Chapitre 246
Traductions WeTried
Traducteur/Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 246
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La conclusion du contrat avec Domitian se déroula sans encombre. Je me frottai doucement le poignet en souriant.
Maintenant que j’avais boutonné le premier bouton, il ne me restait plus qu’à lui préparer un piège.
Cependant, le piège que je comptais tendre à Domitian — remplacer l’âme d’Isabella — était loin d’être aussi facile à mettre en place qu’il n’y paraissait.
L’âme était, par essence, la racine d’une vie. La remplacer revenait, au sens propre, à passer à une autre vie.
Si j’avais été certain de pouvoir remplacer une âme, j’aurais commencé par la mienne. J’aurais ainsi été libéré de mon contrat.
Pourtant, cette fois, il y avait une petite chance. Je baissai les yeux vers Isabella, allongée sur l’établi.
Isabella était plongée en animation suspendue dans le cercle magique que j’avais tracé. Il était certain qu’elle ne se réveillerait pas avant sa disparition.
Il restait trois jours avant l’audience. Je devais préparer une nouvelle âme pour Isabella dans ce délai.
Pour y parvenir, je devais me concentrer pleinement. Je me tournai lentement vers la personne installée dans un coin de l’atelier.
« Vous comptez rester ici tout le temps ? »
À mes mots, Ailey, qui arborait un sourire espiègle, fit tourner son verre dans sa main. Une légère odeur de sang me parvint.
« Je suis curieuse de savoir ce que tu comptes faire, Evron. Je ne te dérangerai pas, alors ne t’inquiète pas pour moi. »
Je poussai un petit soupir. Ailey n’avait pas l’air de vouloir partir. Même en lui tournant le dos, j’avais du mal à me concentrer sous son regard insistant.
Malgré tout, il m’était difficile de la chasser de l’atelier. C’était elle qui m’avait apporté les matériaux nécessaires à la création d’une nouvelle âme.
Je touchai la boîte posée sur un côté de l’établi. Le pouvoir magique s’éleva du bout de mes doigts et en défit le sceau.
Sentant le pouvoir magique qu’elle contenait s’échapper, je hochai discrètement la tête.
Comme prévu, elle ne m’avait pas déçu. Elle avait préparé uniquement des matériaux de la plus haute qualité. Je sortis délicatement les branches d’arbre de la boîte.
« Hum. J’étais curieuse, même pendant que je les rassemblais. Que comptes-tu faire de toutes ces branches, Evron ? »
Ailey posa le menton sur sa main et sourit. Je lui jetai un regard avant de disposer les branches sur le corps d’Isabella.
« Je compte m’en servir pour créer un nouvel arbre pour Mademoiselle Isabella. »
Une branche d’arbre pouvait être considérée comme une partie d’une âme. Si je les tressais toutes ensemble pour en former une seule et que je m’en servais pour créer un nouvel arbre…
Peut-être pourrait-il, au bout du compte, remplacer l’âme brisée d’Isabella.
Bien sûr, les chances de réussite étaient minces. Malgré tout, j’étais certain que j’y arriverais.
Si j’en étais aussi sûr, c’était parce que je croyais en Isabella en tant que mage.
Isabella possédait un talent extraordinaire. Si seulement je parvenais à lui préparer un nouvel arbre, elle serait forcément capable de l’accueillir en elle.
« Un nouvel arbre. C’est à cause du contrat ? »
J’observai prudemment la réaction d’Ailey à ses propres paroles. Mais elle se contenta de m’adresser un sourire indéchiffrable.
Ailey semblait elle aussi au courant du contrat entre Isabella et Domitian. Peut-être connaissait-elle même le mien.
« … Vous le saviez ? »
« Eh bien, la rumeur court. C’est sûrement ce vieux qui la répand. »
Ailey croisa les bras et ricana. Je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils. J’avais été tellement occupé par mes recherches que je ne m’étais même pas rendu compte que la rumeur se propageait.
Ce vieux. Parlait-elle de Domitian ? Je poussai un léger soupir. Je n’eus pas besoin d’y réfléchir longtemps pour comprendre pourquoi il avait fait courir cette rumeur sur notre contrat.
C’était probablement parce qu’il avait réussi à enlever Orgot. À partir du moment où Orgot était tombé entre ses mains, il détenait la moitié de l’issue de cette lutte.
C’était sûrement pour cette raison qu’il avait fait circuler la nouvelle de notre contrat. Il voulait m’empêcher de contacter les alliés d’Ailey sans réfléchir.
