Chapitre 247
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Traducteur/Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 247
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(J’ai révisé les chapitres 241 à 246, alors je vous serais reconnaissant d’y jeter un œil.)
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Environ une semaine s’était écoulée depuis la fin de l’audience.
Entre-temps, la Cité du Mur de glace avait connu pas mal de remous.
Plusieurs organisations avaient disparu, quelques boutiques avaient fait faillite et des gens avaient fui.
Mais dès l’annonce du verdict de l’audience, l’issue avait été scellée. Le chaos avait fini par s’apaiser, et j’avais moi aussi trouvé assez de temps libre pour m’asseoir face à quelqu’un comme lui.
Je soulevai délicatement la tasse d’où s’échappait de la vapeur.
Le riche parfum de pouvoir magique se répandit dans mon corps.
Il ne se contenta pas de le remplir. Il s’infiltra jusque dans mon domaine intérieur et y fit pleuvoir une fine bruine.
Mon arbre et les petites Jeunes pousses d’âme reçurent ces gouttes de pouvoir magique et exprimèrent leur joie. Je souris, satisfait.
Ce thé aussi avait été infusé avec une branche de l’arbre d’un mage.
Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi efficace. Tous les efforts que j’avais déployés pour m’en procurer en valaient la peine.
Tout en sirotant mon thé, je regardai la personne assise en face de moi.
C’était Gaon, le chef de l’Association des marionnettistes d’On dans la Cité du Mur de glace.
« Servez-vous, monsieur Gaon. Je pense que ça vous plaira. Il a été préparé avec l’arbre de monsieur Domitian. »
Gaon fronça légèrement les sourcils à mes paroles.
Il leva lentement sa tasse et en prit une gorgée. Après en avoir savouré le goût un moment, il hocha la tête.
« Tu lui as donc même arraché des branches, finalement. Pas étonnant que les gens te trouvent inquiétant. Le surnom de Collecteur de tiges n’était pas exagéré, on dirait. »
Je ne pus que me gratter la tête en entendant Gaon.
Il semblait que les idées fausses à mon sujet s’étaient encore répandues.
Enfin, puisque les choses en étaient là, je décidai de ne plus m’en soucier. Peut-être grâce à ce surnom, tous ceux que je rencontrais me témoignaient un peu plus de respect.
Inutile de faire taire un surnom qui m’était aussi utile.
Je vidai ma tasse en silence.
Au bout d’un moment, Gaon sortit une enveloppe de ses vêtements et me la tendit en parlant.
« C’est pour te remercier de ton aide. »
Je pris l’enveloppe et vérifiai ce qu’elle contenait.
Il y avait une carte à l’intérieur.
Je regardai Gaon d’un air perplexe. Il poursuivit :
« C’est la clé d’un coffre-fort de Mookgeumgo. Apporte-la là-bas et ils te remettront ce que j’y ai déposé. J’y ai mis plusieurs grimoires consacrés à la marionnettique et quelques matériaux. Récupère-les une fois que la situation se sera calmée. »
Hum. Il me donnait des grimoires ?
Vu le soin avec lequel il me les remettait, ils devaient avoir beaucoup de valeur.
Je rangeai l’enveloppe et lui adressai un grand sourire.
« Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour vous aider ? Enfin, je ne vais pas refuser. »
« Tss. J’ai l’impression de m’être mêlé à cette affaire pour rien. Les pertes sont trop lourdes. »
Gaon claqua doucement la langue.
Je hochai la tête en silence.
L’Association des marionnettistes d’On avait pris le parti de Domitian lors de l’audience.
C’était tout naturel. Ugo, un parent de sang de Domitian, faisait partie de l’Association des marionnettistes d’On.
Comme Gaon avait beaucoup investi dans la famille d’Ugo, écouter Domitian, qui en exerçait un contrôle partiel, était presque la suite logique des choses.
Mais le choix de Gaon s’était finalement soldé par un échec.
L’audience visant à rompre l’accord s’était achevée sur la défaite de Domitian, et l’Association des marionnettistes d’On avait dû céder beaucoup de terrain.
Si je m’étais contenté de regarder, l’Association des marionnettistes d’On aurait peut-être entièrement perdu son influence dans cette ville.
Bien sûr, elle n’aurait pas été chassée, puisqu’elle faisait aussi partie du commerce des marionnettes. Mais il ne faisait aucun doute que son influence aurait considérablement diminué.
Or, ce n’était pas ce que je voulais.
L’Association des marionnettistes d’On était le socle sur lequel j’avais bâti mon activité.
