tour et préparer les cours, mais, à ma grande surprise, même après tout ça, il me restait du temps. En comptant le sommeil, j’avais gagné quatre bonnes heures de temps libre.
Comparé à l’époque où je ne pouvais même pas dormir correctement et devais passer à l’infirmerie pour forcer mon corps à récupérer, c’était le paradis. Je feuilletais un livre de magie pour la première fois depuis des lustres quand quelqu’un m’appela.
L’appel venait de la marionnette numéro 134. Je passai en revue la liste des marionnettes dans ma tête. C’était qui, déjà ? Numéro 134… Numéro 134… Ah, Cassian. Lors de la deuxième chasse au trésor, j’avais échangé mon nom avec elle et appris qui elle était.
L’incarnation même du talent qui m’avait vaincu, une élève douée qui avait atteint le deuxième étage en moins d’un an après son arrivée. La rumeur disait que la professeure lui donnait aussi des cours particuliers. Vrai ou pas, ça ne changeait rien au fait que j’avais un peu de mal à la côtoyer.
Cela dit, elle m’avait appelé, alors je devais y aller. Elle et les épéistes avaient pris trois des pièces inoccupées du deuxième étage. En excluant la salle de cours et l’infirmerie, il y avait huit pièces au total à cet étage. Le fait qu’ils en occupent trois témoignait de leur force.
Personne n’osait non plus leur chercher des noises. Pendant la deuxième chasse au trésor, ils avaient traqué des mages qui leur en voulaient, leur avaient coupé des membres et les avaient suspendus à des piliers. Ils avaient continué jusqu’à la fin du cours. Après avoir vu ça, qui aurait osé les prendre à la légère ?
Moi non plus, je ne faisais pas exception. Je frappai aussi délicatement que possible à la porte de la pièce où se trouvait Cassian. Bientôt, un visage impassible apparut. C’était bien elle. En me voyant, elle sortit aussitôt. Derrière elle, une marionnette gravée du numéro 134 la suivit.
« Vous m’avez appelé, Cassian-ssi ? »
« Tonton, change-moi ça. »
Elle désigna la marionnette numéro 134. Je pris rapidement le contrôle de la marionnette et commençai à l’examiner. Mais je ne tardai pas à pencher la tête, perplexe. Elle n’avait rien de particulier.
« Elle n’a rien. Quel est le problème ? »
Elle posa la main sur l’épaule de la marionnette, là où son numéro était gravé, et secoua la tête.
« Quand je le cache comme ça, je ne peux pas du tout savoir si c’est la mienne ou non. Je n’aime pas ça. »
À vrai dire, elle avait raison. Toutes les marionnettes avaient été fabriquées exactement selon le même modèle. La seule chose qui les distinguait, c’était le numéro gravé sur leur épaule.
Quand je les avais fabriquées, je ne m’étais pas du tout soucié de leur apparence. Je voulais seulement échapper au plus vite à cet enfer de travail. Pour ça, il fallait que je produise des marionnettes à toute vitesse. Leur forme était le résultat de ma quête d’efficacité.
« Je vous prie de m’excuser. J’ai déjà épuisé toutes mes ressources, je ne peux donc plus fabriquer de nouvelle marionnette. »
Je m’inclinai en disant cela. C’était vrai. Comme j’avais dépensé tous mes points pour fabriquer des marionnettes, je ne pouvais plus non plus obtenir de matériaux. Après avoir réfléchi un instant, elle me tendit la main. Celle où elle portait sa bague.
« Cent points. »
« Hum. C’est vrai que je n’ai plus de matériaux, mais maintenant que j’y pense, une solution me vient à l’esprit. Je crois que je peux fabriquer une nouvelle marionnette en prenant la numéro 134 comme base. Quelle forme voudriez-vous ? »
Je lui adressai un sourire. Elle sortit alors une feuille de papier de son décolleté. On y voyait un ours maladroitement dessiné, dont la tête et le corps étaient à peu près de la même taille.
« Vous pouvez faire quelque chose comme ça ? »
Je pris le dessin et l’examinai attentivement. Rien de particulièrement remarquable. C’était juste un ours à la forme étrange. En réalité, modifier seulement l’apparence était assez simple. Surtout dans un cas comme celui-ci, où je n’avais qu’à lui ajouter de la matière.
« Bien sûr. Attendez une trentaine de minutes et je vous apporterai votre nouvelle marionnette. »
Je m’inclinai devant elle, puis emportai le dessin et la marionnette. Après l’avoir raccompagnée dans sa chambre, je montai rapidement à l’atelier. Puis j’étudiai le dessin comme il se devait.
