Chapitre 29
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 29
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L’université ne comptait que deux règles.
La première était le droit de survivre. Chaque étudiant avait le droit de veiller à sa propre survie. Nul ne pouvait y porter atteinte sans son consentement.
La deuxième était le droit de possession. Chaque étudiant avait le droit de garder ce qui lui appartenait. Là encore, nul ne pouvait le lui prendre sans son consentement.
Je baissai les yeux vers la page où étaient inscrites ces règles de l’université. Ce ne fut qu’en les lisant que je compris comment la ville pouvait fonctionner.
Franchement, était-il raisonnable d’imaginer des mages, entre tous, déambuler dans une ville comme de doux agneaux ? C’étaient des gens qui avaient l’habitude de tuer plus faible qu’eux et de voler tout ce qu’il y avait de mieux chez les autres. Je n’avais jamais compris comment des gens pareils pouvaient sourire et vivre côte à côte.
Avec des règles aussi élémentaires, c’était possible. Dès que je lus ces mots, ma Jeune pousse se mit à palpiter. Je compris instinctivement de quoi il s’agissait. C’était une sorte de contrat imposé à tous les étudiants. Si quelqu’un le violait, l’arbre qui formait son royaume se flétrirait à coup sûr sur place. Voilà pourquoi chacun menait une vie si tranquille tout en gagnant des points.
Je tournai la page.
La suivante contenait des informations fort utiles.
On disait que l’université était un continent à part entière. Comme je l’avais déjà aperçu depuis les hauteurs du ciel grâce à la professeure Irian, toutes ses terres étaient constituées de montagnes, formant une immense chaîne montagneuse.
Son centre se trouvait, disait-on, loin au nord, sur la plus haute montagne. Un endroit que personne n’osait approcher.
La région qui l’entourait était, paraît-il, bordée par une mer. Cette mer avait apparemment un bleu éclatant. Certains vivaient même sur ses eaux, attirés par le pouvoir magique limpide et vivifiant qui lui était propre.
Tout cela me paraissait incroyablement étrange. Comment une mer pouvait-elle être bleue ? Et des gens pouvaient même y vivre ? En tant qu’insulaire, j’avais du mal à y croire.
Page après page, je poursuivis ma lecture. Il me fallut moins d’une heure pour terminer le mince livret d’une centaine de pages. Satisfait, je le refermai. Alors, il se changea en poussière et disparut.
Je l’avais payé cinq cents points. Je savais qu’il disparaîtrait, mais voir mes points s’évaporer me laissa tout de même un goût amer.
Au départ, je n’avais pas prévu de dépenser autant de points.
J’avais entendu parler pour la première fois de l’Association secrète des Abysses dans une taverne. Puis, en cherchant des renseignements, je n’avais cessé de croiser ce nom. Je l’avais aussi vu sur la carte : c’était une organisation gigantesque qui possédait une ville entière.
D’après ce que j’avais appris, elle s’occupait de toutes les informations du continent. Elle avait également une base dans la Cité des stalactites. Comme j’avais quelques points à dépenser, je m’étais dit qu’une visite en valait peut-être la peine. Alors, j’y étais allé.
Comme on pouvait s’y attendre d’une organisation de renseignement, elle en savait long.
Mon nom figurait même dans ses dossiers. Ils savaient que j’étais un nouvel étudiant arrivé cette année, que je logeais dans la tour de la professeure Irian et que j’avais vendu deux places pour son cours.
Ils ne me demandèrent même pas pourquoi j’étais venu. Ils me tendirent simplement un livret ainsi qu’une feuille où étaient inscrites mes informations personnelles. Le livret que je venais de lire s’intitulait « Guide de l’université pour les nouveaux étudiants ».
Comme je restais là, déconcerté, ils m’expliquèrent qu’avec le nombre de points dont je disposais, c’était probablement l’information la plus utile que je puisse acheter. Comme ensorcelé par leurs paroles, je pris le livret.
Ils avaient raison.
Il regorgeait de renseignements sur l’université. Pour un nouvel étudiant comme moi, c’était inestimable. Pour les autres, en revanche, ce n’était sans doute que des banalités.