Alors j’avais fait de mon mieux pour alléger la pression qui s’exerçait sur elle. Hongryeong et Ailey avaient également respecté mes souhaits et n’avaient pas frappé l’Association des marionnettistes d’On trop durement.
L’Association avait tout de même dû céder certaines choses qu’elle possédait déjà, mais elle avait au moins échappé à la tempête.
On pouvait considérer cela comme une dette que je lui avais fait contracter.
Et Gaon s’était probablement attendu, dans une certaine mesure, à ce que je les aide ainsi.
« Vous avez tout de même obtenu l’équivalent de ce que vous avez perdu, non ? »
Gaon me regarda en silence.
Je remplis sa tasse et lui adressai un léger sourire.
Gaon n’était pas du genre à agir d’une façon qui ne lui apporterait que des pertes.
À y regarder de plus près, cette affaire avait forcément eu quelques avantages pour lui aussi.
Je ne compris lesquels qu’une fois la situation apaisée.
Je sirotai mon thé en repensant à Domitian, désormais totalement déchu.
Un mage issu d’une grande famille attirait naturellement les gens, rien que par sa présence.
C’était le pouvoir de sa lignée et la profondeur qu’elle avait acquise au fil du temps.
C’était aussi pour cela que les gens s’étaient vite rassemblés autour d’Ailey.
Et Domitian convoitait la lignée d’une telle famille.
Pour avaler Ailey tout entière, Domitian avait même convoqué le seigneur du coffre à l’audience.
Selon les rumeurs, il avait misé un grand nombre de points, ainsi que la moitié du territoire qu’il gouvernait.
Il avait tant mis en jeu que le seigneur du coffre avait forcément dû intervenir.
S’il avait réussi, Ailey ne lui aurait pas échappé.
Mais j’avais fait échouer son plan.
Il avait baissé sa garde, convaincu que le contrat, ce moyen absolu, ne pourrait jamais le trahir.
Et, bien sûr, le contrecoup s’était abattu sur Domitian.
Puisqu’il avait convoqué l’audience de force, il avait dû verser une lourde compensation à Ailey, l’une des parties à l’accord.
Domitian avait perdu la majeure partie des territoires qu’il gouvernait, en plus d’écoper d’une lourde amende.
Pendant ce temps, Ailey avait commencé à l’engloutir à son tour.
Hongryeong et le Conseil du Peuple avaient également apporté un soutien considérable à Ailey.
Je m’éclaircis légèrement la gorge en me rappelant Orgot qui grinçait des dents à la vue de Domitian.
C’était aussi Orgot qui avait organisé l’obtention de la branche de l’arbre de Domitian, avec l’aide du Conseil du Peuple.
Il avait dit qu’il lui ferait payer ce qu’on avait failli lui faire subir.
On comprenait qu’Orgot soit rongé par le ressentiment.
L’accord que Domitian avait tenté de rompre était le moyen qui permettait à Orgot de gravir les échelons.
Si l’accord avait été rompu, Orgot aurait été chassé de la Compagnie commerciale et aurait fini comme Jegang.
Il ne pouvait donc qu’être animé d’intentions meurtrières.
À voir Orgot laisser libre cours à son hostilité juste à côté de moi, je me sentis un peu coupable.
C’étaient peut-être les hommes de Domitian qui l’avaient enlevé, mais c’était moi qui leur avais fourni des renseignements à son sujet.
Comme il avait été kidnappé lors de la réunion que j’avais convoquée, il devait forcément savoir que j’avais moi aussi collaboré avec Domitian.
Peut-être m’en voulait-il même secrètement.
Alors je lui avais offert beaucoup de cadeaux pour apaiser son ressentiment.
Je claquai doucement des lèvres en repensant à la marionnette de troisième génération que je lui avais offerte en dernier.
Malgré tout, peut-être parce que je l’avais couvert de cadeaux, Orgot se comportait avec moi comme avant.
Puisqu’il m’avait même offert la branche de l’arbre de Domitian, son ressentiment avait dû complètement disparaître.
Je secouai légèrement la tête et baissai les yeux vers ma tasse de thé.
Oui, la branche de l’arbre.
C’était la dernière chose que je pouvais prendre à Domitian.
La contre-attaque d’Ailey avait mis Domitian en difficulté, mais cela ne signifiait pas qu’il allait mourir pour autant.
Domitian avait les années qu’il avait accumulées et les familles qu’il avait dérobées.
En faisant appel à des alliés extérieurs, il avait réussi à sauver sa peau.