Le visage de l’ours était esquissé à l’aide de quelques traits simples, et son corps manquait de détails. L’ensemble était déséquilibré et, comme ses bras et ses jambes étaient trop courts, l’ours avait quelque chose de gauche et de tordu.
Malgré tout, le dessin exprimait clairement ce qu’il cherchait à montrer.
La mignonnerie.
Ce dessin, qui semblait avoir été fait par elle-même, portait les traces d’une personne qui avait voulu représenter un ours mignon, et rien d’autre. Je le sentais à la texture du dessin.
Je devais donc fabriquer la marionnette pour qu’elle lui ressemble.
Je commençai par démonter entièrement la marionnette numéro 134. En travaillant avec soin et en faisant attention à chaque pièce et à chaque circuit, je finis par la désassembler. Ces pièces feraient partie de la nouvelle marionnette-ours et se remettraient en mouvement.
Je me mis ensuite à fabriquer le corps. Je taillai soigneusement le bois pour qu’il s’accorde aux pièces de la marionnette et à leur texture. Je plaçai d’abord le torse au centre, puis y fixai avec précaution les pièces de la numéro 134 et rétablis ses fonctions existantes.
Vint ensuite le tour des bras et des jambes. Comme sur le dessin, je lui fis des membres très courts. Ils étaient juste assez longs pour que ses deux mains se rejoignent tout juste devant sa poitrine. Je les fixai au torse.
Je fabriquai aussi la tête. Elle était presque aussi grosse que le torse. C’était le cœur de la marionnette. De grands yeux ronds. Une toute petite bouche. Même le nez qui ressortait. J’ajustai chaque élément avec le plus grand soin.
Après avoir assemblé toutes les pièces, je terminai la marionnette. Ses proportions étaient vraiment étranges. Sa tête et son torse étaient de la même taille, tandis que ses bras et ses jambes ne faisaient même pas la moitié de leur longueur. Une drôle de silhouette.
Mais elle était mignonne.
C’était extrêmement inefficace, mais ça suffisait. C’était sans aucun doute la forme qu’elle souhaitait. Puisque j’étais payé en points, je devais répondre au mieux aux souhaits de mes clients.
Pour la touche finale, je recouvris son corps de fourrure de bête magique afin de lui donner un peu de vie. J’utilisai exprès de la fourrure d’ours et de bête magique pour lui donner un aspect aussi naturel que possible. En regardant le résultat, j’étais convaincu que Cassian l’aimerait.
J’insufflai du pouvoir magique dans son corps. Une fois imprégné de mon pouvoir magique, son cœur de mana se remit à battre. Puis elle prit une posture maladroite. Hum, il restait encore quelques détails à ajuster.
Après avoir vérifié une à une ses fonctions, je la rapportai au deuxième étage. Cassian m’attendait dans l’escalier pour me voir descendre.
Quand elle aperçut l’ours-marionnette qui descendait l’escalier en se dandinant derrière moi, ses yeux s’illuminèrent. Elle se contenta de suivre ses mouvements du regard jusqu’à ce qu’il s’arrête devant elle.
« C’est ça ? »
Elle ne quittait pas l’ours-marionnette des yeux. Je souris, satisfait. J’avais toujours fabriqué des marionnettes en ne pensant qu’aux meilleures proportions possibles ; c’était la première fois que j’en faisais une comme celle-là.
Pourtant, cette inefficacité avait donné naissance à une valeur nouvelle. Quelque chose à quoi je n’avais jamais songé. Je lui transmis le contrôle de la marionnette et lui adressai quelques mises en garde.
« Comme la marionnette a été modifiée de cette façon, plusieurs fonctions ont été supprimées. Elle ne peut pas tout faire sous cette forme. Et elle consommera plus de pouvoir magique qu’avant, alors évitez de trop la faire bouger. Sinon, elle s’arrêtera avant la fin de la journée. »
« Ouais, elle me plaît. Merci, tonton. »
Elle me tendit sa bague. Je rapprochai la mienne de la sienne. Le pouvoir magique circula et les points passèrent sur ma bague. Cent points. Une somme vraiment satisfaisante. Pour moi qui avais déjà tout dépensé, c’était comme une pluie bienvenue en pleine sécheresse.
Elle prit la marionnette et retourna dans sa chambre. Je regagnai moi aussi mon atelier. Après l’avoir fabriquée, je sentis une inspiration nouvelle bouillonner en moi. J’avais envie de profiter de ce temps libre inespéré pour essayer de créer une autre marionnette.
