Chapitre 249
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 249
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La tour de la professeure Irian était devenue assez stable pour fonctionner correctement sans moi. Je n’eus donc pas besoin de longtemps pour partir.
Même si je m’absentais de la tour pendant les cinq prochaines années, il ne devrait probablement pas y avoir de gros problèmes. Bien sûr, ça ne voulait pas dire que je comptais rester loin d’elle trop longtemps.
En y réfléchissant, j’avais l’impression de n’avoir fait que voyager ces derniers temps. Était-ce parce que j’étais parti pour la Cité du Mur de glace dès que j’avais réglé mes affaires à la Cité des stalactites ?
Enfin, une fois cette affaire réglée, je n’aurais plus aucune raison de quitter la tour pendant quelque temps. Mes marionnettes pouvaient désormais étendre leur territoire à d’autres villes sans mon aide.
À partir de maintenant, l’important serait donc de trouver comment obtenir du Conseil du pouvoir magique ce que je voulais.
J’avais quelques idées en tête, mais il me faudrait d’abord rejoindre le Conseil avant de décider de la marche à suivre. Les bras croisés, j’observai le chemin qu’empruntait la tortue.
Peut-être était-elle ravie de ressortir après tout ce temps. Sans la moindre hésitation, elle avançait en écrasant tout sur son passage.
J’aurais aimé pouvoir foncer aussi hardiment qu’elle.
Tandis que je restais là, perdu dans mes pensées, quelqu’un me tendit une tasse.
Le riche parfum de pouvoir magique qui s’en dégageait m’apaisa. Je pris la tasse et tournai la tête vers Isabella, qui souriait faiblement.
« Maître, puis-je m’asseoir un instant avec vous ? J’aimerais vous montrer quelque chose. »
Quelque chose qu’elle voulait me montrer ? Je n’avais aucune raison de refuser, alors je hochai la tête. Elle s’assit naturellement à côté de moi.
Isabella se rapprocha un peu et sortit un petit carnet de ses vêtements. On sentait le pouvoir magique soigneusement agencé qui s’en dégageait.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Je séjourne à la tour depuis quelque temps, alors je n’ai pas pu remplir le rôle que j’occupais auparavant. J’y ai beaucoup réfléchi. Je ne pouvais pas rester ainsi sans rien faire, alors j’ai essayé d’écrire un sort. »
Un sort.
J’entrouvris le carnet. Un pouvoir magique soigneusement ordonné en émanait, tandis qu’elle poursuivait :
« J’ai réfléchi à la façon de produire naturellement des courants bioélectriques dans le corps d’une marionnette. Voici le résultat. »
« J’espère que cela vous sera utile, maître. »
Isabella me le souffla avec un doux sourire.
Je clignai des yeux, surpris. Je n’y pouvais rien. Isabella parlait avec légèreté d’avoir écrit un sort, mais il s’agissait en réalité d’une sorte de grimoire.
Les corps vivants étaient parcourus de courants électriques. De nombreux mages l’avaient découvert au fil de leurs expériences.
C’est pourquoi j’avais moi aussi envisagé d’inscrire de tels signaux électriques lors de la fabrication de mes marionnettes.
Mais les contrôler artificiellement relevait presque de l’impossible. La foudre était une force qui consumait tout.
Comme je n’avais aucun talent pour ce genre de magie agressive, j’avais fini par renoncer à la foudre.
Pourtant, Isabella avait créé un sort capable de produire des courants bioélectriques. C’était remarquable.
Il y avait néanmoins une chose qui me chiffonnait. J’avais déjà songé à ce genre de magie avant même d’entrer à l’université.
« Comment as-tu su que j’avais besoin de ce genre de sort ? »
Je n’avais jamais parlé à Isabella de mes inquiétudes au sujet des marionnettes. Je n’avais aucune idée de la façon dont elle avait découvert un problème qui m’avait préoccupé autrefois.