L’affaire s’était terminée par la cession d’une partie seulement de ses branches d’arbre.
Mais comme il avait emprunté le pouvoir rassemblé à la hâte pour mettre fin à cette situation, Domitian avait également perdu une partie de son influence sur ces familles.
Et Gaon, assis en face de moi, n’avait pas laissé passer cette occasion.
Je plissai les yeux en le regardant.
« Que comptez-vous faire d’Ugo, maintenant ? »
« … Hum. Ugo porte lui aussi une part de responsabilité dans cette affaire, alors je compte contrôler ses agissements. D’ici trois ans, je compte le forcer à progresser et à quitter l’université. C’est bien ce que tu veux, après tout. »
J’acquiesçai en écoutant Gaon.
Voilà donc comment il comptait s’y prendre.
Ugo avait exercé une influence considérable sur l’Association des marionnettistes d’On grâce à ses liens de sang avec Domitian.
Domitian avait peut-être fait de Gaon le maître d’Ugo, après Isabella, afin de révéler son talent.
C’était pour cela qu’Ugo n’avait naturellement eu d’autre choix que de prendre le parti de Domitian pendant l’audience.
Mais cette affaire avait sérieusement affaibli Domitian.
Au point qu’il ne pouvait plus exercer son influence sur l’Association des marionnettistes d’On.
Gaon n’avait pas laissé passer cette occasion et avait pris Ugo sous son aile.
L’Association de la Vengeance, qui cherchait à venger ceux qu’Ugo avait tués, n’avait pas pu agir parce que Domitian et la famille d’Ugo lui avaient promis beaucoup de choses.
Comme je l’avais fait pour Orgot, ils lui avaient accordé suffisamment d’avantages pour lui faire oublier son ressentiment.
Mais à la chute de Domitian, ces promesses étaient devenues de simples bouts de papier.
L’Association de la Vengeance allait naturellement se remettre en mouvement.
Ainsi, dès la chute de Domitian, Ugo n’avait eu d’autre choix que de compter sur Gaon.
Et Gaon n’avait pas l’intention de garder Ugo à l’université maintenant qu’il était tombé entre ses mains.
Il n’avait aucune raison de conserver le risque que représentait un lien avec Domitian.
Il comptait donc clairement faire sortir Ugo de l’université et l’utiliser comme un outil à l’extérieur.
Peut-être que, comme Domitian l’avait envisagé, Gaon chercherait même à rattacher Ugo à sa propre lignée.
Même si l’Association des marionnettistes d’On avait subi des pertes, Gaon avait réussi à en tirer des avantages personnels.
Peut-être avait-il voulu créer une situation pareille en mettant Ugo au premier plan lors de la compétition précédente et en attirant sur lui l’hostilité de tous.
Je claquai doucement la langue en entrevoyant ses calculs retors.
Se débarrasser de Domitian ne ferait pas disparaître la brutalité qui se répandait dans l’université.
Quelqu’un était déjà en train de prendre la place qu’il avait laissée vacante.
Mais, contrairement à avant, la brutalité de Gaon me serait également profitable.
Je jetai un coup d’œil à Isabella, assise à côté de moi.
Isabella était morte de la main d’Ugo.
C’était pour cela que j’avais aidé Gaon.
Pour qu’Ugo connaisse le même sort qu’Isabella.
Les sourcils d’Isabella frémirent légèrement aux paroles de Gaon.
Après un moment de réflexion, elle hocha lentement la tête.
« … Faites comme bon vous semble, monsieur Gaon. Le passé n’a plus aucune importance pour moi. »
Isabella regarda Gaon d’un air résolu.
Gaon se frotta le menton en croisant son regard.
« Au fait, j’ai été assez surpris. Je ne pensais pas que tu échapperais au contrat de cette façon. Est-ce pour ça que le professeur On s’intéresse à toi ? »
Gaon dévisagea Isabella.
Son regard était plein de convoitise et d’intérêt.
C’était prévisible.
Gaon n’était pas le seul à manifester un tel intérêt.
Je secouai la tête en repensant aux nombreuses demandes de renseignements que j’avais reçues.
Lors de cette audience, Domitian avait tué Isabella conformément à leur contrat.
Puis Isabella s’était libérée de ce contrat et avait piégé Domitian à son tour.
Les gens s’étaient naturellement renseignés.
Les contrats étaient absolus.
Puisqu’elle en avait rompu un, ils ne pouvaient qu’être stupéfaits.
