Chapitre 263
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 263
──────
Je m’adossai au canapé et fermai les yeux. Pour une raison inconnue, une sensation désagréable persistait dans un coin de ma poitrine.
Je fronçai légèrement les sourcils et me grattai la tête. J’avais l’impression d’avoir oublié quelque chose…
Je m’attardai un moment sur cette idée, puis secouai la tête.
Rien ne me revenait. Enfin, qu’est-ce qui pouvait bien clocher ? Je devais surtout me concentrer sur la personne que j’allais rencontrer. Tandis que je me préparais en silence, je sentis la porte de l’atelier s’ouvrir.
Quand j’ouvris les yeux, je vis Isabella entrer dans l’atelier, suivie du président. Je bondis sur mes pieds et m’avançai vers lui.
« Bienvenue, président ! »
À mon salut, le président hocha la tête, l’air un peu mal à l’aise. Mon invitation soudaine l’avait peut-être mis dans l’embarras.
Le président coopérait avec moi en vertu du contrat, mais n’appréciait sans doute pas qu’on le convoque ainsi. Si c’était le cas, je devais rapidement le mettre à l’aise. Je lui adressai un doux sourire et poursuivis :
« Merci d’être venu malgré votre emploi du temps chargé. Je vous en prie, par ici. J’ai aussi préparé un cadeau pour vous remercier d’être venu. »
Je conduisis le président à la table où je me trouvais quelques instants plus tôt. Une fois qu’il fut assis, je pris délicatement la théière.
Comme toujours, il s’agissait d’un thé destiné à être servi aux invités. Le président plissa les yeux devant mon assurance et observa la théière. Il semblait intrigué par le thé que j’allais lui offrir.
J’inclinai doucement la théière et versai le thé dans la tasse. Un doux parfum emplit bientôt la pièce.
Je fis glisser la tasse vers le président, m’en servis une à mon tour, puis m’assis. Je la portai à mes lèvres et en humai l’arôme.
« Ce thé sent merveilleusement bon. Sans cette montagne, nous n’aurions jamais l’occasion de goûter à un thé aux fruits pareil. »
Je souris doucement tandis que le parfum se répandait dans l’air. Ce thé avait été préparé avec les fruits qui poussaient sur cette montagne. Lors de ma précédente visite chez le président, j’en avais goûté une tasse et son arôme comme sa saveur m’avaient tellement plu que j’avais voulu en faire moi-même.
Peut-être parce qu’ils contenaient un pouvoir magique aussi pur, il avait été assez difficile d’en faire du thé. Mais à force de persévérance, j’y étais parvenu.
J’en bus une gorgée en silence et hochai la tête. J’avais toujours eu cette impression, mais son pouvoir magique était vraiment agréable. Le président, lui, se contenta de claquer la langue.
Après tout, j’avais présenté une tasse de thé comme un cadeau ; sa réaction était donc tout à fait naturelle. Mais ce n’était pas le cadeau que j’avais préparé.
Je me tournai vers la fenêtre. Au-delà des nuages, le paysage minuscule qui s’étendait au sol apparut. Je marmonnai distraitement :
« Cette montagne est vraiment fascinante. Je n’ose même pas imaginer tout le travail qu’il vous a fallu pour cultiver cette montagne et ce monde. »
À mes mots, l’expression du président se crispa davantage. Il semblait se remémorer le passé, les circonstances qui l’avaient contraint à conclure un contrat avec moi.
J’avais déjà dit quelque chose de semblable à l’époque. Je lui avais présenté des conditions qu’il ne pouvait pas refuser et m’étais assuré sa pleine coopération. Le président s’était laissé attirer par ma bonne volonté.
Ce que j’allais aborder à présent n’était pas différent. Ma bonne volonté pure attirerait de nouveau le président à mes côtés. Je le regardai en souriant de toutes mes dents.
« Vous vous souvenez de quelque chose que vous m’avez demandé, autrefois ? »
« Je vous ai demandé quelque chose ? »
Le président fronça les sourcils. Il ne semblait pas s’en souvenir. À ses yeux, cela n’avait sans doute été qu’une conversation en passant.
Je devais donc le lui rappeler. Je hochai légèrement la tête et repris :
« Oui. Quand vous avez rejoint mon projet, vous m’avez demandé si je n’avais pas peur de provoquer tout ce remue-ménage. »
« … Ah, c’est de ça que vous parlez ? »
Le président laissa échapper un murmure de compréhension et se caressa le menton. Maintenant que je le lui rappelais, il semblait s’en souvenir. Je souris légèrement et continuai :
« Oui. J’aimerais répondre à cette question, maintenant. Comme vous l’aviez dit à l’époque, le projet de l’Arbre artificiel ne se cantonnera pas au Conseil. Beaucoup de gens s’y intéresseront, et un vagabond comme moi ne pourra pas échapper aux convoitises qui l’entoureront. »
J’avais lancé le projet de l’Arbre artificiel parce que c’était le moyen le plus rapide et le plus sûr d’obtenir les connaissances du Conseil. Il me fallait leur proposer quelque chose qui les inciterait à ouvrir leur bourse de leur plein gré.