Au bout du compte, toute information se transformait en points. Et l’Association secrète des Abysses était une organisation colossale qui en détenait le monopole. C’était forcément pour cette raison qu’elle pouvait contrôler l’une des douze seules villes de l’université.
Je sentis mon désir de gagner des points grandir en moi. Je ne pouvais toujours pas retourner à la tour. Il me fallait des points.
Cette fois-ci, j’avais réussi à en obtenir en vendant des places pour le cours. Mais les cours duraient cinq ans. Ce n’était pas un revenu régulier. En ne comptant que là-dessus, je ne pouvais même pas rêver d’atteindre l’étage suivant.
Je réfléchis aux inscriptions aux cours. Même cinq mille points ne représentaient que le droit de se tenir sur la ligne de départ.
Comme lorsque j’avais vendu mes places, rien n’était garanti si l’on n’avait pas de relations dans le cours ou si l’on ne dépensait pas davantage de points. Au moins avais-je eu la chance que la professeure Irian et le professeur Heisen m’aient promis de me recommander pour y assister.
Quoi qu’il en soit, il me fallait un moyen sûr de gagner des points.
Depuis deux jours, je séjournais en ville pour recueillir des informations, afin d’en apprendre davantage sur l’université, mais aussi de découvrir comment les autres gagnaient des points.
Bien sûr, j’en avais profité pour goûter quelques plats. Après m’être nourri uniquement de jambon et de bière, mon palais s’était peu à peu ouvert à d’autres saveurs. Les plats variés à base de bêtes magiques et d’herbes médicinales m’avaient arraché des exclamations admiratives.
Comme je comptais les étudier à mon retour, j’avais aussi dépensé des points pour acheter plusieurs livres de cuisine. Après ces folies, il ne m’en restait que trois cents.
La plupart des mages répondaient à des requêtes. Elles étaient diverses : certaines venaient de l’université, d’autres de différentes organisations. Il y en avait aussi qui étaient proposées par des particuliers. Toutes ces transactions se déroulaient à la bourse des requêtes que j’avais repérée auparavant.
Mais c’était trop limité. Et ce n’était pas une option pour moi.
Une fois de retour, je serais lié à la tour. Je devais superviser les cours, gérer la tour, fabriquer des marionnettes et rattraper tout l’entraînement que j’avais manqué. Impossible d’aller dehors pour répondre à des requêtes.
Déambuler dehors comme tout le monde ne me plaisait pas, et ce n’était pas non plus mon fort. Il me fallait donc miser sur ce que je savais faire.
Je bondis de ma chaise, ouvris la porte de l’auberge à la volée et sortis. Je me dirigeai vers les boutiques où les autres marionnettistes avaient leurs quartiers. Le livret que je venais de lire contenait un plan de toute la ville. Il indiquait aussi où se trouvaient les marionnettistes. C’était un endroit où j’étais déjà passé.
J’allais leur piquer leurs astuces pour vendre des marionnettes.
Leurs boutiques se trouvaient aux confins de la ville, dans un recoin profond où la lumière ne pénétrait presque pas. En arrivant dans cette rue, je vis d’abord des marionnettes suspendues en rang le long du pont. Les marionnettistes étaient regroupés de l’autre côté, dans quelques petits bâtiments. Eux aussi avaient fondé une sorte de guilde.
J’entrai dans la plus grande boutique. Une enseigne au nom familier était accrochée au-dessus de la porte : [Atelier de marionnettes d’On]. Lorsque j’entrai, je découvris d’innombrables marionnettes suspendues aux murs. Le propriétaire, lui, était introuvable.
Je fis lentement le tour de la boutique. La première chose qui attira mon regard fut une marionnette en train de balayer le sol avec un balai. Sa structure était d’une extrême simplicité. Mouvement efficace, magie efficace, matériaux efficaces. Tout avait été réduit à sa forme la plus efficace.
Cette efficacité poussée à l’extrême m’impressionna profondément. Je ne savais pas fabriquer des marionnettes de cette manière. Les miennes recherchaient une beauté visible. Mais ce style était remarquable, et j’avais beaucoup à en apprendre.
Alors que j’admirais la marionnette, j’entendis un bruissement. Quelqu’un sortit du fond de la boutique, d’un endroit dissimulé derrière les marionnettes.
