Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 35
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J’entendis des voix qui murmuraient.
Cela arrivait souvent quand je suivais la trace de gens. Je libérai du pouvoir magique et m’approchai lentement de la direction d’où venaient les voix. C’était un signe que je n’étais pas hostile. Ils avaient dû me repérer depuis longtemps, car plusieurs sorts de détection effleurèrent la tortue.
Les épéistes s’étaient rassemblés dans un vaste espace où plusieurs chemins se croisaient. Je sortis du corps de la tortue et les saluai. La plupart étaient concentrés sur l’affûtage de leurs épées avec leur pouvoir magique, si bien qu’ils ne m’accordèrent même pas un regard. Quelques-uns, toutefois, m’aperçurent et me firent signe.
L’homme musclé qui dépassait tout le monde de trois têtes se montra particulièrement accueillant. Quand nous avions échangé nos noms, il s’était présenté sous celui de Goro. Il sortit du groupe et éclata de rire. Une épaisse odeur métallique émanait de lui.
« Salut ! Ça fait plaisir de te revoir ! »
« Moi aussi, je suis content de vous revoir. Rencontrer des épéistes ici me rassure. »
Je les observai rapidement. Leur groupe, qui comptait au départ un peu plus de vingt membres, avait été réduit de moitié. Ce labyrinthe avait dû être rude pour eux aussi, car ils avaient tous l’air épuisés. La femme au regard vide que j’avais vue auparavant avait déjà abandonné ou était partie ailleurs : elle était introuvable.
« On dirait que le chemin a été difficile. »
L’homme eut un rire amer.
« On s’est fait prendre en embuscade plusieurs fois en chemin. On se battait déjà à la va-vite, et voilà que ces enfoirés de mages nous sont tombés dessus. Les bêtes magiques, c’est évident qu’ils les avaient aussi attirées. Bref, tout le monde s’est dispersé dans la mêlée, puis on s’est retrouvés ici et on échangeait nos histoires. »
À ces mots, un sourire féroce s’étira sur son visage. Un sourire froid, comme suspendu au fil d’une lame. Dans l’odeur métallique qui se dégageait de lui, on distinguait aussi le relent profond et stagnant du sang.
« Évidemment, on leur a coupé tous les membres et on les a jetés de côté. Au début, je me retenais un peu, mais en parcourant le labyrinthe, j’ai compris quelque chose. S’ils sont sur le point de mourir, ils disparaissent d’eux-mêmes, pas vrai ? Abandon, c’est ça ? Grâce à ça, je me sens moins coupable quand je découpe les gens. »
« Ah, vraiment ? C’est quelque chose que j’ai suggéré à la professeure. Je suis heureux que ça ait été utile. »
« Pas étonnant que tu m’aies plu dès le premier regard ! Ron, grâce à toi, je me sens beaucoup mieux. »
« Je n’ai fait que mon possible pour faciliter la vie de tous les participants au cours. »
« Bref, ma gratitude, c’est ma gratitude. Contente-toi de comprendre ce que je ressens. Et on a décidé de continuer à tuer ces salauds qui nous ont tendu une embuscade. Chaque fois qu’on se retrouve ici, j’en ai déjà parlé avec mes amis : on leur tranchera les bras et les jambes au moins une fois. Alors, je te pose la question : est-ce que ça pose problème de prévoir ça pour le prochain cours ? »
« Comment cela pourrait-il poser problème ? Nous respectons tous les choix des participants. »
Je répondis avec un sourire gêné. Voilà pourquoi je détestais me faire des ennemis. Surtout quand il s’agissait d’épéistes. Ces gens adoraient attaquer en groupe. Pour eux, les dettes et les rancunes se réglaient comme ça. Ils n’avaient rien à voir avec les mages individualistes.
Quels idiots avaient tendu une embuscade à des épéistes ? Je ne comprenais pas. Est-ce qu’ils les méprisaient simplement parce qu’on ne pouvait tuer personne ?
