Chapitre 261
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 261
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Les malédictions du pouvoir magique étaient liées à l’âme. En ce sens, leur structure ressemblait à celle d’un contrat. C’était ce que j’avais compris en étudiant sans relâche les malédictions du pouvoir magique.
Je m’assis en tailleur et me concentrai. Alors, je sentis clairement qu’il n’y avait pas la moindre trace de pouvoir magique autour de moi.
Peut-être était-ce parce que je ressentais cette absence de pouvoir magique que je percevais encore plus nettement son flux à travers mon corps. Ce n’était sans doute pas qu’une impression. Je m’étais concentré ainsi d’innombrables fois ces derniers temps.
Je projetai ma volonté et commençai à examiner le monde intérieur, profondément enfoui dans mon image intérieure, au-delà de ma poitrine. Je ne tardai pas à trouver mon arbre, qui se dressait là en silence.
En le regardant, j’esquissai un sourire amer.
Voilà une dizaine d’années que j’avais acquis la certitude d’avoir un talent considérable pour la marionnette. Ce talent pouvait aussi se définir comme le pouvoir détenu par mon arbre.
Si j’avais voulu cultiver uniquement mon arbre, il aurait poussé sans retenue. J’aurais peut-être même reçu une convocation pour une évaluation du quatrième étage.
Mais je n’avais pas voulu prendre cette voie. Loin de le faire grandir, je lui arrachais presque chaque jour des tiges. Forcément, il lui était très difficile de pousser.
Malgré tout, l’arbre ne m’avait jamais manifesté le moindre ressentiment. Il savait que la voie que je suivais — non, que nous suivions — était celle qui nous permettrait d’avancer.
Pourtant, le voir maintenant me rendait un peu triste.
J’avais passé tout ce temps à lui arracher des morceaux, mais il s’était toujours dressé vers le ciel. Il se régénérait sans cesse, solidement ancré dans ses racines.
Mais à présent, même cette régénération semblait difficile. Je me grattai la tête et m’approchai de l’arbre. Je vis alors à quel point il était déformé.
Il était tordu à cause des taches noires incrustées dans son tronc. Un flux inquiétant, que je ne parvenais pas à maîtriser, suintait de ces taches.
Ce flux ne se limitait pas à l’arbre. Puisqu’un arbre symbolisait l’âme, ces taches se trouvaient naturellement aussi dans la mienne.
C’était peut-être pour cela que les minuscules Jeunes pousses d’âme qui entouraient mon arbre avaient quitté ma fondation pour passer dans le territoire de l’arbre d’ombre.
J’observai cet étrange flux et tendis la main. Ces taches, c’étaient les malédictions que j’avais implantées. J’étais venu examiner mon arbre pour lui rendre sa forme d’origine.
Je caressai lentement le flux de l’arbre déformé. Sous mon contrôle, il commença à redresser son corps tordu.
Dans le même temps, je sentis mon corps se purifier lui aussi. L’âme était le centre de la vie. La fondation où l’arbre prenait racine — le corps physique — se déformait donc naturellement à son tour.
Mon corps avait lui aussi subi cette déformation, mais, tandis que je redressais l’arbre de force, ses circuits de pouvoir magique et sa fondation commencèrent peu à peu à se remplir de nouveau.
Je souris en sentant une zone vide se restaurer. Oui, j’étais proche du but. Si je parvenais à redresser complètement l’arbre de cette manière, cet étrange flux ne pourrait sûrement plus l’affecter.
Mais mon sourire s’effaça quelques instants plus tard. Je sentis soudain quelque chose s’effondrer.
Ce n’était pas qu’une impression. J’ouvris la bouche, traversé par un violent courant qui déferlait en moi. Du sang noir coula de mes lèvres.
J’avais subi une blessure interne. C’était probablement la réaction de l’arbre que j’avais redressé de force. Comme je m’y attendais, au moment où l’arbre tenta de fleurir à nouveau, toutes les malédictions du pouvoir magique libérèrent leur étrange flux en même temps.
Elles consumèrent le pouvoir magique contenu dans l’arbre et en tordirent de nouveau la forme. Dans le même temps, j’eus l’impression qu’on m’arrachait une partie de l’âme.
Je vomis de nouveau du sang. Redresser l’arbre revenait à toucher à l’âme. Comme on m’avait interrompu en plein milieu, il était normal que mon âme subisse un tel choc.