« Un client est arrivé. »
C’était un vieil homme au visage ridé. Il s’approcha, un monocle à l’œil. Je le saluai d’un signe de tête. Je ne sentais presque aucune pression émaner de son pouvoir magique. Il semblait que celui-ci se soit presque épuisé avec l’âge.
J’avais entendu dire que pas mal d’étudiants de l’université vieillissaient et mouraient ainsi. Je finirais peut-être comme eux.
« Bonjour. Je suis venu acheter quelques marionnettes. »
Il me dévisagea, puis s’attarda sur mes doigts. Sans raison, je les remuai. Pourquoi observait-il mes mains d’aussi près ?
« Tu as l’air d’un ami qui manipule les marionnettes. Pourquoi ne pas utiliser les tiennes ? »
La surprise me coupa la parole. Comment l’avait-il deviné ? Je baissai les yeux vers mes doigts. Ils n’avaient que quelques petites callosités et, comme ceux d’un mage, étaient plutôt lisses.
« Comment… l’avez-vous deviné ? »
« C’est mon secret. N’essaie pas de le découvrir. »
Le vieil homme eut un sourire malicieux et se mit à manipuler la marionnette de nettoyage que j’examinais. Entre ses mains, elle fut entièrement démontée, révélant tout son intérieur.
« Tu allais sans doute la démonter, alors autant que tu l’examines ici. »
« Non, non. Pourquoi ferais-je ça ? »
En vérité, il avait vu juste. Pris d’un sentiment de culpabilité injustifié, je secouai les mains et pris même un air sévère. Le vieil homme se contenta de sourire.
Mon regard revint naturellement vers la marionnette démontée. Je savais que je ne devrais pas la fixer, mais la beauté de ses circuits m’attirait irrésistiblement.
« Qu’en penses-tu ? Ça vaut le coup d’œil ? »
Le vieil homme prit la parole. Je hochai la tête, hébété. Ces circuits, ce cercle magique… De l’extérieur, j’avais cru qu’elle ne visait que l’efficacité, mais sa structure intérieure était d’une beauté extrême. Une beauté née de la recherche de la seule efficacité.
Je l’examinai un bon moment. Ce ne fut que lorsque le vieil homme m’adressa la parole que je revins enfin à moi.
« On dirait que tu n’es pas à l’université depuis longtemps. »
« Oui. Je suis entré cette année. »
« Je me disais bien que je ne t’avais jamais vu. »
Après un instant de réflexion, le vieil homme décrocha plusieurs petites marionnettes accrochées au mur et me les tendit.
« C’est un cadeau. Prends-les. »
« Non, merci, ça ira. »
Mal à l’aise devant cette gentillesse que je ne comprenais pas, je reculai vite. Mais le vieil homme avait plus d’expérience que moi. Il me jeta simplement les marionnettes dans les bras. Je les rattrapai à la hâte.
« Comment tu t’appelles ? »
« Evron. »
Je répondis d’un air absent. Je ne comprenais pas très bien ce qui se passait. J’étais seulement venu repérer les marionnettistes qui pouvaient être considérés comme mes concurrents, pas pour recevoir des cadeaux.
« On m’appelle Mauro. Je suis le chef de guilde de cette rue des marionnettistes. »
Il ne s’appelait pas On ? Je jetai un coup d’œil vers la porte. Comme j’avais vu l’enseigne « Atelier de marionnettes d’On », j’avais cru que c’était son nom. Le vieil homme suivit mon regard et éclata de rire.
« On, c’est le nom de notre guilde. Il vient du premier chef de guilde. Comme j’en suis le chef à présent, j’ai repris ce nom. »
Le vieil homme poursuivit tout en remontant la marionnette de nettoyage.
« Tu dois trouver ça très gênant, là, tout de suite. Tu te demandes pourquoi je te témoigne tant de gentillesse. »
Je hochai la tête, embarrassé. Le vieil homme me jeta un coup d’œil, puis reporta son attention sur la marionnette.
« Notre guilde a pour vieille tradition d’offrir des marionnettes aux nouveaux venus. Tu n’es pas membre de notre guilde, mais tu manipules des marionnettes, alors je t’en donne. Cela fait presque trente ans qu’aucun nouveau marionnettiste n’est venu nous voir. »
Je m’inclinai respectueusement et le remerciai. Peu importait la raison, je n’avais pas à refuser un cadeau.
