Chapitre 24
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Traducteur/Correcteur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 24
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Le sixième étage était déjà parcouru de vagues de pouvoir magique sinistre, si puissant qu’on le sentait depuis l’étage inférieur. C’était différent du pouvoir magique que j’avais perçu plus tôt. Malveillance et désespoir le traversaient, impossibles à dissimuler, et me rampaient sur la peau. Une pression suffocante m’écrasait.
J’envoyai prudemment une marionnette à l’étage.
Je m’attendais à ce qu’elle soit détruite sur-le-champ. J’en avais même placé d’autres en réserve, au cas où.
Mais il ne se passa rien.
La marionnette gravit les marches et regarda autour d’elle. Le couloir était impeccable. Même les tableaux et les sculptures disposés le long des murs s’exposaient fièrement, éclairant le chemin.
Contrairement à ce que j’avais imaginé, tout semblait parfaitement normal.
La marionnette avança avec prudence. Arrivée dans le hall central, elle pivota sur place et scruta les alentours. Par son intermédiaire, la structure du sixième étage se transmit dans mon esprit.
Le hall central était immaculé. Parfait, sans la moindre poussière. Il était si bien conservé que je pouvais même deviner à quoi les étages précédents avaient dû ressembler avant d’être ravagés au point d’en devenir méconnaissables.
Comme les étages inférieurs, le sixième en comptait dix. La structure générale de la tour semblait conçue ainsi. Le hall central et ses douze chemins en formaient les fondations.
Mais à quoi pouvait bien servir cet étage ? La porte d’une pièce était entrouverte, alors j’y entrai. Quelques objets disparates traînaient çà et là. Mais eux aussi étaient intacts, en parfait état.
La marionnette ressortit et rebroussa tout naturellement chemin. Comme si de rien n’était, elle tripota un tableau et une sculpture accrochés au mur, puis redescendit au cinquième étage.
Je l’examinai aussitôt avec mon pouvoir magique.
Je ne sentais rien d’anormal.
Mon visage se durcit. C’était encore plus étrange qu’il n’y ait rien d’anormal. Elle avait baigné dans ce pouvoir magique sinistre, et pourtant, pas le moindre problème ?
J’activai la magie explosive intégrée à la marionnette. Des circuits rouges se dessinèrent sur tout son corps. Ils formèrent bientôt un cercle magique unique et, l’instant d’après, la marionnette explosa.
Au même moment, un fin filet de rire moqueur s’échappa du pouvoir magique. Il se perdit dans l’explosion.
Je bloquai le choc avec un sort de protection et reculai. Quelque chose que je n’avais pas du tout remarqué s’était glissé dans la marionnette. Un frisson me parcourut la poitrine. Et si je n’avais rien remarqué ? J’aurais pu mourir sur place.
Je repassai une nouvelle fois dans mon esprit les scènes que la marionnette m’avait transmises.
Du point de vue de la marionnette, le sixième étage paraissait parfaitement normal. Moi aussi, je l’avais cru, jusqu’à un certain moment. Mais quand la Jeune pousse s’agita, je sentis que quelque chose clochait légèrement.
Cette impression étrange devint plus nette après être entré dans la pièce. Ces objets inconnus. Il y avait des morceaux de bois, et des pierres. À force de les observer par l’intermédiaire des marionnettes, je finis par comprendre ce qui clochait sur cet étage.
Il n’y avait pas de magie.
La plupart des étages que j’avais gravis jusque-là étaient couverts de poussière, car leur magie s’était dégradée. Quant au troisième étage, le seul qui fût resté intact, la magie qui le constituait était pleinement active.
Pourtant, à travers les yeux de la marionnette, je n’avais perçu aucune magie en activité au sixième étage.
Alors comment pouvait-il bien être intact ?
Quelque chose avait clairement manipulé la vision de la marionnette. Avec cette idée en tête, je l’examinai sous toutes les coutures. Mais je ne trouvai rien ; ce ne fut qu’après l’avoir fait exploser que je parvins enfin à déceler une trace.
Mon visage se figea et je m’éloignai rapidement de l’escalier menant au sixième étage. Le pouvoir magique sinistre ondula avec encore plus de force. Comme s’il savait que j’avais percé son secret, il laissa échapper un rire.
« Mais il faut quand même que je passe par là, hein… »
Un sourire amer se dessina sur mes lèvres.
Le ménage. Ce mot me tenait fermement en laisse. Ce n’était pas seulement une envie spontanée de ma part. Je regardai mon poignet. Le contrat me ligotait étroitement.
« Si je reçois les enseignements d’Irian et réussis l’examen d’entrée à l’université, je promets de servir Irian jusqu’à l’obtention de mon diplôme. »
Cette chose s’était mise à s’activer après la fin de la cérémonie d’entrée. Elle avait lié mon arbre et forcé mes actions. C’était pareil, maintenant. Chaque fois que je voulais redescendre, le contrat tremblait légèrement et pesait sur moi.
