Chapitre 240
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 240
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Je ne pus m’empêcher d’hésiter devant cette déclaration inattendue. Je jetai un regard discret à Orgot. Il fixait le garde posté devant la pièce, l’air profondément troublé.
« Ces gens, vous voulez dire Mookgeumgo ? »
Je baissai la voix et posai prudemment la question. Orgot soupira et hocha la tête.
« Si le seul problème était l’arrêt des marionnettes, je ne vous aurais pas fait venir, monsieur Evron. Je vous ai convoqués tous les deux parce qu’il y a une affaire plus importante. »
« Une affaire plus importante ? »
« Oui. Je voulais vous prévenir qu’ils ont eu des activités suspectes ces derniers temps. »
Le sérieux d’Orgot m’inquiéta à mon tour. Cela faisait déjà environ deux ans et demi que nous travaillions ensemble. Nous avions eu le temps d’apprendre à nous connaître.
Orgot, tel que je le connaissais, était un employé typique d’une compagnie commerciale : un mage sensible aux profits, avide de gravir les échelons et qui ne laissait pas passer une occasion quand elle se présentait.
C’était aussi le genre de personne que j’avais souvent croisé au Conseil du Peuple. Même Jugang, qui avait été chassé de la compagnie commerciale, était ainsi.
Leurs origines expliquaient en grande partie qu’ils partagent ces traits. Je jetai un regard à Orgot. Comme moi, il était un mage errant sans le moindre soutien.
On pouvait décrire le Conseil du Peuple comme un rassemblement de mages qui avaient intégré la compagnie commerciale sans relations. Ils s’étaient serré les coudes pour survivre tant bien que mal dans cette fosse aux serpents.
C’était peut-être pour cela qu’Orgot nous avait toujours témoigné beaucoup de respect. Nous représentions clairement une occasion en or pour lui. Tant que nos intérêts convergeaient, il n’avait aucune raison de me trahir.
Et même sans cela, Orgot était un excellent partenaire. Comme tout bon employé de compagnie commerciale, il était très compétent, et sa prudence nous avait également été d’un grand secours.
Quoi qu’il arrive, Orgot ne nous demandait pas facilement de l’aide. Il commençait par essayer de régler les choses par ses propres moyens, et ne sollicitait notre coopération qu’après avoir conclu que le problème dépassait ses capacités.
À force de passer du temps ensemble, j’avais bien compris qu’Orgot était assez prudent pour éviter jusqu’aux spéculations. S’il était aussi sûr de lui, c’est qu’il avait dû trouver un indice évident.
« Regardez donc ceci. »
Orgot posa un petit éclat de glace sur la table. Il ressemblait aux morceaux de glace répandus dans toute la ville. Pourtant, je sentais qu’il contenait une faible trace de pouvoir magique.
Je pris le morceau qu’il me tendait et l’examinai de près. Je percevais vaguement la magie qu’il renfermait.
« C’est de la magie d’enregistrement. »
« Oui. Il y en avait aussi dans cette salle de réception. »
Orgot claqua doucement la langue. Je retournai l’éclat de glace dans ma main.
Beaucoup de gens venaient dans cet atelier pour acheter des marionnettes, mais d’autres s’y retrouvaient aussi pour discuter d’affaires privées liées à la compagnie commerciale, comme nous le faisions.
Cette salle de réception avait été aménagée pour eux. Il était donc particulièrement important d’en assurer la sécurité. Ce qui s’y disait ne devait pas filtrer à l’extérieur.
Or, découvrir ici cet éclat de glace revenait à dire que quelqu’un cherchait à écouter nos conversations. Orgot n’avait pas pu l’installer lui-même.
Quand je le regardai, il désigna le plafond.
« Celui que vous tenez est une copie que j’ai fabriquée. L’original est fixé là-haut. Je l’ai dissimulé avec de la magie d’illusion, si bien qu’il ne peut pas enregistrer notre conversation actuelle. Il contient les informations que je lui ai fournies à la place. »
À l’endroit qu’Orgot désignait se trouvait un cercle magique de lumière qui éclairait la pièce. Je plissai les yeux pour l’examiner. À première vue, rien ne semblait anormal.
