Chapitre 34
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 34
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La tortue avança prudemment une patte.
Tout allait bien ?
À peine eus-je poussé un soupir de soulagement que les murs s’ouvrirent de part et d’autre et qu’une immense gueule en jaillit. Hérissée de dents acérées, elle se referma sur la tortue. La pression soudaine fendit sa carapace.
Un frisson me parcourut. Si je m’étais trouvé là-haut, j’aurais été coupé en deux, moi aussi. J’insufflai du pouvoir magique dans la tortue et lui ordonnai de foncer. Elle se mit à charger, sans se laisser arrêter par la pression de l’énorme gueule qui la mordait.
Les dents acérées s’enfoncèrent dans sa carapace comme des alènes, mais ne purent venir à bout de sa masse colossale. La gueule finit par lâcher prise.
La tortue courut un long moment et sortit de la zone. Un endroit où plusieurs chemins se rejoignaient apparut, et elle put enfin s’arrêter.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ? Je n’aurais jamais imaginé qu’une chose puisse se cacher dans les murs pour nous attaquer. Jusqu’à ce que la tortue se fasse mordre, je n’avais senti aucune fluctuation de pouvoir magique ; je n’avais même pas remarqué la présence d’un piège. Heureusement, la créature semblait peu mobile, puisqu’elle ne nous avait pas suivis.
Je scrutai les environs un moment. Je ne pouvais pas me permettre de baisser ma garde comme ça une nouvelle fois. Mais j’eus beau rester sur mes gardes, rien ne se passa. Cet endroit semblait sûr, du moins.
Je sortis de la tortue et examinai les traces laissées par la bête magique. Sa carapace était fendue le long des marques de morsure. Et ce n’étaient pas les seules traces qu’elle portait. Elle était couverte de toutes sortes de blessures, accumulées en traversant les pièges jusque-là.
Un rire amer m’échappa. La bête magique de tout à l’heure était en réalité plutôt facile à affronter. Après tout, la tortue avait réussi à lui échapper toute seule.
Je me rappelai le piège précédent. Des piliers de flammes avaient jailli de toutes parts et englouti la tortue. Le feu était assez puissant pour lui fondre les pattes en un instant. Si je n’avais pas fait rouler sa carapace pour échapper de justesse aux flammes, la tortue et moi aurions fini rôtis dedans.
Si seulement ses pattes avaient été intactes, nous aurions peut-être pu esquiver assez vite pour ne pas nous faire mordre. C’était ce qui me préoccupait le plus. J’y avais déversé les matériaux que j’avais apportés pour les réparer, mais elles n’étaient toujours pas stabilisées. La tortue ne pouvait donc pas réagir aussi rapidement qu’avant.
Tous les pièges que j’avais traversés jusque-là étaient empreints de malveillance, comme s’ils cherchaient à tuer leur cible. Pourtant, ils étaient aussi tous d’une difficulté telle que je pouvais tout juste y échapper en donnant le meilleur de moi-même. J’imaginais la professeure éclater d’un rire moqueur.
La professeure avait dû placer les pièges ainsi exprès, juste pour le plaisir de me voir souffrir. Ceux des autres étaient probablement encore plus vicieux que les miens.
Mais la tortue était à bout. S’il y avait encore un ou deux pièges devant nous, elle ne tiendrait pas. Je suivis prudemment le chemin. Heureusement, le dernier piège semblait bien avoir été le dernier.
Au loin, je commençai à apercevoir une clairière. Elle était plusieurs fois plus grande que la précédente. Elle semblait s’être formée au croisement de nombreux chemins, et beaucoup de gens s’y reposaient déjà. On aurait dit qu’environ la moitié des participants encore en lice s’y trouvaient.
À mon arrivée, ils m’examinèrent. Puis, en voyant l’état pitoyable de ma tortue, ils retournèrent s’occuper de leurs propres blessures.
Même si le labyrinthe avait changé, peu de gens avaient abandonné. Tous semblaient encore avoir un peu de marge. Cela voulait dire que la plupart des participants ordinaires avaient déjà été éliminés et qu’il ne restait que les plus doués.
Je conduisis la tortue sur le côté de la clairière et la couchai. Elle s’affala là comme un cadavre. Je me mis aussitôt à l’entretenir. Bien sûr, je n’oubliai pas d’installer la tente devant elle d’abord. Même dans ces circonstances, les affaires ne pouvaient pas s’arrêter.