Bien sûr, je n’avais pas non plus imaginé que le système d’abandon leur lâcherait autant la bride. À en juger par l’intention meurtrière qui persistait dans les yeux de ceux qui se reposaient ici, il avait dû se passer pas mal de choses en chemin.
Mais ça ne me regardait pas. Tout cela ne faisait-il pas partie du cours ?
Je scrutai lentement les alentours. L’endroit devait être sûr puisqu’ils s’y reposaient, mais je préférais rester sur mes gardes, au cas où.
La dernière fois, je m’étais moi aussi reposé parmi des mages quand une nuée de bêtes magiques avait soudain fondu sur nous. J’avais été si déboussolé que je n’avais même pas pensé à ramasser mes affaires éparpillées ; j’avais détalé sur la tortue. Les autres avaient fait pareil.
Je garai tranquillement la tortue près d’eux. Contrairement aux mages de la dernière fois, ces gens semblaient capables de tenir bon si quelque chose de semblable arrivait. Puis je vérifiai l’état de la tortue.
Si j’avais survécu jusque-là, c’était en grande partie grâce à elle. Comme j’étais resté si étroitement lié à elle, elle me semblait désormais plus naturelle que mes propres mains et mes pieds. Je lui caressai la carapace.
Tout son corps était couvert de blessures. Elles témoignaient des nombreuses bêtes magiques et des pièges que nous avions affrontés. En empruntant les chemins déjà parcourus par d’autres, j’avais évité la plupart des dangers, mais je n’avais pas pu tout esquiver. Des pièges laissés derrière pour freiner ceux qui suivaient, des bêtes magiques tapies dans le labyrinthe et d’autres choses du même genre surgissaient sans cesse et abîmaient la tortue.
J’employai du pouvoir magique pour réparer ses blessures. C’était terriblement inefficace. Même en utilisant tout mon pouvoir magique, je ne pourrais pas réparer la moitié de ces dégâts.
Mais je n’avais pas le choix. J’avais épuisé tous les matériaux qui remplissaient ma bourse spatiale en chemin. C’était le seul moyen qu’il me restait pour réparer la tortue. Alors je rassemblai tout ce que j’avais et la réparai pour qu’elle tienne encore un peu.
Je ne sus pas combien de temps s’écoula ainsi, mais je perçus alors un signal provenant d’une marionnette cercueil. Elle s’approchait lentement par le chemin que j’avais emprunté. Elle avait l’air en piteux état : un trou béant s’ouvrait à mi-hauteur du cercueil.
Les marionnettes cercueils étaient elles aussi très abîmées. Il n’en restait qu’une cinquantaine dans les bras des gens, et plus de vingt pour cent des marionnettes n’étaient pas revenues. Une quinzaine, à peu près. La plupart se trouvaient dans des endroits que je ne pouvais absolument pas atteindre, ou avaient disparu avec les changements du labyrinthe.
Je n’attendais donc pas grand-chose de la marionnette cercueil qui s’avançait vers moi. À vrai dire, comme je ne cessais de parcourir les chemins, le taux de survie des mages entreposés dans les marionnettes avait considérablement baissé. La plupart avaient dépassé le délai et abandonné.
Mais que pouvais-je faire, puisque je ne pouvais pas rester longtemps au même endroit ? Les bêtes magiques qui rôdaient dans ce labyrinthe étaient extrêmement variées et, dès qu’elles apercevaient quelqu’un, elles se jetaient sur lui comme des folles. Je n’avais aucune confiance en ma capacité à les affronter, alors je n’avais pas d’autre choix que de fuir sans cesse.
Sans rien en attendre, j’ouvris le cercueil.
À ma grande surprise, quelqu’un était vivant à l’intérieur. Je reconnus son visage. C’était Jun. Cet homme avait une sacrée ténacité. C’était déjà la cinquième fois. Comment faisait-il pour être encore en vie ?
