Chapitre 231
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 231
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Je fis légèrement sauter la pièce. Elle jaillit du bout de mes doigts et se mit à tournoyer dans un bref tintement métallique. Elle s’éleva haut, puis finit bientôt par céder à la gravité et retomba.
Je récupérai la pièce et l’examinai, un léger sourire aux lèvres. Elle dégageait un étrange pouvoir magique et, sur sa face, figurait le visage du professeur On. Tout semblait bien parti.
Je regardai le bâtiment devant moi. Une enseigne suspendue indiquait : [Association des marionnettistes d’On]. Chaque ville avait forcément une association de marionnettistes. C’était la volonté du professeur On.
C’était là que se réunissaient les marionnettistes de la Cité du Mur de glace. Je jetai un coup d’œil aux alentours : la rue était propre et bien ordonnée.
L’association n’avait pas le prestige de la Compagnie commerciale générale Arcana, mais elle occupait tout de même une place en plein cœur de la ville. Je claquai la langue en la contemplant.
Le coût de la vie était bas dans la Cité du Mur de glace, mais le centre-ville restait assez cher. Pourtant, les marionnettistes avaient réussi à s’y installer.
Je secouai légèrement la tête en repensant aux marionnettistes de notre ville. Mauro et les autres s’étaient installés au premier étage, dans le quartier le moins cher de tous.
Peu de marionnettistes avaient quitté cet endroit. À part moi, Koite et quelques-uns de ceux qui l’avaient suivi, tous étaient restés dans un coin de la ville.
Bien sûr, ce n’était pas faute d’argent. Beaucoup des matériaux qu’ils utilisaient pour leurs marionnettes valaient bien plus que les bénéfices de ma boutique.
Ils gagnaient ainsi pas mal de points. Et ils n’en gagnaient pas seulement en tenant des boutiques. D’après Mauro, un bon nombre d’entre eux acceptaient des missions confiées par des mages des étages supérieurs.
Les marionnettes étaient extrêmement faciles à diriger. On pouvait s’en servir sans hésiter pour gérer la ville ou affronter des bêtes magiques.
C’était ainsi qu’ils gagnaient des points en mettant leurs spécialités au service des autres. Assez pour quitter le premier étage et rejoindre les étages supérieurs.
Et pourtant, ils y restaient parce qu’ils dépensaient plus qu’ils ne gagnaient.
Comme je l’avais déjà compris, les marionnettes finissaient par aimer leurs marionnettistes. Ceux-ci ne pouvaient donc pas s’empêcher de s’attacher eux aussi à leurs marionnettes, parfois jusqu’à l’obsession.
Et par rapport aux marionnettistes des autres villes, ils poussaient les choses un peu trop loin. Ils investissaient sans compter pour leurs marionnettes. Tout, littéralement.
Je secouai la tête en me rappelant Amelia, venue me voir lors du rassemblement de l’année précédente pour m’emprunter des points. Une profonde tristesse se lisait sur son visage, tandis que sa marionnette loup-garou se tenait à ses côtés.
Elle était entrée dans l’association avant moi et était donc mon aînée. Elle avait désormais atteint la dernière étape du cursus de base. Elle était sur le point de quitter le royaume du Jeune arbre pour entrer dans celui de l’Arbre accompli.
Alors, quand elle me demanda des points, je ne pus m’empêcher de lui demander, surpris, ce qui s’était passé. Si quelqu’un s’en prenait à une membre de notre association, je devais l’aider.
Mais son histoire fut franchement déprimante. Elle avait dépensé tous ses points et ses matériaux pour acheter des choses adaptées à sa marionnette. Il ne lui en restait donc pas assez pour s’inscrire aux cours.
Je lui prêtai volontiers les points dont elle avait besoin. Elle m’avait aidé à garder ma boutique, je lui devais bien ça. Et dès que je lui eus prêté des points, d’autres vinrent me trouver les uns après les autres.
Ils avaient tous des problèmes similaires. Certains n’avaient pas de quoi payer leur logement le lendemain ; d’autres voulaient m’emprunter des points pour acheter des matériaux.
Je leur en prêtai à eux aussi. C’était une façon de rendre les services qu’on m’avait rendus, je n’avais aucune raison de rechigner.
C’est ainsi que je compris pourquoi Koite avait pleuré en voyant ma boutique si bien installée. Je compris également pourquoi il voulait prendre la tête de l’association après Mauro.