Le flux des malédictions du pouvoir magique gravées dans l’arbre déferla, déchirant une partie de mon âme.
Pour la réussite, on repassera. J’avais encore échoué. Voilà comment les malédictions contrôlaient de force le flux de mon pouvoir magique. C’était pour cette raison que les arbres des personnes atteintes de malédictions du pouvoir magique finissaient inévitablement par se déformer.
J’examinai mon corps. Les circuits que j’avais affinés pendant si longtemps se tordaient eux aussi. Je ne pus que claquer la langue.
Les blessures internes ne seraient pas mon seul problème. Comme je m’y attendais, les malédictions du pouvoir magique se déchaînaient comme si j’avais dérangé une ruche de frelons. Incapables de résister aux conséquences, mon âme et mon corps commencèrent à s’effondrer.
Je fermai légèrement les yeux. Peu importait à quel point la professeure Irian m’avait entraîné, cette douleur restait assez désagréable.
Tous ceux qui portaient des malédictions du pouvoir magique vivaient-ils avec une telle douleur ? Je réalisai une fois de plus à quel point il était remarquable qu’ils puissent faire pousser leur arbre et continuer à vivre.
Bien sûr, leur douleur n’égalait sûrement pas la mienne. Contrairement à eux, qui ne portaient qu’une seule malédiction du pouvoir magique, je m’en étais gravé dix. La douleur devait être bien plus de dix fois supérieure.
Les malédictions continuaient de se déchaîner et je sentis des fissures apparaître dans mon corps, incapable de supporter les conséquences. Comme elles rejetaient le pouvoir magique, mon corps, affiné grâce à celui-ci, commença à se désagréger sous le contrecoup.
Je souris amèrement en sentant mon corps s’effondrer. Comme prévu, le corps d’un mage issu d’une lignée aussi insignifiante que la mienne ne pouvait résister à des malédictions du pouvoir magique aussi puissantes.
Il semblait que je devrais attendre une autre occasion. Sur cette dernière pensée, une douleur étourdissante m’envahit, mes yeux se fermèrent d’eux-mêmes et un silence obscur s’abattit.
La mort était venue me chercher.
À l’instant où je la sentis, je rouvris brusquement les yeux. À travers ma vue brouillée, je perçus quelqu’un s’approcher. J’essayai de me relever, mais mon esprit confus me fit tituber un instant.
« Maître, est-ce que vous allez bien ? »
Une voix douce, accompagnée d’un léger parfum de tournesol qui semblait avoir longuement chauffé au soleil, effleura le bout de mon nez. C’était sans aucun doute Isabella.
Isabella s’approcha et posa une robe sur mon nouveau corps. Puis elle soutint légèrement mon corps chancelant et m’aida à me relever lentement.
Je rétablis peu à peu mon pouvoir magique. Au bout d’un moment, je sentis mon corps et mon âme se rejoindre.
Bientôt, ma vision trouble redevint claire. Je croisai le regard d’Isabella, qui m’adressait un doux sourire. Tenant un grand insecte-miroir, elle balaya mon corps du regard à l’aide de son pouvoir magique, puis hocha la tête.
« On dirait qu’il n’y a pas de problème. »
Isabella me lâcha avec précaution et recula d’un demi-pas. J’inclinai légèrement la tête, inspectai mon nouveau corps, puis me dirigeai vers l’endroit où j’étais assis en tailleur quelques instants plus tôt.
Un immense cercle magique apparut à mes yeux. Ses circuits, remplis d’un pouvoir magique dense, montraient clairement qu’il s’agissait d’un cercle d’effacement du pouvoir magique.
Et, au centre de ce cercle, gisait un corps réduit en morceaux. C’était mon ancien corps, cette expérience ratée qui s’était effondrée sous l’effet des malédictions du pouvoir magique. Je jetai un regard à Isabella et tendis la main.
« Mademoiselle Isabella, pourriez-vous me donner la Feuille de score ? Je devrais consulter les données pour voir comment s’est déroulée cette expérience. »
À ma demande, Isabella me tendit l’insecte-miroir qu’elle tenait. Son écran, aussi grand que ma tête, était couvert d’écriture.
[-Score physique : 80 points. Vous vous êtes adapté rapidement à votre nouveau corps, mais une petite partie du choc causé par l’effondrement de l’ancien a été transférée.
-Score mental : 42 points. Une partie de votre esprit a été endommagée lorsque votre âme et votre corps se sont désagrégés.
