Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 37
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J’ouvris lentement les yeux. Le soleil m’inondait le visage à travers la fenêtre.
C’était le matin.
La pièce était remplie de pantins. J’étais affalé en plein milieu. L’épuisement pesait si lourd sur tout mon corps que j’avais à peine la force de bouger. Je ne parvenais même pas à faire circuler mon pouvoir magique. J’avais dû m’effondrer en travaillant toute la nuit.
À bien y réfléchir, depuis combien de temps ne m’étais-je pas allongé comme ça ? Je ne me souvenais même plus de la dernière fois où j’avais dormi dans un lit. Je jetai un œil à l’horloge. Moins de trente minutes s’étaient écoulées depuis que j’avais perdu connaissance.
Je voulais profiter encore un peu de cet instant doux comme le miel. Juste un tout petit peu plus longtemps. Même si tout un tas de tâches m’attendaient, ce repos de rêve m’avait pris au piège et refusait de me lâcher.
Mmm… Et si je repoussais simplement à demain tout ce que j’avais à faire aujourd’hui ? Je voulais m’endormir ici, sur place. Mon moi de demain se débrouillerait avec les conséquences. Pour l’instant, je pouvais bien me reposer encore un peu.
C’est alors que je m’apprêtais à refermer les yeux. La porte s’ouvrit et la clochette tinta. Quelqu’un était bel et bien entré. Je poussai un cri silencieux. Non… Mon bref repos était en train de m’échapper.
« Monsieur, je suis venue vous demander de modifier un pantin. Vous n’êtes pas là ? »
Cette voix m’était familière. Je levai lentement la main. Même ce geste me demanda un effort immense. Ma main tremblait et semblait prête à retomber à tout instant. La visiteuse dut l’apercevoir, car elle s’approcha. C’était une femme au visage impassible.
« Je vous aide à vous relever ? »
Elle se pencha au-dessus de mon visage en disant cela. Je sentis l’odeur métallique du sang, si particulière aux épéistes. Je hochai faiblement la tête. Sans la moindre hésitation, elle mobilisa son pouvoir magique et força mon corps à bouger. En un instant, je me retrouvai debout, droit comme un piquet. Tout mon corps se mit à hurler.
Mais cette douleur me remit enfin les idées en place. Qu’est-ce que je racontais, à vouloir tout repousser à demain ? J’avais une montagne de travail à abattre aujourd’hui. Et celui de demain formait déjà une autre montagne. J’agrippai mes genoux à deux mains pour ne pas m’écrouler.
Je récupérai bientôt un peu de forces. D’une main tremblante, je m’essuyai le visage et chassai comme je pus la fatigue. La femme me fixait sans expression.
« Merci, Cassian. »
J’avais été très surpris d’apprendre qui elle était. C’était cette folle qui avait réduit en miettes tous mes pantins lors de ma dixième tentative. Pas étonnant que son visage m’ait paru familier. Mais pour l’instant, c’était une cliente venue à ma boutique.
Je me traînai lentement jusqu’au comptoir d’accueil. En y appuyant le haut de mon corps, je parvins à tenir un peu mieux debout. Je lui fis signe et elle posa un pantin sur le comptoir. C’était un énorme pantin en forme d’ours.
Il occupait tout le comptoir. Privé de son pouvoir magique, il ressemblait à une simple peluche. À bien y penser, j’avais oublié de recharger les pantins aujourd’hui. J’avais travaillé toute la nuit ; ça ne m’avait même pas traversé l’esprit.
Encore du travail à ajouter à la pile. Je me pris la tête entre les mains et soupirai. Tandis que je m’accordais un instant pour mettre de l’ordre dans mes pensées, Cassian tripota le pantin et prit la parole.
« Bref, monsieur, j’aimerais modifier ce petit. »
« D’accord. Qu’est-ce que vous aimeriez changer ? »
« Pourriez-vous supprimer certaines des fonctions que vous avez ajoutées ? Il essaie de me prendre dans ses bras à longueur de journée, et ça devient un peu agaçant. »
Mon sourcil tressaillit. C’était elle qui, un mois plus tôt, m’avait supplié de lui donner cette fonction.