En tant que marionnettiste comme moi, Gaon comprenait sans doute mieux que quiconque ce que j’avais fait.
C’était pour cela qu’il affichait si ouvertement son désir.
Je jetai un coup d’œil à Isabella.
Elle croisa mon regard et posa une main sur sa poitrine.
Au même instant, un faible courant de pouvoir magique me parvint à travers le lien qui m’unissait à Isabella.
Il était très différent du pouvoir magique que j’avais senti chez elle auparavant.
Et pour cause.
Son âme avait changé.
Ce que j’avais cherché à créer en préparant cette audience, c’était un faux arbre.
Il devait remplacer l’ancien arbre d’Isabella, à moitié effondré, et la libérer du contrat.
Mais échapper à un contrat n’avait rien de facile.
Un contrat était une chaîne qui entravait l’arbre et, au-delà, l’âme elle-même.
Remplacer simplement l’arbre ne suffisait pas à l’annuler.
De plus, l’arbre que je voulais mettre à sa place n’était qu’un assemblage de nombreuses branches.
Le Faux Arbre que j’avais créé n’était rien d’autre qu’un amas d’âmes déchirées.
Cette masse gigantesque, maintenue par mes fragments d’âme qui lui servaient de colle, ne pouvait pas être considérée comme une âme parfaite.
Voilà pourquoi elle pouvait à peine faire office d’âme.
Elle n’avait pas de centre à proprement parler.
Pourtant, cet arbre en pièces occupait maintenant la place où se trouvaient autrefois l’âme et l’arbre d’Isabella, et la maintenait en vie.
La raison pour laquelle cela avait été possible était simple.
Je secouai légèrement la tête.
« Je n’ai pas fait grand-chose. Je n’ai fait que préparer le réceptacle. C’est Isabella qui est extraordinaire, elle a réussi à lui donner cette forme malgré un réceptacle aussi incertain. »
« Je comprends que tu ne veuilles pas entrer dans les détails. C’est directement lié à ta magie, après tout. »
Gaon claqua la langue, comme s’il ne me croyait pas.
Puis il se leva lentement.
« Vous partez déjà ? Il reste encore du thé. »
« Contrairement à toi, je n’aime pas boire le thé préparé avec les branches des arbres des autres. Notre discussion est terminée, alors on se verra le jour de la vente aux enchères. »
Gaon baissa les yeux vers sa tasse, un léger mépris dans le regard, puis se détourna et s’éloigna.
Une marionnette qui attendait non loin de là se mit à l’escorter.
Je sirotai lentement mon thé et claquai des lèvres.
Hum. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi il trouvait ça si désagréable.
C’était bon.
Peut-être qu’il n’était pas assez ouvert d’esprit pour croire ce que je lui disais.
Je n’avais pourtant dit que la vérité.
Je haussai les épaules en regardant Gaon s’éloigner.
Comme je l’avais dit, si Isabella possédait une nouvelle âme, c’était entièrement dû à son propre talent.
Quand j’avais envisagé pour la première fois de remplacer son âme, j’avais pensé à lui implanter une Jeune pousse d’âme.
C’était ce qui se rapprochait le plus de la vie elle-même.
Mais après plusieurs expériences, je compris que c’était impossible.
Dès que je plantais une Jeune pousse d’âme, une résistance apparaissait entre Isabella et elle.
Cette résistance était tout à fait naturelle.
Isabella possédait un esprit d’une puissance écrasante.
La méthode que j’utilisais pour créer des Jeunes pousses d’âme était centrée sur l’âme, l’un des trois éléments de la vie : l’esprit, l’âme et le corps.
La naissance d’une Jeune pousse d’âme consistait à rassembler de nombreux fragments d’âme, à les laisser se désagréger et fusionner d’eux-mêmes, puis à les voir finir par se transformer en une seule vie.
Au cours de ce processus, les flux portés par chaque fragment d’âme fusionnaient naturellement en un seul.
Mais l’esprit d’Isabella résistait même à cette fusion.
Vu qu’elle avait conservé sa forme alors que son âme avait été réduite en morceaux par le passé, le choc provoqué par une telle unification ne devait pas représenter grand-chose pour elle.
Voilà pourquoi une Jeune pousse d’âme centrée sur l’âme ne pouvait pas prendre racine en Isabella.
Son esprit, déjà libéré de ces limites, contrôlait son corps.
Dans ces conditions, lui implanter une nouvelle âme était presque impossible.
Je ne pouvais donc m’empêcher d’y réfléchir encore et encore.
