Chapitre 245
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 245
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Plusieurs jours s’étaient déjà écoulés depuis qu’Isabella m’avait révélé son passé, et je n’avais cessé d’y repenser.
Au bout du compte, je trouvai une solution à notre situation. Je plongeai les yeux dans ceux d’Isabella, qui tremblaient, et pris doucement la parole.
« Mademoiselle Isabella, je crois que vous allez devoir mourir une nouvelle fois. »
[Alors, au bout du compte, je dois vraiment mourir.]
Isabella m’adressa un sourire triste. Une main posée sur la poitrine, elle s’inclina devant moi.
[Si c’est ce que vous désirez, maître, alors, tout de suite…]
Tandis qu’Isabella écrivait, du pouvoir magique s’accumula dans sa main. Bientôt, il prit la forme d’un éclair qui crépitait vivement.
Je m’empressai de faire des gestes des deux mains.
« Écoutez-moi, je vous en prie. Ce que je veux, c’est un peu différent. Puisque vous devez mourir de toute façon, faisons en sorte que ce soit une mort glorieuse. Nous pouvons aussi nous venger de Domitian. »
Isabella parut perplexe. J’esquissai un sourire et repensai aux derniers jours.
Après avoir entendu son histoire, j’avais senti une immense colère monter en moi. Mais elle n’était pas dirigée contre Domitian seul.
Bien sûr, on pouvait dire que tout était parti de Domitian. Mais la cible finale de cette colère, ce n’était pas lui. C’était moi.
Domitian me surpassait à tous les niveaux. Il avait découvert l’existence du contrat et comptait se servir d’Isabella comme d’un outil.
Dans ces conditions, il m’était difficile de lui tenir tête. Si je m’opposais à lui à la légère, je risquais de finir comme Isabella.
Oui, Isabella. Je la détaillai en silence tandis qu’elle soutenait mon regard.
De son vivant, Isabella avait eu un talent si exceptionnel que même cent personnes comme moi n’auraient pu rivaliser avec elle. Son état actuel en était la preuve.
Si son talent n’avait été que moyen, toute sa raison aurait été consumée pendant l’incinération de son âme.
Mais son arbre s’était sacrifié pour la protéger. C’était grâce à lui qu’elle avait pu conserver ses souvenirs et sa volonté.
Son talent dépassait peut-être même celui de Cassian, la personne la plus douée que j’aie rencontrée jusqu’ici.
Et pourtant, Domitian avait même réussi à entraver Isabella. Avant qu’elle puisse déployer ses ailes, il l’avait ligotée et forcée à ramper. Elle avait fini par mourir.
Même si Isabella avait contourné son souhait pour obtenir la mort qu’elle désirait, on ne pouvait pas dire qu’elle avait vaincu Domitian. Elle avait simplement échappé à son emprise.
Et les rênes qu’elle croyait avoir rejetées la retenaient toujours. Elles avaient simplement pris la forme manifeste d’un contrat.
Domitian le savait sûrement lui aussi. C’était pour cela qu’il comptait se servir à nouveau d’Isabella comme d’un outil.
Que devais-je faire, dans ces circonstances ?
Je fermai les yeux et me frottai le poignet. Je sentais encore la trace du contrat que j’avais conclu au sujet de l’insecte-miroir.
J’avais conclu ce contrat pour survivre. Et, en vendant des marionnettes, j’avais fini par comprendre clairement tout ce qu’on m’avait pris.
Si j’avais pu vendre des insectes-miroirs plutôt que des marionnettes et m’en servir pour recueillir des informations, j’aurais progressé bien plus efficacement.
Mais cette voie m’avait été barrée par un contrat, sous la contrainte de gens qui ne cherchaient qu’à protéger leurs propres intérêts.
Sans la professeure Irian, j’aurais peut-être vécu un sort encore pire que celui d’Isabella.
Pour une raison ou une autre, la situation actuelle me rappelait cette époque. Si c’était le cas, la solution était simple. Il me suffisait d’agir comme avant.
Jusqu’ici, je n’avais eu qu’une stratégie de survie claire : éviter les grandes batailles et m’accrocher aux puissants. C’était la règle de base des vagabonds.