Sa persévérance était presque admirable ; je laissai donc échapper quelques informations sur le trésor. Cette fois, je n’en dis pas assez pour énerver la professeure. Je m’étais contenté de lancer quelques hypothèses au hasard. Il s’était alors empli de motivation et était parti à la recherche du trésor. Et voilà qu’il revenait dans un cercueil. Puis il louait une autre marionnette.
Un excellent cercle vertueux. Tout bénéfice pour lui comme pour moi. Une formule parfaite où chacun y gagnait. Un jour, par curiosité, je lui demandai pourquoi il s’obstinait à recommencer.
Il répondit que vérifier simplement la magie des pièges et étudier leurs cercles magiques l’aidait énormément. Pas étonnant qu’il coure partout sans se soucier du feu ou de l’eau.
Mais cette situation allait bientôt prendre fin, elle aussi. Je le rétablis rapidement et vérifiai l’heure. Il restait moins de deux heures. Presque plus personne n’abandonnait, et presque plus personne ne revenait dans une marionnette cercueil.
Tout le monde s’était rassemblé dans des endroits sûrs et économisait ses forces.
Le labyrinthe allait manifestement connaître un changement majeur. Ce serait le troisième.
La majeure partie du labyrinthe avait déjà été explorée. Je l’avais constaté par moi-même, il n’y avait aucun doute. La plupart des pièges avaient disparu, et davantage de chemins menaient jusqu’au bout. Si quelqu’un atteignait cette extrémité, le labyrinthe changerait. Les deux changements précédents l’avaient déjà prouvé.
Et nombreux seraient ceux qui voudraient profiter de ce moment.
« Alors, vous comptez vous rendre dans la clairière, vous aussi ? »
Goro, qui m’observait bricoler la tortue, me posa la question. Lui aussi avait dû comprendre. Après tout, quiconque avait senti ce combat avait pu deviner où se trouvait le trésor.
C’était lors du deuxième changement.
Hongryeong et son groupe s’étaient emparés de la clairière et avaient chassé tous les autres mages. Dès que le changement avait commencé, une immense vague de pouvoir magique avait jailli de la clairière. Elle avait duré jusqu’à la fin du changement. Le combat avait été si violent que tout le monde, où qu’il se trouve dans le labyrinthe, avait pu le sentir.
Puis le changement s’était achevé, et le labyrinthe s’était de nouveau stabilisé. Sans doute à cause de l’ampleur des dégâts laissés par ce combat, le labyrinthe avait énormément rétréci. Après cette bataille, le groupe de Hongryeong s’était emparé de la clairière et avait interdit à quiconque d’y entrer.
Tous les autres erraient donc dans le labyrinthe. Mais dès que le combat commencerait, ils voudraient certainement tous pénétrer dans la clairière, comme ces épéistes. C’était bien le genre des mages.
« Haha, non. Moi ? Même pas en rêve. Je compte rester discrètement dans un coin comme celui-ci jusqu’à la fin du temps imparti, puis partir. »
Je dis cela en agitant les mains.
« Dommage. Alors, on part devant. Ça ne devrait plus tarder. »
Il regardait dans la direction de la clairière en parlant. Comme s’il pressentait le combat à venir, une énergie d’épée bleue jaillit de la lame à sa taille.
Les autres épéistes étaient pareils. À un moment donné, ils avaient tous achevé leurs préparatifs. Je les regardai partir, puis continuai à ajuster la tortue.
Est-ce que quelqu’un pouvait me croire assez fou pour me rendre dans la clairière ? Si j’y allais maintenant, j’étais sûr de me faire écraser par un rocher aussitôt. Je n’irais jamais, même si je devais mourir. Jamais.
Au bout du compte, j’y allai.
