Chapitre 2
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 2
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« Hypertrophie du pouvoir magique. »
C’est ce que déclara Ojo. Je parvins à peine à soulever mon corps gonflé, qui avait tellement enflé que j’avais du mal à respirer. Je m’étais endormi et, à mon réveil, j’avais presque quadruplé de volume.
J’étais incapable de bouger, alors je demandai à Nanny de prévenir Ojo. Quand il vint me voir, il éclata de rire.
« Tu as absorbé en une nuit plus de pouvoir magique que tout ce que tu avais accumulé jusque-là, alors ton corps a grossi pour pouvoir le supporter. Ça devrait dégonfler un peu avec le temps. Mais tu auras du mal à retrouver ton apparence d’avant. »
Le corps d’un mage ne changeait pas facilement. Sa forme optimale était déjà fixée. Ojo ajouta cela en ricanant.
Quoi ? Ça voulait dire que j’étais condamné à garder ce corps de gros toute ma vie ? Je dévisageai Ojo avec un soupçon tout à fait inutile.
« Ta chair n’est pas encore fixée, alors, si tu veux maigrir, tu dois te mettre à bouger au plus vite. Fais de l’exercice et mange moins. Sinon, tu passeras le reste de ta vie à rouler par terre. »
Tandis qu’Ojo parlait, il libéra une petite quantité de pouvoir magique. Un livre glissa hors de son manteau, entraîné par le flux de ce pouvoir. Ojo le lança près de ma tête, et je mobilisai mon propre pouvoir magique pour le rattraper. En examinant soigneusement la couverture, je lus : « Magie fondamentale ».
« Je vais t’enseigner pendant les dix prochaines années. Notre relation est définie par contrat, alors contente-toi de m’appeler maître. »
Ojo passa ensuite aux différents stades de la magie.
Chacun avait une graine dans la poitrine.
Seuls ceux qui parvenaient à la faire germer obtenaient le droit de devenir mage. Quand il m’expliqua que beaucoup ne résistaient pas à la douleur et mouraient au cours de ce processus, je sentis ma poitrine se glacer. N’avais-je pas failli mourir de la même manière ?
« Maître, dans ce cas, pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu avant ? »
Je posai la question avec une pointe de ressentiment, en repensant à la mort à laquelle j’avais échappé de justesse.
« Hmm. Y a-t-il la moindre raison d’expliquer ça à une mauvaise herbe qui n’est même pas encore devenue mage ? »
Ojo répondit :
« Une personne capable de devenir mage, ça n’arrive qu’une fois sur mille, voire sur dix mille. Parmi les innombrables mauvaises herbes, une seule obtient le droit de devenir mage et de faire pousser un arbre. Inutile de prêter attention à toutes ces mauvaises herbes. »
Je trouvai ça un peu désagréable. Pourtant, une excitation encore plus forte m’envahit. Une mauvaise herbe, hein. Une mauvaise herbe. Ce ne fut qu’à cet instant que je réalisai enfin que j’étais devenu mage.
« Le stade de Germination que tu as atteint est le début et le fondement de la voie du mage. Le livre que je t’ai donné contient les méthodes de respiration et les bases de la magie que tu devras apprendre désormais. Si tu maîtrises parfaitement ces bases et accumules assez de pouvoir magique, tu auras la possibilité de passer au stade suivant. Une pousse devient une jeune pousse. Beaucoup échouent à cette étape, puis recommencent. »
Ojo fronça les sourcils, comme s’il se remémorait cette douleur.
« Une jeune pousse devient un jeune arbre. Bientôt, ce jeune arbre devient un arbre accompli. Il étend ses branches, se couvre de feuilles luxuriantes et forme des boutons floraux. Les fleurs s’épanouissent et donnent des fruits. Il faut alors se fondre dans ces fruits et les faire mûrir complètement. Ensuite, si tu cueilles et manges ce fruit, on dit généralement que le mage devient éternellement jeune et immortel. »
Ojo m’expliqua qu’il s’agissait des douze stades d’un mage.
Germination, Jeune pousse, Jeune arbre, Arbre accompli, Ramification, Feuillage luxuriant, Bouton floral, Pleine floraison, Fructification, Imprégnation, Maturité et Récolte.