Et voilà qu’elle en avait déjà assez. Avait-elle seulement une idée de la difficulté que j’avais eue à caser cette fonction dans un pantin qui était déjà à sa capacité maximale ?
Malgré ce que j’en pensais, je lui adressai un sourire aimable. Puis je lui proposai un compromis.
« Mmm… Au lieu de la supprimer complètement, que diriez-vous de réduire la fréquence à laquelle il réagit ? Ou bien je peux l’associer à une action précise, pour qu’il ne vous prenne dans ses bras que lorsque vous le souhaitez, Cassian. »
Elle réfléchit un moment, puis secoua la tête.
« Supprimez-la, tout simplement. À la place, j’aimerais que ses yeux expriment des émotions. Et vous pourriez aussi changer l’odeur qu’il dégage ? Je m’en suis lassée. Ah, ce serait bien que son odeur change en fonction de ses émotions. »
« Faites ça, s’il vous plaît », ajouta-t-elle avec entrain. Je baissai les yeux vers le pantin, le regard tremblant. Elle voulait que j’ajoute encore une fonction compliquée à un pantin déjà bourré de fonctionnalités ? C’était impossible. Pour qui me prenait-elle, à me demander une chose pareille ?
« Cent points devraient suffire, non ? »
« Bien sûr. Revenez demain, s’il vous plaît. »
Avec des points, rien n’était impossible. Je notai ses demandes sans hésiter. Les limites ? Qui s’en souciait ? Je n’avais qu’à continuer jusqu’à ce que ça marche.
« Tenez. »
Elle me tendit une bague. Après m’avoir remis les points, elle repartit comme si de rien n’était.
Je caressai la bague, puis repris soudain mes esprits. Qu’est-ce que je venais de faire ? J’avais déjà tant de travail en retard, et je venais d’accepter une nouvelle commande. Les points m’avaient fait perdre toute raison.
À elle seule, la modification de ce pantin lui avait déjà coûté plus de quatre mille points. Elle était la seule à en dépenser autant pour un pantin. Mais combien en avait-elle donc pour les dépenser avec une telle facilité ?
Je posai ma main tremblante sur le pantin. Je l’avais fabriqué avec un soin extrême. Toutes les fonctions installées à l’intérieur le rendaient plus naturel et plus abouti.
Je l’avais conçu moi-même, mais c’était vraiment une structure magnifique, sans le moindre défaut. Le problème, c’est qu’il fallait maintenant que j’y ajoute encore plus de fonctions.
J’insufflai du pouvoir magique dans le pantin et le réveillai. Il en consomma une grande quantité et se redressa. Toute la magie et les fonctions qui composaient son corps se mirent en marche, alimentées par ce pouvoir magique.
Guidé par ma volonté, il s’enfonça dans la boutique. Je me frayai un chemin parmi les pantins jusqu’à l’établi. Je l’y allongeai, puis m’effondrai moi-même sur la chaise.
J’étais probablement fichu. Non, j’étais sans aucun doute fichu.
Mon corps en était la preuve. Même ma Jeune pousse, qui produisait du pouvoir magique chaque jour, pendait lamentablement, aussi épuisée que moi.
C’était ma deuxième année à l’université, et cette matinée était parfaitement ordinaire.
Mon ombre se redressa lentement et me tapota l’épaule. Elle me ressemblait trait pour trait.
Au cours des deux dernières années, plus j’avais souffert, plus elle avait grandi. Réconforté par elle, je fermai les yeux un instant.
Comment les choses avaient-elles pu en arriver là ? Au début, ça ne se passait certainement pas comme ça.
Je remontai jusqu’à l’origine du problème.
Si j’en étais arrivé là, tout avait forcément commencé à ce moment-là.
Tout avait commencé après la fin du premier cours.