« J’ai examiné les traces que vous aviez laissées auparavant. C’est ainsi que j’ai découvert cette piste de recherche. Heureusement, j’avais les moyens de vous aider, maître, alors j’y ai consacré quelques efforts. Et, par chance, ça a marché. »
Isabella sourit doucement et me tendit le carnet. Puis elle se rapprocha.
« Comme il décrit mon propre sort, vous aurez peut-être du mal à le comprendre en le lisant seul. Je vais vous l’expliquer. »
Je hochai la tête.
Si la personne qui avait écrit le grimoire me l’expliquait aussi, je comprendrais plus facilement le sort.
Isabella s’appuya contre moi de tout un côté et commença à m’expliquer la magie qu’elle avait créée.
« Je me suis concentrée sur la manière dont une marionnette pourrait produire un faible courant électrique. Le maintenir uniquement grâce au pouvoir magique serait bien trop inefficace, alors… »
J’écoutai Isabella, dont la voix semblait me murmurer à l’oreille, et hochai la tête. Comme elle l’avait dit, ses explications donnaient forme dans mon esprit au contenu du grimoire.
Un sort pouvait donc être conçu dans cette direction. C’était vraiment incroyable.
Je regardai Isabella, les yeux brillants.
« Donc, en inscrivant un cercle magique dans le circuit qui longe la colonne vertébrale, on peut encore améliorer la réactivité et le rendement de la marionnette. »
« Oui. Si mes calculs sont justes, cela devrait économiser environ dix pour cent de pouvoir magique. Et si vous regardez ici… »
Pour une raison quelconque, Isabella dégageait un léger parfum de tournesols chauffés par le soleil. Cette fragrance subtile aiguisait mon esprit, et je me concentrai davantage encore.
Peu après, je refermai la dernière page et soufflai. Le livre était assez mince ; je n’avais donc pas mis longtemps à le lire en entier.
Pourtant, le sort contenu dans ce grimoire pesait infiniment plus lourd. Je sentais de légères gouttes de compréhension couler en moi et ne pus que hocher la tête.
« Merci de me l’avoir enseigné. »
« Ce n’est rien. Je suis heureuse d’avoir pu vous aider, maître. Enfin, je devrais en profiter pour faire un effort tant que Mira n’est pas là. Je ne peux pas rester aussi près de vous à la tour. »
La fin de la phrase d’Isabella était trop faible pour que je la distingue.
Peut-être n’avait-elle pas voulu que je l’entende. Isabella se contenta d’un léger sourire et ne dit rien de plus.
J’observai Isabella un instant. La première chose que je remarquai fut son teint pâle.
Elle avait manifestement mauvaise mine parce qu’elle réprimait de force l’arbre disparate qui résistait en elle.
Pourtant, contrairement à son visage blême, une intelligence éclatante brillait dans ses yeux comme des étoiles. Cela signifiait aussi que l’esprit d’Isabella s’était pleinement éveillé.
Ce qui avait changé chez Isabella, c’était la disparition des restrictions qui l’entravaient.
Autrefois, Isabella était capable, mais son âme n’était qu’à moitié complète. Son arbre détruit n’était qu’un amas de cadavres cousus ensemble.
Son esprit avait lui aussi été naturellement fissuré. Elle n’avait pas pu déployer toutes ses capacités.
Mais l’Isabella d’aujourd’hui avait dépassé ces limites. Elle pouvait désormais exprimer pleinement l’intelligence qu’elle possédait de son vivant.
Le grimoire que je tenais était pratiquement la preuve de ce changement.
Je souris discrètement, convaincu que la voie que je suivais n’était pas la mauvaise.
À cet instant, je sentis une petite volonté en moi. Peu après, Myoil passa la tête à travers ma poitrine.
La circulation provoquée par ma prise de conscience semblait l’avoir réveillé. Myoil regarda lentement autour de soi, puis croisa le regard d’Isabella.
