Chapitre 230
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 230
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Un contrat.
Je regardai calmement Ailey et me frottai le poignet.
Le contrat que j’avais conclu avec Hongryeong était assez simple. Il comportait bien sûr de nombreux détails, mais une fois ceux-ci mis de côté, il ne restait qu’une condition essentielle.
Hongryeong ne m’avait demandé qu’une chose : ne pas intervenir avant qu’il ait vaincu Hwaryeong et obtenu le nom de famille Zhu. En échange, il promettait de me libérer du contrat qui me liait à la Compagnie commerciale.
Je comprenais pourquoi Hongryeong avait fait ce choix. J’avais été un outil très utile pour aider Hwaryeong à gravir les échelons. De son point de vue, à lui qui rivalisait avec elle, je devais être particulièrement agaçant.
C’était pour cela qu’il avait tenté de se débarrasser de moi par l’intermédiaire du Conseil du Peuple. Je plissai les yeux. Il avait peut-être jugé que cela suffirait.
Mais j’avais survécu. Pour m’éloigner de Hwaryeong, il lui avait fallu payer un prix plus élevé. Et ce prix, c’était l’appât qu’étaient les insectes miroirs.
Les insectes miroirs étaient à la fois ce qui éveillait mon intérêt et la meilleure offre que Hongryeong pouvait me faire. Voilà pourquoi j’avais conclu un contrat conforme à ses souhaits.
Me demander de ne pas intervenir ne signifiait pas que je devais cesser de coopérer avec Hwaryeong. Je n’avais aucune raison de refuser. Pourquoi aurais-je rejeté un contrat aussi avantageux pour moi ?
Si j’étais lié à Hwaryeong, c’était parce que Miryeong et Myra étaient les parties au contrat concernant les insectes miroirs. J’étais une sorte de trophée pour leur famille Zhu.
Si quelqu’un comme moi essayait de sortir de sa vitrine et de se déplacer à sa guise, la famille voudrait naturellement s’en débarrasser. Voilà pourquoi je n’avais d’autre choix que d’observer leurs réactions.
Mais Hongryeong appartenait lui aussi à cette famille. Choisir Hongryeong ou Hwaryeong ne revenait pas à les trahir. Cela me donnait simplement un peu plus de marge de manœuvre.
C’était pour cela que j’avais choisi le Conseil du Peuple plutôt que Hwaryeong. Leur offre était plus intéressante que la sienne. Je n’avais qu’à tirer discrètement profit des deux camps.
Bien sûr, cette stratégie présentait un problème. Un outil devait finir par rester un outil.
Jusqu’ici, j’avais été très utile à Hwaryeong. Si un outil pareil se mettait soudain à agir de son propre chef, son utilisateur trouverait naturellement cela gênant.
Hwaryeong avait peut-être une idée de la raison de mon comportement. Elle avait sans doute compris que quelqu’un, sans savoir qui, avait trafiqué son outil. Elle n’était pas idiote.
Malgré tout, elle ne m’avait rien dit. La raison était évidente : les avantages que je lui apportais dépassaient les frictions que je provoquais.
En dehors de mes négociations avec le Conseil du Peuple, notre coopération s’était poursuivie normalement. Cette fois, elle avait même pris en charge la vente des nouveaux créneaux de cours. Et les insectes miroirs continuaient de lui être livrés régulièrement.
Aucun imbécile n’abattrait une brebis qui pondait des œufs d’or, tant qu’elle ne causait pas de gros problèmes.
Je plissai les yeux et regardai Ailey.
Le contrat conclu avec Hongryeong pouvait être considéré comme un secret connu de nous seuls. Le fait qu’une étrangère comme elle en ait connaissance ne signifiait qu’une de ces deux choses : l’information avait fuité de mon côté ou du sien.
Dans les deux cas, c’était dangereux. Si Ailey parlait du contrat à Hwaryeong, je ne pourrais plus vivre aussi tranquillement qu’aujourd’hui.
Hwaryeong m’avait laissé tranquille parce que je n’avais pas trop cherché à sortir de mon rôle d’outil. Mais si elle apprenait l’existence de mon contrat avec Hongryeong, elle chercherait à coup sûr à me tenir plus fermement.
Reprendre les insectes miroirs, c’était lui retirer ses bénéfices et, au-delà, ceux de la famille. Miryeong pourrait même intervenir.
Je déroulai mon pouvoir magique comme une pelote de fil. Celui qui quittait mon corps se transforma en cercle magique.