Le labyrinthe avait changé et les pièges étaient devenus plus vicieux. J’y avais aussi perdu beaucoup de mes pantins. Je ne pouvais plus faire un pas. Non, je n’avais même pas envie de bouger. Dehors, la clairière était bien trop dangereux.
Alors que je réparais la tortue, je détectai un signal. Il provenait d’un pantin-cercueil qui avait récupéré quelqu’un. J’envoyai les quelques pantins qui me restaient le chercher. La chose avait réussi à survivre à tout ce chaos et, une fois entrée dans la tente, elle recracha une personne.
Je sursautai en voyant son visage. C’était Jun. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit encore là. Quand nous nous étions quittés, il tenait à peine debout, et pourtant il était arrivé jusque-là. Il devait avoir plus d’un tour dans son sac. Une fois de plus, il se suspendit des organes artificiels partout sur le corps et se mit à rétablir la circulation de son pouvoir magique.
Il se relèverait de lui-même une fois rétabli. La tortue, elle, était loin d’être en état d’attendre son réveil. Je quittai la tente et retournai m’occuper de ma tortue. Sa mine lamentable m’arracha un soupir.
Je sentis alors plusieurs regards posés sur moi. Je les suivis et aperçus des gens que je n’avais pas croisés une seule fois depuis mon entrée dans le labyrinthe. L’un d’eux s’approcha. C’était Hongryeong, le jeune homme toujours affublé de son sourire si particulier.
« Ce pantin a l’air intéressant. Puis-je en avoir un, moi aussi ? »
Hongryeong tendit la main. Il parlait probablement du pantin-cercueil. Je m’empressai de lui en remettre un. Ce faisant, je jetai un coup d’œil dans la direction d’où il venait. Ses compagnons, qui avaient l’air issus de grandes familles, bavardaient entre eux sans montrer la moindre fatigue.
Hongryeong examina le pantin-cercueil sous toutes les coutures. Bientôt, il me tendit sa bague. J’approchai prudemment la mienne de la sienne. Deux points furent transférés.
« Quand j’ai demandé aux autres, ils m’ont dit que deux points suffiraient. Il semble fait du même matériau que la tortue que j’ai vue auparavant. Très utile. Je m’en servirai bien et je vous le rendrai. »
« Je ne peux que vous remercier de le dire. Au fait, pourquoi vous êtes-vous tous rassemblés ici ? »
Je posai la question. Le sourire de Hongryeong se fit un peu amer. Il secoua la tête et leva une main. Une très légère blessure marquait sa paume. À l’intérieur, une malédiction visqueuse s’accrochait, tentant de rouvrir la plaie. Le pouvoir magique de Hongryeong la consumait, mais la chose persistait avec acharnement.
« Les pièges sont plutôt difficiles, alors nous ne pouvons plus avancer comme avant. Et nous n’avons toujours pas trouvé le trésor. »
« Je vois. Pas étonnant qu’il y ait autant de monde ici. »
La conversation s’arrêta là. J’allais retourner réparer la tortue, mais Hongryeong ne semblait pas pressé de partir. J’observai discrètement son expression. Il me fixait sans détour.
Il avait l’air d’avoir autre chose à dire. Je jetai un coup d’œil autour de nous. Je sentais les autres nous observer. Fallait-il que je trouve un endroit où nous pourrions parler seuls ?
La tente était grande ouverte, et les gens dehors pouvaient voir à l’intérieur ; je n’avais donc qu’un seul endroit à l’abri des regards. J’ouvris un passage dans le flanc de la tortue. Il menait à l’atelier provisoire où Hongryeong s’était déjà rendu.
Je le conduisis à l’intérieur. J’installai une table et des chaises, puis lui servis du thé. Hongryeong en prit une gorgée et en huma l’arôme.
« Mm, cela faisait longtemps que je n’en avais pas bu. Le goût est plus délicat. »
« Désolé, je n’ai rien d’autre à vous offrir. Alors, puis-je vous demander de quoi il s’agit ? »
Hongryeong plissa les yeux et me dévisagea. Après un instant de silence, il prit la parole d’un ton un peu léger.
« Evron-ssi, à votre avis, où la professeure a-t-elle caché le trésor ? »
Sa question me prit au dépourvu. Je souris d’un air gêné et secouai la tête pour lui dire que je n’en savais rien. Hongryeong poursuivit, sans se soucier de ma réaction.