Le vieil homme sourit quand la marionnette de nettoyage, une fois terminée, reçut du pouvoir magique et se mit à se mouvoir sans accroc. Ses mouvements étaient encore plus nets qu’avant. Il pouvait donc encore en améliorer l’efficacité ? C’était stupéfiant.
« Allez, file. La prochaine fois que tu viens, salue-moi d’abord. »
Le vieil homme me fit signe de la main. Puis la marionnette de nettoyage me guida vers la sortie. Je me retrouvai dehors en un rien de temps. Stupéfait, je contemplai les marionnettes dans mes bras. Leur poids bien réel contre moi prouvait que tout cela n’était pas un rêve.
Mais qu’est-ce qui venait de se passer ? Je rangeai les marionnettes dans ma bourse spatiale. Puisque je les avais reçues, il me faudrait les analyser à mon retour. Le vieil homme me les avait certainement offertes dans ce but.
Je regardai de nouveau autour de moi. D’autres ateliers de marionnettes apparurent dans mon champ de vision. Hum. Je m’éclaircis la gorge et m’avançai vers eux.
Le vieil homme avait percé mes véritables intentions à jour, mais puisque j’avais fait tout ce chemin, autant examiner tout ce que je pouvais. Je visitai donc discrètement les autres ateliers. Ils vendaient tous des marionnettes débordant de personnalité.
Heureusement, les autres ne remarquèrent pas, contrairement au vieil homme, que je savais manipuler les marionnettes. C’était apparemment un talent particulier qu’il était seul à posséder. Rassuré, je remplis ma bourse de marionnettes. À elles seules, elles me coûtèrent cent points.
Je retournai à l’auberge. J’avais dépensé tant de points qu’il me fallait obtenir des résultats à la hauteur. Je m’enfermai dans ma chambre et me mis à démonter les marionnettes.
Chaque fois que j’examinais les circuits d’une marionnette, j’étais pris d’admiration.
Comme je l’avais constaté dans l’atelier, les marionnettes du vieil homme poussaient l’efficacité à son comble. Ce style leur donnait aussi l’allure de produits fabriqués en série.
Tout indiquait qu’elles avaient été conçues pour utiliser le moins de matériaux possible et qu’on pouvait en produire autant qu’on le souhaitait en y apportant de légères modifications.
Une autre marionnette incarnait la légèreté. Elle ressemblait à un nuage. Fait assez inhabituel, elle utilisait des fantômes comme matériaux.
Les circuits qui s’illuminaient à chacun de ses mouvements brodaient l’air avec élégance. Comment pouvait-on fabriquer une marionnette pareille ? J’en fus profondément impressionné.
Une autre marionnette était minuscule. Plus petite que mon ongle, elle devait s’assembler par dizaines pour former une seule marionnette gigantesque.
Telle un liquide, cette marionnette changeait sans cesse de forme. Les minuscules marionnettes devenaient un seul circuit et formaient un cercle magique colossal. J’étais incapable d’imaginer la quantité de matériaux et de travail qu’il avait fallu pour le fabriquer.
Les autres marionnettes étaient tout aussi variées.
Je ne terminai de toutes les démonter qu’après avoir veillé toute la nuit. Chacune portait l’intention de son créateur. Elles recelaient des techniques que je n’aurais jamais osé imiter.
Ainsi, chaque marionnettiste développait ses créations dans une direction différente. En découvrant cet immense potentiel, je compris à quel point j’étais limité.
Combien d’années me faudrait-il pour fabriquer des marionnettes de leur niveau ? Ce ne serait probablement possible qu’en y consacrant autant de temps que j’en avais déjà vécu.
Je soupirai, accablé par mon manque de talent et d’années.
Mais, au-delà de toute cette admiration, un énorme problème se posait.
Je n’avais pas examiné ces marionnettes pour perfectionner mon art. Je l’avais fait pour trouver un moyen de vendre les miennes.
Mais, à en juger par leur originalité, il était évident qu’elles ne se vendaient pas très bien.