Quand les différentes zones de la tour furent ouvertes, beaucoup de monde s’y pressa. Ils étaient deux cents tout rond. En général, on s’inscrivait à un cours pour progresser, mais on cherchait aussi à profiter de la tour.
C’était pour cette raison que, paraît-il, les étudiants ordinaires ne suivaient pas plus d’un cours. Une fois inscrits, ils passaient leurs journées dans la tour où il avait lieu et s’entraînaient. À leur place, j’aurais fait pareil.
Le pouvoir magique accumulé dans la tour d’un professeur était plus pur et plus puissant que partout ailleurs. Quelle efficacité aurait un entraînement dans un tel endroit ! Alors, dès le matin, tous les participants au cours affluaient vers la tour. Le premier étage était très vaste, assez grand pour les accueillir tous.
Mais c’est là que les problèmes commencèrent. Les heures d’ouverture étant fixes, ils venaient tous au même moment chaque jour et se retrouvaient souvent nez à nez.
Les incidents se multiplièrent alors. Des disputes, des duels, et même des agressions. L’hostilité accumulée pendant la chasse au trésor avait fini par exploser. Ils formèrent des groupes, occupèrent les salles une à une et se mirent à traiter les étrangers en ennemis.
La professeure semblait même apprécier le spectacle. Elle leur ouvrit aussi le deuxième étage. Le pouvoir magique y était plus dense et plus puissant qu’au premier. Évidemment, les plus forts s’y précipitèrent.
Ainsi, ils transformèrent la tour en champ de bataille et se disputèrent leurs territoires. La professeure trouvait ça amusant. Le seul à mourir à petit feu au milieu de tout ça, c’était moi. Je devais arbitrer leurs conflits et réparer les meubles cassés.
Les pantins d’accueil que j’avais installés à l’avance ne suffisaient pas du tout à gérer la situation. Et ils posaient tellement de questions ! Un grand nombre venaient aussi me faire part de leurs suggestions.
M’occuper seul des participants au cours m’épuisait, mais j’avais encore d’autres tâches à accomplir.
Je devais inspecter la tour tous les jours. Sa magie était extrêmement puissante, ce qui provoquait de fortes distorsions. Ces satanées choses, d’une délicatesse agaçante, se déréglaient et provoquaient des anomalies dans la tour si je ne les vérifiais pas quotidiennement.
Au début, je ne m’en étais pas aperçu. Les distorsions s’étaient donc accumulées, jusqu’à finir par déchirer l’espace lui-même. La sensation que me procuraient ces yeux étranges, apparus à l’intérieur, en train de me fixer était indescriptible.
Cette chose étrangère, impossible à comprendre, avait tenté de s’infiltrer dans la tour telle quelle. Puis elle avait péri de la main de la professeure, après qu’elle eut découvert l’anomalie. Et moi aussi, j’étais mort pour avoir mal géré la situation.
À partir de là, j’inspectai la magie de la tour tous les jours. Les étages à partir du sixième relevaient de la professeure, je n’avais donc pas besoin de m’y rendre. En revanche, les cinq premiers étaient sous ma responsabilité.
Inspecter ces sorts tous les jours suffisait à me vider de toute mon énergie. La plupart étaient des sorts que je ne connaissais même pas ; au bout du compte, je n’avais d’autre choix que de les expérimenter moi-même pour les examiner.
Tout en gérant la tour de cette manière, je devais aussi préparer mon propre cours.
Le cours avait lieu une fois tous les trois mois. Or, lors du premier, tous mes pantins avaient été réduits en miettes. Même les matériaux que j’avais rassemblés pendant près d’un mois n’avaient presque pas suffi. Il fallait que je me prépare bien mieux pour les cours suivants et que je m’y attende. La professeure allait à coup sûr me faire subir un traitement encore pire.
Quant au cours du professeur Heisen, il n’était pas très difficile : je n’avais qu’à faire grandir mon ombre. Elle copiait mes gestes, absorbait mon pouvoir magique et grandissait peu à peu. Si je continuais comme ça, elle progresserait à un bon rythme.