Myoil sortit entièrement de mon corps, puis s’enveloppa de pouvoir magique pour se façonner un corps vivant.
Puis Myoil se jeta dans les bras d’Isabella.
Les yeux de Myoil, levés vers Isabella, débordaient de joie. Isabella semblait l’avoir senti aussi, car elle sourit et lui caressa la tête.
« Attends un instant. Je vais te redonner du pouvoir magique. »
Isabella tendit un doigt vers Myoil et rassembla soigneusement du pouvoir magique à son extrémité.
Contrairement au pouvoir magique ordinaire, celui d’Isabella avait une couleur trouble. Sa pureté avait diminué parce que les caractéristiques de son arbre disparate avaient été mélangées de force.
Employer de la magie avec un tel pouvoir magique provoquerait probablement un violent contrecoup. Mais pour Myoil, c’était pratiquement un en-cas.
L’arbre disparate n’était pas encore tout à fait stabilisé, si bien que des fragments d’âme déchirés provenant des branches de l’arbre s’échappaient en même temps qu’une partie de son pouvoir magique.
Ce n’était pas aussi bon que mes fragments d’âme, mais Myoil aimait tout de même beaucoup cette nourriture. C’était sans doute pour ça que Myoil réclamait souvent du pouvoir magique de cette façon.
Isabella y trouvait également son compte. Plus elle retirait de pouvoir magique à l’arbre, plus son esprit parvenait à le maîtriser facilement.
Après que Myoil eut aspiré du pouvoir magique pendant un bon moment et se fut enfin détaché, les couleurs commencèrent à revenir au visage d’Isabella.
Myoil se tapota le ventre, lâcha un petit rot, puis s’assit sur les genoux d’Isabella en balançant les jambes. Myoil ne semblait pas vouloir rentrer tout de suite.
Ils se sourirent et, pour une raison ou une autre, se ressemblaient beaucoup.
À bien y penser, Myoil était une vie éclose de l’âme d’Isabella. Il était donc naturel que Myoil éprouve un tel sentiment de parenté envers elle.
De plus, dans mon paysage mental, Isabella dégageait une volonté rayonnante, semblable à un petit soleil. Cette volonté se déversait naturellement dans les Jeunes pousses d’âme et éveillait leur ego.
Myoil grandissait un peu plus en se nourrissant de l’énergie d’Isabella ; il était donc naturel que Myoil l’aime bien.
Tandis que je les regardais commencer à jouer ensemble, je sortis une gemme de mes vêtements. Je l’avais reçue après l’évaluation de progression.
Un étrange pouvoir magique émanait de la gemme bleue. Je fixai le point lumineux qui brillait en son centre.
Au début, ce n’était qu’un rayon de lumière très faible, mais il avait désormais pris une forme distincte.
Je fermai doucement les yeux. L’étrange pouvoir magique dessina une carte dans mon esprit. Le point brillait dans un coin de celle-ci.
C’était là que nous devions aller.
Je m’adossai lentement à l’arbre derrière moi et sentis le vent passer.
Il ne faisait aucun doute que nous nous rapprochions du point. Pourtant, quelque chose me semblait étrange.
Je sortis la carte de l’université que la professeure Irian m’avait donnée à mon arrivée et me caressai le menton. Elle indiquait tous les lieux importants de l’université.
Le point se trouvait sur une petite colline, à environ une journée de marche de la tour de la professeure Irian.
Je savais bien qu’il n’y avait rien là-bas.
Mon domaine d’ombre avait traversé l’endroit, et j’avais même enquêté à l’avance, par précaution. Pourtant, je n’avais trouvé aucune trace de quoi que ce soit.
Alors pourquoi la gemme nous guidait-elle là-bas ?
Tout en me posant la question, je me rappelai ce que j’avais appris au sujet du Conseil du pouvoir magique.