Koite avait probablement lui aussi eu affaire à des marionnettistes venus lui demander des points. Vu son caractère, il avait dû essayer de les en dissuader.
Mais ses tentatives n’avaient visiblement pas été très efficaces. Si ses paroles les avaient convaincus, Amelia ne serait pas venue me voir. Koite voulait sûrement devenir chef de l’association pour changer tout cet environnement.
Je plissai les yeux en regardant le bâtiment devant moi. Si l’association tombait entre les mains de Koite, il pourrait peut-être en faire un endroit semblable à celui-ci.
Une association suivait la direction que lui donnait son chef, et les marionnettistes pourraient naturellement y vivre un peu plus décemment.
À cet égard, Gaon, le chef de l’association de cette ville, pouvait être considéré comme quelqu’un de compétent. Il avait dû faire grandir l’association des marionnettistes jusqu’à ce qu’elle en arrive là.
Je jetai un coup d’œil à côté de moi. Isabella contemplait le bâtiment, songeuse comme moi. Elle tenait un épais dossier entre ses mains, qui contenait tous les détails de nos négociations avec Mookgeumgo.
Les négociations avec Mookgeumgo s’étaient très bien déroulées. Nous n’avions à leur reverser qu’environ trente pour cent des bénéfices tirés de la vente des marionnettes. Comparé aux quelque cinquante pour cent que prenait la Compagnie commerciale générale, c’était un accord très satisfaisant.
Dès que nous lancerions notre activité demain, nous pourrions facilement nous débarrasser des autres contrefaçons qui m’avaient copié. Les points afflueraient d’eux-mêmes.
Mais avant ça, nous devions également présenter les détails de l’accord à Gaon. Il en faisait lui aussi partie.
Les marionnettes étaient fabriquées par les marionnettistes de cette ville. Il était donc normal que Gaon, le chef de leur association, appose lui aussi sa signature.
C’était pour cela que j’étais venu ici. Et je voulais aussi revoir quelqu’un que je n’avais pas croisé depuis un moment.
« Vous êtes sûre de vous ? »
Je me grattai le menton en regardant Isabella. Elle rassembla ses pensées, puis tourna les yeux vers moi. Je soutins son regard et poursuivis :
« Si nous entrons, vous risquez de tomber sur des gens que vous n’avez pas envie de voir. Je suis seulement là pour transmettre les conditions de l’accord, alors je peux très bien y aller seul. »
Isabella avait vécu longtemps comme la marionnette d’Ugo. Les marionnettistes d’ici la reconnaîtraient forcément. Elle risquait même de croiser Ugo, qui faisait lui aussi partie de cette association.
À mes yeux, Ugo était quelqu’un qui m’avait tout donné sans rien retenir. Mais pour Isabella, il pouvait représenter un poids énorme. Il aurait peut-être mieux valu que j’entre seul.
[Au vu de ce qui se passera plus tard, il vaut mieux que je sois présente. Alors ne vous inquiétez pas trop, maître. Je suis venue parce que je voulais moi aussi les revoir.]
Isabella sourit doucement en levant les yeux vers le bâtiment. Je l’observai en silence un moment, puis hochai la tête. Elle m’avait montré sans réserve qu’elle était capable et fiable. À moi de lui faire confiance.
Nous entrâmes lentement dans le bâtiment. J’avais déjà prévenu les personnes à l’intérieur de notre arrivée ; elles ne tarderaient donc pas à réagir.
Et je ne m’étais pas trompé.
« Toi. Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »
Je souris en reconnaissant la voix qui nous accueillit dès notre entrée. En me tournant vers elle, je vis quelqu’un qui nous regardait en grinçant des dents.
C’était Ugo, qui avait l’apparence d’un petit garçon. Je m’approchai de lui tandis qu’il dégageait un pouvoir magique meurtrier, puis lui adressai un signe de la main.
« Ugo, ça faisait un bail. J’ai entendu dire que tu avais traversé pas mal d’épreuves ces derniers temps, mais tu as plutôt bonne mine. Tant mieux. »
Depuis quelque temps, l’Alliance de la Vengeance, composée de ceux qui avaient perdu leur corps à cause d’Ugo, surveillait chacun de ses mouvements sans manquer un seul jour. Ils voulaient lui faire payer ce qu’il leur avait fait.
Leur malveillance était très ciblée. Si Ugo tentait de suivre un cours, ils dépensaient des points pour s’assurer qu’il échoue. Ils avaient même engagé des dompteurs de bêtes magiques afin de le prendre en embuscade lorsqu’il quittait la ville.