-Score de l’âme : 90 points. Votre âme se reconstitue. Cependant, son rythme de régénération semble bien plus lent qu’avant.
Résultat global : vous devriez vous reposer environ six heures avant de reprendre l’expérience.]
Six heures de repos. Je me frottai le menton. Le temps me manquait cruellement…
Après réflexion, je secouai la tête. Si la Feuille de score était arrivée à cette conclusion, c’est que mon état devait être aussi grave. Je devais suivre sa recommandation.
« D’après mon évaluation, l’efficacité du pouvoir magique s’est améliorée d’environ vingt pour cent par rapport à l’expérience précédente. Cependant, comme vous pouvez le constater, un corps ordinaire a du mal à supporter le contrecoup. »
Isabella s’exprimait à côté de moi. Je tapotai l’insecte-miroir et un écran apparut sous les mots, représentant ce qui semblait être mon corps.
L’image montra ensuite en détail comment mon corps s’était effondré quelques instants plus tôt, figurant le flux des malédictions et le contrecoup du pouvoir magique sous forme de lignes.
J’acquiesçai en regardant. Comme prévu, mon corps avait commencé à s’effondrer sous la poitrine et autour du cou. Vu ainsi, je comprenais clairement pourquoi cette expérience avait échoué.
À la fin, l’insecte-miroir afficha sans détour un autre message.
[Les malédictions numéro 1 et numéro 7 sont entrées en conflit, provoquant un contrecoup. Le flux qui en a résulté a progressivement fait échouer l’« unification ». Lors de la prochaine expérience, il serait préférable d’agir simultanément sur les malédictions numéro 5, numéro 6 et numéro 8.]
Après l’avoir consultée, je rendis l’insecte-miroir à Isabella. Elle se mit à y écrire quelque chose, probablement pour y consigner des éléments utiles au prochain test.
C’était la Feuille de score 3.0, le fruit d’améliorations répétées. Elle était le produit de l’intuition propre d’Isabella, comme c’était encore le cas aujourd’hui.
La première Feuille de score indiquait seulement le degré d’achèvement d’un corps, tandis que la deuxième affichait le score d’une vie. La nouvelle Feuille de score compilait les informations et prédisait la voie que je devrais suivre.
C’était pour cela que les étudiants de la tour utilisaient aussi beaucoup cette fonction. Plus ils étaient nombreux à utiliser la Feuille de score, plus les informations affluaient jusqu’à moi.
Je me grattai la tête. Les malédictions que je m’étais gravées dans l’âme étaient au nombre de dix, et je les avais toutes reçues de personnes différentes.
J’essayais maintenant d’unifier l’agencement du pouvoir magique dans une situation où ces malédictions agissaient ensemble. Autrement dit, je menais une expérience pour les combiner en une seule.
Mais j’avais encore échoué.
L’analyse de la Feuille de score m’en montrait clairement la raison. Les malédictions numéro 1 et numéro 7 s’étaient affrontées. Je claquai doucement la langue.
La première malédiction, communément appelée Ombre engloutissante, demeurait dans les racines de l’arbre, sous la poitrine, et contaminait le pouvoir magique. C’était la principale raison pour laquelle l’arbre se déformait.
À l’inverse, la septième malédiction, appelée Barrière silencieuse, se logeait dans le cou et repoussait le pouvoir magique. Une fois accumulée, elle bloquait les circuits du cou et empêchait son porteur de parler.
Cette fois, j’avais tenté de réunir les malédictions restantes en une seule, en m’appuyant sur ces deux malédictions du pouvoir magique. C’étaient les plus puissantes des dix.
Le processus de redressement de l’arbre tout en y enfermant les malédictions s’était déroulé plutôt bien. Mais lorsque les deux malédictions s’étaient rencontrées à la fin, elles avaient réagi l’une contre l’autre. Le flux s’était effondré.
Cette expérience avait donc échoué, elle aussi. Je fronçai légèrement les sourcils en sentant mon corps encore raide, comme l’avait indiqué la Feuille de score. Isabella s’approcha et posa la main sur moi.
« Maître, laissez-moi vous détendre. »
Isabella concentra du pouvoir magique au bout de ses doigts et commença à me masser lentement. Sous ses mains douces, mon corps raide se relâcha peu à peu.
Je fis un léger signe de tête à Isabella. En temps normal, j’aurais facilement pu régler ça avec mon propre pouvoir magique, mais les malédictions du pouvoir magique étaient en train de ronger mon arbre. Il m’était plutôt difficile d’utiliser mon pouvoir magique.