Maintenant que j’y pensais, peu de gens entraient ou sortaient de la rue des marionnettistes. Il y avait une raison à leur présence au niveau le plus bas, et en périphérie qui plus est. Pourquoi n’avais-je pas remarqué plus tôt ce détail suspect ?
Au bout du compte, j’avais tout de même dépensé des points précieux comme mon propre sang sans rien y gagner. Non, bien sûr, j’avais appris des choses sur les marionnettes ; ce n’était donc pas tout à fait vrai. Je voulais dire que je n’avais pas atteint mon objectif initial.
Bref, j’en étais revenu à la case départ.
Pourtant, en examinant ces marionnettes, j’avais compris une chose.
Il y avait une raison à leurs faibles ventes : elles étaient trop originales. Comme chacune était imprégnée des goûts de son créateur, rares étaient les clients qui pouvaient les désirer.
Bien sûr, elles rapportaient sans doute assez pour que leurs propriétaires entretiennent leurs boutiques. Il suffisait de voir leurs marionnettes. Qui pourrait passer devant des créations pareilles sans s’arrêter ? Les personnes intéressées les achetaient manifestement, et c’était ce qui permettait aux boutiques de survivre.
Mais cela ne pouvait pas me suffire. Je voulais apprendre davantage et gagner davantage. Une petite boutique comme la leur ne me satisferait plus.
Je devais tirer une leçon de leur exemple.
Je me mis à réfléchir à la façon dont j’avais vendu des marionnettes jusqu’ici.
La boutique. C’était là que j’avais vendu ce genre de marionnettes. Rien de spécial. J’avais simplement exposé celles qui m’étaient pratiques et celles que j’avais envie de fabriquer. Comme j’en avais vendu quelques-unes de cette façon, je m’étais contenté de ce résultat.
À bien y penser, j’avais été comme eux, à l’époque. Je croyais agir pour les clients à ma manière, mais en réalité, je ne fabriquais que des marionnettes à mon goût.
Je ne pouvais plus continuer ainsi. Il me fallait réfléchir à la façon de vendre davantage de marionnettes et de réunir plus de points.
Et avant l’ouverture de la boutique ?
Mes souvenirs de marionnettiste remontèrent toujours plus loin dans le passé. Avant d’ouvrir ma boutique, j’avais erré dans les rues pour vendre mes créations. J’avais aussi utilisé mes marionnettes pour faire de menus travaux à bord de l’aéronef.
Au terme de ce chemin, je retrouvai un souvenir.
Un souvenir de l’île.
À l’époque, quel genre de marionnette avais-je fabriqué pour Père ? Qu’est-ce qu’il m’avait demandé ?
J’ouvris brusquement les yeux.
J’avais fabriqué la marionnette que Père voulait. J’y avais consacré des efforts considérables. Père en avait été satisfait et m’avait donné la possibilité de quitter l’île.
C’était là que mon art avait commencé. Voilà la direction que je devais suivre. À l’époque, j’avais su instinctivement comment gagner de l’argent.
Mais le temps avait passé et l’esprit d’artisan qui me poussait à fabriquer de meilleures marionnettes avait fini par étouffer tout mon sens du commerce. Jusqu’à cet instant.
Je devais retrouver cette intuition d’autrefois. Il me suffisait d’adapter soigneusement chaque marionnette à son client, puis de lui ajouter des fonctions qui lui conviendraient. Ainsi, je pourrais me démarquer clairement des marionnettistes de la rue.
Mais un autre problème se posait. Je regardai autour de moi. Je me trouvais dans une chambre d’auberge exiguë.
Les autres marionnettistes avaient des boutiques. Moi, en revanche, je n’avais ni véritable boutique ni réputation. Et je ne pouvais pas non plus installer un stand dans la rue. Les cours allaient bientôt commencer.
Alors, où vendre mes marionnettes, et lesquelles fabriquer ?
Mon regard s’illumina.
Il existait un endroit qui m’était très favorable.
La tour de la professeure Irian. C’était aussi mon quartier général. Deux cents étudiants viendraient assister au cours de la professeure Irian. J’essaierais de fabriquer des marionnettes spécialement pour eux. Des marionnettes auxquelles ils ne pourraient pas résister.
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