Les vagabonds ne désiraient qu’une chose : survivre jusqu’au bout. C’était l’état d’esprit que j’avais eu en vivant comme un vagabond, puis en entrant à l’université.
La professeure Irian l’avait dit elle-même : mon talent brillait davantage quand je restais dans l’ombre de quelqu’un d’autre.
En suivant son conseil et ma propre stratégie de survie, j’avais peu à peu grandi. Et cela m’avait mené jusqu’ici.
La différence avec l’époque où j’errais dans les bas-fonds avant d’entrer à l’université était le jour et la nuit.
Si je gardais soigneusement mon ancienne attitude, je pourrais sans doute un jour achever le cursus fondamental sans encombre. Oui, j’en étais certain.
De ce point de vue, la conduite à tenir cette fois-ci était évidente. Je n’avais qu’à céder et donner à Domitian ce qu’il voulait.
Si j’abandonnais l’Atelier de marionnettes d’Evron, Isabella qui en était le cœur, et toutes les relations que j’avais nouées, puis que je prenais la fuite, Domitian ne s’intéresserait probablement plus à moi.
Il voulait Isabella parce qu’elle était une lame redoutable, capable de ruiner Ailey.
Domitian ne m’avait jamais voulu, moi. Il voulait Ailey. Si je laissais Isabella derrière moi et m’enfuyais, je ne subirais sûrement pas une si grande perte.
Isabella le savait aussi. C’était pour cela qu’elle m’avait révélé son passé et s’était agenouillée devant moi. Elle m’avait demandé de la tuer et de fuir ce piège.
C’était le seul moyen de me mettre au moins à l’abri.
Et j’étais tenté par cette solution.
J’ouvris lentement les yeux et fis face à Isabella.
À vrai dire, j’avais dit vouloir me venger de Domitian, mais je n’éprouvais pas une grande colère contre lui.
Parce que je savais qu’il n’était qu’un phénomène parmi d’autres.
Isabella devait bien le savoir. Ce monde était d’une brutalité sans nom. C’était au milieu de cette brutalité que son talent avait été brisé.
Domitian faisait simplement de son mieux pour survivre dans un monde aussi cruel. Nous nous étions seulement retrouvés face à quelqu’un qui se battait si fort pour vivre.
Domitian n’était qu’un mage parmi les innombrables mages qui peuplaient ce monde. Il nous dévorerait donc et poursuivrait sa route.
C’était ainsi que les mages pensaient, et c’était la loi de ce monde. Voilà pourquoi je ne m’étais pas demandé comment nous en étions arrivés là.
Si je voulais continuer d’avancer et de grandir, d’innombrables personnes se dresseraient forcément sur ma route, comme Domitian.
Et, dans cette lutte, les faibles se faisaient dévorer tandis que les forts dévoraient. N’était-ce pas ainsi que fonctionnait ce monde ?
Voilà pourquoi je ne pouvais m’empêcher d’être en colère. En colère d’avoir écouté la proposition d’Isabella, et de vouloir encore me soumettre à une telle brutalité.
Isabella avait dit que j’étais sa lumière. Puisque je l’avais ramenée dans ce monde, elle avait déclaré qu’elle ferait de moi son rêve.
Et pourtant, j’avais envisagé de l’abandonner, ne serait-ce qu’un instant. C’était pitoyable. Je me mordis la lèvre, rongé par le remords.
Isabella disait qu’il fallait porter un rêve en soi. Dans ce cas, quel était le mien ?
Avant, je voulais sortir diplômé de cette université. Et, par la suite, ouvrir mon propre Atelier de marionnettes d’Evron dans la capitale de l’Empire.
On pouvait aussi appeler cela un rêve. Même si je pouvais l’accomplir en gardant la tête basse et en vivant tranquillement comme je le faisais.
Il était déjà certain que j’achèverais le cursus fondamental. J’avais confiance en mon talent.
Je le savais d’instinct. Plus je fabriquerais de marionnettes, plus je grandirais, et, au terme de cette progression, le stade suivant s’offrirait naturellement à moi.
Alors, si mon seul désir était d’obtenir mon diplôme, il me suffisait de garder la professeure Irian derrière moi et de continuer à développer la tour.
Mais cela ne m’avait pas suffi. J’étais allé à la Cité des stalactites. Puis j’avais étendu mon territoire encore plus loin, jusqu’à la Cité du Mur de glace.