Mon plan avait parfaitement fonctionné. Qui pouvait refuser une innovation comme les arbres artificiels ? À présent, alors que la septième conférence approchait, tous les membres du Conseil s’intéressaient à mes cours.
Et les membres du Conseil ne seraient sûrement pas les seuls. Pour l’heure, les informations ne circulaient pas puisque nous étions sur cette montagne, mais dès que nous en descendrions, elles seraient diffusées auprès d’innombrables personnes.
Beaucoup se presseraient autour de moi, et certains s’en prendraient directement à moi. Ils se diraient qu’un individu coincé au troisième étage ne pourrait pas résister au flot de leurs convoitises.
Bien sûr, tout le monde ne s’en prendrait pas à moi. J’avais de puissants alliés. Avec la professeure Irian et l’Association des marionnettistes derrière moi, la plupart n’oseraient pas m’attaquer.
Ceux qui le feraient seraient donc capables de tenir tête à mes alliés. Par exemple, les membres des grandes familles qui contrôlaient cette université.
Et parmi eux, ceux qui avaient déjà des liens avec moi seraient les premiers à venir me voir.
« Je veux que la situation évolue ainsi. Je veux que beaucoup de gens me convoitent et cherchent à me déchiqueter. »
Le président resta silencieux à mes paroles. Je regardai par la fenêtre et levai lentement la main. Elle masqua tout le paysage au-dehors.
Les nuages qui emplissaient le ciel, le lac profond et les montagnes qui s’élevaient vers les hauteurs tenaient tous sous ma paume. Cette pensée m’arracha un faible rire.
Je me rendis compte à quel point cette montagne flottait haut dans les airs. L’université avait-elle toujours paru si petite vue du ciel ? D’une certaine façon, tout me semblait ridicule.
En vérité, l’université m’avait toujours paru immense. C’était normal. Je n’y avais mis les pieds qu’avec l’aide de la professeure Irian, et tout ce qui s’y trouvait m’avait semblé plus grand que moi.
Je frottai légèrement mon poignet. Plusieurs textes de contrat effleurèrent mes doigts. C’étaient les marques que j’avais gravées depuis mon arrivée à l’université.
Le contrat qui me préoccupait le plus était bien sûr celui que j’avais conclu au sujet des insectes-miroirs. Je continuais à les approvisionner sans faillir. Ils détenaient mon avenir entre leurs mains.
J’avais conclu ces contrats parce que je ne rêvais que de survivre. Ils étaient le résultat de ma tendance à ne jamais voir plus loin que le prochain pas et à chercher désespérément à fuir.
Les points que j’avais ainsi obtenus de la professeure Irian ne s’élevaient qu’à soixante. Selon elle, j’avais à peine atteint le seuil requis.
À l’époque, je ne comprenais pas vraiment pourquoi j’avais reçu cette note. J’avais même eu du mal à l’accepter. Un vagabond comme moi n’avait aucun moyen d’échapper à des organisations aussi immenses.
Mais maintenant que je contemplais l’université d’ici, je croyais comprendre pourquoi j’avais obtenu une note si basse.
Je me frottai le menton. Dans l’Empire, on disait : « Même ruinée, une riche famille tient trois générations. » Cela signifiait que, même après plusieurs échecs, ses fondations ne s’effondraient pas facilement.
En ce sens, j’avais moi aussi acquis une sorte de fondation dès mon arrivée à l’université. C’était la professeure Irian qui m’y avait amené.
Un professeur n’était pas simplement un mage exceptionnel. Les professeurs étaient au cœur de cette université, des êtres qui pouvaient ignorer la plupart des organisations.
Ainsi, dès l’instant où j’étais entré à l’université aux côtés de la professeure Irian, je n’étais plus un simple vagabond. J’avais obtenu un point d’appui qui me permettrait de me relever, même après plusieurs chutes.
C’était pourquoi je ne pouvais pas craindre l’échec. Je devais tenir bon et me battre contre ceux qui envahissaient mon territoire.
Même si je me brisais facilement, il me fallait montrer les crocs, de quoi les menacer. C’était ainsi que devait agir quelqu’un qui avait la professeure Irian dans son camp.