Ensuite, elle se mit à exhiber l’ours-marionnette devant tout le monde. Au premier comme au deuxième étage, que les gens soient hostiles ou amicaux, dès qu’elle croisait quelqu’un, elle avançait discrètement la marionnette et souriait. Grâce à cette publicité si naturelle, d’autres personnes commencèrent à venir me voir.
À vrai dire, je m’y attendais quand j’avais décoré sa marionnette. Ils me demandaient combien coûtait la décoration d’une marionnette. Mais le tarif était déjà fixé.
Cent points.
Si j’acceptais moins, Cassian se sentirait sûrement mal à l’aise. Pour gagner la confiance des gens, il fallait que le premier client fixe le tarif.
En plus, ces cent points comprenaient le prix de la marionnette elle-même. Au fond, toutes les marionnettes que je leur avais distribuées m’appartenaient. Comment aurais-je pu simplement les leur donner ? Avaient-ils la moindre idée du nombre de points qu’elles m’avaient coûté ? Les matériaux à eux seuls valaient trente points par marionnette.
J’expliquai cela aux personnes qui venaient me voir et commençai à recevoir des clients. Beaucoup secouèrent la tête et repartirent.
C’était compréhensible. Il ne s’agissait que de changer l’apparence d’une marionnette. Ses fonctions ne variaient pas beaucoup. Qui dépenserait cent points pour une marionnette pareille ? Même moi, je trouvais étrange que Cassian ait déboursé autant.
Quelques jours passèrent ainsi. Cassian continua d’exhiber sa marionnette, et les gens vinrent me voir, entendirent le prix et renoncèrent.
Dans ces circonstances, le premier à me demander de modifier une marionnette fut Jun.
Après avoir obtenu la Boîte dévoreuse d’espace, il avait rassemblé des mages indépendants et créé une sorte de groupe. La plupart étaient des personnes de rang inférieur, qui s’étaient regroupées dans l’espoir de se tailler un territoire dans la tour. Ils avaient tout juste réussi à obtenir une pièce dans un coin du premier étage.
Mais ça ne lui suffisait pas. Tandis que les grandes familles, les épéistes et l’association des mages, qui composaient les rangs supérieurs, étaient montés au deuxième étage, il prit le contrôle du premier. Le pouvoir contenu dans son trésor lui permit d’y parvenir.
Il se mit ensuite à réclamer des frais d’utilisation aux mages du premier étage qui ne rejoignaient pas son groupe. La plupart, accablés par le nombre de points à payer, finirent par le rejoindre.
Au fil du temps, près de la moitié des participants au cours finirent par appartenir à son groupe. Il devint ainsi le chef d’une autre grande faction qui soutenait ce cours.
J’étais franchement impressionné par son talent. Il fallait voir cette façon brillante de faire de chaque occasion un avantage pour lui. C’était la ruse que j’avais remarquée dès qu’il avait dérobé le trésor. Malgré son apparence calme et grave, il cachait un renard en lui.
Comme j’avais assisté à tout cela, je devinais facilement pourquoi il était venu me voir. Il voulait clairement se faire remarquer. Être le premier à tenter ce que les autres n’osaient pas faire était le moyen le plus rapide de se démarquer.
Je gardai cette idée au fond de moi et l’accueillis. Il débordait désormais d’assurance. Il ne restait rien de sa faiblesse d’autrefois. Il me tendit un dessin.
« Pourriez-vous décorer une marionnette à partir de ce dessin ? »
Je le pris et l’examinai. Une belle femme y était représentée. Même s’il ne s’agissait que d’un dessin, son maintien était si gracieux que je ne pouvais en détacher les yeux.
« Qui est cette personne… ? »
« C’est un dessin de ma femme, de son vivant. Elle n’était pas mage, alors elle est morte il y a très longtemps. »
Il esquissa un sourire amer. Je lui témoignai moi aussi un bref moment de silence en signe de deuil. Il laissa les points et le portrait derrière lui.
De retour à l’atelier, je regardai de nouveau le portrait.
La femme du dessin était assise devant une table, vêtue avec beaucoup d’élégance. Une tasse de thé à la main, elle en buvait avec grâce. Son sourire digne, à peine esquissé, et son regard détendu la rendaient encore plus remarquable.
C’était une femme d’une grande beauté et d’une grande élégance. À vrai dire, j’avais du mal à croire qu’elle eût été la femme de Jun. Il avait maintenant beaucoup d’assurance, mais le Jun d’autrefois m’avait paru profondément pitoyable. Il ne semblait pas du tout assorti à la femme représentée sur ce dessin.