Cela se produisit au moment où le labyrinthe commença à changer. J’avais trouvé un endroit parfaitement sûr et ne faisais rien d’autre que respirer quand une nuée de bêtes magiques fondit soudain sur moi. Ça ne s’était jamais produit auparavant. Elles se précipitaient sur moi en ne regardant que moi.
Il me suffit de voir leurs yeux pour comprendre. C’étaient sans aucun doute des bêtes magiques envoyées par la professeure. J’étais venu jusqu’ici parce que j’avais compris que l’influence de la professeure diminuait à mesure qu’on s’éloignait de la clairière. Je ne pensais pas qu’elle enverrait toute une nuée de bêtes magiques.
Pour leur échapper, je pris donc la direction de la clairière.
Je sentais qu’on me rabattait vers elle, mais je ne pouvais rien y faire. La tortue avait déjà été réduite en miettes et était retournée dans ma poitrine ; je ne tenais bon qu’en déversant mes marionnettes.
À l’issue de cette course, je pénétrai dans la clairière.
Une immense tempête de pouvoir magique y faisait rage. L’espace se déchira et des gens furent projetés dans les airs. Puis on m’écrasa.
Je n’eus pas le temps de faire quoi que ce soit. Avant même de m’en rendre compte, une épaisse colonne tomba du ciel. C’était clairement un piège préparé rien que pour moi. Cette énorme colonne m’écrasa et m’aplatit.
La magie qui l’enveloppait était très étrange. Bien que mon corps entier eût déjà éclaté et que je fusse en train de mourir, je ne mourais pas. Le pouvoir magique de la colonne me régénérait sans fin. Et m’écrasait à mort.
Cette régénération et cette mort qui n’en finissaient pas me firent souffrir le martyre.
Ah, voilà pourquoi je ne voulais pas aller dans la clairière.
Mon esprit se brouilla peu à peu. Puis, à un moment donné, je fus éjecté du labyrinthe. Malgré cela, la douleur m’empêchait de reprendre mes esprits.
Soudain, je sentis une gifle me cingler la joue. Elle contenait une puissante dose de pouvoir magique, qui me réveilla d’un coup.
Quand j’ouvris lentement les yeux, la professeure Irian était accroupie devant moi. Un sourire féroce flottait sur son visage.
« Alors ? Tu t’es bien amusé, tout ce temps ? Tu as gagné beaucoup de points ? »
Je hochai la tête, hébété. Je ne savais toujours pas si cette situation était réelle ou si je rêvais. Une flamme bleue semblait vaciller dans ses yeux.
« Alors, tu mérites une bonne correction. »
Mon âme fut arrachée de mon corps. À cet instant, je compris que tout était bien réel. Je compris aussi que les flammes dans les yeux de la professeure étaient un flot de pouvoir magique, né d’une colère accumulée.
Mais il était déjà trop tard pour implorer son pardon. La magie jaillit du bout de ses doigts. Mon âme fut déchirée par toutes sortes de sorts et poussa des cris.
Au milieu d’hallucinations qui vacillaient comme des flammes, je ne tardai pas à ne plus même pouvoir crier. Mes pensées s’embrumèrent et mes souvenirs s’effacèrent. Tout ce qui faisait de moi ce que j’étais se vida peu à peu, et il ne resta que la douleur pour remplir mon être.
Combien de temps passa ?
À un moment donné, je retrouvai mon corps.
Je la vis épousseter ses deux mains. Elle semblait aller un peu mieux. Moi, je ne pouvais que rester étendu par terre, hébété.
Cette douleur indescriptible… Je ne pouvais même pas perdre connaissance. La professeure avait continué à restaurer mon âme pour recommencer tout le processus depuis le début.
« Tu ne te relèves pas ? »
Elle me frappa une fois sur la tête avec son pouvoir magique. Je caressai l’endroit touché et me relevai. Elle m’avait torturé jusqu’à l’instant d’avant, si bien que mon esprit était complètement épuisé, mais mon corps et mon âme étaient parfaitement intacts. Ce décalage me faisait souffrir.