À force de subir toutes ces entraves, Ugo avait fini par être contraint de rester dans cette ville. Les autres n’avaient d’autre choix que de s’arrêter eux aussi. Causer des problèmes en ville revenait à se faire un ennemi de Mookgeumgo.
Malgré tout, en maintenant simplement Ugo prisonnier de cette ville, l’Alliance de la Vengeance avait déjà atteint une partie de son objectif. Je le détaillai lentement de la tête aux pieds. Son pouvoir magique chargé d’intentions meurtrières fusa alors vers moi.
« Et à ton avis, c’est la faute de qui ? »
Ugo me fusilla du regard en grinçant des dents. Tiens ? Il ne m’avait pas parlé poliment avant ? Il semblerait que sa rancune contre moi soit tenace.
Je haussai légèrement les épaules et libérai mon pouvoir magique. Au même instant, mon ombre frissonna et s’étendit autour de moi. C’était le domaine créé par l’arbre d’ombre.
À l’intérieur de ce domaine, le pouvoir magique d’Ugo, jusque-là dissimulé, jaillit en même temps que le mien. Il avait l’air d’avoir voulu m’entraver avec. J’avais vérifié par précaution, et comme prévu, j’avais vu juste.
« Hmm, voilà un accueil bien excessif. Tu seras bientôt libre, alors essaie de te calmer. »
Je regardai Ugo tranquillement. Mais il se contenta de claquer la langue et de me fusiller du regard avec encore plus de férocité. Je laissai échapper un rire satisfait.
Lors de notre affrontement à la compétition précédente, j’avais eu du mal à contenir le pouvoir magique d’Ugo. L’écart de niveau entre nous était évident : Ugo était un mage qui avait atteint le quatrième étage, tandis que moi, je n’étais qu’au deuxième.
Mais à présent, je pouvais bloquer son pouvoir magique. Cela signifiait aussi que l’écart s’était suffisamment réduit. Les restrictions imposées aux déplacements d’Ugo y étaient également pour quelque chose.
Depuis quelque temps, Ugo n’avait pas pu quitter la ville, à cause des obstacles qu’on lui mettait sans cesse sur la route. Cela avait forcément nui à son entraînement. J’avais progressé tandis qu’il faisait du surplace ; l’écart entre nous ne pouvait que se réduire.
Peut-être que, si les choses continuaient ainsi, je terminerais le cursus de base avant Ugo. Bien sûr, rien n’irait aussi facilement.
Jusque-là, l’Alliance de la Vengeance avait bien réussi à contenir Ugo. Mais, à partir d’un certain moment, elle avait commencé à se déliter peu à peu. Quelqu’un ralliait ses membres un par un.
Quand les avantages proposés étaient assez importants, les rancunes comme les dettes finissaient par s’effacer. N’avais-je pas passé un contrat avec Hongryeong de cette façon ? Il était tout naturel que d’autres se laissent convaincre eux aussi.
Et Gaon était probablement derrière ces manœuvres. À ses yeux, Ugo restait un outil bien utile.
Je me caressai le menton en repensant aux informations que j’avais récoltées au prix de grands efforts. Le savoir était directement lié à la survie. C’était pour cela que je ne négligeais pas de me renseigner sur ceux que je considérais comme mes ennemis.
Ugo en faisait partie. J’avais donc appris beaucoup de choses à son sujet. Par exemple, qu’il était né dans la famille qui régnait sur la région de Toscana et qu’il en était l’héritier principal.
Je plissai les yeux en regardant Ugo. Sa famille régnait sur une région, mais elle n’avait pas assez de poids pour jouir du prestige d’une grande famille. Comparée à celle de Hongryeong, la différence devait être celle d’un lapin face à un tigre.
Cela dit, être assez puissant pour ressembler à un lapin restait impressionnant. Pour fonder une famille et la hisser à ce niveau, il avait fallu faire émerger des mages exceptionnels pendant des dizaines de générations.
Je comprenais donc pourquoi Gaon tenait tant à Ugo. S’il en faisait son disciple et s’assurait le soutien de sa famille, cela l’aiderait grandement à hériter de la tour du professeur On.
Je fis rouler la pièce entre mes doigts. Ce simple jeton ne suffisait pas pour hériter d’une tour. Il reconnaissait seulement les qualifications de son détenteur, sans l’aider à entretenir la tour.