Mais que ce soit vrai ou non, cela ne me concernait guère. J’avais reçu des points ; il ne me restait qu’à réaliser la commande du mieux possible.
Contrairement au cas de Cassian, je n’avais pas besoin de modifier la structure même de la marionnette. Il me suffisait d’analyser la silhouette de la femme et de réajuster la marionnette pour qu’elle lui corresponde.
Je n’eus pas besoin de longtemps pour reproduire son apparence à partir du dessin. Je consacrai plus d’efforts au visage qu’à toute autre partie. Je voulais préserver autant que possible le regard profond et le sourire serein que le dessin m’évoquait.
Pour cela, je me mis à imiter la texture du dessin sur la marionnette. J’essayais de faire de son visage une toile et d’y redessiner celui de la femme en trois dimensions. Après plusieurs tentatives ratées, la femme finit par sortir du dessin.
Le résultat était un peu maladroit, mais j’avais réussi à reproduire le plus beau visage possible sur la marionnette. Dès que ce visage prit forme, une faible impression de vie commença à émaner d’elle.
Quels vêtements iraient à une femme comme elle ? Une robe semblait être le meilleur choix. Cela conviendrait aussi parfaitement à l’objectif de Jun. Le modèle idéal se trouvait déjà dans le dessin.
La femme y portait une robe élégante, d’un style très ancien. Le haut, ajusté, mettait délicatement ses courbes en valeur, tandis que la jupe descendait sous ses genoux. Ses broderies délicates lui donnaient une allure encore plus raffinée.
Je m’efforçai de reproduire au mieux cette impression avec le tissu et le cuir dont je disposais. Bien sûr, les limites des matériaux étaient évidentes et il était impossible d’obtenir une copie parfaite. Je parvins tout de même à confectionner une robe dont la forme s’en rapprochait autant que possible.
Une fois la marionnette habillée, je sentis émaner d’elle une certaine élégance, même si elle n’égalait pas celle du dessin. Les yeux clos, elle dégageait un calme paisible, comme si elle dormait.
J’insufflai du pouvoir magique dans le cœur de la marionnette. Celui-ci se remit à battre, et elle ouvrit les yeux. C’était parfait. Je la fis bouger telle quelle. Comme je ne l’avais pas beaucoup modifiée, ses mouvements étaient très naturels.
Pourtant, il me semblait qu’il manquait quelque chose. Les mouvements de la marionnette suivaient uniquement les trajectoires les plus efficaces. Ils ne semblaient pas lui convenir.
Mais quels mouvements lui iraient ? Soudain, je repensai à l’ours-marionnette que j’avais fabriqué un peu plus tôt. Son apparence inefficace avait donné naissance à une nouvelle valeur.
La grâce me semblait relever d’une idée similaire. Quand un mouvement était inefficace, il faisait naître une qualité singulière, qui n’appartenait qu’à lui. Sur cette idée, j’ajustai les mouvements de la marionnette.
Je m’inspirai aussi d’Ailey pour les mouvements. Parmi toutes les personnes que j’avais rencontrées jusqu’ici, c’était elle qui avait les gestes les plus élégants.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas pensé à elle. Où était-elle maintenant, et que faisait-elle ? Je n’en avais pas la moindre idée.
La marionnette terminée débordait de grâce. Je souris en la contemplant. À ce niveau-là, Jun serait forcément satisfait. Et j’avais vu juste. Il fut ravi en la découvrant et me laissa cinquante points supplémentaires en guise de supplément.
Les commandes commencèrent alors à affluer.
Ceux qui avaient hésité après avoir vu l’ours de Cassian voulurent faire décorer leurs propres marionnettes après avoir découvert la femme de Jun, quitte à payer un supplément.
Les points se mirent à pleuvoir.
Je souris de toutes mes dents. Puis je me mis à chercher comment vendre encore plus de marionnettes.
Et si, au lieu de simplement modifier leur apparence, je leur ajoutais aussi des fonctions ? Sur cette idée, j’en équipai plusieurs de diverses options.
Par exemple, verser davantage de thé, diffuser un parfum, changer d’expression, et ainsi de suite. Je proposai ces fonctions pour quelques points seulement.
Je passais tellement de temps à modifier des marionnettes qu’il ne me restait presque plus de temps libre, mais ça m’était égal. Les points s’accumulaient tout seuls. Qu’y avait-il de plus réjouissant ?
Je remarquai quelque chose d’étrange après avoir modifié ma cinquantième marionnette.
C’était le jour où s’achevait ma première année à l’université.
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