Mais lorsque je chargeai mes yeux de pouvoir magique et scrutai le cercle de plus près, je perçus quelque chose d’un peu étranger. Une trace semblable à un minuscule fragment, habilement dissimulée parmi les divers sorts contenus dans le cercle.
Je baissai silencieusement les yeux vers l’éclat de glace dans ma main. La trace avait une forme très semblable. Je ne pus m’empêcher de claquer la langue à mon tour.
La magie d’un bâtiment faisait toujours l’objet d’une surveillance minutieuse. Pourtant, quelque chose comme ça avait été caché ici. La trace était si faible que personne ne l’aurait remarquée sans inspecter les lieux aussi attentivement.
« Ce genre de magie a été gravé non seulement ici, mais dans tout l’atelier. Elle était si bien dissimulée que même moi, je ne l’avais pas remarquée. »
Orgot croisa les bras, mécontent. Je lui rendis l’éclat et pris la parole.
« Alors, comment l’avez-vous découverte ? »
Orgot était un mage du quatrième étage. Son niveau n’était pas particulièrement élevé ; il n’avait donc pas dû lui être facile de dénicher cette magie. À ma question, il jeta un regard à la personne de Mookgeumgo qui attendait dehors, puis secoua la tête.
« J’ai quitté l’atelier pour le banquet de la semaine dernière, mais j’ai oublié quelque chose et je suis revenu à mi-chemin. C’est alors que j’ai remarqué cette personne qui agissait bizarrement. J’ai mené l’enquête ensuite et découvert cette magie. »
Le banquet. Il parlait de celui qui avait célébré l’intronisation de Hongryeong. Je me souvenais l’y avoir vu, moi aussi. Je m’étais demandé où il était passé lorsqu’il avait disparu en plein milieu de la soirée.
Voilà donc ce qui s’était passé.
Je fronçai légèrement les sourcils et regardai Isabella. Je me demandais si le même problème avait pu se produire dans notre atelier. Elle secoua légèrement la tête.
[Nous n’avons trouvé aucune magie dans notre atelier. Nous l’avons inspecté trois fois, alors il ne devrait pas y avoir de problème.]
« Je vois… »
Je me frottai le menton.
C’était une bonne chose que cette magie n’ait pas été installée dans mon atelier, mais j’avais du mal à comprendre pourquoi.
Orgot et moi ne faisions pratiquement qu’un. Je perfectionnais sans cesse la magie à graver sur leurs marionnettes, tandis qu’ils partageaient leur système avec nous.
Cette vaste collaboration avait été très profitable aux deux parties. Si les responsables de l’installation de la magie d’enregistrement s’en prenaient à Orgot, ils auraient naturellement dû s’en prendre aussi à nous.
Pourtant, nous n’avions pas trouvé la moindre trace. C’était étrange en soi.
Mais ce n’était pas le moment de m’attarder là-dessus. Je plissai les yeux en regardant la personne dehors.
Comme Elmeshi dans notre atelier, cette personne avait été affectée par Ailey. Si elle avait caché cette magie, cela pouvait signifier qu’elle agissait sur ordre d’Ailey.
C’était grave. Si Ailey s’en prenait à Orgot, il nous serait difficile de lui tenir tête.
« Auriez-vous fait quelque chose pour offenser dame Ailey ? »
« Bien sûr que non. Quel courage me faudrait-il pour ça ? »
Orgot secoua la tête, alarmé. Son profond sentiment d’injustice était évident. Je hochai moi aussi la tête.
À vrai dire, cette possibilité me semblait peu probable, à moi aussi. Si Ailey voulait écarter Orgot, elle n’aurait pas besoin d’agir aussi secrètement. Le Conseil du Peuple était lié à Hongryeong. Il lui aurait suffi de lui en toucher un mot.
Ces manœuvres secrètes visaient donc autre chose. Ils cherchaient probablement à obtenir quelque chose de plus important qu’Orgot seul.