Est-ce que cet ordre de faire le ménage comptait lui aussi comme un service ? Voilà pourquoi les mages ne passaient pas de contrats. Si quelque chose y était inscrit, il fallait l’accomplir, quoi qu’il arrive.
Je n’avais donc pas d’autre choix que d’avancer. Même si quelque chose d’assez bizarre pour s’introduire dans ma marionnette et me tromper se cachait à l’étage au-dessus.
Je pris mon courage à deux mains. J’aurais agi ainsi même sans le contrat. Quoi qu’il y ait là-haut, ça ne pouvait pas être plus effrayant que la professeure.
Je me rappelai la correction que j’avais reçue, si violente que j’avais eu l’impression qu’on m’arrachait l’âme. La peur que je ressentais maintenant ne pouvait pas surpasser celle de cette fois-là. À ce souvenir, je repris confiance. Rien ne me faisait peur.
Envoyer une autre marionnette ne servirait à rien. De toute façon, je devais emprunter ce chemin. Au bout du compte, il fallait que j’aille vérifier par moi-même.
Je regardai la tortue dans ma main. C’était la seule chose en qui je pouvais avoir confiance, pour l’instant. Elle croisa mon regard et remua la bouche. La Jeune pousse la contrôlait et émettait du pouvoir magique, comme pour m’inciter à lui faire confiance.
Je pris une profonde inspiration et gravis lentement les marches.
Dès que j’atteignis le sixième étage, je balayai rapidement les alentours du regard. Comme prévu, toutes les informations que la marionnette m’avait transmises n’étaient que tromperie. Tout autour de moi était couvert de poussière et de détritus. Malgré tout, je ne repérai rien d’étrange.
Je plaçai les marionnettes devant moi et leur ordonnai de nettoyer. Elles dégagèrent habilement le passage en avançant. Je les surveillais attentivement tout en sondant le pouvoir magique alentour.
Un pouvoir magique sinistre emplissait tout le sixième étage. Mon cœur s’emballa. J’avais l’impression que quelque chose m’observait à travers ce pouvoir magique. Non, il m’observait bel et bien.
« Je suis venu faire le ménage ! C’est une tâche que la professeure Irian m’a confiée ! »
Je criai cela sans raison particulière. Cette tour appartenait à la professeure. Cette présence inconnue devait forcément être liée à elle aussi. Si je le lui faisais clairement comprendre, je me disais qu’elle se montrerait peut-être un peu plus prudente.
Le pouvoir magique oscilla légèrement. Même cette chose sembla quelque peu surprise. Je poussai intérieurement un soupir de soulagement. À en juger par sa réaction, je pensai que je pourrais peut-être m’en sortir plus facilement.
Quelle erreur monumentale.
Ça arriva alors que j’avais parcouru environ la moitié du chemin jusqu’au hall central. Je m’aperçus à un moment donné que quelqu’un marchait devant moi. Je n’avais aucune idée du moment où cette personne était apparue. Elle s’était installée dans mon champ de vision avec une telle naturelité.
Un frisson me parcourut l’échine. Il ne devait absolument y avoir personne ici à part moi. Plusieurs marionnettes jaillirent d’un coup. Mais elles ne parvinrent pas à atteindre cette personne. Elles titubèrent soudain, puis partirent dans la mauvaise direction. Le pouvoir magique et la magie ne firent pas mieux.
Cette personne marchait en gardant une distance constante avec moi. Quand je courais, elle courait. Quand je marchais, elle marchait.
J’avais beau accélérer, je ne parvenais pas à rattraper cette présence. Le pouvoir magique sinistre autour de moi devenait de plus en plus dense.
Et lorsque j’atteignis le hall central, je compris.
Ah. C’était mon dos.
En un instant, l’atmosphère des lieux changea brusquement.
Des chuchotements gloussants retentirent à mes oreilles, de toutes parts. Au même moment, l’espace se mit à se fendre. Les murs tremblèrent et le sol fondit, comme s’il glissait au loin.
Je vérifiai précipitamment le chemin que j’avais emprunté. L’accès au cinquième étage avait déjà fondu et disparu sans laisser de trace. Le pouvoir magique sinistre, désormais épais comme du brouillard, semblait obscurcir mon esprit.
« Merde. »
Je me mordis la lèvre jusqu’au sang. La douleur vive me tira de ma torpeur. Je devais me concentrer.
Je jetai la tortue au sol et bondis en avant. Elle grossit et atterrit par terre. Quand cette masse imposante posa le pied sur le sol, la terre fondante se mit à bouillonner. Mais, incapable de supporter son poids, elle ne parvint pas à se libérer.
Mon corps fut aspiré directement dans la tortue. Heureusement que je l’avais sortie au cas où quelque chose comme ça arriverait. La tortue se mit aussitôt à courir à toute vitesse.
Elle n’était pas aussi robuste que lors de l’examen. Le problème ne venait pas de la magie, mais des matériaux.