« Nous ne savons rien de la professeure. Nous ne l’avons même jamais vue. À vrai dire, c’est vous qui nous avez conduits ici, Evron-ssi. Je ne peux donc pas m’empêcher de me poser la question : peut-être savez-vous où se trouve le trésor. »
Un sourire profond étirait les lèvres de Hongryeong. Mm, c’était une méfiance tout à fait naturelle. À sa place, j’aurais pensé la même chose. Même si je lui disais que je n’en savais rien, il ne me croirait pas une seconde.
Avec un sourire gêné, je lui montrai ma main gauche. Lorsque j’y fis circuler mon pouvoir magique, le texte du contrat gravé sur mon poignet devint plus net. Hongryeong le regarda et haussa légèrement les sourcils.
« Moi non plus, je ne sais rien. Je ne suis qu’à la merci des ordres de la professeure. Je ne suis venu ici que parce qu’elle m’a demandé de vous suivre. Je n’ai rien de ce que vous imaginez, Hongryeong-nim. C’est pour ça que je gagne des points en vendant des pantins comme celui-ci. »
Je déballai mon indignation. Bien sûr, même après m’avoir entendu, il n’avait pas l’air convaincu. C’était normal : ce texte de contrat ne prouvait pas mon innocence.
Je le lui avais montré simplement pour lui faire comprendre ma situation. Ma relation avec la professeure, rien de plus. Il sembla le comprendre aussi, car il eut un petit rire.
« Hmm, c’est donc ça ? »
Hongryeong but tranquillement son thé. Assis en face de lui, je bus le mien aussi, mais une sueur froide me coulait dans le dos. Je n’avais aucune idée de ce qu’il allait dire ensuite. Pourtant, il ne parla de rien d’autre. Il se contenta de tendre la main. Une bague y brillait.
« Je vous ai interrompu alors que vous étiez occupé et vous m’avez servi une tasse de thé ; je devrais donc vous payer. Je vais vous donner quelques points. »
Il avait l’air catégorique, comme s’il n’accepterait aucun refus. J’approchai prudemment ma bague de la sienne. Des points me parvinrent avec le flux de pouvoir magique. Lorsque je vérifiai discrètement, il y en avait plus que prévu.
Mille points. Je crus m’être trompé, mais le compte était le même quand je vérifiai une deuxième fois. C’était bien mille points.
Ne sachant pas quoi en penser, je regardai Hongryeong d’un air perplexe. Il se contenta de sourire. J’avalai ma salive. C’était beaucoup trop pour une tasse de thé. Il voulait probablement me faire comprendre que je devais lui révéler tout ce que je savais. Je rassemblai lentement mes idées.
Devais-je les lui rendre ? Mais c’était bien trop précieux pour ça. Je m’éclaircis la gorge et me penchai discrètement vers lui. La professeure devait sûrement surveiller toute notre conversation. Je ferais donc mieux d’éviter de dire quoi que ce soit de trop direct.
« Maintenant que j’y pense, il y a quelque chose d’étrange. »
Les yeux de Hongryeong brillèrent.
« Cet espace ne cesse de changer, mais comment est-ce possible ? Je n’ai pas non plus vu le moindre flux de pouvoir magique. En vérité, quand je suis venu ici il y a un mois, c’était un endroit tout à fait ordinaire. C’est la professeure qui l’a transformé en labyrinthe. »
Je n’en dis pas plus, puis me tus. En vérité, j’avais une vague idée de l’endroit où se trouvait le trésor. En préparant le cours, j’avais entendu quelques détails à son sujet de la bouche de la professeure.
Mais le dire clairement était trop dangereux. En fait, même cette explication était déjà assez risquée. Hongryeong réfléchit un instant, puis finit son thé.
« Mm, vous êtes vraiment à la hauteur de mes attentes. C’était délicieux. »
Il se leva sans rien ajouter. Je rouvris le passage vers l’extérieur. Après l’avoir raccompagné, je retournai à ma place et m’y laissai lourdement tomber.
Mille points. Il était très généreux. Bien sûr, vu la valeur du trésor, on pouvait dire que c’était une somme dérisoire. Mais à quoi cela me servait-il, puisque je n’avais pas l’intention de prendre le trésor ? De toute façon, cette information n’aurait plus aucune valeur à la fin du cours. La vendre avant ce moment-là ne me semblait pas une si mauvaise idée.
Le problème, bien sûr, c’était la professeure.