Enfin, je m’y attendais. Je hochai doucement la tête.
Malgré tout, quelque chose me paraissait étrange. Ailey m’avait remis ces branches parce que je lui avais promis de ne pas rompre notre pacte.
Dans ces circonstances, la rumeur de mon contrat avec Domitian aurait dû éveiller ses soupçons. Pourtant, à présent, Ailey semblait parfaitement détendue.
Elle remarqua peut-être mon regard, car elle leva son verre et me sourit des yeux.
« Comme je viens de le dire, ne t’inquiète pas pour moi. Pour l’instant, je veux simplement te regarder, Evron. »
Je n’eus d’autre choix que de me tourner vers elle. Sans la quitter des yeux, je pris la parole.
« Vous n’avez pas peur ? Et si je rejoignais leur camp ? »
Ailey but une gorgée dans son verre plein, puis haussa les épaules avec un sourire serein.
« Alors, tant pis. Ça voudrait dire que je me suis trompée. »
Je fronçai les sourcils à ses mots. Trompée ? Je ne comprenais pas. Ailey me regarda et poursuivit.
« Tu as dû comprendre au moins un peu que j’avais conclu ce pacte justement pour laisser une ouverture. Vu la cupidité de ce vieux, je m’attendais à ce qu’il s’y engouffre comme il l’a fait. »
« Voilà donc ce qu’il en était. »
Je hochai la tête. J’avais trouvé que la tournure des événements était un peu trop arrangée.
Sans ce pacte, Domitian n’aurait pas pu s’en prendre à Ailey. Il se serait contenté de la freiner pour l’empêcher de progresser.
« La requête dont tu m’as parlé l’autre fois est-elle liée à la situation actuelle ? »
Je posai prudemment la question à Ailey. Elle hocha la tête avec un léger sourire.
« Tiens, je croyais ne l’avoir mentionnée qu’à la cérémonie de rentrée. Je ne pensais pas que tu t’en souviendrais encore. Evron, tu es vraiment intéressant. »
Ailey me dévisagea. Je détournai légèrement les yeux sans rien dire. On aurait dit qu’une épaisse intention meurtrière émanait de son regard.
« Ce vieux fait partie des proies que ma famille surveille depuis longtemps. C’est pour ça qu’on m’a confié cette mission. Et comme il me semblait tout indiqué pour devenir du papier neuf, j’ai accepté. »
« Chut. C’est un secret entre nous. »
Sur ces mots, Ailey posa un doigt sur ses lèvres.
Je hochai doucement la tête. Je m’étais demandé pourquoi Ailey avait été envoyée seule dans cette ville. Était-elle venue exprès pour prendre Domitian au piège ?
« Hé hé. Et j’ai confiance en toi, Evron. Je sais que tu ne me trahiras pas. »
« … Comment pouvez-vous en être aussi sûre ? »
« Parce que tu détestes qu’on touche à ce qui t’appartient. Je me suis dit que tu ne laisserais pas passer le fait que ce vieux s’en soit pris à tes marionnettes. Je ne me suis pas trompée, on dirait. »
Ailey sirota son verre, l’air satisfaite. En la regardant, je secouai la tête.
Comme je prenais l’habitude de vérifier même les ponts de pierre avant de les traverser, son attitude me mettait profondément mal à l’aise. J’avais l’impression qu’elle me cachait quelque chose.
Mais une chose était sûre : pour affronter Domitian, Ailey m’avait beaucoup aidé jusqu’ici.
Je jetai un coup d’œil aux branches dans la boîte, puis inclinai la tête devant elle. Ailey me fit signe avant de poser son verre.
« J’aurais voulu regarder encore un peu, mais tu n’as pas l’air à l’aise avec moi ici. Tant pis. Je suppose que je vais devoir aller m’amuser dehors avec Mira. »
Ailey s’étira et se leva. Puis elle sortit lentement de l’atelier. Je suivis son dos du regard avant de pousser un soupir.
Pour l’instant, je devais cesser de penser à Ailey. J’avais quelque chose de bien plus important à faire.
Je regardai autour de moi. L’atelier était rempli de cercles magiques. En les examinant, je sortis de ma robe le couteau à graver qui scintillait d’un pouvoir magique doré.
À partir de maintenant, je devais me concentrer. Je devais créer un nouvel arbre. C’était aussi une tentative de surmonter mes échecs passés.