Bien sûr, cela ne voulait pas dire que je devais craindre d’utiliser mon pouvoir magique comme les autres.
Le problème des malédictions du pouvoir magique, comme je venais de le constater, c’était que l’âme et le corps ne pouvaient pas résister à leur puissance.
C’était pour cela que tant de gens ne parvenaient pas à surmonter leur malédiction et mouraient. Faire pousser un arbre servait aussi à s’adapter à la puissance de telles malédictions.
Mais je n’avais pas besoin de m’y adapter comme eux. Je posai la main sur ma poitrine et suivis les vestiges de mon arbre déformé.
Au bout du compte, je sentis que mon âme endommagée avait récupéré dans une certaine mesure. Même à présent, elle continuait de se reconstituer et de retrouver sa forme d’origine.
Cela tenait à la nature de mon âme. Contrairement à celles des autres, qui formaient un tout, la mienne était composée de fragments extrêmement petits.
Ainsi, le fait que mon âme soit amputée, comme à l’instant, ne me posait aucun problème. Je n’avais qu’à combler ce qui avait été arraché et déformé avec de nouveaux fragments.
Mon corps, c’était pareil. Était-ce la trentième fois que je perdais la vie depuis mon arrivée au Conseil ? Je jetai un coup d’œil sous mes pieds. Un liquide argenté ondula hors de mon ombre et se dévoila.
« Merci, Myeongyeong. Grâce à vous, je peux poursuivre l’expérience. »
Je caressai doucement son corps argenté. À mes compliments, il ondula comme s’il était ravi.
C’était à la fois ma réserve de vies et mon garde du corps. Il m’avait aussi beaucoup aidé lors du précédent concours des marionnettistes. Voilà pourquoi j’avais continué à tant investir en lui par la suite.
Je l’avais appelé Myeongyeong dans cette intention. Je voulais qu’il s’accroche fermement à mon fil de vie. Fidèle à son nom, il me fabriquait sans cesse de nouveaux corps.
Tout en le caressant, j’évaluai grossièrement la taille qu’il lui restait. Il avait rétréci de moitié environ ; je pourrais donc poursuivre l’expérience une vingtaine de fois encore.
« Hmm… Maintenant que la Feuille de score a été mise au point, pourquoi ne pas lever les malédictions pendant un moment et vous reposer ? »
Isabella posa l’insecte-miroir en parlant. Celui-ci quitta sa main, vola dans les airs et se fixa proprement à un mur. Je le regardai un instant, puis secouai la tête.
« Je compte prendre mon temps pour lever les malédictions. Il n’est plus possible d’arracher d’autres branches à leur arbre. »
Les propriétaires d’origine des malédictions gravées dans mon arbre n’étaient plus atteints de malédictions du pouvoir magique. Dès que j’avais redressé leurs arbres pendant le cours de la veille, ils avaient aussitôt fait soigner leurs malédictions.
Leur guérison m’avait permis de conclure le cours avec succès, mais elle signifiait aussi que les branches de leurs arbres n’avaient plus aucune valeur. Je ne pouvais plus obtenir celles dont j’avais besoin pour mes expériences.
Je claquai les lèvres, déçu.
Argh, si j’avais su que ça se passerait comme ça, j’aurais peut-être dû ne redresser leurs arbres qu’à moitié. J’y réfléchis, puis secouai la tête.
Que je les aie redressés à moitié ou complètement, le résultat n’aurait pas changé. Ils savaient probablement déjà comment lever leurs malédictions du pouvoir magique.
C’était tout naturel. Si les membres du Conseil les avaient invités, c’est que la bibliothèque contenait tous les renseignements sur leurs malédictions. Comme pour toutes les autres que j’avais étudiées, ils avaient sûrement trouvé une méthode pour les soigner.
S’ils ne les avaient pas levées malgré tout, c’était parce qu’ils craignaient que le traitement n’efface aussi leurs particularités.
Un dicton circulait dans le monde. Quand quelqu’un perd un sens, ses autres sens s’aiguisent.
De la même manière, chaque personne atteinte d’une malédiction du pouvoir magique avait un domaine de prédilection. Oga, qui portait la première malédiction, avait une âme spécialisée dans l’absorption du pouvoir magique afin de résister à la contamination.