Et au cours de ce processus, une idée intéressante me vint.
La vie naissait de la réunion de trois éléments.
En son centre se trouvait l’âme.
Mais fallait-il vraiment que la vie ait l’âme pour axe central ?
J’avais déjà à mes côtés des êtres qui se maintenaient en vie grâce à la seule puissance de leur esprit.
Des trésors comme Mira.
Bien sûr, ces trésors ne méritaient pas tout à fait le nom d’êtres vivants.
Rien qui puisse véritablement être qualifié d’âme ne s’était formé en eux.
Mais ils possédaient un pouvoir encore plus fort que celui de la vie.
L’ego qui s’épanouissait à partir de leurs désirs sans fin.
D’une certaine manière, Isabella ressemblait à ces trésors.
Même lorsque son âme était broyée, son esprit continuait de briller sans faiblir.
En même temps, Isabella possédait une forme vivante.
Contrairement aux trésors, elle disposait d’un domaine assez vaste pour façonner une âme.
Je décidai donc de faire de son esprit, plutôt que de son âme, le centre de sa vie.
C’était pour cela que j’avais préparé l’arbre en pièces.
Cet arbre était un assemblage d’âmes déchirées, greffées les unes aux autres grâce à mes fragments d’âme.
Il avait donc une forme plus imparfaite que n’importe quelle autre âme.
Mais c’était précisément cette imperfection que je recherchais.
Être imparfait, cela signifiait pouvoir être façonné selon la volonté de celui qui le possédait.
Ainsi, lorsque son âme et son arbre s’effondrèrent sous l’effet du contrat avec Domitian, Isabella planta à leur place l’arbre en pièces qu’elle tenait contre sa poitrine.
L’arbre en pièces s’engouffra dans les espaces laissés par l’arbre qui s’était effondré avec le contrat et prit racine dans son corps.
Isabella se mit alors à colorer cet arbre de son esprit.
Comme je l’avais imaginé, elle façonnait l’âme avec son esprit.
Il n’y avait qu’un seul problème.
Son esprit risquait de ne pas surmonter le flux de l’âme et de s’effondrer.
C’était presque arrivé pendant l’audience.
J’avais été tellement inquiet, à ce moment-là.
Mais Isabella avait fini par surmonter cette épreuve et à prendre le contrôle de l’âme.
Elle avait réussi à garder en elle une nouvelle âme, qu’elle avait forgée elle-même.
Une forme de vie née de l’esprit — une autre Fausse Vie — avait pris forme.
Et tandis qu’Isabella acquérait la vie, j’eus l’impression d’avoir moi aussi progressé un peu.
Je posai tranquillement une main sur ma poitrine.
Je sentis alors mon propre domaine au-delà.
Parmi les flux des Jeunes pousses d’âme qui s’étendaient largement autour de mon arbre, je perçus une étrange volonté qui s’agitait.
Cette volonté émanait d’une petite lueur qui flottait dans le ciel au-dessus de mon arbre.
La lueur, qui dispersait du pouvoir magique, ressemblait à un minuscule soleil.
Je souris faiblement.
Ce minuscule soleil était la forme de vie qu’Isabella portait en elle.
Au lieu d’être simplement liée au domaine de l’arbre d’ombre comme les autres marionnettes, elle était devenue une marionnette autonome.
Était-ce pour cela ?
Le flux de pouvoir magique qui me reliait à Isabella ressemblait moins à un lien avec une marionnette qu’à celui qui m’unissait à un familier.
Un lien solide, qui nous attachait l’un à l’autre et nous soutenait mutuellement.
Avec ce changement chez Isabella, mon domaine s’était lui aussi étendu.
Les Jeunes pousses d’âme qui s’y trouvaient grandiraient encore grâce à la puissante volonté qu’elle dégageait.
La sensation d’avoir franchi une nouvelle étape me gonfla le cœur.
« Hmph. Si ça te plaît tant, fais-en une pour moi aussi. À force de voir ça, je deviens jalouse. »
Je toussai quand quelque chose me donna un coup sec dans le flanc.
En me retournant, je vis Mira s’appuyer contre moi, les joues gonflées.
Mira rassembla de nouveau du pouvoir magique autour de son doigt ; je levai aussitôt les mains.
« Si j’en ai l’occasion un jour, je t’en ferai une. Pour l’instant, ça me paraît difficile. Isabella n’est pas encore au point, après tout. »
Ce n’était pas comme si je n’avais jamais songé à créer une autre marionnette comme Isabella.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas senti mon domaine s’étendre ainsi.