Les stades étaient-ils décrits en les comparant à la croissance d’un arbre ? Non. Cette fois, j’avais moi-même senti la graine s’ouvrir et prendre racine. Ces noms avaient sans doute été choisis parce que l’arbre poussait réellement de cette façon.
À quel stade se trouvait Ojo ? La curiosité me traversa, mais je la réprimai. Ce n’était peut-être pas le genre de chose qu’on demandait à un mage.
« Je t’ai dit tout à l’heure que nous étions différents des mauvaises herbes. Si j’en ai parlé, c’est aussi parce que c’est lié à ces stades. Chaque fois que tu en franchis un nouveau, ton espérance de vie augmente. Nous créons la magie à partir des arbres, alors notre durée de vie suit aussi le modèle des arbres. Je suis au stade de la Ramification, et je devrais pouvoir vivre encore mille ans. »
Mille ans ?
L’espace d’un instant, je me demandai si j’avais bien entendu.
C’était une durée que je ne pouvais même pas concevoir.
Un être humain pouvait-il vivre aussi longtemps ?
Mes yeux s’écarquillèrent tout seuls.
« Malgré tout, presque aucun mage ne profite pleinement de cette longévité. Un mage est quelqu’un qui prend soin d’un arbre, et les mages meurent en luttant pour faire monter leur arbre en grade. Si l’occasion se présente d’améliorer son rang, qu’il s’agisse d’une bête magique rare, d’une plante médicinale étrange ou d’une mystérieuse veine spirituelle, un mage se battra pour l’obtenir. »
Après ces mots, Ojo s’enfonça dans ses pensées. Se remémorait-il son propre passé ? Bientôt, il en sortit et poussa un léger soupir. Puis il reprit ses explications sur le monde de la magie.
La journée passa ainsi dans un brouillard. Dès que la leçon d’Ojo fut terminée, j’ouvris le livre pour découvrir la nouvelle méthode de respiration : la « méthode de respiration de l’accumulation des nutriments ». Comme son titre austère l’indiquait, elle permettait d’accumuler efficacement des nutriments dans la fondation.
En étudiant son contenu, je remarquai que de nombreux passages se raccordaient à la Méthode de Respiration par Enracinement que je connaissais déjà. Il devait s’agir d’une seule et même technique. Une fois que j’en eus compris le principe, ma respiration changea d’elle-même. Je sentis la fondation s’alourdir. Si cela s’était produit avant la Germination, la graine aurait été écrasée à l’intérieur de la fondation.
Le livre présentait ensuite les bases de la magie : des méthodes pour allumer un feu et créer de l’eau. Cette magie était assez différente de ce que j’avais imaginé. Il ne suffisait pas de penser à quelque chose pour que ça arrive. Il y avait des règles précises.
Le livre les expliquait à l’aide de circuits. Il disait que les bases de la magie consistaient à tracer un cercle magique avec des circuits, puis à transformer le pouvoir magique en magie. Je n’y comprenais absolument rien. La magie, c’était vraiment trop compliqué. Autant m’entraîner encore.
C’est ainsi qu’une année passa.
Je m’entraînais à la magie avec acharnement, et d’étranges souvenirs commencèrent à remonter, confusément.
Sur un champ de bataille que je ne reconnaissais pas, je pilotais un insecte volant appelé drone et tuais des gens derrière un écran.
Dès que ce souvenir remonta pour la première fois, ma compréhension de la magie fit un bond. Les circuits. Les cercles magiques. Dans les traces laissées par ce souvenir, je découvris quelques bribes de connaissances qui m’aidèrent à les comprendre.
Je racontai à Ojo que ces étranges souvenirs me revenaient. Ses yeux s’agrandirent.
« Hmm, des souvenirs. Quel genre de scènes ? »
Je fouillai dans ma mémoire et lui en racontai plusieurs.
Moi sur un champ de bataille, un insecte volant appelé drone et d’énormes explosions qui éclataient de toutes parts.