J’avais essayé à maintes reprises de greffer des branches entre elles. Les branches greffées étaient contenues dans les cercles magiques qui recouvraient l’atelier.
Mais cela ne suffisait pas pour parler d’une nouvelle âme. Créer une vie avec une méthode aussi rudimentaire restait un objectif lointain.
Malgré tout, ces branches portaient une possibilité. Leurs natures individuelles se rassemblaient en une seule.
Ces innombrables branches pouvaient être considérées comme autant de fragments d’âme. Les greffer signifiait que ces fragments s’étaient assemblés.
Alors, que se passerait-il si je rassemblais toutes ces branches en une seule ? Si je les greffais sans relâche jusqu’à leur donner la forme d’un arbre unique ?
Peut-être suffirait-il de cela pour qu’on puisse parler d’un autre arbre.
Bien sûr, j’avais déjà réuni toutes les branches en ma possession en une seule masse. J’y avais investi plusieurs centaines de milliers de points.
Mais le bloc ainsi formé n’était pas un arbre. Ce n’était qu’une branche gigantesque. Elle était encore incomplète et incapable de prendre racine dans une fondation.
Je ne savais pas comment lui donner la forme d’un arbre. Je manquais tout simplement de temps et de connaissances.
J’avais donc décidé de réfléchir de manière très simple.
Si la forme d’arbre était incomplète, il me suffisait d’y fourrer assez de branches pour qu’elle puisse la prendre.
Les branches qu’Ailey m’avait données étaient justement le matériau qu’il me fallait. Je baissai les yeux vers celles qui se trouvaient dans la boîte et esquissai un léger sourire.
La Compagnie commerciale avait récupéré toutes les branches qu’elle avait pu trouver dans la Cité du Mur de glace. Si je les réunissais, je pourrais peut-être former quelque chose qui ressemble à un petit arbre.
Et si cela ne suffisait pas, je n’aurais qu’à en récupérer d’autres et à les ajouter. Inutile d’économiser mes points. Une fois cette affaire réglée, ils afflueraient à nouveau.
Bien sûr, il y avait un petit problème.
Je devais déchiqueter mon propre arbre.
Je n’avais pas le choix si je voulais réduire le contrecoup de la greffe. Je posai la main sur ma poitrine et envoyai du pouvoir magique vers l’arbre qui se trouvait au-delà.
Il agita ses branches comme pour protester. Mais il comprit peut-être que c’était nécessaire, car il se mit bientôt à s’affaisser et à démembrer son propre corps.
La douleur me traversa. Je hochai doucement la tête. Ce que j’avais à faire maintenant était très simple.
Couper et assembler.
À force de répéter ce travail élémentaire, je créerais un arbre gigantesque. Un arbre gigantesque entièrement bâti avec des points.
Les yeux brillants, je brandis le couteau à graver.
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Le temps passa et me ramena au présent.
Avais-je trop taillé dans mon arbre ? Je me frottai la poitrine, où je ressentais une étrange impression de vide, et balayai les alentours du regard.
Les gens qui murmuraient autour de nous n’en croyaient pas leurs yeux. Je hochai doucement la tête.
C’était normal. Un ordre donné par contrat était absolu. Et tous avaient dû voir les chaînes du contrat s’enfoncer dans le corps d’Isabella.
Elle était morte en vertu de ce contrat.
Et pourtant, Isabella, qui était morte, se relevait à présent sans le moindre mal apparent.
Bien sûr, dire qu’elle allait parfaitement bien serait inexact. Du sang coulait de la commissure de ses lèvres. Son visage était pâle comme celui d’une morte.
Malgré tout, elle était indéniablement vivante. Domitian écarquilla les yeux et prit la parole.
« Comment avez-vous brisé le contrat… ?! »
Mais Isabella ne répondit pas à Domitian. Non, il serait plus juste de dire qu’elle ne pouvait pas lui répondre.
Isabella vacillait, le regard perdu dans le vide. Elle ne semblait pas encore avoir pleinement repris conscience.
Je ne pus m’empêcher de me rembrunir en la voyant. Selon mon plan, Isabella aurait dû se réveiller aussitôt. Pourtant, elle était dans cet état.
Même si cela prenait un peu de temps, elle devait retrouver ses esprits en quelques minutes. Sinon, tout s’effondrerait à nouveau.
Je fermai les yeux et déversai du pouvoir magique dans le lien qui m’unissait à Isabella. Par cette connexion ténue, qui semblait sur le point de se rompre, j’entrevis son monde mental.