Une tour ne grandissait que grâce au pouvoir de son propriétaire, le professeur. Si l’héritier n’avait pas les capacités nécessaires pour l’entretenir, elle finirait donc par s’effondrer.
À cet égard, Gaon n’avait pas non plus la force nécessaire pour hériter de la tour du professeur On. Même s’il était un mage qui avait presque atteint le dixième étage, il était encore loin du royaume d’un professeur.
Pour entretenir la tour, Gaon avait donc besoin de quelque chose capable d’accumuler le pouvoir magique à sa place. Quelque chose comme un cœur de dragon.
Mais trouver un objet aussi précieux revenait à décrocher les étoiles. Gaon devait donc entretenir la tour à l’aide d’ersatz similaires.
En réunissant un grand nombre de cœurs de drakes et en les reliant entre eux, il pourrait imiter en partie un cœur de dragon. Cela pourrait durer une dizaine d’années.
S’il tenait ainsi, encore et encore, tout en absorbant le pouvoir magique de la tour, son royaume progresserait naturellement. Il pourrait alors s’imposer comme le véritable propriétaire de la tour.
Mais, pour faire progresser son royaume, il lui fallait assez de fonds pour acquérir quelque chose qui entretiendrait la tour à sa place.
C’était pour cela que Gaon protégeait Ugo. Il voulait obtenir le soutien de la famille de ce dernier. De ce point de vue, leur relation était gagnant-gagnant.
Gaon pourrait devenir professeur et Ugo serait soutenu par un professeur. La famille d’Ugo se retrouverait elle aussi liée à un professeur ; il n’y avait donc rien à y perdre.
C’était pour cela que les chaînes qui entravaient Ugo se desserraient peu à peu. Dans quelques années, l’Alliance de la Vengeance n’existerait probablement plus que de nom. Une ou deux personnes ne suffiraient pas à arrêter Ugo.
À vrai dire, je n’avais pas tenu à en apprendre autant sur les tours. Je ne m’étais jamais beaucoup intéressé à l’idée d’en hériter, et je n’avais donc pas cherché à me renseigner sur le sujet.
Si j’étais devenu aussi calé sur les tours, c’était en grande partie grâce à la professeure Irian. Je claquai la langue en repensant à elle, sans doute plongée dans un profond sommeil.
Après que j’eus conclu un contrat provisoire avec le professeur On, la professeure Irian s’était méfiée de me laisser seul dans sa tour. Elle semblait craindre que la tour du professeur On m’ait fait envie.
Peut-être à cause de cela, elle avait commencé à évoquer l’air de rien toutes sortes de sujets liés aux tours : les problèmes qui survenaient lorsqu’une personne non qualifiée en héritait, ou encore le coût de leur entretien.
C’était des renseignements inutiles pour quelqu’un comme moi, qui n’avais aucune intention de quitter sa tour. Mais grâce à l’inquiétude du professeur, j’avais pu comprendre certaines des intentions de Gaon. En ce sens, c’était aussi une bénédiction du professeur.
Que se serait-il passé si je n’avais pas su qu’Ugo serait bientôt libéré ? Même si je restais sur mes gardes, je finirais forcément par laisser une ouverture. Avec la magie de dissimulation d’Ugo, c’était un risque de taille.
Mais j’avais appris à l’avance qu’Ugo serait libéré. C’était pour cela que j’étais venu le voir. Ce ne serait pas mieux pour nous deux d’en parler avant que cela arrive ?
« Et si nous nous réconciliions maintenant ? Si nous continuons à accumuler les rancunes, nous serons les deux seuls à en souffrir. »
Je tendis la main à Ugo. Cette rancune était née de ses actes. Il m’avait tué, et je n’avais fait que lui rendre la pareille.
Dans cette optique, lui proposer une réconciliation était un peu perdant pour moi. Je ne lui avais pas encore rendu sa dette au centuple.
Je lui tendis tout de même la main parce que nous étions désormais partenaires et que nous devions travailler ensemble. Leurs marionnettes étaient devenues la pièce maîtresse de mon activité. Je ne pouvais pas laisser une rancune entre nous empoisonner nos affaires.
« Ha, une réconciliation ? Très bien. À condition que tu me remettes le maître qui est à côté de toi. »
Sans que ses intentions meurtrières quittent son visage, Ugo fixa Isabella, qui se tenait à côté de moi. Une profonde possessivité débordait de son regard.