Réparer les pièces usées pendant l’examen exigeait divers matériaux, mais je n’avais pas assez d’argent pour les acheter. Voilà ce qui arrivait parce que je n’avais pas réussi à vendre une seule marionnette depuis que la professeure s’était installée. Au bout du compte, je l’avais remplie de bois en pleurant.
Si j’avais su que j’en aurais de nouveau besoin si tôt, je me serais endetté pour la remettre à neuf ! Je contrôlai la tortue tout en le regrettant.
Je n’avais aucune idée du moment où cette chose pourrait s’infiltrer dans le corps de la tortue. Pour m’en protéger, je répandis une bonne quantité de mon pouvoir magique dans son corps et activai la magie défensive. Je regardai au-dehors par sa bouche et avançai rapidement.
Loin devant, j’aperçus l’escalier. Dans cette réalité déformée, seul l’escalier était resté intact. À mesure que la tortue avançait, les transformations s’accentuaient.
Les murs se resserraient comme pour l’écraser, et le sol l’aspirait comme un marécage. Les nombreuses marionnettes qui me suivaient avaient déjà sombré dedans et disparu, je ne savais où.
La tortue ne me déçut pas. Elle écrasa les murs qui se refermaient sur elle et continua d’avancer. Elle piétina le sol qui cherchait à lui entraver les pattes et poursuivit sa course.
La tortue repoussa toutes ces entraves et arriva bientôt à hauteur de mon dos. Comme j’étais installé à l’intérieur et ne bougeais pas, cette chose resta elle aussi immobile.
La tortue lui écrasa les pieds.
Elle se dispersa comme une illusion. Au même instant, un rire grinçant retentit à mes oreilles. Il me donna le vertige.
Je me mordis le bout de la langue et me forçai à reprendre mes esprits. Il ne restait plus grand-chose. L’escalier était juste devant moi. Plus je m’en approchais, plus le pouvoir magique sinistre qui emplissait le sixième étage s’amenuisait. Peut-être que le pouvoir de cette chose ne s’étendait pas jusque-là, car toutes les interférences s’affaiblissaient peu à peu.
Ce ne fut qu’une fois arrivé à l’escalier que je pus enfin pousser un soupir de soulagement.
Je descendis de la tortue et m’effondrai sur les marches. Ce rire. Il résonnait encore dans ma tête. La tortue rapetissa aussitôt et revint dans ma main.
Je rampai jusqu’au milieu de l’escalier et haletai. En regardant vers le bas, je déglutis. Le sixième étage s’était tordu autant que possible, et toutes les voies de retour étaient bloquées. Comme s’il regrettait amèrement de ne pas m’avoir attrapé, le pouvoir magique continuait de se tordre et de tenter d’approcher de l’escalier.
Tant pis pour le ménage. Le sixième étage était complètement ravagé. La professeure comprendrait, pas vrai ? Je regardai l’escalier en colimaçon qui se poursuivait au-dessus de ma tête et pris une profonde inspiration.
Je devais monter.
Je n’avais pas le choix. Et pas le temps.
Toutes les marionnettes que j’avais emportées avec moi avaient elles aussi disparu.
C’est ainsi que je posai le pied au septième étage. À ma grande surprise, celui-ci était intact.
Toute la magie qui le constituait fonctionnait normalement. Il n’avait rien à voir avec le sixième étage. Je ne sentais aucun pouvoir magique étrange et rien ne semblait anormal.
La tortue dans les bras, j’avançai lentement. Je ne tardai pas à atteindre le hall. Le chemin qui y menait était très confortable et propre. Je commençai à être un peu soulagé.
Puis, une fois dans le hall, mon esprit se vida.
Qu’est-ce que c’est ? Voilà ce que je me demandai en regardant le plafond.
Un vaste univers s’y trouvait.
Non. C’était une sphère qui semblait contenir l’univers.
Non, ce n’était pas ça non plus. Ce qui s’y trouvait, c’était un œil gigantesque.
Nos regards se croisèrent.
À cet instant, ma vision vola en éclats.
La forme de toute chose se divisa en douze branches, et tous ces chemins apparurent comme un seul œil. La véritable raison qui y résidait me précipita dans un abîme sans fond, et je l’acceptai de toutes mes forces. Cette raison unifiée s’enfonça en moi et brisa toutcequi me constituait, et je fondisdansunedouleur pour devenirunepartie de cette chose. Monâme fut broyée, et monexistence éclatée en morceaux, puis s’infiltra dans de minuscules ténèbres. Ellemedévore. Moi, je ne suisp lusmoi. Dansle tourbillon de folie, douzemoi rient sans fin. Jeleurappartiens, et pourtant elles sontmiennes dansle processus de devenir danscettechose au-dedans, l’âmeàmoi regarde et rit, monâme sansfin renaît et sansfin estanéantie
« Ah, je me suis trompée. Je ne savais pas que ça sortirait. »
Quelque chose me frappa à la tête.
Mon esprit se coupa, et ma conscience fut aspirée dans les ténèbres.
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