J’avais l’impression que plusieurs heures s’étaient écoulées, mais quand je vérifiai l’heure, je constatai que tout s’était passé en moins d’une minute. En regardant autour de moi, je vis que j’étais dans la chambre de la professeure. De très nombreux miroirs flottaient autour de l’immense lit où elle se reposait toujours. Seuls quelques-uns étaient illuminés.
Les autres ne contenaient qu’une sorte de brume noire. Dans chaque miroir lumineux, on apercevait un participant.
Ils se livraient une bataille sanglante pour le trésor. Celui-ci était enfoui au cœur du labyrinthe, dans un endroit où n’importe qui pouvait aller et venir : le plafond de la clairière.
J’avais deviné dès le début qu’il se trouvait dans la clairière. Mais il m’avait fallu un peu de temps pour en être certain. Ce n’est qu’en comprenant que les pièges ne tombaient que lorsque j’y allais que je pus confirmer son emplacement.
« Alors, ça ne vous dérange vraiment pas de le leur laisser ? »
Je posai la question avec prudence. Elle avait l’air un peu contrariée. Elle devait être contrariée. Pourtant, le combat semblait l’amuser davantage, car ses yeux brillaient tandis qu’elle les regardait s’entretuer.
« On ne peut même pas vraiment appeler ça un trésor. C’est trop minable pour finir dans mon espace de stockage. Si ça n’avait pas dévoré le sixième étage, je n’aurais même pas su que ça existait. »
Je laissai échapper un rire amer. Tous ces gens se battaient et versaient leur sang pour obtenir cette chose. Et pour elle, ce n’était qu’un objet sans valeur.
La première fois que j’avais appris comment cette chose s’était retrouvée mêlée aux trésors de la réserve, j’étais resté si stupéfait que j’en avais la bouche grande ouverte. Apparemment, elle s’y était glissée pendant que la professeure y rangeait les autres trésors. Son pouvoir était si faible que même la barrière scellant la salle du sixième étage ne l’avait pas détectée.
Cette chose avait englouti le sixième étage. Et, comme on pouvait le constater maintenant, elle possédait une force assez puissante pour créer un labyrinthe. Alors, à quoi pouvait bien ressembler un vrai trésor ?
Ah, j’en avais déjà vu un, de vrai trésor. Je me rappelai ce globe oculaire. Rien que d’y penser, j’avais encore mal à la tête. Bon, si une chose de ce calibre était considérée comme un trésor, alors cette boîte n’était peut-être vraiment qu’un bibelot bon marché.
Je m’efforçai de me ressaisir et observai le combat.
Au terme de cette lutte à mort, un vainqueur émergea.
Ce n’était ni quelqu’un d’une grande famille, ni les épéistes. Ce n’étaient pas non plus les mages qui formaient le troisième groupe.
Incroyablement, le vainqueur de ce combat fut la personne la plus insignifiante et la plus faible du lot.
C’était Jun.
Profitant du combat des autres, il traversa l’espace d’un bond et s’empara de la boîte. Personne n’aurait pu imaginer qu’un mage de la Jeune pousse qui n’avait même pas atteint le stade accompli utiliserait la magie spatiale. C’était la carte maîtresse qu’il avait gardée cachée tout ce temps.
La boîte résista farouchement. Le pouvoir magique du labyrinthe tourbillonna, et toutes sortes de choses frappèrent son corps. Des flammes s’élevèrent et le brûlèrent de la tête aux pieds ; le vent le déchira. Mais même alors que son corps se disloquait, il ne cessa pas d’y injecter du pouvoir magique.
Puis, au moment où la boîte fut imprégnée de pouvoir magique et entièrement domptée, le labyrinthe s’arrêta.
En un instant, tout le monde fut éjecté. Ils réapparurent à l’infirmerie du deuxième étage. Là, ils retrouvèrent leur corps d’origine en un éclair. Des bras repoussèrent et leurs organes se régénérèrent.