On disait que le Conseil du pouvoir magique était une très vieille organisation. Certains affirmaient même qu’il comptait parmi les groupes fondés en même temps que l’université.
C’était peut-être pour cela que les conditions d’adhésion étaient si strictes. Seuls les mages du septième étage ou plus, particulièrement doués pour manier le pouvoir magique, pouvaient en faire partie.
Le Conseil du pouvoir magique, composé de mages des étages supérieurs, était devenu un groupe d’érudits étudiant la pureté du pouvoir magique.
Or étudier la pureté du pouvoir magique revenait aussi à refuser que d’autres l’absorbent.
Le pouvoir magique soumis à la volonté d’autrui ne valait pas mieux qu’un pouvoir magique ayant perdu sa pureté.
C’était pourquoi ils avaient déclaré superviser toutes les lois relatives au pouvoir magique au sein de l’université. Apparemment, c’était de là que venait leur nom de Conseil du pouvoir magique.
Bien sûr, l’université ne leur avait attribué aucun rôle précis. Ils voulaient simplement s’en charger eux-mêmes.
Fidèles à leur déclaration, ils enquêtaient sur ceux qui absorbaient du pouvoir magique en dehors des villes ou des tours.
D’après ce que j’avais appris en gros, certains disaient même que la plupart des rapports adressés à l’université venaient d’eux.
Voilà pourquoi beaucoup les trouvaient pénibles. Pourtant, le Conseil du pouvoir magique n’avait jamais disparu.
Même les douze organisations qui régnaient sur l’université les laissaient tranquilles. Quant aux raisons, les rumeurs ne manquaient pas.
Le fait que personne ne sache vraiment où se trouvait le Conseil n’arrangeait sûrement rien.
Dix millions de points. C’était le prix fixé par l’Association secrète des Abysses pour toute information sur l’emplacement du Conseil du pouvoir magique.
Je secouai la tête en repensant à ce prix.
Même si j’avais désormais une bonne marge de manœuvre, dépenser autant de points aurait été du gâchis. Et puis, puisque j’allais me rendre moi-même au Conseil, ça ne servait à rien.
« Nous allons bientôt arriver à destination. »
J’interpellai les deux qui jouaient et me levai. Puis je grimpai sur la tête de la tortue et regardai autour de moi.
Un peu plus tard, une petite montagne apparut dans la direction où se dirigeait la tortue. C’était là que brillait la lumière.
Je plissai les yeux en observant la montagne. Comme prévu, ce n’était qu’une colline ordinaire, sans rien de remarquable.
Mais à mesure que nous approchions, j’y sentais une puissante présence magique. Ce n’était certainement pas le fruit de mon imagination. Ce pouvoir magique m’était vaguement familier.
Lorsque la tortue atteignit le sommet, j’aperçus un homme installé dans un petit fauteuil, le dos appuyé contre son dossier. Il était manifestement à l’origine du pouvoir magique qui imprégnait les environs.
Sentant peut-être notre présence, l’homme ouvrit lentement les yeux. Je croisai son regard, où se mêlaient ennui et acuité, puis m’inclinai devant lui.
« Merov, cela fait longtemps. »
« Oui. Cela doit faire cinq ans, non ? »
Cet homme était Merov, le mage qui avait supervisé mon évaluation de progression, autrefois.
Merov hocha la tête et remua légèrement son pouvoir magique.
Puis, sans que je sache à quel moment, je compris qu’il se tenait à côté de moi.
Il avait grimpé sur le dos de la tortue en un clin d’œil. Je ne pus m’empêcher d’être stupéfait de ne pas l’avoir senti approcher.
D’après ce que j’avais appris, Merov était un mage du huitième étage. Il avait atteint un stade semblable à celui de Domitian.
Mais à en juger par ses capacités actuelles, Merov était clairement plus puissant que Domitian.
Même parmi les mages du huitième étage, la force variait.
J’avalai ma salive et souris.