Ailey laissa s’échapper un peu de pouvoir magique en observant le cercle avec intérêt. Elle semblait curieuse de voir ce que j’allais faire.
Si j’essayais de l’attaquer par ce biais, elle riposterait. C’était peut-être même ce qu’elle souhaitait. Sentant l’intention meurtrière qui flottait autour de ses lèvres, je secouai doucement la tête.
Le cercle magique que j’avais préparé ne servait pas à attaquer. De toute façon, je n’avais rien à gagner à la provoquer ici. Nous étions sur le territoire de Mookgeumgo, et elle en faisait partie.
Bientôt, le cercle magique achevé cracha une petite théière au milieu du pouvoir magique. Je la rattrapai, sortis plusieurs tasses de ma poche et y versai le thé.
« Avant de discuter, j’aimerais vous offrir une tasse de thé pour fêter nos retrouvailles. J’espère qu’il sera à votre goût, dame Ailey. »
Un parfum délicat s’éleva du thé. Je tendis une tasse à Ailey, qui ferma légèrement les yeux pour en savourer l’arôme.
En la voyant sourire faiblement, je hochai la tête. Combien d’efforts avais-je faits pour découvrir les goûts d’Ailey, à l’époque où nous passions ensemble l’examen d’entrée ? Ces souvenirs étaient encore gravés dans ma mémoire.
Le thé que j’avais préparé cette fois-ci était fait à partir de feuilles d’arbre de glace cueillies dehors, puis travaillées selon les préférences d’Ailey. À voir son expression, heureusement, ses goûts n’avaient pas beaucoup changé.
Ailey reposa bientôt sa tasse avec un léger sourire. Son regard, posé sur moi, exprimait une profonde satisfaction.
« Cela faisait longtemps que je n’en avais pas bu. Je me disais que la magie du thé venue de la Cité des stalactites m’était familière. C’était donc bien ta magie, Evron. Peut-être parce que tu en es le créateur, elle est tellement meilleure qu’il n’y a pas de comparaison possible. »
Je me caressai le menton en la regardant incliner sa tasse. La magie du Thé Noir Parfait s’était donc aussi répandue ici ?
Je ne m’étais pas attendu à ce que la magie que j’avais créée arrive dans cette ville avant moi.
Sentant le pouvoir magique de la ville envahir mon corps, je hochai la tête. Vu ce pouvoir magique, il n’était pas étonnant que la magie du thé se soit répandue ici. Pour ces gens, boire du thé était directement lié à leur survie.
« Je suis ravi que cela vous plaise. Dites-le-moi si vous en voulez davantage, je vous en resservirai aussitôt. »
Je bus une gorgée de thé à mon tour et souris à Ailey. Elle me demanda plusieurs autres tasses, et chaque fois, j’en préparai une nouvelle. Tout en buvant, nous échangeâmes quelques plaisanteries et nous racontâmes nos histoires.
Après un moment, quand je sentis que l’atmosphère s’était suffisamment détendue, je reposai ma tasse.
« Monsieur Hongryeong vous a-t-il laissé un message pour moi ? »
Je posai la question en regardant les autres. Après que nous nous étions séparés en groupes, j’avais senti plusieurs membres de Mookgeumgo écouter notre conversation. Je voyais le flux de pouvoir magique qu’ils avaient créé.
Quand Ailey avait évoqué plus tôt mon contrat avec Hongryeong, elle avait habilement couvert sa bouche de pouvoir magique pour les empêcher d’en entendre le contenu. Ils avaient tout de même dû remarquer quelque chose de suspect et tenter de nous espionner.
Mais à présent, toute trace avait disparu. Ils avaient manifestement décidé que notre conversation ne présentait pas grand intérêt. Je pouvais donc parler un peu plus librement.
« Hum, je ne vois pas pourquoi tu me poses des questions sur ce jeune maître. »
Ailey sourit des yeux et me tendit sa tasse. En remplissant la tasse vide, je haussai légèrement les épaules.
Je jetai un coup d’œil à l’autre table. Ils discutaient du contrat. À voir les expressions satisfaites d’Orgot et d’Isabella, les négociations semblaient bien se passer.
C’était assez étrange, étant donné que c’était la première fois qu’ils s’asseyaient pour négocier ensemble. Quand des mages se partageaient les bénéfices, ils s’affrontaient toujours à coups de nerfs. Mookgeumgo avait probablement fait beaucoup de concessions.