« C’est probablement ta vie antérieure, Evron. À partir de maintenant, n’en parle à personne. »
« Puis-je vous demander pourquoi ? »
« Peu de gens se souviennent de leurs vies antérieures, et la plupart des mages convoitent ce genre de singularité. »
Ojo déglutit. Puis il ferma les yeux et poursuivit :
« Si ta vie antérieure te revient en mémoire, c’est qu’elle avait quelque chose de particulièrement remarquable. Même si leur âme s’est affaiblie et a perdu son pouvoir, ces gens recèlent toujours un immense potentiel. Beaucoup de mages risqueraient même leur vie pour s’en emparer. »
Après une brève hésitation, Ojo ajouta : « Moi aussi. »
Ojo me raconta plusieurs histoires.
Il paraissait qu’un jour, quelqu’un avait combiné le corps et l’âme d’un réincarné pour en faire une pilule. L’histoire s’était largement répandue parce que cette personne avait confirmé que la pilule lui avait permis de franchir un stade.
On racontait qu’un autre mage avait abandonné son propre corps après en avoir atteint les limites, puis transplanté son arbre dans le corps et l’âme d’un réincarné. En procédant à cette superposition, il avait volé le talent du réincarné.
Il y avait d’autres histoires encore. Dans chacune, les réincarnés mouraient et devenaient des ingrédients pour progresser. Ojo disait qu’un mage était en soi une sorte de ressource et que, pour cette raison, les mages convoitaient toujours leurs semblables.
Ojo gardait les yeux fermés. J’étais si terrifié que je n’arrivais même plus à respirer. Il avait dit qu’il était lui aussi l’un de ces mages.
Je pouvais mourir à tout moment.
Après être resté immobile un long moment, Ojo finit par rouvrir les yeux. Avec un sourire un peu amer, il secoua la tête.
« Si je n’étais pas lié par un contrat, je t’aurais dévoré. Parfois, il suffit d’une simple possibilité pour décider du passage au stade suivant. »
J’avais désormais la confirmation qu’il me considérait comme de la nourriture. En me voyant dépasser la terreur pour devenir livide, Ojo éclata de rire. Il se caressa le menton et fit mine de se lécher les babines. À cette vue, je roulai en arrière.
« Au fait, je devrais aussi t’expliquer les contrats. »
Ojo me montra son poignet. Il l’avait toujours caché sous son manteau, alors je ne l’avais jamais vu, mais des mots y étaient inscrits. Ils étaient formés de pouvoir magique condensé et reliés à l’arbre d’Ojo.
« En remboursement de la dette contractée lorsque ma vie a été sauvée, je servirai le clan pendant deux cents ans et, à moins qu’il ne m’attaque en premier, je ne lui ferai jamais de mal de toute ma vie. »
« C’est arrivé il y a cent ans. Ton père, le maître de l’île, m’a sauvé alors que j’étais à l’agonie, et j’ai passé ce contrat. À cause de lui, je ne peux ni mentir à ton clan ni lui faire de mal. »
Ojo dissimula de nouveau son poignet et poussa un soupir creux.
« Si ma vie n’avait pas été mise en garantie, je n’aurais jamais conclu un contrat pareil. »
Ojo me parla longuement des dangers de ce genre de contrats. Il n’arrêtait pas, comme s’il déversait tout le ressentiment qu’il avait en lui.
À mesure que je l’écoutais, mon esprit, à moitié paralysé par la peur, commença à se réveiller. Finalement, je n’avais presque aucune raison d’avoir peur, n’est-ce pas ? La tension retomba et je m’affaissai sur place.
Avait-il parlé du contrat parce que j’étais à moitié mort de peur ? Puisqu’il m’avait révélé sa cupidité et terrifié, est-ce que cela avait été considéré comme une forme de préjudice ?
Ojo disait qu’un mage lié par un contrat devait le respecter même après sa mort. S’il ne tenait pas ses engagements, son arbre pourrirait.
Ça semblait plausible.
Mais je ne pouvais pas tout croire. Par la suite, chaque fois que j’allais suivre les leçons d’Ojo, il m’arrivait de le surprendre à me regarder d’un air plein de regrets. Comment se détendre quand il me regardait comme ça ?
C’est ainsi que cinq années passèrent.
Dix-huit ans. L’âge où l’on prenait plaisir à se méfier de tout.
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