« Merci encore de m’avoir convié à une réunion aussi prestigieuse. »
« Hum. Votre potentiel m’intriguait, rien de plus. À vous voir, vous avez encore progressé depuis la dernière fois. »
Merov regarda Myoil, dans les bras d’Isabella. Son regard semblait empreint d’un vif intérêt.
Peut-être ce regard mettait-il Myoil mal à l’aise, car Myoil transforma son corps en pouvoir magique et se cacha derrière Isabella.
Le regard de Merov se posa naturellement sur Isabella. Elle s’inclina légèrement devant lui.
En observant Isabella, Merov tressaillit bientôt. Il me regarda et désigna Isabella du menton.
« C’est vous qui l’avez créée aussi ? »
Les yeux de Merov étaient chargés de pouvoir magique, comme s’il sondait l’intérieur d’Isabella. Il semblait avoir remarqué quelque chose d’inhabituel chez elle.
« Oui. J’ai eu une occasion à la Cité du Mur de glace et j’ai pu refaire la marionnette. »
Merov eut un petit rire à mes mots. Puis il dissipa son pouvoir magique et secoua la tête.
« Alors, c’est donc la chose dont parlent les rumeurs. Le piège qui a fait tomber ce salaud de Domitian. »
Je clignai doucement des yeux. Je ne m’étais pas attendu à ce qu’il évoque Domitian. Merov hocha la tête en me regardant.
« La rumeur selon laquelle Domitian aurait voulu engloutir quelqu’un d’une grande famille, avant de se faire déchirer la gueule, s’est largement répandue dans les étages supérieurs. Des gens qui sont à l’université depuis moins de vingt ans se sont réunis pour traquer un vieux serpent, et tout le monde trouve ça amusant. »
Merov se caressa le menton en examinant Isabella, puis poursuivit :
« Cette personne de la grande famille répand sans doute ces rumeurs exprès, pour étendre encore son influence. »
« C’est ce que vous pensez ? »
Je hochai doucement la tête.
Avant mon départ de la Cité du Mur de glace, Ailey m’avait demandé si elle pouvait répandre des rumeurs. Je ne pensais pas qu’elles me reviendraient ainsi.
J’observai Merov, puis dessinai dans les airs un cercle magique du Thé Noir Parfait. Après tout, je devais bien recevoir mon invité comme il se devait.
Je tendis à Merov la tasse de thé apparue dans le cercle magique. Il la prit, huma le doux parfum qui s’en dégageait et fronça les sourcils.
« Hum. Une branche d’arbre de mage. Et de très bonne qualité, en plus… J’ai entendu dire que quelqu’un prélevait chaque mois des branches de l’arbre de Domitian. Ce doit être vous. »
Je me grattai la tête à ses mots. Comme il l’avait dit, je recevais chaque mois des branches de l’arbre de Domitian.
Je n’avais pas le choix. C’était la seule chose que je pouvais obtenir de lui.
À mesure que Domitian déclinait, presque tout son territoire avait disparu. Ailey et les autres n’avaient pas laissé passer l’occasion de le traquer.
Comment Domitian aurait-il pu réunir des points si Ailey lui mettait constamment des bâtons dans les roues ? Il peinait désormais à payer ne serait-ce que les intérêts de sa dette envers moi.
Puisque je ne pouvais plus lui soutirer de points, je n’avais d’autre choix que de prendre des branches de son arbre à la place des intérêts.
Je ne pouvais pas laisser tranquille un mage du huitième étage arrivé au terme du stade de l’Arbre parfait.
Les branches que j’obtenais ne me décevaient pas. Elles étaient utiles pour mes recherches et, comme aujourd’hui, parfaites pour préparer du thé.
Merov baissa les yeux vers sa tasse et en but une gorgée. Il sembla apprécier le goût, car il la vida rapidement.
Tandis que je remplissais sa tasse vide, je secouai la tête. Il était vrai que Domitian était devenu mon fournisseur de branches, mais Merov se trompait sur un point.