Malgré tout, je devais quand même me rendre à sa tour. C’était le meilleur endroit pour faire grandir une ombre. Rien que de déambuler dans les différents recoins de ce monde des ombres la faisait croître rapidement.
Mais m’y rendre était une corvée, et revenir aussi. Et à mon retour, une nouvelle montagne de travail m’attendait. Le temps passait à toute vitesse pendant que je m’occupais de toutes mes obligations.
Chaque fois que j’essayais de me reposer un instant, quelque chose arrivait. Une fois le problème réglé, un autre surgissait. Les incidents s’enchaînaient. Quand j’en venais à bout, je m’endormais comme si je m’étais effondré. Je n’avais pas une seconde pour m’entraîner.
À ce rythme, même dans cent ans, je serais encore en train de trimer dans cette même galère.
Il fallait que je réduise ma charge de travail. C’est ce que je me dis quatre mois après mon arrivée à l’université.
C’était juste après la fin du deuxième cours.
Personne n’avait obtenu le trésor de la professeure Irian, mais les autres avaient progressé en participant au cours. Ils avaient aussi grandi en s’entraînant grâce au pouvoir magique de la tour.
Je ne pouvais même pas en rêver. Je ne faisais que subir tout ce travail sans fin.
Si je ne trouvais pas de solution, je n’avais aucun avenir.
C’est avec cette idée en tête que je me mis à fabriquer des pantins en série. Après tout, ce que je savais faire de mieux, c’était fabriquer des pantins.
Je dépensai presque tous les points que j’avais pour les fabriquer.
J’allai jusqu’à la ville acheter des matériaux et passai des commandes pour en obtenir un plus grand choix. Peu à peu, toutes sortes de bois et de minerais commencèrent à s’accumuler dans la tour.
Puis je consacrai toute ma magie et toute mon énergie mentale à perfectionner ces pantins. Ceux que je fabriquai en utilisant aussi le pouvoir magique de la tour étaient bien plus performants que je ne l’avais imaginé.
J’en remis un à chaque participant au cours. Ce n’étaient pas de simples petites copies comme les pantins d’accueil précédents, mais des pantins de service de haut niveau, capables de juger et de se déplacer aussi bien que Butler, le serviteur de la professeure.
Ils se consacraient entièrement aux participants désignés comme leurs maîtres. Ils reconnaissaient les habitudes de chacun, leur apportaient davantage de confort, puis réglaient et arbitraient eux-mêmes leurs différends.
Bientôt, le nombre de personnes qui venaient me trouver chuta drastiquement. C’était une réussite. Je souris, soulagé de retrouver un peu de liberté.
Bien sûr, je devais continuer à recharger les pantins en pouvoir magique. Après tout, ils ne pouvaient se déplacer qu’avec le mien.
Mais comparé à avant, c’était beaucoup plus simple. Avant l’ouverture de la tour, il me suffisait de recharger les pantins en pouvoir magique et de les poster à l’entrée.
Pour la première fois, je pus me reposer. C’était presque la première fois depuis le début du cours.
Je m’adossai à ma chaise et fermai les yeux. Pourquoi n’avais-je pas pensé à cette solution plus tôt ? Parce que je répugnais à dépenser mes points, je m’étais condamné à souffrir tout ce temps.
Des points qui restaient entassés sans servir ne valaient rien. Je ne pouvais vraiment les considérer comme miens qu’en les dépensant et en profitant de ce qu’ils m’apportaient.
Certes, j’avais englouti tous mes points dans la fabrication des pantins, mais rien que de pouvoir savourer le bonheur de cet instant me faisait trouver que ça en valait largement la peine.
Les participants au cours, qui étaient la principale source de mes souffrances, s’étaient calmés. Je pensais donc pouvoir enfin me concentrer sur mon entraînement.
Jusqu’à ce qu’elle vienne me trouver.
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