Certes, l’arbre d’Oga était tordu, mais il avait poussé deux fois plus vite. Si la malédiction disparaissait dans ces conditions, les particularités de son arbre s’effaceraient naturellement elles aussi. Voilà pourquoi ils ne voulaient pas soigner leurs malédictions.
C’était un choix inévitable. Un arbre qui avait déjà poussé ne pouvait pas être modifié facilement. Si l’on s’y prenait mal, l’âme et le corps s’effondreraient sans aucun doute, comme les miens.
Ils n’avaient pas le choix. Même si la malédiction disparaissait, ils ne pouvaient pas restaurer leurs arbres déjà tordus. Ils ne pouvaient que continuer à vivre en la portant.
Puis j’étais arrivé et j’avais commencé à comprendre les malédictions à leur place. J’avais gravé dans mon âme les malédictions du pouvoir magique tirées des branches de leurs arbres et cherché à en éprouver directement les flux.
Ainsi, j’avais vécu avec les malédictions tout en déterminant les limites de mon corps et de mon âme. Puis j’avais expérimenté les moyens de les surmonter et de redresser l’arbre.
Étais-je mort huit fois en démêlant la première malédiction ? Je n’y pouvais rien : c’était la première fois que j’en portais une. Malgré tout, j’avais fini par découvrir comment redresser l’arbre sans endommager ni l’âme ni le corps.
La suite fut un peu plus facile. Je mourus sept fois à cause de la deuxième malédiction, et quatre fois à cause de la troisième. Au total, je perdis trente vies en redressant les dix arbres.
Pendant le cours précédent, le président avait redressé tous leurs arbres. Puis ils avaient aussitôt supprimé les malédictions du pouvoir magique qu’ils portaient. Ils avaient suivi mon avertissement : leurs arbres se déformeraient de nouveau s’ils conservaient leurs malédictions.
Je plissai les yeux en repensant au président. À vrai dire, je ne m’étais pas attendu à ce qu’il réussisse à soigner les dix arbres. Je pensais qu’un ou deux échoueraient, ce qui me permettrait de leur arracher à nouveau des branches.
Mais le président avait parfaitement cultivé chaque arbre. C’était plutôt étrange.
Mes recherches sur les malédictions du pouvoir magique étaient liées à la nature de mon âme. C’était pour cela que je n’avais pas révélé au président les détails de mes recherches.
Je m’étais contenté d’expliquer que je souillais mon âme avec des malédictions et de partager les résultats obtenus grâce à ce procédé. Le président avait donc appris à ajuster chaque arbre, sans connaître les détails de mes recherches.
Et pourtant, il avait cultivé les arbres avec une grande habileté. D’une certaine manière, il s’était montré encore plus doué que moi pour mener ces recherches.
Comment était-ce possible ? Tout en me posant la question, je tournai la tête vers la porte en sentant quelqu’un approcher de l’atelier. L’insecte-miroir fixé au mur sembla le sentir lui aussi : il s’approcha de moi et afficha un écran.
L’écran montrait le prince impérial, debout en silence devant l’atelier. Quand je me tournai vers Isabella, elle se précipita pour désactiver le sceau de l’atelier.
Guidé par Isabella, le prince impérial entra et s’arrêta devant moi. Il m’examina en silence et pencha légèrement la tête.
« J’ai entendu dire que tu m’avais fait appeler, monsieur Evron. Hmm… Pour une raison ou une autre, tu m’es un peu familier. »
« C’est peut-être parce que je porte moi aussi des malédictions. Venez par ici. »
Je haussai les épaules et conduisis le prince impérial, Prince Beral, jusqu’à un siège préparé dans un coin de l’atelier. Après l’avoir installé, je préparai une tasse de thé et la posai devant lui. Le prince impérial en prit une gorgée et croisa mon regard.
« Alors, les recherches ont-elles avancé ? »
« J’ai encore échoué aujourd’hui, mais… enfin, c’est mieux qu’avant. »
Je joignis les mains et examinai le prince impérial. Puis je poursuivis avec un sourire.
« On dirait que Votre Altesse a également fait de grands progrès. Vous semblez satisfait de l’arbre qui a été ajusté la dernière fois. »
« Oui. Mon arbre et ma malédiction me gênent beaucoup moins depuis que Père et monsieur Evron s’en occupent tous les deux. Même si je me sens toujours mieux dans le corps du serpent. »
Prince Beral entrouvrit la bouche. Un serpent élancé en sortit. Il grimpa sur l’épaule du prince impérial et tira la langue.