« Je me suis contenté de donner un coup de main pendant que les membres de la grande famille passaient à l’action. Les deux autres ont fait l’essentiel. »
J’avais beau avoir attiré Domitian dans un piège et lui avoir fait perdre beaucoup, Ailey et Hongryeong étaient celles qui l’avaient vraiment dépouillé jusqu’à la dernière pièce.
À côté d’elles, ce que j’avais fait n’avait pas grande importance.
Je haussai les épaules. Merov plissa les yeux et me dévisagea.
« Hum. C’est donc ça ? »
« Oui. J’ai été entraîné là-dedans contre mon gré. C’est Domitian qui s’en est pris à moi en premier ; je n’avais donc pas le choix, je devais riposter. »
Je souris en regardant Merov.
D’une certaine façon, je sentais que l’homme qui soutenait mon regard éprouvait pour moi une certaine estime.
Et c’était précisément ce que je voulais.
Autrefois, Merov ne se serait peut-être pas intéressé autant à moi. S’il m’avait donné cette gemme, c’était seulement parce qu’il était intrigué par quelqu’un qui suivait une voie inhabituelle.
Mais j’avais réussi à piéger Domitian. C’était la preuve de ma valeur.
C’était sans doute pour ça qu’il me parlait ainsi.
La force seule ne suffisait pas si je voulais changer l’université. Il me fallait aussi l’influence nécessaire pour la soutenir.
Et pour obtenir cette influence, je devais franchir le plafond qui séparait les membres de l’élite des marginaux. C’était la ligne qui distinguait les humains des outils.
En ce sens, Domitian était pratiquement un sacrifice dont je pouvais me servir pour franchir ce plafond.
Il continuerait à me servir de trophée. La preuve qu’on ne pouvait pas me dévorer si facilement.
C’était pour ça que je ne m’étais pas trop inquiété en venant au Conseil du pouvoir magique. La professeure Irian me soutenait et j’avais fait mes preuves.
« J’ai cependant une question. »
« Laquelle ? »
Je tournai lentement la tête et regardai autour de moi. Cette montagne ne dégageait aucun pouvoir magique particulier et rien n’était caché sous terre.
Et pourtant, la gemme m’avait conduit ici.
Je levai la gemme que Merov m’avait donnée et penchai la tête.
« Je voulais vous demander où se trouve le Conseil du pouvoir magique. Je suis arrivé jusqu’ici, mais mes sens ne me permettent pas de trouver l’endroit. »
Merov eut un petit rire à ma question. Il se caressa le menton et se leva.
« Hum. À bien y penser, vous n’êtes encore qu’un mage du troisième étage. Vous n’en avez peut-être pas entendu parler. Attendez un peu. Le Conseil va bientôt arriver. »
Le Conseil allait arriver ?
Cela voulait-il dire qu’il se déplaçait tout seul ?
Je me levai à mon tour et suivis Merov.
Puis, à un moment, je remarquai qu’une ombre commençait à tomber sur ma tête.
Une ombre assez grande pour recouvrir la tortue.
« Oh, le voilà enfin. »
Merov leva les yeux au ciel.
Je suivis son regard et ne pus que les écarquiller.
Je n’y pouvais rien.
Dans les hauteurs, une montagne descendait à travers les nuages.
Oui, une montagne. Il n’y avait pas d’autre façon de la décrire.
Merov la désigna et esquissa un sourire.
« C’est là que se réunit notre Conseil du pouvoir magique. C’est aussi un trésor où sont conservées toutes les connaissances. »
Je fixai d’un air absent la montagne qui flottait dans le ciel et serrai la gemme dans ma main.
En la voyant, je compris pourquoi elle n’apparaissait pas sur la carte.
Comment aurait-on pu consigner l’existence d’une montagne qui dérivait ainsi dans les airs ?
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