Je tapotai la table en réfléchissant, puis fronçai les sourcils.
« Isabella, puis-je revoir les documents ? »
Je tendis la main vers Isabella. Elle me remit les documents concernant les marionnettes. J’examinai attentivement chaque feuille et comptai les chiffres qui y étaient inscrits.
Au bout d’un moment, je ne pus m’empêcher de claquer la langue.
Je croyais avoir compris ce qu’ils cherchaient.
Je jetai un regard à Isabella. Elle acquiesça légèrement. Elle aussi semblait avoir compris pourquoi les marionnettes tombaient en panne.
Celui qui sabotait les marionnettes en connaissait un rayon sur elles. Sans cela, il n’aurait pas pu les dérégler avec autant de précision.
Et rares étaient les personnes qui les connaissaient aussi bien : moi, qui avais conçu directement la magie, et ceux qui fabriquaient les marionnettes. Les marionnettistes de cette ville.
C’était pour cela que je les avais brièvement soupçonnés en examinant les documents pour la première fois. Mais mes soupçons s’étaient vite dissipés. Ils n’avaient aucune raison d’agir ainsi.
Ils partageaient les bénéfices avec le Conseil du Peuple. Ils n’avaient aucune raison d’endommager volontairement les marionnettes. Plus elles tombaient en panne, plus ils perdaient eux aussi.
Mais si quelqu’un était prêt à assumer ces pertes à leur place ?
Par exemple, si une immense organisation comme Mookgeumgo, qui régnait sur cette ville, tirait les ficelles ?
Nous avions très bien étendu notre territoire. Nous en reversions aussi une partie des profits à la ville. La somme de points était considérable.
Mais cela ne représentait qu’une petite part du total. Aux termes de l’accord, nous ne devions verser qu’environ dix pour cent.
Sous cet angle, Mookgeumgo avait peut-être jugé que nous étions une prise intéressante.
C’était logique. Après tout, les marionnettes étaient fabriquées par les marionnettistes de la ville ; la Compagnie commerciale générale Arcana se contentait de les distribuer.
La compagnie commerciale n’était pas indispensable pour une distribution aussi simple. Mookgeumgo avait largement les moyens de s’en charger.
Ils devaient donc naturellement préparer le terrain pour évincer la compagnie commerciale. Et la méthode qu’ils avaient choisie, c’était le sabotage des marionnettes.
Ils exploitaient ainsi une faille dans l’accord que nous avions conclu auparavant.
Nous avions conclu cet accord uniquement pour faire des profits. En conséquence, nous devions en générer suffisamment pour Mookgeumgo et l’Association des marionnettistes d’On, les parties signataires.
Mais que se passerait-il si la compagnie commerciale ne leur rapportait pas assez ? Si les incidents étranges, comme les pannes des marionnettes, continuaient et qu’elle se révélait incapable de les résoudre ?
Il faudrait naturellement revoir les accords existants. Ils pourraient même vouloir rompre le contrat.
Ne chercheraient-ils pas à évincer la compagnie commerciale pour se partager les bénéfices ?
Je ne pus m’empêcher de froncer légèrement les sourcils.
Était-ce là le cadeau que Hwaryeong avait prévu d’offrir à Hongryeong ?
Même si le territoire que nous avions bâti était très tentant, Mookgeumgo aurait naturellement hésité à s’en emparer seule. Cela revenait à empiéter sur le territoire de la compagnie commerciale.
Mais qu’en serait-il s’ils avaient conclu un accord à l’avance ? S’ils avaient accepté de leur céder quelque chose de plus important en échange de la prise de cet endroit, il n’y aurait sûrement aucun conflit entre la compagnie commerciale et Mookgeumgo.
Peut-être cet accord était-il en place depuis un bon moment. Depuis le jour où j’avais choisi le Conseil du Peuple plutôt que Hwaryeong.
Du point de vue de Hwaryeong, elle n’avait rien à perdre. Elle pouvait éliminer Hongryeong, sa rivale, tout en empochant un joli bénéfice.