Le chemin avait été semé d’embûches. J’avais même accumulé des rancunes et des dettes que mon ancien moi aurait évitées.
Si je continuais d’avancer, c’était parce que je m’étais mis à rêver plus grand qu’avant.
Je posai une main sur ma poitrine. Je sentis alors les innombrables fragments d’âme qui circulaient en moi.
Un réincarné était quelqu’un dont l’âme était tombée ici depuis un autre monde. En ce sens, j’étais un vaste amas d’âmes venues d’un monde inconnu.
Je ne savais même pas combien il y en avait. J’avais beau vérifier, par crainte qu’elles ne s’épuisent, elles ne cessaient de s’accumuler.
Non, plus j’en utilisais, plus des fragments d’âme s’éveillaient et remplissaient mon arbre. Des centaines de milliers de fragments d’âme circulaient sûrement en moi, à présent.
Même après le réveil d’un si grand nombre d’entre eux, tant de choses dormaient encore au fond de mon âme.
Je touchai doucement un petit fragment d’âme. Un souvenir traversa alors mon esprit.
J’y vis une immense boule de feu éclore au sol. J’ignorais toujours ce que c’était. Ce souvenir n’était qu’un fragment.
Mais je savais très bien à quel point c’était dangereux. J’avais vu cette boule de feu dans nombre des souvenirs que j’avais examinés.
En parcourant les souvenirs contenus dans ces fragments d’âme, j’avais pu entrevoir le monde d’où mon âme était tombée.
C’était un enfer plus cruel encore que ce monde. Tout le monde se battait, tout le monde mourait. Peut-être qu’un monde entier avait été emporté dans la guerre.
C’était probablement pour cela que tant de fragments en moi portaient des souvenirs de guerre, et que j’avais déjà rencontré des soldats dans un rêve.
C’était sûrement aussi la raison pour laquelle j’étais dépourvu de talent pour la magie offensive. Ces fragments d’âme étaient les vestiges d’êtres anéantis au milieu d’une guerre sans fin.
Peut-être à cause de cela, ces fragments d’âme se protégeaient instinctivement de la brutalité de ce monde et s’opposaient à ce que mon ancien moi avait tenu pour acquis.
La volonté qui se dégageait de ce flot d’âmes me parvint tandis que je comprenais la nature de ma propre âme.
C’est pourquoi je me fixai un objectif. Pour reprendre les mots d’Isabella, on pouvait appeler cela un rêve.
Je décidai d’arracher la brutalité qui gangrenait toute l’université.
Ce rêve n’avait rien de particulièrement grandiose. Mon âme le désirait et j’en avais moi-même souffert. C’était peut-être simplement une conséquence naturelle.
Je touchai de nouveau mon poignet. Je me souvenais encore nettement qu’on m’avait pris mon insecte-miroir. Et je devais leur rendre cette rancune au centuple.
À grandes lignes, ceux qui m’avaient pris mon insecte-miroir étaient la Compagnie commerciale générale Arcana et l’Association secrète des Abysses. Comment pouvais-je donc leur rendre la monnaie de leur pièce efficacement ?
Je savais bien ce qui leur déplaisait : voir le monde universitaire leur échapper.
Isabella montrait parfaitement pourquoi ils voulaient contrôler l’université. Ils désiraient dévorer les personnes dotées d’un talent exceptionnel comme le sien.
C’était sûrement pour cela qu’ils s’étaient empressés de bloquer mes insectes-miroirs. Si je voulais me venger plus durement qu’ils ne m’avaient fait souffrir, je devais donc empêcher leurs projets d’aboutir.
Je ne pouvais pas changer les choses en affrontant simplement la Compagnie commerciale ou l’Association secrète. Je devais aller plus loin et arracher la brutalité qui gangrenait toute l’université.
Voilà la vengeance que je désirais, voilà mon rêve. C’était pour cela que j’avais pris le risque de venir jusqu’à cette ville.
Et pourtant, j’avais envisagé de fuir simplement parce que Domitian se dressait sur ma route. Quel état d’esprit pitoyable.