Je croisai le regard du serpent. Le président avait posé un sceau simple sur lui et réprimé sa malédiction, stoppant sa croissance. Il ne pouvait plus se targuer d’avoir la même taille qu’avant, mais la puissance de la malédiction qu’il abritait restait grande.
Non, il contenait sans aucun doute une malédiction encore plus intense qu’avant. Je hochai la tête après m’en être assuré.
Quand j’avais commencé à comprendre les malédictions du pouvoir magique, j’avais clairement pris conscience de mes limites. Si Isabella avait été capable de manier ma magie, elle aurait probablement résolu le problème sans difficulté.
Mais je n’avais rien d’exceptionnel. C’était peut-être pour cela que la magie que j’avais créée, le Serpent des malédictions, ne pouvait dépasser le stade de magie primitive et se contentait d’imiter les malédictions.
Je n’avais donc pas eu d’autre choix que de trouver un moyen de faire évoluer le sort. Je graverais directement les malédictions dans mon propre corps. Je ne me contenterais pas de les connaître en théorie : je les éprouverais moi-même.
J’avais ainsi réussi à accueillir les malédictions du pouvoir magique dans mon corps. J’avais cherché à pénétrer leur essence au prix de mon corps et de mon âme.
Pourquoi les malédictions du pouvoir magique se liaient-elles à l’âme ? Pourquoi rejetaient-elles le pouvoir magique ? À mesure que je creusais ces questions, le sort du Serpent des malédictions évoluait peu à peu.
Avec le président, j’avais aussi étudié la manière de blanchir les arbres rapiécés à partir du sort du Serpent des malédictions. Grâce à cela, les arbres rapiécés étaient devenus suffisamment stables.
Mais ce n’était toujours pas suffisant. Je n’avais pas réussi à les blanchir parfaitement. Je comprenais clairement pourquoi. Je jetai un coup d’œil au serpent. Je sentais la présence d’une malédiction dense.
— Alors, pourquoi m’as-tu fait appeler ?
« Hum… Il semblerait que j’aie besoin de l’aide de Votre Altesse. »
— De mon aide ?
Le serpent plissa légèrement les yeux, comme s’il ne comprenait pas. Je baissai un peu la voix.
« Oui. Vous le sentez aussi : l’Arbre rapiécé n’a pas encore été complètement blanchi. C’est probablement parce que le nombre de malédictions que je peux maîtriser est insuffisant. »
Je me frottai le menton. J’avais gravé dix malédictions dans mon âme, mais elles ne représentaient qu’une petite partie de l’immense catégorie des malédictions du pouvoir magique.
C’était pour cela que je les combinait. Je cherchais à créer une malédiction du pouvoir magique plus puissante. Mais même cela ne pouvait être considéré comme une malédiction parfaite.
De quoi avais-je donc besoin ? Tandis que je réfléchissais à cette question, mes pensées finirent par se tourner vers la malédiction portée par le prince impérial.
Le prince impérial portait une malédiction du pouvoir magique si puissante qu’elle n’avait rien à voir avec celles des autres. Que se passerait-il si je l’implantais en moi ?
Si je n’avais pas implanté jusque-là la malédiction de Prince Beral en moi, c’était parce que son âme ne s’était pas encore parfaitement installée dans son corps. L’âme d’une mauvaise herbe pouvait s’effondrer à tout moment ; je ne pouvais donc pas y toucher à la légère.
Mais le prince impérial avait désormais acquis des capacités suffisantes. Il s’était parfaitement adapté à l’Arbre rapiécé et à sa malédiction.
J’expliquai tout ce raisonnement à Prince Beral. Puis, en croisant son regard, j’ouvris lentement la bouche.
« Ce que je veux, c’est l’âme de Votre Altesse. J’aimerais en planter une partie en moi. »
Les yeux du serpent luisirent en silence. Il connaissait probablement les récits de ceux qui avaient participé au cours précédent. Il savait que j’avais reçu une partie de leurs arbres et qu’à la fin, leurs malédictions avaient été levées.
De la même manière, si le prince impérial me donnait une partie de son âme, je pourrais peut-être déterminer la structure de sa malédiction du pouvoir magique.
En croisant le regard du serpent, je repensai soudain au président. Le président avait observé le prince impérial pendant dix ans. Qu’avait-il donc vu en lui ? J’avais l’impression de pouvoir le deviner.
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