Mais il y avait un problème.
Je ne trouvais personne qui puisse égaler la puissance d’esprit d’Isabella, tout en ayant le talent nécessaire.
Si j’avais essayé de reconstituer une âme à partir de l’esprit d’un mage autre qu’Isabella, cela aurait forcément échoué.
Et il y avait un problème encore plus grave.
Isabella avait subi des effets secondaires.
Je tournai la tête de l’autre côté pour la regarder.
Elle avait l’air assez pâle.
Même si elle avait forgé son âme, cela n’avait rien d’aussi simple qu’il y paraissait.
À présent encore, Isabella luttait sans relâche contre la résistance qui l’habitait.
Au moindre relâchement de sa maîtrise, l’arbre en pièces planté en elle ne parviendrait plus à surmonter cette résistance et éclaterait.
Voilà pourquoi elle ressemblait à une bombe à retardement.
À la seule vue de l’état d’Isabella, je n’avais d’autre choix que de renoncer à créer de nouvelles marionnettes.
Même Isabella avait fini dans cet état.
Il était évident que tenter d’implanter une âme dans des êtres incapables de se maîtriser, comme les trésors, tournerait mal.
Je poussai un léger soupir et me levai.
« Alors, nous devrions nous préparer à partir, nous aussi. »
« On retourne à la tour ? »
Je hochai la tête en regardant Mira.
J’avais presque terminé tout ce que j’avais à faire dans la Cité du Mur de glace.
J’avais agrandi l’Atelier de marionnettes d’Evron et éliminé tous les autres concurrents. J’avais aussi réglé le problème de Domitian, qui m’avait barré la route.
Je n’avais aucune raison de rester plus longtemps dans cette ville entre deux eaux.
Bien sûr, Domitian resterait une source d’ennuis pour l’avenir.
Mais il ne représentait plus aucune menace pour moi.
On lui avait arraché son influence comme son pouvoir.
À vrai dire, c’était plutôt Domitian qui devait me craindre, maintenant.
Je sortis l’insecte-miroir de mes vêtements.
Il émit une vive lueur et afficha mes points.
Cinquante millions de points.
En voyant cette somme pour la première fois, je caressai l’insecte-miroir d’un air absent.
Quelques jours plus tôt, je n’avais plus un sou. Je n’aurais jamais cru recevoir autant de points.
C’était ce que Domitian m’avait versé en vertu du contrat.
À l’origine, il devait me donner cent millions de points.
Mais même après avoir tout vendu, il n’avait pas pu réunir la somme. Le reste s’était transformé en dette.
Et, selon les taux d’intérêt de Mookgeumgo, cette dette continuerait de grossir avec le temps.
Autrefois, Domitian aurait probablement pu rembourser une telle somme rapidement.
Mais après sa chute, d’autres s’étaient empressés d’occuper les territoires qu’il détenait.
Les gens qui voulaient étendre leur influence à Mookgeumgo étaient tout simplement trop nombreux.
Hongryeong et Ailey en faisaient partie.
Dépouillé de la majeure partie de son influence, Domitian n’était plus qu’un mage ordinaire du huitième étage.
Désormais, il devrait donc se consacrer au remboursement des intérêts.
Bien sûr, je ne pensais pas qu’il y arriverait.
Combien de gens, dans cette ville, le laisseraient à nouveau parader ?
Domitian avait atteint les sommets en accumulant les rancœurs.
Avant, tout le monde se taisait parce qu’il était puissant. Mais il n’y avait plus de raison de le faire.
Son chemin semé d’embûches durerait donc aussi longtemps que les rancœurs qu’il avait fait naître.
Ailey, déjà, ne le laisserait pas tranquille.
Je n’avais pas à m’en préoccuper.
Son avenir était déjà décidé.
À mesure que sa dette s’alourdirait, Domitian finirait par tomber entre mes mains.
Comme Isabella avant lui.
C’était le destin que je lui avais préparé.
Je remis l’insecte-miroir dans mes vêtements et claquai des lèvres.
Je n’avais pas reçu les cent millions en entier, mais cinquante millions de points, c’était déjà une somme incroyable.
Rien que penser à tout ce que je pourrais en faire me faisait battre le cœur.
Bien sûr, j’avais déjà décidé de la façon dont j’en dépenserais la majeure partie.
Je quittai l’atelier et fis mes adieux aux personnes que j’avais rencontrées dans la ville.
Puis je quittai la Cité du Mur de glace et pris la route de la tour.
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