Cela signifiait que le défaitisme gravé en moi depuis l’époque où j’étais vagabond n’avait pas entièrement disparu. Sentant ma colère contre moi-même brûler de plus belle, je pris la parole.
« Pour l’instant, je compte faire ce que Domitian veut. Ainsi, ils baisseront leur garde. Ils auront une confiance absolue dans le contrat, et ils nous feront confiance à nous aussi. »
Isabella leva les yeux vers moi en silence. Je croisai son regard tremblant et poursuivis.
« Et quand cette confiance sera à son comble, je les trahirai. C’est comme ça que nous pourrons dévorer Domitian d’une seule bouchée. »
Pour effacer le sentiment de défaite encore profondément gravé dans ma conscience, il me fallait une victoire parfaite. Et Domitian ferait une offrande idéale.
[Mais comment comptez-vous vous y prendre ? Le contrat me tient ainsi.]
Isabella me tendit son poignet. De pâles inscriptions s’étiraient de là jusqu’à sa poitrine, comme des chaînes.
Comme elle l’avait dit, le contrat la retenait. Je me frottai le menton en silence.
Les contrats étaient vraiment redoutables. N’en avais-je pas fait moi-même l’expérience ?
Je contemplai les inscriptions du contrat gravées sur mon poignet. J’avais passé un certain temps à chercher comment me libérer du mien.
J’avais abandonné mon corps pour en habiter un nouveau. J’avais même tenté de retirer certains fragments de mon âme, dans l’espoir de me débarrasser du contrat en même temps qu’eux.
Mais toutes ces tentatives ne m’avaient appris qu’une chose : le contrat me tenait fermement.
Abandonner mon corps ne suffisait pas à le contourner. C’était tout naturel : le contrat était gravé dans l’âme.
Je réfléchis donc à la question dans l’autre sens. Si changer de corps ne libérait pas d’un contrat, ne suffisait-il pas de l’accomplir ?
« Mademoiselle Isabella, faites-moi confiance, je vous en prie. Je réaliserai votre rêve, c’est certain. »
Isabella me regarda en silence, puis hocha la tête. Son regard était plein de confiance.
« Alors, pourriez-vous d’abord faire venir Domitian à l’atelier ? Nous devons gagner sa confiance. »
[Oui. Je vais lui laisser un message tout de suite.]
Isabella recula lentement. En la regardant s’éloigner, je croisai les bras sans un mot.
Une seule condition était nécessaire pour que le contrat entre Isabella et Domitian soit rempli. Comme elle l’avait dit, il fallait qu’elle meure.
Je devais donc aussi la conduire à la mort. C’était la seule voie qui s’offrait à nous.
Mais cela ne voulait pas dire qu’Isabella devait se sacrifier. Une fois morte, je la ramènerais à la vie et la libérerais du contrat.
C’était la solution à laquelle j’étais parvenu après plusieurs jours de réflexion.
Bien sûr, c’était aussi une idée à moitié irréalisable. Le contrat d’Isabella en était la preuve.
À sa mort, le contrat d’Isabella avait disparu. Mais dès qu’elle était devenue ma marionnette et avait retrouvé ne serait-ce qu’un peu de vie, le contrat l’avait de nouveau liée.
Dans ces conditions, tant que son âme restait intacte, Isabella ne pouvait pas échapper au contrat.
Trois éléments entretenaient la vie : l’esprit, l’âme et le corps. Tous étaient importants, mais l’âme l’était plus que tout.
C’était pour cela qu’une marionnette ne pouvait jamais vraiment être considérée comme un être vivant. Je décidai donc d’envisager le problème autrement.
Si la présence d’une âme l’empêchait d’échapper au contrat, alors changer d’âme ne résoudrait-il pas le problème ?
Parmi les nombreuses légendes, l’une parlait d’un oiseau qui renaissait après sa mort et vivait éternellement.
Isabella renaîtrait de la même façon. Voilà la méthode que j’avais imaginée pour la libérer des chaînes de ce contrat.
Je devais donc me dépêcher.
Je regardai Isabella s’éloigner. Un contrat l’avait enchaînée et traînée dans la boue. Je devais donc enchaîner Domitian à son tour.
Ce serait la vengeance d’Isabella. Domitian devait souffrir comme il l’avait fait souffrir avant de comprendre ce que cela faisait.
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