Pourtant, j’avais pris peur avant même de me battre et m’étais mis à genoux. La brutalité qui régnait dans cette université m’avait intimidé, et j’avais capitulé.
Naturellement, les autres avaient dû me prendre pour une plaisanterie. Ils avaient dû croire que la professeure Irian m’avait simplement gardé comme serviteur et qu’elle n’interviendrait pas, même s’ils tentaient de s’emparer de ce que je possédais.
C’était moi qui leur avais montré cette faille. La professeure Irian avait peut-être entrevu cet avenir et m’avait attribué une note aussi basse.
De ce point de vue, chaque problème que j’avais rencontré par la suite pouvait être considéré comme une étape pour récupérer les points que j’avais perdus.
Et ce n’était qu’après m’avoir vu m’occuper de Domitian que la professeure Irian avait révélé ouvertement qu’elle était derrière moi. Elle avait enfin jugé que j’étais à la hauteur de ses exigences.
Je devais donc à présent montrer que je n’étais plus un simple vagabond, mais quelqu’un qui méritait sa place. Cette affaire allait me servir de point d’appui.
« … Vous voulez avoir un prétexte pour vous en prendre aux autres. »
Le président marmonna. Il semblait comprendre pourquoi j’avais provoqué tout cela. Je hochai la tête avec un léger sourire.
« Oui. Le filet tendu à travers cette université est bien trop solide. »
Peu importe le soutien de la professeure Irian, je n’étais qu’une seule personne. Si je ne comptais que sur elle et me déchaînais comme un enfant inconscient, je finirais par être traqué par la brutalité qui imprégnait cette université.
N’avais-je pas moi-même capturé quelqu’un qui avait fait exactement cela ? Je me rappelai Domitian, qui avait tout perdu et m’offrait maintenant une tige.
Domitian était un vagabond comme moi, mais il avait bâti une base de pouvoir respectable. La façon dont il avait absorbé plusieurs petites familles pour devenir un membre du noyau dur de Mookgeumgo était vraiment remarquable.
Et Domitian ne s’en était pas contenté. Par l’intermédiaire d’Ailey, il avait même cherché à s’emparer de la position d’une grande famille.
S’il avait réussi à franchir un pas de plus, si je ne m’étais pas dressé sur son chemin, Domitian aurait peut-être atteint la position qu’il convoitait. Mais il avait échoué, tout perdu et sombré.
C’était assez étrange.
Domitian avait passé plusieurs centaines d’années à se construire une vie à l’université. Il aurait dû disposer d’assez de force pour essuyer plusieurs échecs.
Pourtant, Domitian avait été abattu sans même avoir pu riposter une seule fois. À présent, il en était réduit à m’offrir une tige. On pouvait y voir un avertissement.
Je fouillai dans mes souvenirs. Lors de la cérémonie de rentrée, Ailey avait dit qu’elle était venue à l’université pour chasser. Et comme elle l’avait annoncé, elle avait traqué Domitian.
La professeure Irian avait qualifié cette université de tamis. Vue du ciel, elle ressemblait presque à un immense filet tissé de brutalité qui enveloppait l’université, exactement comme elle l’avait dit.
Le filet qui entourait l’université était vaste et semblait lâche, mais il ne laissait rien s’échapper. Ceux qui se déchaînaient en comptant sur leur seule force brute ne pouvaient que s’y faire prendre et se faire déchiqueter.
Je ne pouvais donc pas non plus agir à la légère. Même si je voulais me venger, un seul faux pas pouvait me faire finir comme Domitian.
C’était pourquoi il me fallait un prétexte. Un prétexte qui me permettrait de m’en prendre à ceux que j’avais ciblés sans être traqué comme Domitian.
Domitian avait été pris dans le filet et traqué parce qu’il avait révélé ses ambitions le premier. C’était pour cette raison qu’on avait pu lui arracher tout ce qu’il possédait sans hésiter.
Il me suffisait donc de les pousser à agir les premiers. Comme lorsque j’avais présenté les insectes-miroirs, je ferais en sorte que l’autre camp s’en prenne à moi en premier.
Je serais forcé de me battre pour protéger ce que je possédais et je réussirais de justesse à les vaincre. Au passage, je leur arracherais aussi ce qu’ils avaient.
En ce sens, le projet de l’Arbre artificiel était le prétexte idéal. Il semblerait que j’aie été contraint de m’y lancer afin d’acheter les connaissances du Conseil.
Bien sûr, je n’avais pas eu de telles idées avant d’arriver au Conseil. Je n’avais agi que pour soigner l’arbre d’Isabella. Comment aurais-je pu préparer une machination pareille sans rien savoir du Conseil ?