Et Ailey devait être à l’origine de ces concessions. Elle avait peut-être décidé de soutenir le Conseil du Peuple au cours de sa coopération avec Hongryeong. Pour l’instant, le Conseil du Peuple était sans doute le principal obstacle sur la route de Hwaryeong.
J’avais conclu qu’Ailey était l’alliée de Hongryeong simplement en éliminant les autres possibilités.
Mon contrat avec Hongryeong m’était immensément favorable. Sans cela, je n’aurais jamais envisagé d’aider Hongryeong à préserver le Conseil du Peuple. Il ne devait pas avoir d’autre choix.
Mais le contrat avait aussi un inconvénient pour moi : le simple fait de l’avoir conclu.
Si Hwaryeong l’apprenait, elle ne resterait certainement pas sans rien faire. Alors, si Hongryeong comptait se servir du contrat pour semer la discorde entre Hwaryeong et moi tout en gardant tous les avantages pour lui, je risquais moi aussi de me retrouver en danger.
Pourtant, il y avait très peu de chances que Hongryeong agisse ainsi. Si les termes du contrat étaient révélés, il en subirait les conséquences bien plus que moi.
Les insectes miroirs s’étaient répandus dans toute la Compagnie commerciale. Ils étaient devenus indispensables. Renoncer à eux par contrat reviendrait à trahir à la fois la Compagnie commerciale et sa famille.
Puisqu’il devait respecter le contrat, Hongryeong risquait même d’être écarté de la compétition. Bien sûr, il pouvait résilier le contrat, mais il en resterait des traces. Et, surtout, personne ne pouvait faire confiance à quelqu’un qui l’avait déjà trahi une fois.
S’il avait malgré tout agi ainsi, c’est qu’il avait dû peser le pour et le contre. Il avait clairement décidé qu’il pouvait se mesurer à Hwaryeong, tant que je ne me rangeais pas exclusivement de son côté.
Hongryeong était un arriviste très loin derrière Hwaryeong. Pourtant, il croyait pouvoir lui tenir tête. Je m’étais demandé ce qui lui donnait une telle assurance.
À présent, j’en entrevoyais au moins une partie de la source. Ailey coopérait avec lui. Sinon, elle n’aurait jamais pu connaître le contrat qui nous liait.
Je continuai d’observer Ailey en silence. Je n’avais même pas parlé de ce contrat au professeur. L’information venait donc forcément du camp de Hongryeong.
Avait-il fait appel à une force extérieure ?
Ailey croisa mon regard et me sourit légèrement. Je ne savais pas grand-chose d’elle.
Elle était entrée à l’université en même temps que moi. Elle avait tué assez de gens pour porter une épaisse odeur de sang. Et elle appartenait à une grande famille.
Ah, il y avait une autre chose que je savais désormais. Elle avait assez d’influence pour peser sur les affaires de Mookgeumgo. C’était plutôt intéressant.
Mookgeumgo ressemblait aux organisations des autres villes. La Compagnie commerciale achetait et vendait des marchandises. L’association secrète achetait et vendait des informations. De la même manière, Mookgeumgo se consacrait à un domaine bien précis.
Son domaine, c’était les points et les gens.
Mookgeumgo prêtait des points à un taux d’intérêt de seulement trente pour cent par an. En comparaison, les prêteurs extérieurs à l’université réclamaient environ cinquante pour cent : c’était un taux incroyablement clément.
Bien sûr, on pouvait emprunter des points ailleurs, notamment à la Compagnie commerciale. Mais la procédure était extrêmement pénible. Plus la somme était élevée, plus il fallait fournir de documents.
Mookgeumgo, en revanche, ne vérifiait rien au moment du prêt. Ils prêtaient des points à tout le monde, sans se soucier de qui venait, du montant demandé ou de l’usage prévu.
Naturellement, quiconque avait un besoin urgent de points n’avait d’autre choix que de se tourner vers Mookgeumgo.
En échange, ils n’imposaient qu’une seule condition : rembourser les points à la date prévue. En cas de retard, ils récupéraient tout.
Et « tout » voulait exactement dire cela.
Si quelqu’un ne payait pas les intérêts ou ne remboursait pas le capital à la date promise, son âme, sa magie et son corps étaient hypothéqués ; il devenait alors l’esclave de Mookgeumgo.
Cela ne signifiait pas que Mookgeumgo ignorait toutes les règles de l’université. Ils respectaient la vie et les biens de leurs esclaves. Et si l’un d’eux parvenait à rembourser sa dette, ils le libéraient même.