Je n’eus d’autre choix que de secouer la tête. Isabella avait déjà échappé à Ugo. N’était-ce pas la promesse faite lors de la compétition ? Le vainqueur remportait la marionnette du perdant.
« Je crains de ne pas pouvoir accepter. Isabella est déjà ma marionnette. »
Je passai doucement un bras autour de la taille d’Isabella. Elle se blottit contre moi. En baissant les yeux vers elle, je remarquai son air pensif.
En regardant Ugo, Isabella semblait partagée entre de nombreuses émotions. Je lui murmurai doucement à l’oreille :
« Ça va ? »
Isabella regarda Ugo, puis moi, et hocha doucement la tête avec un sourire. Elle posa la tête contre ma poitrine. On aurait dit qu’elle imitait Mira.
En nous voyant, Ugo se mit à déverser son pouvoir magique, le visage livide. Il n’avait donc toujours pas renoncé ? Il fallait que je tranche le lien qui le retenait encore à elle.
Je haussai lentement mon propre pouvoir magique. Il entra en collision avec celui d’Ugo et fit naître des ondulations. Je souris légèrement en voyant son visage livide. Comme prévu, je pouvais tenir bon. Même sans Mira.
Mira était déjà partie à la villa d’Ailey. Le pouvoir magique de cette ville ne semblait pas lui plaire. Je ne pouvais pas l’emmener jusqu’ici. Non, de toute façon, je n’avais pas prévu de le faire.
Je secouai légèrement la tête en regardant Isabella blottie dans mes bras. Mira était aussi possessive qu’Ugo. Si elle nous voyait serrés l’un contre l’autre ainsi, elle aurait peut-être aidé Ugo à nous séparer.
Ugo, incapable de contenir sa colère, commença à tracer un cercle magique. Je me frottai tranquillement le menton en le regardant faire. Au lieu de se contenter d’affronter mon pouvoir magique, Ugo cherchait à utiliser un sort. Il avait visiblement perdu une bonne part de sa raison.
Voilà à quel point Isabella comptait pour Ugo. Ma visite n’avait vraiment pas été vaine. Ses gestes m’avaient appris beaucoup de choses.
Le cercle magique d’Ugo se remplit bientôt d’éclairs, prêts à s’abattre sur nous.
Mais ils ne nous atteignirent jamais.
Une petite fille bloqua le cercle magique à mi-chemin.
La fillette, qui s’était approchée sans que je la remarque, saisit le cercle magique d’un air impassible. Celui-ci se froissa entre ses doigts comme du papier, puis se transforma en un mince filet de pouvoir magique avant de disparaître.
Ugo hésita un instant en voyant la fillette. Puis j’entendis un léger claquement de langue.
« Tss. Je t’avais dit de ne pas sortir. Retourne dans ta chambre. »
Ugo tenta de dire quelque chose, mais un cercle magique apparut sous ses pieds et l’enveloppa aussitôt. Le pouvoir magique du cercle l’emporta et il disparut en un instant.
J’observai ce sort en plissant les yeux. Il isolait l’espace et ressemblait un peu à la magie spatio-temporelle dont le professeur On s’était servi auparavant. Digne d’un élève du professeur On.
Je tournai les yeux vers la voix. Un grand homme descendait l’escalier. Son pouvoir magique pesait sur nous comme une montagne.
Le message que j’avais fait transmettre à l’intérieur venait sans doute tout juste de lui parvenir. Je m’inclinai légèrement et lui souris.
« Ça faisait longtemps, Gaon. »
Gaon s’arrêta bientôt devant moi et nous observa en silence. Il n’avait pas besoin de parler : son regard nous pressait déjà d’expliquer la raison de notre venue.
[Voici l’accord conclu entre la Compagnie commerciale et Mookgeumgo. Nous sommes venus en discuter.]
Isabella sortit de mes bras et lui tendit le dossier. Gaon la fixa un instant, puis acquiesça.
« Je vois. Dans ce cas, allons ailleurs. »
Gaon fit un petit geste de la main. La fillette, qui se tenait immobile, se mit à libérer son pouvoir magique. Les alentours s’assombrirent et, en un instant, le décor changea.
En regardant autour de moi, je vis une pièce décorée d’objets en tout genre. C’était clairement le bureau de Gaon. Il s’assit sur une chaise et me désigna d’un mouvement du menton l’espace devant lui. Son geste me rappela étrangement le professeur On. Je m’assis en face de lui.
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