C’était pareil pour moi.
Je jetai un regard à Orgot. Hwaryeong ne s’en prenait qu’à la compagnie commerciale, ou plutôt au Conseil du Peuple et à Hongryeong. De ce point de vue, même si l’accord était rompu, je n’aurais pas grand-chose à perdre.
Quel que soit celui qui occuperait le territoire, il aurait besoin de mon aide pour fabriquer des marionnettes. De toute façon, j’avais reversé à l’Association des marionnettistes les bénéfices tirés de leurs marionnettes, donc cela m’importait peu.
De plus, il leur faudrait mon accord pour rompre le contrat. Ils voudraient donc probablement partager les bénéfices avec nous, eux aussi.
Était-ce pour cette raison qu’ils n’avaient pas installé de magie dans mon atelier ?
Mookgeumgo avait clairement décidé de ne s’en prendre qu’à eux.
Je me frottai le front en songeant à Hwaryeong. À voir la façon dont tout cela était parfaitement orchestré, j’avais presque l’impression qu’elle s’adressait à moi.
Allais-je aider Hongryeong à traverser cette crise ?
Ou allais-je retourner discrètement à ses côtés ?
Voilà le choix qu’elle me demandait de faire.
C’était une manœuvre d’une grande élégance, à l’image de Hwaryeong.
Après un instant de réflexion, je regardai Orgot et pris la parole.
« Je vais aller voir dame Ailey. »
J’ignorais comment tout cela avait été organisé, mais une chose était certaine.
Ailey, qui avait permis la conclusion de l’accord, n’aurait pas approuvé une telle chose.
Ailey avait choisi Hongryeong dans la lutte de pouvoir au sein de la famille Zhu. Elle n’aurait sûrement rien fait qui puisse lui porter préjudice.
Si Orgot m’avait fait venir par l’intermédiaire d’Isabella, c’était probablement pour me demander de la rencontrer.
Orgot hocha la tête, le visage tendu.
« Alors, je vais continuer à gérer l’atelier comme d’habitude. … Je vous fais confiance, monsieur Evron. »
Je hochai la tête à mon tour.
Orgot avait probablement compris comment la situation évoluait. Mais il ne pouvait pas agir à la légère.
S’il prenait des mesures importantes, ils comprendraient qu’il les avait repérés. Au lieu de continuer à agir en secret comme ils le faisaient, ils se montreraient alors bien plus entreprenants.
Il nous serait sûrement beaucoup plus difficile de comprendre leurs agissements.
Orgot devait donc faire comme s’il n’avait rien remarqué. Ainsi, ils n’iraient pas plus loin.
Peut-être frustré de ne pas pouvoir agir lui-même, Orgot poussa plusieurs soupirs. J’étais sans doute le seul en qui il pouvait avoir confiance.
Isabella et moi avions l’habitude de nous rendre ici, alors ils ne trouveraient sûrement pas cela trop suspect.
J’avais noué des liens avec Orgot au fil des années ; je devais donc l’aider à comprendre la situation, pour le moment.
Je quittai lentement la salle de réception.
La personne de Mookgeumgo qui attendait dehors me jeta un coup d’œil, mais je ne réagis pas et passai tranquillement devant elle.
Ils vérifieraient probablement la magie d’enregistrement une fois que nous serions tous partis.
Maintenant que j’étais au courant, je décelais quelque chose de suspect dans son regard.
Comment pouvais-je agir sans attirer l’attention ? Si je me hâtais d’aller retrouver Ailey, ils trouveraient sûrement cela suspect.
Je marchai lentement en réfléchissant au problème.
Mais la question fut vite réglée.
Je n’avais pas besoin de chercher Ailey : elle vint me trouver.
Je clignai des yeux en voyant Ailey arriver à la villa où nous logions, en pleine nuit noire.
Ailey sirotait tranquillement son vin dans un verre à pied. À côté d’elle se tenait Hongryeong, couvert de la tête aux pieds comme lors de sa précédente visite.
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