Le spectacle était merveilleux, comme si le temps remontait à l’envers. Non, le temps remontait bel et bien à l’envers. C’était un miracle produit par la magie lancée sur l’infirmerie. Elle utilisait le pouvoir magique explosif qui traversait la tour pour ramener le temps d’une cible à un point fixe.
C’était la professeure qui l’avait lancée. Quand j’entretenais la tour, j’avais été si intrigué par ses principes que je lui avais posé des questions. Elle avait ri brièvement et m’avait répondu que même en y consacrant toute ma vie, je ne comprendrais pas cette magie, et que je ferais mieux de ne pas m’en soucier. La professeure ne s’était jamais trompée, alors je m’étais contenté d’acquiescer.
« Alors, je peux descendre ? Je crois qu’il faut que je clôture le cours. »
Elle hocha la tête. Dès que le combat prit fin, elle perdit à nouveau toute motivation et s’affala sur le lit.
Elle avait tout de même l’air de bonne humeur. Ce cours avait dû lui donner satisfaction. Tant mieux. À ce rythme, je ne pensais pas qu’elle me punirait davantage.
Je me dirigeai prudemment vers le deuxième étage. J’avais l’impression que mon esprit pouvait s’effondrer d’un instant à l’autre et ça me tuait, mais je devais tout de même mettre fin au cours.
Ceux qui avaient retrouvé leur corps à l’infirmerie se rassemblèrent dans une salle de classe ordinaire, comme l’indiquait l’avis que j’avais préparé à l’avance. Ceux qui avaient abandonné les y attendaient également.
À mon entrée, des murmures s’élevèrent. Ils se criaient dessus, se lançaient des regards noirs et laissaient fuser leur pouvoir magique meurtrier. Jun se trouvait au milieu d’eux. Mais il n’y prêtait aucune attention et caressait avec un soin extrême la boîte qu’il tenait dans ses mains.
« Bien, le cours d’aujourd’hui s’achève ici. Alors, qu’en avez-vous pensé ? Vous vous êtes amusés ? »
Même ceux qui se disputaient se turent et me fusillèrent du regard. Jun était le seul à sourire. Les autres me lançaient des regards acérés. Je leur souris.
« Le trésor a trouvé un propriétaire. Il pourra le vendre ou s’en servir lui-même. Il lui appartient désormais. »
À ces mots, plusieurs regards se tournèrent vers Jun. Le règlement de l’université interdisait de s’en emparer par la force. Jun devait le savoir lui aussi, ce qui expliquait qu’il eût volé la boîte sans la moindre crainte. Allait-il la vendre ? Impossible à dire.
« À vous voir si bien vous entendre, je suis heureux que notre cours se soit bien passé. Ne soyez pas déçus. Vous pourrez vous emparer du trésor la prochaine fois. Le prochain cours aura lieu dans trois mois ; d’ici là, n’hésitez pas à venir à la tour aussi souvent que vous le souhaitez. »
Sur ces mots, je libérai mon pouvoir magique. Les marionnettes cercueils glissèrent alors des bras des survivants pour venir dans les miens. Laissant derrière moi ceux qui s’étaient remis à murmurer, je quittai rapidement la salle de classe. Je n’étais pas en état, moi non plus. Il fallait que je me dépêche d’aller me reposer.
Certains partirent, d’autres restèrent.
Je regagnai la chambre que j’avais préparée au cinquième étage et tripotai mon anneau. Mes points apparurent. J’en avais un peu plus de deux mille. Je ris.
Même sans compter ceux que j’avais reçus de Hongryeong, j’avais gagné près de sept cents points. Bien sûr, si je tenais compte des matériaux que j’avais utilisés jusque-là, il faudrait en soustraire une partie.
Alors que je caressais mon anneau, je perdis connaissance.
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