Dans le monde mental d’Isabella, un arbre unique s’élevait droit vers le ciel.
C’était le Faux Arbre que j’avais créé.
Un arbre disparate, né de l’assemblage de toutes les branches que je possédais.
Il avait profondément pris racine dans la fondation où se dressait autrefois l’arbre originel d’Isabella.
Cette vue apaisa un peu mes inquiétudes. Heureusement, les choses ne s’étaient pas trop écartées de mes prévisions.
Je souris légèrement. Le talent d’Isabella était vraiment incroyable. Elle avait réussi à moitié à accueillir dans sa fondation l’arbre disparate que j’avais assemblé à la va-vite.
Bien sûr, le contrecoup continuait de se manifester. Le sang qu’Isabella recrachait en était une conséquence. Son corps ne supportait pas le choc.
Mais il n’y avait rien à faire. Pour un mage, l’arbre était la forme physique de son âme.
Le remplacer de force était presque impossible. Même si quelqu’un tentait d’arracher l’arbre pour le remplacer, l’âme déjà en place résisterait farouchement.
Cela signifiait qu’en l’absence d’âme, on pouvait réduire le contrecoup. Planter un nouvel arbre dans un être dont il ne restait que le corps physique ne posait aucun problème.
J’avais estimé que si je détruisais directement et instantanément son âme avant que son esprit ne s’éteigne, je pourrais planter un nouvel arbre.
Bien sûr, je ne pouvais pas lui infliger moi-même un tel choc. C’était pour cela que j’avais besoin de l’aide de Domitian.
Comme il venait de le faire, Domitian devait mettre fin à la vie d’Isabella lui-même, en utilisant le contrat. Et il avait parfaitement appuyé sur la détente.
Sous la puissante volonté de Domitian, l’arbre d’Isabella s’était effondré en un instant. L’arbre disparate que j’avais préparé dans sa poitrine avait pris sa place vacante.
Il avait remplacé l’arbre originel avant même qu’une brèche ne puisse se former dans son âme. Le contrecoup ayant été réduit au minimum, l’arbre disparate prenait peu à peu racine dans la fondation d’Isabella.
Domitian avait peut-être lui aussi compris que quelque chose clochait, car il tendit la main vers Isabella. Un cercle magique ondula depuis sa paume, et des lettres en forme de minuscules serpents se mirent à jaillir.
Les lettres filèrent vers Isabella. Il comptait clairement l’effacer sur-le-champ.
Je ne pus m’empêcher de claquer la langue.
Comme prévu, il comprenait vite. Avait-il déjà deviné ?
À l’origine, Isabella m’appartenait pratiquement. Domitian ne pouvait donc pas s’en prendre à elle à la légère, même si elle était entièrement liée par une dette et un contrat.
Mais à présent, Isabella ne m’avait pas obéi, bien que je lui aie donné un ordre par le biais du contrat.
L’arbre disparate que j’avais créé s’était installé en elle et l’avait partiellement soustraite à mon contrôle.
Cela signifiait aussi qu’Isabella m’avait échappé. Autrement dit, on pouvait la considérer comme une marionnette sans maître.
Elle était un être qui s’était complètement affranchi des règles de l’université.
Il pouvait donc l’effacer sans que cela pose de gros problèmes. Domitian avait sûrement compris la situation rapidement et tentait de tuer Isabella. Son jugement était celui d’un homme d’expérience.
Mais les serpents de lettres de Domitian se retrouvèrent pris dans une brume ténue. Mira, maîtresse de cette brume, se plaça aussitôt aux côtés d’Isabella.
« Hé hé. Je ne pensais pas qu’une université aussi étouffante pourrait m’offrir un spectacle aussi divertissant. Si vous voulez effacer cette amie, il faudra d’abord me passer sur le corps. »
Mira inclina poliment la tête et sourit des yeux. Puis elle agita les doigts, répandant une brume épaisse dans la salle.
Domitian grinça des dents, traça un autre cercle magique et libéra davantage de lettres. Les serpents, chargés d’un pouvoir magique plus puissant qu’auparavant, fusaient comme des flèches.
Mais ils disparurent bientôt dans la brume qui s’épaississait. Celle-ci absorba leur pouvoir magique et devint encore plus dense, envahissant les alentours.
Mira, qui faisait face à Domitian, m’adressa un petit sourire. Je hochai discrètement la tête.