La peur me saisit tandis que je me demandais comment la professeure allait me faire souffrir. Dès que j’avais prononcé ces mots, mon sort était scellé : j’allais endurer d’atroces souffrances ici. La professeure me ferait sûrement goûter cette douleur lentement, jusqu’à ce que je frôle la mort. Non, jusqu’à ce que je meure.
Ensuite, j’abandonnerais et on me traînerait devant la professeure. Je m’y ferais battre aussi. Je savais tout cela, et c’était pour ça que j’avais hésité à parler. Mais, quand j’avais vu les mille points, je n’avais pas pu me retenir. Avant même de m’en rendre compte, j’avais déjà ouvert la bouche.
Devais-je retourner réparer la tortue ? Je me levai, mal à l’aise. J’ignorais quand la punition de la professeure allait tomber. Si la tortue était au moins en état, je pourrais tenir un peu.
Je pensai un instant à Hongryeong. Il m’avait donné de son plein gré la somme colossale de mille points. C’était plus que tout ce que j’avais gagné jusque-là en me démenant. Combien de points pouvait-il donc avoir ?
Non, en vérité, les points ne signifiaient peut-être rien pour lui. C’était ça, les grandes familles. Quoi qu’il en soit, pouvoir gagner des points comme ça m’arrangeait beaucoup.
Ainsi, vingt heures s’écoulèrent depuis mon entrée dans le labyrinthe.
Il ne restait plus que quatre heures.
Moi qui m’étais réjoui de ces mille points, je parcourais de nouveau le labyrinthe.
Bon sang.
Entre-temps, pas mal de gens avaient été éliminés dans une défaite cuisante. Il ne restait désormais même plus la moitié des participants au cours.
Pendant tout ce temps, je n’avais pas cessé de faire le même genre de travail.
Je louais des pantins, qui ramenaient des gens. J’envoyais des pantins sur les chemins déjà empruntés par les autres pour récupérer ceux qui n’étaient plus que des demi-cadavres. Je récupérais les pantins-cercueils qui n’étaient pas revenus après s’être retrouvés pris dans des pièges ou sous les griffes de bêtes magiques.
Et on me chassait des clairières.
On m’avait chassé des clairières six fois, jusqu’ici. La professeure était peut-être contrariée que j’aie vendu des informations, car chaque fois que je laissais entendre que je comptais rester dans une clairière, elle créait un piège et me faisait déguerpir.
Au bout du compte, je n’avais pas eu d’autre choix que de suivre prudemment les chemins empruntés par les autres pour éviter les pièges. Juste devant moi, j’aperçus un cercle magique brisé. On aurait dit qu’un manieur d’épée l’avait traversé ; il était déchiré en plusieurs morceaux.
Je sortis discrètement de la tortue et examinai le cercle magique à moitié détruit. Il était rempli de circuits de haut niveau que je ne comprenais pas.
Les seuls que je parvenais à reconnaître, même vaguement, étaient des circuits associés à la foudre, à l’extraction de l’âme et au tranchant. Si je pouvais au moins les identifier, c’était parce que la professeure m’avait déjà lancé ces sorts. C’étaient des leçons gravées dans ma chair.
Chacun d’eux m’avait déjà fait souffrir, et voilà qu’ils avaient été rassemblés dans un seul cercle magique. Et ce n’était qu’une partie du cercle. Comment les autres faisaient-ils pour détruire tout ça en avançant ?
Cela dit, le piège avait dû être difficile à neutraliser, car le sang de quelqu’un éclaboussait les alentours. Je pris la direction que suivait la traînée de sang et avançai prudemment.
Au bout du chemin, un pantin-cercueil gisait là. Il avait peut-être les pattes brisées et était incapable de bouger, car il rampait vers moi sur le sol.
C’était certainement le pantin-cercueil de la personne qui avait ouvert ce chemin.
J’ouvris rapidement le cercueil. Mais la personne qui se trouvait à l’intérieur avait déjà disparu. Trop de temps s’était écoulé pour que la magie du cercueil puisse la maintenir en vie ; elle avait donc dû être éliminée.
Cela signifiait-il que ce chemin n’était plus sûr non plus ? Je devrais repartir par là où j’étais venu. Je fis demi-tour avec un sourire amer.
Malgré tout, quand je traversais des chemins comme celui-ci, les pièges ne se déclenchaient pas instantanément, contrairement à ceux des clairières. C’était au moins ça de pris. Était-ce une faveur de la professeure ? Impossible à savoir.
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