En fait, Mookgeumgo les aidait à rembourser leurs dettes. Ils leur trouvaient du travail et les mettaient en relation avec des gens, afin qu’ils puissent gagner des points.
Ainsi, Mookgeumgo rassemblait de nombreuses personnes grâce aux points et faisait office de marché du travail où il les vendait. Même le bureau des requêtes de la Cité des stalactites semblait être passé entre leurs mains.
Évidemment, tout le monde ne pouvait pas rembourser ses dettes. Gagner des points était difficile. C’est pourquoi, après avoir peiné sous le poids de leurs dettes, certains auraient tenté d’échapper à leur emprise.
Mais on n’avait jamais entendu parler de quelqu’un qui y soit parvenu. Pas en dix mille ans de présence de Mookgeumgo dans la Cité du Mur de glace.
Je concentrai mon pouvoir magique dans mes yeux et regardai en contrebas. De nombreux mages qui erraient aux étages inférieurs apparurent à ma vue. Beaucoup d’entre eux étaient sûrement pris dans les filets de Mookgeumgo.
Les mages coûtaient cher, où qu’on les vende. En ce sens, on pouvait considérer ces gens comme des récoltes.
Ne pas rembourser une dette revenait à violer le droit de propriété d’autrui. Les règles de l’université devenaient naturellement moins efficaces, du moins en partie.
On les laisserait bien sûr en vie. Mais tout ce qu’ils possédaient, à l’exception de leur vie, leur serait certainement arraché. Comme cela était arrivé à Jugang.
Mookgeumgo avait englouti une ville entière en achetant et vendant des gens et des points. Ils avaient gagné leur place parmi les douze organisations de l’université. Cela signifiait qu’il n’avait pas dû être facile d’intégrer l’organisation et d’en gravir les échelons.
Pourtant, Ailey avait déjà suffisamment progressé pour les représenter dans une situation pareille. Même en sachant qu’elle appartenait à une grande famille, j’avais du mal à le croire.
Non, c’était justement parce qu’elle appartenait à une grande famille que c’était encore plus difficile à croire.
N’avais-je pas déjà vu quelque chose de semblable à la Compagnie commerciale générale Arcana ? Hongryeong et Hwaryeong, tous deux membres d’une grande famille, n’avaient pu prétendre à intégrer la Compagnie commerciale qu’après avoir atteint le quatrième étage. Voilà pourquoi Hongryeong était encore exclu de ses rangs.
Mookgeumgo devait sûrement avoir des restrictions semblables. Si Ailey avait pu les surmonter et se tenir ici, c’est qu’elle possédait un talent et un soutien considérables.
À voir comment ils avaient essayé d’écouter notre conversation, une certaine opposition semblait subsister parmi eux. Malgré tout, elle était sans conteste devenue l’une des figures centrales de Mookgeumgo.
Avec une alliée comme elle, Hongryeong avait probablement gagné l’assurance de s’opposer à Hwaryeong. Il se pouvait même que l’entrée d’Ailey à l’université en même temps que Hongryeong ait fait partie de son plan.
Une chose me chiffonnait, pourtant. Qu’avait exactement promis Hongryeong à Ailey ?
Ailey ne manquait de rien. Pour demander de l’aide à quelqu’un comme elle, il avait dû lui offrir beaucoup.
Je secouai légèrement la tête. Quelle que soit la promesse échangée entre Hongryeong et Ailey, ce n’était pas important. Ce qui comptait, c’était qu’elle soit ici pour m’aider. Après tout, j’étais moi aussi l’allié de Hongryeong.
Je souris légèrement à Ailey. Elle me fixa un moment, puis posa le menton sur ses deux mains. Pour une raison quelconque, elle semblait fascinée.
« À votre expression, je vois que vous avez compris comment les choses se sont déroulées. Au début, je vous trouvais simplement intéressant, mais à présent, j’ai envie de faire de vous une lettre, vous aussi, Evron. »
Ailey se lécha les lèvres. Je voulus lui demander ce que signifiait cette phrase incompréhensible, mais mon corps se raidit. Une intention meurtrière chargée d’une odeur de sang se déversa sur moi depuis elle.
J’esquissai un sourire amer. Je croyais avoir beaucoup progressé, mais le pouvoir magique qui émanait d’elle était clairement d’un tout autre niveau que le mien. Je n’avais aucun moyen de l’arrêter.