Même si Domitian était puissant, il ne pourrait pas venir à bout de Mira en quelques minutes. Je devais donc moi aussi faire ma part.
L’important, à présent, était de comprendre pourquoi Isabella ne se réveillait pas. Je me mordis légèrement la lèvre.
Si Isabella ne se réveillait pas, elle mourrait pour de bon. Je devais trouver un moyen de la tirer de là.
Je fermai lentement les yeux. Puis je me mis à déverser du pouvoir magique dans le faible lien qui m’unissait à Isabella.
Je sentis ma conscience franchir les limites de son monde mental, portée par ce pouvoir magique.
Combien de temps s’écoula ?
Je compris soudain que j’avais mis le pied dans le monde mental d’Isabella.
Je regardai lentement autour de moi. Le paysage de son monde mental, que je n’avais pas réussi à percevoir de l’extérieur, s’offrit à moi avec une netteté saisissante.
Tout s’effondrait. Tout brûlait. Au milieu de ce chaos, les environs se tordaient et poussaient des cris terribles. On se serait cru en enfer.
Il était normal que son monde mental soit aussi déformé. La pureté de son âme originelle avait disparu, remplacée par un assemblage disparate.
Une fois dans ce monde mental, je compris naturellement pourquoi Isabella ne pouvait pas se réveiller. Son esprit était incomplet.
Isabella s’était dégradée sans cesse après être devenue une marionnette cadavérique. Elle avait fini par devenir une âme incomplète.
Une partie de cette imperfection subsistait aussi dans son esprit. C’était une fissure que je n’avais pas remarquée, parce qu’Isabella ne m’avait jamais montré la moindre faiblesse.
Je claquai doucement la langue. Puisqu’Isabella ne pouvait pas se réveiller, je devais la guider.
Je me concentrai et saisis le faible fil qui ondulait dans ma poitrine. Ce n’était pas un lien avec une marionnette, mais un léger courant formé par les fragments d’âme qui me traversaient.
Ce courant devait sûrement encore maintenir Isabella. Je me mis à avancer le long du fil.
Peut-être que toutes les natures individuelles contenues dans l’arbre disparate s’étaient manifestées en même temps, car le monde mental d’Isabella était composé de lois très diverses.
À certains endroits, je devais marcher dans le vide. À d’autres, il me fallait avancer à l’envers sur la surface de l’eau.
Je progressai lentement dans cette structure mentale désordonnée. Finalement, je sentis que le courant du fil se faisait plus complexe.
Cela signifiait que l’être auquel ce fil était relié se rapprochait peu à peu.
J’accélérai le pas et trouvai bientôt le corps mental d’Isabella, effondré contre un mur.
Son corps mental s’était estompé, comme s’il avait subi un choc terrible. Elle ressemblait à une flamme de bougie sur le point de s’éteindre.
Elle n’avait sans doute pas réussi à se réveiller après le choc de sa mort. Je m’assis à côté d’elle et lui caressai les cheveux.
Tant qu’elle n’avait pas complètement disparu, il était encore possible de la réveiller.
Des fragments d’âme commencèrent à couler de ma main vers Isabella.
Les fragments d’âme qui avaient formé mon arbre se déversèrent rapidement en elle. Une quantité encore plus grande s’éveilla de nouveau et se dirigea vers elle.
Grâce à cette circulation, je sentis le corps d’Isabella se préciser peu à peu.
Bientôt, Isabella ouvrit lentement les yeux.
Elle cligna des yeux, puis croisa mon regard à travers sa vision trouble. Elle secoua doucement la tête.
— Maître, je suis désolée. J’ai essayé de régler ça seule, mais j’ai échoué. Il semblerait qu’il me reste encore une peur de Domitian.
La main d’Isabella trembla légèrement.
La peur de Domitian. La fissure creusée dans son esprit devait se trouver dans cette émotion même.
Si elle ne parvenait pas à la surmonter, Isabella ne se réveillerait pas. Sentant cette volonté affluer dans mon esprit, je secouai la tête.
— … La peur. Il doit être difficile de la surmonter. Surtout dans une situation pareille. Mais, pour une raison ou une autre, je me souviens de quelque chose que vous m’avez dit autrefois, Mademoiselle Isabella.
Je regardai Isabella. Le sourire aux lèvres, je concentrai vers elle un pouvoir magique encore plus intense.
— Mademoiselle Isabella, vous m’avez appelé votre lumière. Alors, si la peur continue de vous envahir, ne croyez pas en vous. Croyez plutôt en moi.