Malgré tout, je m’étais dit que le Conseil serait un endroit tout indiqué pour lancer cet appât. Le Conseil du pouvoir magique jouissait d’une grande crédibilité.
Et, comme si le hasard avait voulu m’aider, le Conseil regorgeait de choses dont je pouvais me servir. J’avais une chance de soigner Isabella, et un prince impérial souffrait aussi d’une malédiction du pouvoir magique. Comment aurais-je pu laisser passer des circonstances aussi favorables ?
J’avais dit un jour que je l’arracherais pour le lui faire payer. Mais ce que je voulais arracher, ce n’était pas simplement le succès du projet de l’Arbre artificiel. Mes véritables cibles étaient ceux qu’il attirerait.
Comprenant peut-être le sens de mes paroles, le président réfléchit en silence tout en sirotant son thé. Bientôt, il releva la tête et me regarda.
« Je comprends. Alors pourquoi révéler maintenant ce que vous aviez caché jusque-là ? Ce serait problématique si je dévoilais votre plan aux autres. »
C’était une remarque raisonnable. Le président ne coopérait avec moi que parce que le contrat l’y obligeait. Une fois celui-ci arrivé à son terme, je n’aurais aucun moyen de le retenir.
Pourtant, je lui avais révélé tout cela parce que j’avais compris qu’il était différent des autres mages imprégnés de brutalité. Je lui adressai un sourire éclatant et sortis une boîte de ma poitrine.
« Je me suis dit que j’aurais besoin de votre aide pour mettre cette situation en place de façon plus parfaite. Voici le cadeau que j’ai préparé. »
Le président baissa les yeux vers la boîte, puis agita légèrement la main. Les nombreuses couches de sceaux qui l’entouraient se défirent en un instant, et son contenu jaillit.
« C’est… »
C’était une branche noircie. Le président se figea un instant dès qu’il l’aperçut. Puis il tira avec précaution du pouvoir magique du bout des doigts et tenta de toucher la branche.
Mais celle-ci repoussa légèrement son pouvoir magique. Peu importait la quantité de pouvoir qu’il y déversait, le résultat était toujours le même.
Et pour cause. Je l’avais arrachée à mon propre arbre. Une âme qui portait la malédiction du pouvoir magique du prince impérial y résidait.
Le président lui-même ne pourrait donc sûrement pas venir à bout de cette malédiction. Après tout, son souhait était d’éteindre tout pouvoir magique.
« Qu’en pensez-vous ? Je crois que ce cadeau vous fera plaisir. Ou devrais-je vous appeler maître ? »
« … Maître ? Qu’entendez-vous par là ? »
Hum. Le président essayait-il encore de le cacher ? Je tapotai ma poitrine. Un arbre flétri apparut. Je touchai cet être, incapable d’émettre le moindre pouvoir magique tant il était souillé par la malédiction, et souris légèrement.
« Je suis une âme réincarnée dans ce monde. C’est de là que vient ma singularité, et c’est pourquoi j’ai pu planter ainsi la malédiction du pouvoir magique de Son Altesse Beral. En l’étudiant, j’ai pu comprendre une partie de ce qu’elle renferme. »
Les sourcils du président se froncèrent légèrement à mes paroles. Il ne s’était apparemment pas attendu à ce que je plante la malédiction du prince impérial.
Eh bien, j’avais planté sans hésiter les malédictions des autres parce que je savais exactement comment les défaire. En revanche, il n’existait aucun remède clair à celle du prince impérial.
Si un mage ordinaire greffait cette malédiction, son âme, son arbre, risquait de s’effondrer entièrement. Le président avait sans doute cru que je ne ferais rien d’aussi insensé.
Mais j’avais voulu éprouver moi-même la malédiction du pouvoir magique du prince impérial. J’avais estimé que mon âme pourrait la supporter.
Au bout du compte, j’avais réussi à interpréter au moins une partie du sens contenu dans cette malédiction du pouvoir magique. Ce n’était pas une simple malédiction, mais une masse immense de malédictions tissées à partir d’innombrables autres.
Naturellement, il était impossible de la soigner. C’était ce qu’avait voulu le mage qui l’avait créée. Je me redressai et m’inclinai devant le président — non, devant un maître qui s’était établi dans ce monde avant moi.
« Maître, permettez à votre disciple de vous saluer à nouveau. »
Le président m’avait dit un jour que plusieurs personnes dans cette université se trouvaient dans la même situation que moi. Depuis, j’avais essayé de les trouver. Mais je n’avais décelé la moindre trace d’une âme réincarnée.
Et pourtant, voilà que j’avais réussi à nouer un lien aussi précieux. On pouvait aussi y voir le résultat de ma bonne volonté. Je souris de toutes mes dents au maître que je rencontrais pour la première fois.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>