Le pouvoir magique d’Ailey grimpa le long de mon corps et tenta de m’empoigner à la gorge. Mais il fut stoppé à mi-chemin. La main de Mira, tendue depuis le siège voisin, le balaya négligemment.
Le pouvoir magique, maîtrisé par la main de Mira, disparut bientôt sans laisser de trace. Mira plissa les yeux et regarda Ailey.
« Convoiter le bien d’autrui ? Une dame ne devrait pas faire ça. Je vous préviens parce que je vous aime plutôt bien, alors faites attention. La prochaine fois, je ne prendrai pas la peine de parler. »
Eh bien, des personnes comme nous ne peuvent s’empêcher d’être tentées quand elles voient monsieur Evron.
Mira ajouta cela avec un sourire dans les yeux. Son regard posé sur moi avait une pointe de faim.
Ailey me regardait avec des yeux semblables. Elle échangea bientôt un regard entre Mira et moi, puis poussa un soupir.
« Quel dommage. Il y a toujours des obstacles dès qu’on trouve quelque chose d’appétissant ? Si j’avais su que tu deviendrais aussi délicieux en grandissant, j’aurais dû t’emmener avec moi dès le début, Evron. »
Ailey claqua la langue en me regardant. Puis elle claqua doucement des doigts. Le pouvoir magique ondula et une clé élégante apparut dans sa main.
« Tiens. Un cadeau pour nos retrouvailles. C’est la clé de ma villa. »
Ailey me lança la clé, s’étira et se leva.
Une clé de villa. J’étais gêné d’accepter une telle faveur. J’allais la poser sur la table quand Ailey eut un petit rire.
« Inutile de la refuser. C’est probablement l’un des rares endroits convenables où loger dans cette satanée ville. Si tu restes ailleurs, le pouvoir magique t’envahira et te déformera la bouche. »
Le pouvoir magique de cette ville était-il vraiment aussi violent ? J’avais entendu dire qu’il se renforçait à l’aube.
Alors que j’hésitais, Mira me prit la clé des mains et la glissa dans sa poche.
« Je vais la garder. »
Mira avait l’air déterminée. Elle n’aimait apparemment pas non plus le pouvoir magique de cette ville. Je hochai légèrement la tête.
Si j’avais été seul, je l’aurais refusée. Mais j’avais des compagnons, alors je devais l’accepter.
« Nous discuterons plus longuement la prochaine fois, Evron. Avec le jeune maître aussi. »
Ailey me fit un petit signe de la main, puis sortit de la pièce. Elle se comportait comme si les autres n’existaient pas. Les gens de Mookgeumgo semblaient également habitués à ses manières. Sans même réagir, ils continuèrent simplement de se concentrer sur les négociations.
Je me frottai lentement la tête. En quelques instants, une foule d’informations m’était tombée dessus, et je devais remettre de l’ordre dans mes pensées.
Mira posa doucement sa tête contre moi.
« Cette personne est très intéressante. Qui aurait cru qu’une personne qui dégage une puanteur plus immonde qu’un cadavre puisse si bien imiter les autres ? Je l’aime bien. »
Je jetai un coup d’œil à Mira. Je n’avais senti aucune odeur de pourriture.
Mira se tapota légèrement le nez et poursuivit :
« Les humains qui ne tiennent pas à la vie commencent à pourrir. Ils dérivent sans but, sans désir. »
Je regardai un instant le dos d’Ailey qui s’éloignait, puis fermai les yeux.
Un mage dépourvu de désir. Une telle chose pouvait-elle vraiment exister ? J’avais du mal à le croire.
Mira et moi discutâmes encore un peu d’Ailey. Entre-temps, les négociations semblèrent également se conclure avec succès : Orgot se leva, l’air satisfait.
[Nous avons décidé d’ouvrir la boutique demain. Voici les conditions détaillées.]
Isabella s’approcha et écrivit dans les airs. Je lus les mots qui ornaient le vide et hochai la tête. Après avoir consenti suffisamment de concessions de part et d’autre, ils semblaient être parvenus à un bon résultat.
Les négociations terminées, il était temps que je bouge aussi. Je m’époussetai le pantalon et me levai.
J’avais rencontré quelqu’un à qui je ne m’attendais pas. À présent, il était temps d’aller voir un visage que j’avais hâte de revoir.
Quelqu’un qui m’avait tout donné, sans rien garder pour soi.
Je jetai un coup d’œil à Isabella. Elle croisa mon regard et m’adressa un doux sourire.
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