Ma volonté était ferme, et tout mon pouvoir magique continuait de s’écouler en elle. Il se mit à illuminer son corps d’un éclat vif.
— Je crois que vous vous relèverez, Mademoiselle Isabella. Alors croyez en celui qui croit en vous, et relevez-vous. Puis faites de moi votre rêve une fois encore.
Avec un léger sourire, je déversai en elle tout le pouvoir magique et toute la volonté qu’il me restait.
Ils l’enveloppèrent comme des flammes.
En revanche, mon propre corps était bien plus estompé qu’avant. Je lui avais tout donné.
Isabella baissa silencieusement les yeux vers son corps. Puis elle croisa mon regard et m’adressa un petit sourire.
Ce sourire fut la dernière chose que je vis avant d’être expulsé de son monde mental.
Je revins à la réalité et ouvris grand les yeux. À bout de souffle, je regardai Isabella.
J’avais fait tout ce que je pouvais.
Il ne restait plus qu’à compter sur la volonté d’Isabella.
Isabella, qui était restée debout sans réaction, vomit bientôt du sang et s’effondra au sol.
Mais je ne m’inquiétais pas.
Je sentais dans ma poitrine une énergie semblable à des flammes.
Je me concentrai sur le lien qui se trouvait au-delà de ma poitrine. La faible connexion avec Isabella se renforça peu à peu.
Cela signifiait qu’Isabella se réveillait.
Sentant une chaleur ardente monter le long de ce lien, je souris, satisfait.
« … Merci… de m’avoir aidée. »
Une voix profondément éraillée résonna doucement dans la salle. Elle venait d’Isabella, qui était allongée par terre.
Mira tourna la tête vers Isabella.
« Tiens, tu peux parler maintenant ? J’ai bien fait de te protéger. Alors, on arrête de jouer et on en finit ? »
Mira agita légèrement les doigts. Une brume encore plus dense envahit les alentours.
Sentant peut-être le danger, Domitian s’enveloppa de pouvoir magique et érigea une barrière. Mais la brume la traversa sans peine et dissimula également son corps.
Des cris terribles ne tardèrent pas à s’élever de la brume, qui ne laissait rien voir.
Au terme de ces cris, Domitian gisait de tout son long sur le sol.
Mira avait peut-être dépensé une quantité considérable de pouvoir. Des fissures bien visibles s’étaient formées sur son corps. Elle semblait sur le point de s’effondrer si elle utilisait encore un peu de son pouvoir.
Mira dissipa complètement la brume, claqua la langue et baissa les yeux vers Domitian.
« Hum. J’aurais bien voulu lui dévorer un peu de son âme, mais je crois que ça poserait problème si je le faisais maintenant. Je vais me retenir. J’ai hâte de vous revoir dehors. »
Sur ces mots, Mira jeta un coup d’œil au seigneur du coffre, assis à la place d’honneur.
Mais le seigneur du coffre ne réagit pas et conserva son visage impassible.
Cela signifiait peut-être qu’il jugeait ce niveau de représailles acceptable, puisque Domitian avait déclenché le combat. Mira inclina légèrement la tête et recula.
À ses côtés, Isabella se releva lentement.
Un pouvoir magique semblable à des flammes semblait onduler dans ses yeux.
Soutenant de ses deux mains son corps tremblant, Isabella baissa les yeux vers Domitian. Puis elle prit lentement la parole.
« Je dois… le déclarer une nouvelle fois. Je suivrai… la volonté de Dame Ailey. »
Domitian déforma son visage et lança un regard noir à Isabella. Mais sans prêter attention à ses yeux, elle se tourna vers Ailey.
Ailey applaudit et s’approcha de Domitian, étendu sur le sol. Elle lui enfonça les doigts dans la bouche et lui arracha la langue à l’aide de son pouvoir magique.
« J’ai gagné, alors vous devez tenir votre promesse. Je vais commencer par prendre cette langue inutile. »
Ailey se tourna vers le seigneur du coffre, l’air satisfait.
Le seigneur du coffre l’observa en silence, puis acquiesça.
« Deux voix pour, une contre et une voix nulle. Selon le principe de la majorité, le pacte reste en vigueur. Celui qui a demandé cette audience en paiera le prix. »
En entendant les paroles du seigneur du coffre, je laissai mon corps sans force basculer en arrière.
Victoire.
Une victoire encore plus parfaite que je n’aurais pu l’espérer.
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